Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

dimanche 5 juillet 2026

FEU LE VILLAGE

Là, toits éventrés, çà pans éventés,
Vantaux arrachés, huis violentés,
Mas lézardés qui ne sont que squelettes,
Dans un petit un jardin au bois dormant,
Quelque espalier, treilles au sol de ciment
Où crottent faisans, lapins et belettes,
Lichen vermoulu :
Le village n’est plus.

Où sont donc du temps les vicissitudes ?
Les saisons aux cycliques certitudes ?
Qui lira les heures rousses des nuits ?
La ville a semé l’âpre semence
D’une faim d’Humanité sans clémence.
C’est la fin d’un vieux monde tout d’ennuis,
Aujourd’hui désolé,  comme ses manses.
Par vaux et talus,
Le village n’est plus.

Seule l’herbe frémit ; scories et suie
Crépitent sous la pluie qui choit sans bruit,
Le labours vivent là leur crépuscule,
Et les verts prés leur ultime agonie
Sous des fougères en foules majuscules.
Dans la bruyère en flux,
Le village n’est plus.

Le vent gifle et l’averse tout traverse
Mais se sont tus les hoquets du clocher
Effondré de l’église aussi fauchée.
Un silence funèbre tient commerce
Avec l’écho des cris noirs des corbeaux,
Entre les murs décrépis, en lambeaux
Où l’arbre repousse, où la ronce perce.
Las! point de salut :
Le village n’est plus.

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