Un bon journaliste se doit d’être proche de son sujet mais jamais de ses protagonistes.
jeudi 29 février 2024
L’IRRÉPROCHABLE MODÈLE
Petite fable affable d’après
Du palefrenier & du cheval d’Ésope
Un palefrenier ramenait à son maître
Le cheval que celui-ci avait laissé au pré.
Leur chemin croisa un champ où se mit à paître
L’animal fourbu d’avoir forcé le pas sans arrêt.
Or, ce lopin herbu appartenait au même
Propriétaire que la bête qui y sème
Tout son crottin sans vergogne peu après.
« Ah bon, fit le lad, voilà que tu voles et souilles
Ce qui est à ton patron. N’as-tu honte, ingrat,
De traiter ainsi main qui te nourrit ?… Arsouille !
- Ah le beau prêcheur que voilà ! Est-ce le rat
Qui met des parts de l’avoine qui m’est promise
Pour au marché les vendre qui me dit chose admise
Et celle qui ne se fait point ?!… Moi, j’en ai ras
Le garrot de ceux qui entendent d’une voix qui tremble
Que les autres soient exemplaires sans faillir
Mais sont, las, incapables, à moins de tressaillir,
De montrer eux-mêmes un quelconque “bon exemple” ».
mercredi 28 février 2024
mardi 27 février 2024
CRÉPUSCULE D’AUTOMNE
Couleur cendre et brou,
L’infini s’ébroue.
Sous une pluie grise,
Que fuit toute brise,
Nous cueillons du houx,
Pieds lourds de gadoue.
Les chênes chenus,
Les taillis ténus
Et les toits dégouttent
Aux rives des routes,
Dessus les marrons
Chus en coquerons
Ou aux lits de feuilles
Des bruissantes breuilles.
La nuit qui tombait
Sur l’ombre des haies
Que les vents dévêtent,
Que fuit la fauvette,
À pas menus court
Sans autre discours…
lundi 26 février 2024
dimanche 25 février 2024
LE ROSSIGNOL & LE PORTE-PLUME
Petite fable affable
Un porte-plume, volé par une pie,
Chut chez Rossignol qui en fut fort dépit
Car le stylo était plus bavard que larronne
Des airs. Aussi entre eux deux, vite, ça ronne…
« Frère oiseau, merci à toi de m’accueillir
En ton nid. Je pourrai, là, me recueillir
Et chanter, avec tes bontés, tes louanges
En envolées à faire pâlir les anges.
- Gazouiller, toi ? Allons, tu n’as point de bec
Et, à quoi bon, comme marchand de Balbek,
Dire ce que tu n’es pas : il faut des ailes
Pour s’élever. Encor’ hâblerie vénielle !
- Mais une plume j’ai et, Dieu, elle suffit
À faire des volées de mots, par défi,
Plus légères et belles que toutes tes trilles !
- Comment croire que, sous nos bons cieux, ne brille
Pas que ton aspect, espèce de moutard ?!
Je t’écoute pour en juger sans retard.
- Hélas, l’ami je n’ai ni papier ni encre
Pour te prouver mes talents !
- Le pauvre cancre
Que nous voilà : toujours prêt à délayer
Quand il lui faut prouver qu’il n’a pas baillé
Que sornettes aussi évite vantardise
Que les faits, souvent, aussitôt contredisent ! »
samedi 24 février 2024
vendredi 23 février 2024
LES NOUVEAUX INQUISITEURS
Ils combattent le moindre espace de liberté,
Voyant partout le mâle et la vulgarité,
Soupçonnant cela, Mon Dieu, ici, ils censurent,
Suspectant ceci, là sans vergogne, ils épurent
Ils veulent purger nos esprits de ces non-dits.
Honteux, scabreux,… - maudits, donc ! - ou nous font crédit
D’idées pleines d’arrières-pensées, de mots à double
Sens qui ne peuvent, hélas, que jeter le trouble…
Occupés à abêtir et d’abrutir tentés
Ils combattent le moindre espace de liberté,
Sur la grivoiserie, ils jettent l’anathème
Et la badinerie est pire qu’apothème.
Ils nous purifient à coups d’interdits
Aseptisent nos vies par de verbeux édits.
Parce que c’est là un signe de décadence,
Bannissant le rire qui est une indécence,
Ils combattent le moindre espace de liberté,
Ils entendent exiler nos puérilités :
Elle les dépasse, les agresse, les oppresse
C’est pour ça qu’il faut, car c’est vital, sans paresse,
La légèreté à jamais ostraciser,
L’humour autodafer sans tant se déguiser.
