Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

jeudi 27 octobre 2011

SCÈNE DE GENRE (Duo de duellistes à trois voix)

Petite fable affable

N’en déplaise aux bigots qui jouent tant du clapet,
La toute première dispute conjugale
Eut lieu dans un jardin aux joies plutôt frugales
- Un foyer au loyer si bas, c’était suspect ! -
Quand Adam déclara : « Tu es née d’une côte
Que m’ôta, un beau jour, le Barbu qui chipote
Là-Haut, au premier, prompt et preste - Grand respect ! - :
Donc, tu te dois de m’être vassale et soumise
Puisque, grâce à moi, tu fus ici-bas admise !
- Foutaises ! » répliqua Ève non sans toupet.

Adam et Ève, tout juste nés,
À peine unis, se bouffent le nez
Pour décréter qui donc, de la Femme
Ou de l’être ayant déjà une âme,
Est le plus fort, le mètre-étalon,…
Bref : qui doit porter le pantalon !

- “Courage” et “talent” ne sont-ils pas masculins !
Comme “muscle” ou “cerveau” et, je te le rappelle,
Ou “honneur”, … Des comme ça j’en ai à la pelle !
- Et “intelligence” ou “force”, Mon Gros malin ?
Comme “courtoisie” et “retenue” :  féminines !
- “Douleur” et “violence” le sont tout autant, Ménine !
Mais je crains qu’ “amour”, “pardon”, “cœur”,… ne soient mâles. Hein !?
- Comme “bavardage”, “fiel”, “bruit”, “malheur” et “bide”
Comme “serpent” ou “con”,… sans vouloir être perfide !
- Ton raisonnement ne vaut pas un fifrelin ! »

Et nos amants, nos blondinets,
Se chamaillent et, pis, s’obstinaient,
Pour décider qui, de la femme
Ou de l’Être ayant déjà une âme,
Est le plus fort, le mètre-étalon,…
Bref : qui doit porter le pantalon !

« Parce que l’erreur se conjugue au féminin
Dieu t’a bien voulue de beaucoup mon inférieure :
“Paresse” et “colère” - verte ou même intérieure ! -
L’”envie” et son venin, la “gourmandise” enfin.
Que “la” charité  et “la” foi, Mon Cher, compensent ! 
Et “vertu” ? “Qualité” ? Mots féminins, je pense !
- “Luxure”, “avarice”,… serait-ce du bénin !
Oui, sois heureuse, Toi la fille du Tartare,
D’être encore de ce monde, malgré tes tares !
- Ne pêcherais-tu pas là par “orgueil”, Le Nain ?! »
Et nos amants, nos blondinets,
Se chamaillent et, pis, s’obstinaient,
Pour affirmer haut qui, de Madame
Ou de l’inventeur du mélodrame,
Est le plus fort, le mètre-étalon,…
Bref : qui doit porter le pantalon !

« “Traîtrise”, “bêtise”, “plaie”, “maladie”, “horreur”,
“Catastrophe”, “peine”, “stupidité”, “vengeance”
Me paraissent être féminine engeance.
- “Le péché” et ”le mal” sont virils sauf erreur.
“Joie”, “bonté “ou “beauté”, “passion”, “douceur”, “tendresse”
“Armée”, “virilité”,… n’ont pas la même adresse !
- Comme “faute” et “faiblesse”, “lâcheté” ou “ terreur”
- Ajoute ”honnêteté “, “piété”, “pitié”, “justice”
S'opposant au “mensonge” et aux “délits”, “crime” et “vice”,…
Ou “défaut”. À ce jeu, je te bats, Péroreur ! »

Et nos amants, nos blondinets,
Se chamaillaient et, pis, s’obstinaient,
Pour affirmer haut qui, de Madame
Ou de l’inventeur du mélodrame,
Serrerait, à l’autre, les boulons
Mais aucun ne cède tout du long !

