Petite fable affable
Un chantre maudit,
Tête de pioche de bonne roche ,
Avait beaucoup dit,
N’ayant pas sa langue dans sa poche.
Ce crève-la-faim,
Bohème, était de cette race éteinte,
Du monde défunt
De ces chevelus buveurs d’absinthe
Qui, fort tard veillant,
Sans un sou vaillant,
Rêvaient de poésie qui éveille ;
Le regard brillant
Et le sang bouillant
Chantaient la poésie qui réveille.
Ce chantre, pardi,
Ne connut le renom ni la gloire :
Il était hardi ;
Le bourgeois hait pareille bouilloire !
Las, ce claque-faim
Renonça à l’écrit polémique
Puis, sentant sa fin,
Même aux poèmes un peu politiques :
Le rêve est vapeur
Mais ce sont sapeurs
Que les us, et les chaires, et le trône,
Ces fourriers de peurs,
Même si la liberté ils prônent.
Un rimeur, dandy
Que couvait de ses cieux Le Parnasse,
Lors, vint et lui dit :
« Pourquoi fuis-tu du monde les nasses ?
- Le dédain, on feint.
À coups d’interdits plus que de glaive,
Viendra Merde-fin
Qui voudra que ta voix perde sève.
Écris, valeureux,
Mais pour être heureux,
Tais-toi hors la rimailleuse enclave :
D’un mot malheureux
Tu peux devenir, matin, l’esclave ! »