Pour sembler plus sérieux, il faut être très grave.
Ces faux puritains, vrais Tartuffe, nous entravent :
En traquant le malsain et la vulgarité,
Ils combattent le moindre espace de liberté.
Pour ces vertueux de vitrine, cacochymes,
Dérision, sarcasme et ironie sont des crimes.
« No off-beat humor ! » chez ces verbeux rigoristes ,
Effaceurs de culture ou causeurs casuistes,
Tous ces gens qui n’ont rien subi, eux si parfaits,
Montrent au doigt d’autres qui ne leur ont rien fait.
Chantres de la sottise et, pis, de l’ignorance
Hérault de l’inculture et, surtout, des plus rances
Des crétineries ils viennent, las, nous hanter
Et combattre le moindre espace de liberté.
jeudi 22 février 2024
mercredi 21 février 2024
L’AMOUR DES BÊTES
Petite fable affable
Une dame, une vraie, plus en os qu’en chair,
Promène sa lassitude au bras de son « Très Cher »
Au jardin d’acclimatation et fascine
Public et animaux par son teint d’Abyssine,
Mais surtout par son grand manteau de vison,
Son étole en renard à blanche toison
Et, pardi, son manchon en zibeline.
Elle a plus d’animaux, cette Maryline,
Sur elle que sous les yeux… C’est un exploit !
Compère serpent au poids de bon aloi
L’interpelle quand, près de lui, elle passe :
« Waouh, Madame, c’est là la grande classe !
- Merci bien ! fait-elle même pas étonnée.
- Je vois là que beaucoup de bêtes ont donné
Leur vie pour vous parer et vous faire belle !
- Parce que je le vaux bien ! Répondit-elle,
Surtout j’aime tellement les animaux…
- Madame, quand vous voudrez un boa j’espère
Que vous saurez retrouver mon bon repaire
Pour que je puisse, à mon tour, vous aimer
De la même façon que vous nous aimez ! »
mardi 20 février 2024
lundi 19 février 2024
HAÏKU D’(co)PINE
« Bienveillance » m’étant requise (Pardon, c’est une injonction !), que mes élèves soient de petits br…, désormais complaisant d'attitude et aseptisé dans les mots, je n’en ai plus rien à f… !
SONNET À MONTRÉAL
Sur une photo de Marc-Yvan
Sous son gros édredon, engourdie, assoupie,
Montréal a vieilli. À pas lents, elle marche
Sous les cheveux blanchis et las de branches en arche.
Le temps s’est arrêté. Il s’offre enfin répit.
La ville parle à sons assourdis de vieux papi.
Elle hésite et, pis, glisse avec cette démarche
Tremblante et grelottante qu’ont les matriarches
Quand elles ne sont plus, hélas, qu’ombres et dépit,…
Dès lors, avec son lourd manteau sur les épaules,
Parée des doux charmes givrés de Sainte-Paule,
Elle va, songeuse, vivre à l’heure d’hiver.
dimanche 18 février 2024
HAÏKU DE FROUSSE
Crains moins l’oppresseur qui vient avec un fouet que le tortionnaire qui arrive tout sourire.
samedi 17 février 2024
LA PUCE & LA SAUTERELLE
Petite fable affable
Grand débat chez les petites bêtes
Car on élit, en un soir de fête,
Le plus fort dans sa catégorie,
Clouant les vaincus au pilori
De l’opinion publique de l’herbe
Qui n’aime rien moins que la superbe.
Pour les sauteurs, la puce concourt.
La sauterelle aussi. Faisons court :
Les deux adversaires, sans fin, luttent.
C’est dur de voir dans cette dispute
Qui l’emporte et puis qui, las, échoue.
On tente un dernier coup. Dans les choux !
Alors la puce lance l’ultime
Défi. À sa rivale elle intime
De la suivre à chacun de ses bonds.
Hélas au troisième, et pour de bon,
Sans le vouloir, notre grande verte
L’écrase et depuis pleure sa perte…
À force de jouer au plus sot
On peut en arriver au grand saut.
Telle est la morale des challenges
Constants abrutissant jusqu’aux anges !
vendredi 16 février 2024
jeudi 15 février 2024
ASINUS ASINUM FRICAT
D’après Voltaire
“Ami” est nom commun… Mais Jean nous dit*Qu’il ne faut donner que peu de créditÀ ceux qui, auprès de vous, s’en réclamentTant sont rares de telles fines lames.
Car seuls les gens de bien ont des amis.Les pervers, eux, n'ont que de vils complicesAidant à entrer ou rester en lice,Qu’ils traitent bien moins en pairs qu'en commis.