Ils boudèrent jusqu’à l’heure où vient le laitier…
Or, bien qu’ils soient tout seuls dans leur verte paroisse,
Le Barbu du premier voulait qu’ils croient et croissent,
Et pour ne pas faire, à la main, ses héritiers
Pour effacer ses traits, l’Homme offrit une pomme
À sa moitié, soit bien des emmerdes en somme
À ceux qui naquirent de ces usufruitiers
D’un lieu où personne ne portait de culotte
Les condamnant tous, quoi qu’en dise la calotte,
À se peler le cul sous leur abricotier !
Et tout ça parce que nos aînés,
À peine unis, se bouffaient le nez
Pour affirmer haut qui, de Madame
Ou de l’être ayant déjà une âme,
Serrerait, à l’autre, les boulons
Et devait porter le pantalon !

QUESTIONS ANGOISSÉES D'UN GÉOGRAPHE DÉBOUSSOLÉ

Qui habite à Lère (18), s’enrhume à Piney (10) ?
Le jumelage de Canohes (66) et Caillac (46) ne risque-t-il pas de tomber à l’eau ?
Habiter à Jax (43) vous rend-t-il plus propre ? 
Être natif de Serville (28) vous condamne-t-il à l’esclavage ?
Aux jeux de Force (53) :  jeux de Maing (59), jeux de Villaines-sous-Bois (95) ?
C’est-y à Voires (25) ou c’est-y à Vue (44) ?
Le jumelage de L’ardoise (30), de Facture (33) et de Noth (23) ne risque-t-il pas de revenir un peu Cherre (49) même si c’est un gros Coux (07) ?
Espoey (64) es-tu là ?
Oraas (64), ô désespoir ?

ÇA ME BRISE

Ça me brise
D’encor’ te voir pleurer et souffrir
Ça me brise
D’savoir que tu demandes à mourir
De t’entendre prier et crier
Quand t’as oublié d’ne pas plier
Face aux pinces de ce crabe
Qui t’ôtent la vie par syllabes
Alors que s’écoul’ le sablier
Te vampirisent te martyrisent
Jamais lass’ d’accroître leur emprise
De t’entendre prier et crier
Quand t’as oublié d’ne pas plier
Ça me brise
Que rien ne leur fasse lâcher prise
Dans cette chambre anonyme austère
La Parque aiguise son cimeterre
Patiemment obstinément
Pour trancher aveuglément
Ce qui te reste encore de souffle
Sans remords
Malemort
Alors que le vent dehors s’essouffle
J’fixe ton corps qui gît sur ce lit
Et ton regard pâli qui supplie

Ça me brise
 D’savoir que tu n’pourras pas guérir
Ça me brise
De te voir chaque jour dépérir
De t’entendre prier et crier
Quand t’as oublié d’ne pas plier
Face aux pinces de ce crabe
Qui t’ôtent l’envie par syllabes
Te font nous ignorer t’oublier
Te pulvérisent de crise en crise
Et jamais lasses de t’avoir prise
De t’entendre prier et crier
Quand t’as oublié d’ne pas plier
Ça me brise
Tout autant que ça me terrorise
Alors que ton teint blême s’altère
Que ton sang froidit son caractère
Longuement et patiemment
Je reste là simplement
Empaqueté du calot aux moufles
Car la Mort
A pris l’mors
Déjà ta chair maigrie à bout d’souffle
S’ensevelit de mélancolie
Et faiblit sans espoir d’embellie

Ça me brise
D’encor’ devoir pleurer et souffrir
Ça me brise
D’ne pas pouvoir t’empêcher d’mourir
De m’entendre prier et crier
Car j’ai oublié d’ne pas plier
Face aux pinces de ce crabe
Qui t’ôtent ta dernièr’ syllabe
Ça me brise
De voir que rien ne peut m’agguérir
Ça me brise
D’savoir qu’demain j’irai te fleurir

mardi 25 octobre 2011

HAÏKU À SE FAIRE MAL

Qui se casse le cul ne reste pas longtemps assis,
Qui se casse les dents mâche longtemps rassis !

