dimanche 27 juillet 2014

LE CHAT UN PEU CHIEN

Petite fable affable

La fesse lasse et la face lisse,
À cette heure, sept heures, il revient.
C’est un chat laid qui fuit et glisse,
Pattes poissées de sang - pas le sien ! -,
Corps souple à la miteuse pelisse,
Dans un recoin de ce vieux grenier
Qu’aucun rat n’ose lui picanier.

Un jour il mendie, un jour il fauche ;
S’il fait faim, s’il fait froid. C’est son lot.
Chaque fois qu’il agit c’est débauche
De gnons et pains donnés au kilo :
Il est plus hideux, l’œil tout croche,
Par ce qu’il fait que par ce qu’il est
Et qui le croise peut se biler.

Il s’en prend surtout à tout insecte
Qui croise, par hasard, son chemin :
Son minois de minet, lippe infecte,
Dit trop qu’on ne verra pas demain !
Comme il embouche la mouche abjecte
Et pousse toujours la mante à l’eau,
Désaile le papillon falot,… !

Alors qu’il éventre un ver de terre,
Une vielle blatte vient à lui :
« Pourquoi crois-tu être sur la Terre
- La Nature m’a fait ce que je suis ! »
Par lui saisie, l’autre déblatère :
« “On ne peut guère sur sa beauté 
Mais tout sur sa laideur”*, empoté ! »

* Victor Hugo, L’homme qui rit, 1869.

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