L'être intéressé a des partenaires,Tous gens de biens, comme cela s’entend,Qui ne lui feront, tout au mieux, qu’un temps,Las, comme en toute amitié mercenaire.
Le politique a, lui, des partisans,Pensant bien, des flagorneurs, des serviles,Toujours prompts à lui tendre leur sébileComme en Royauté font les courtisans.
Le puissant, pourvu qu’il soit aussi riche,Dans ses dons et ses libéralités,Abusant de sa magnanimité,Trouve cent mille clients qui se nichent.
Quoi qu’il s’en rince la bouche sans fin,Le prétentieux aurait cent connaissances,- Gens de qualité, de haute naissance,… -Mais on ne les voit mie à la parfin !
Donc n’aie pas de regrets si, à la ronde,On ne rencontre que fort peu de mondeCar les belles personnes ont des amisQue n’attirent le lucre ou l’infamie.
* Jean de La Fontaine, Parole de Socrate, 17, livre IV (Fables, 1874)
mercredi 14 février 2024
mardi 13 février 2024
CHARENTAISE PHILOSOPHIE
Petite fable affable
« Insolents petits crottés, je vous aurai ! »
Pestait une araignée au plafond d’une cuisine
Après moustiques et moucherons qui se marraient
À narguer cette gourmande voisine ;
Elle ne pouvait pas les gober au passage
Malgré toiles tendues par l’as du tissage.
Une mouche lui recommanda d’aller
En toucher deux mots à la vieille pantoufle
Qui sommeillait en bas, le maître en allé.
« C’est une vraie sage, non quelque maroufle,
Qui pense juste quand elle est en éveil.
Ici, crois-moi, elle n’a pas son pareil.
- Quoi, cette tatane passive et poussive ?
- C’est parce qu’elle est philosophe, l’amie !
Si elle est songeuse c’est qu’elle est pensive… »
Ne croyant ce futur repas qu’à demi
L’aragne descendit vers la charentaise
Qui l’écrasa de bon cœur, tout à son aise…
Qui quelque bon conseil, matin, va avancer
Peut bien avoir quelque arrière-pensée !
lundi 12 février 2024
dimanche 11 février 2024
HAÏKU DE FABULISTE
Pour F. Nietzsche « La nature et l'histoire sont foncièrement immorales », songez donc à ce qu’il faut penser des « moralités » des fables, histoires qui jouent avec la nature !
IL N’EST PLUS…
Il n’est plus le châtaignier chenu
Qui ombobrait, même mis à nu,
Mon coin de chemin et ses sentes
Au creux des saisons resplendissantes.
Il n’est plus son tronc plissé, ridé,
Son écorce que n’ont su brider
L’usure des ans, le cri des souffles,
Les pluies froides qui font du baroufle,…
Plus non plus les oiseaux qui murmurent,
Dans le chuchotis des feuilles et les mûres
Qui paraient ses racines hors du temps
S’abreuvant aux rus végétants.
Il n’est plus ce digne centenaire
Gardien de mon monde collinaire
Car un idiot, un morne matin,
Sans vergogne, a scellé son destin.
Oui il n’est plus car ses branches lasses
Gênait les envies de ce paillasse,
Qui a voulu poser sa folie
Là où ne poussait que du joli.
Il n’est plus le châtaignier chenu
Que j’étais seuls sous l’azur des nues,
À voir, à écouter ; nous ne sommes
Pas plus à le pleurer chez les Hommes.
samedi 10 février 2024
vendredi 9 février 2024
TOUT CHANGE OU TOUS CHANGENT ?
Petite fable affable
Une fouine filait comme un furet.
Maître renard d’un mot la mit en arrêt.
« Eh, ma jeune sœur, est-ce ainsi que l’on traite
Un ami ? Par le mépris ou battant retraite ?
Nous étions en frairie naguère, entre chasseurs.
M’as-tu trompé ? N’aurais-tu donc plus de cœur ?
- En effet, ce fut entente fort cordiale.
Trop peut-être ? Mais, pardon d’être triviale
Tu en profitas plus que moi et les miens :
Tu pillas, las, nos réserves et tous nos biens,
Puis mon époux - de façon accidentelle -
Perdit la vie à courir sous ta tutelle
Bois et prés ; et la faim venant, après l’hiver,
Tu as croqué mes marmots nus comme vers.
Alors pardon si, à ta vue, je m’esbigne :
Pour le moins tu ne m’as porté que la guigne !
Mon attitude n’est dictée, Calomniateur,
Que par celle de mon interlocuteur. »
jeudi 8 février 2024
mercredi 7 février 2024
RÉAPPRENDS-TOI !