V.Q.

La Vie j’en suis convaincu
Ne vaut pas plus d’un écu :
Pas besoin d’un torche-cul
Pour savoir que Jour vécu
- Auquel on a survécu ! -
Fait de nous, soit un cocu,
Soit un éternel vaincu !

À bord de ce tape-cul,
Quand recharger les accus ?
Combien de malheurs revécus
Et d’amour qu’on évacue
Pour paraître l’invaincu
Qui, pour quelques gratte-culs,
Toujours se casse le cul…

AIDE-TOI !

Petite fable affable

Dans un pré clos de barrières
De quelque comté anglais,
Un taureau toujours derrière,
Quelques vaches à lait allaient,
Passant, paissant et pissant
Dans l’herbage jaunissant.

Le vent couchait les fougères
Et décornait les cocus,
Indisposant la mégère
De ce cheptel convaincue
Que l’herbe était bien plus verte
À côté de cet enclos
Où le bétail est forclos.
Cela fit et fut sa perte.

La bête s’agenouilla,
Passa le mufle et les cornes
Sous la barrière, fouilla
Et brouta enfin, l’œil morne,
De bien frugales portions.
Incommode position !

Puis se sentant ridicule,
Elle veut se retirer.
Mais quand elle se recule
Son corps veut se déchirer.
La barrière de bois bloque
Sa tête  par trop cornue.
Ah, quelle déconvenue !
Son crâne bat la breloque.

Elle meugle au secours ses sœurs,
Qui ruminent leur vengeance
Car cette vache est sans cœur,
De cette orgueilleuse engeance
Qu’on côtoie, non par passion,
Mais par stricte obligation.

Le taureau vient aux nouvelles.
Celle qui s’est refusée
À lui, n’eût ni veau ni velle,
Se croit sauvée. Médusée,
Elle sent la peau de vache
Qui règne sur le troupeau
Qui la couvre sans repos
Et l’humilie plus, le lâche !
Qui secourt ou aide autrui
Veut bien souvent satisfaire,
Qu’on en soit ou non instruit,
Ses besoins dans l’affaire :
Glaner fruits, gagner audience
Ou soulager sa conscience.

QUESTIONS ANGOISSÉES D'UN GÉOGRAPHE DÉBOUSSOLÉ

Est-ce sur un mont, Chauve (44) ?
Est-ce bien Jouey (21) ?
Rouler à Bourret (82) n’est-il pas risqué ?
Est-on mieux protégé à Labrit (40) qu’ailleurs ?
Ici Gy (70) ? Où c’est Pis (32) ?
Peut-on associer Jumeaux (33), Jumelles (27), Deux-Jumeaux (14) et Lapeyre (65)
Ostende (Belgique), est-ce là où s’arrêtent les bolides en fin de course ?
St Jouin (14), n’est-ce pas un peu trop ?
Connaissez-vous des personnes de Bonnefamille (38) ?

LE SEL DU SAHEL

Tombouctou, Djenné, Kano, Gao,…
Face au désert qui toujours menace,
Nos villes ne sont plus que chaos
De groupes, de foules, de masses :

Près de la mosquée en terre brute,
Des Blancs friqués et motorisés,
Venus « s’afriquer », cherchent des huttes
Et pillent les souks climatisés,…
Des rois de la radio, de la sape,
Nés là où meurent les alizés,
Bavards coalisés, font étape
Pour affronter le sable irisé,…
Loin de la médina et des places,
Des Touareg sédentarisés
Attendent, vie lasse, droits et “classes”,
Que l’Harmattan viennent les briser,…
Amassés dans la ville illégale,
Travailleurs immigrés et Baptisés
Se mêlent, en soifs et en fringales,
À ceux qui fuient des champs enlisés,… 

Tombouctou, Djenné, Kano, Gao,…
Face au désert qui toujours menace,
Nos villes ne sont plus que chaos
De groupes, de foules, de masses,…