À quoi bon choir dans les ornières des chemins
Que devraient être tes aujourd’hui, tes demain
Ceux de ces « autres »
Gueules d’apôtres
Qui t’ont balisé de longtemps pour ton bien
Une route au fil du temps qui ne mène à rien
Et pourquoi tout comme eux il te faudrait te fondre
Dans une masse à laquelle il faut te confondre
En tout pareil
À ton pareil
Penser ce qu’il pense jusque dessous ton toit
Et croire ce qu’il croit oubliant d’être toi
En vérité tout ce qui compte sur cette terre
Tout que ce qui a de la valeur, mon frère,
N’a pas du coup
Toujours un coût
Mais il faut chercher pour peut-être un jour trouver
Et donner pour obtenir autre chose qu’œuf couvé
A quoi bon marcher quand aux pieds tu as des ailes
Pourquoi entraver tes pas d’un tas de ficelles
Courte est la Vie
Forte l’Envie
Rien ne sert de paraître aux yeux du monde sage
Ni de te conformer à certaine image
mardi 6 février 2024
lundi 5 février 2024
LES DEUX JEUNOTS
Petite fable affable
Les Muses sont des tendrons bien tentantes.
Un béjaune qui n’aimait pas l’attente
Les courtisait dans le secret espoir
De connaître au plus vite son grand soir…
Il les flagornait, tout en galantise,
Car leurs faveurs il les voulait acquises,
À l’aurore de ses vertes années.
Il les voulait conquises
Et les souhaitait soumises
Et était prêt pour ce à se damner.
Ce fut en vain.
Car rien ne vint.
Les muses sont des tendrons bien tentantes.
Un blanc-bec vécut en bonne entente
Avec ces beautés, aimait s’émouvoir,
Mais sans rien attendre, de les savoir,
De les côtoyer en toute franchise
Ou de se laisser mener à leur guise.
Quand la Faux vint sur sa tête à planer,
Grâce à leur entremise,
Lauriers furent de mise
Et pas de ceux le plus vite fanés.
Pour l’écrivain,
Ce fut divin.
La patience moissonne le succès,
Et la hâte le regret… car c’est excès !
dimanche 4 février 2024
samedi 3 février 2024
HAÏKU POUR HAÏKU
L’humilité est la sébile de tout quémandeur ; l’orgueil le panache de tout récipiendaire !
DE BON MATIN
Sur une photo de Marc-Yvan, 5 décembre 2022
De la poudre d’or nous pleut des nues
Sur le bois noir qui sommeille, accore.
Voilà revenue l’aube ténue
Sur le grand fleuve qui dort encore.
Les cendres bistres de cette nuit
Que, là, peu à peu, elle paillette
S’en trouvent alors attisées. Sans bruit.
Comme le temps que le vent feuillette…
Ce feu, lentement, vient allumer
Sur l'horizon blême qui s’anime
Un levant, en lamé costumé.
Petit jour libéral. Magnanime.
Il offre du neuf à ses couleurs
Dans le sillage gris d’un nuage,
Un parfum de renouveau aux fleurs
Et redonne la vie aux feuillages…
vendredi 2 février 2024
jeudi 1 février 2024
LES HOMMES & LA MONTAGNE
Petite fable affable
Des hommes voulurent mener bataille
Contre une montagne toute en hauteur.
Ils voulaient la franchir, vaille que vaille,
S’affranchir des contraintes de malheur
Qu’elle signifiait à la saison morte,…
Ce mur devait devenir une porte !
Dons ils la minèrent des ans durant,
La sapèrent ici ou là l’érodèrent ;
Et barre à mine et dynamite à grand
Fracas la creusèrent, la pilonnèrent,…
Les rochers fractionnés, diminués,
Cédèrent aux foules devenues nuée.
Alors les fissures se firent failles :
Le mont devant l’obstination cédait.
Les rochers, mus en chaos de rocailles
Qu’on pouvait évacuer par baudet,
Assiégés, ne furent plus que des roches.
Le succès de l’affaire semblait proche.
La montagne, creusée et vaincue,
Ne résista pas plus longtemps aux gnomes
Qu’aux vents têtus et aux pluies fouette-culs
Dont, jadis, elle protégeait ces pommes ;
Mis à bas et à plat, ce vieux rempart
Laissait passer leurs maux de toute part…
Si on veut faire aux armes voie ouverte
Mieux vaut sur les effets se renseigner :
Il est des guerres qu’on pensent gagnées
Qui ne nous mènent, hélas, qu’à notre perte !

