Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

lundi 29 décembre 2014

LA DISPUTE DES ROULIERS

Petite fable affable

Un char, une charrette et un charreton,
Sur un antique chemin, haussaient le ton.
Aucun ne voulait céder le pas à l’autre
Quoique ne pouvant passer par là de front.

« Je suis le plus utile, bande d’apôtres,
Dit le char, ceci dit sans vous faire affront.
Mes quatre roues et mon lourd fardeau vous prouvent
Ma puissance et mon rôle. Je vais premier ! »
Il fonce. À la première ornière qu’il trouve,
Il s’embourbe. Le voilà à jérémier
Ou, même, à jurer sur le saint nom de Dieu.
Et, bien sûr, un grand rire succède à l’ire
Chez ses deux comparses, cela va sans dire.

Puis, avec des larmes de joie plein l’essieu,
La charrette affirma : « Pour mes faix et gestes,
Mes deux roues passant par tout chemin sont prestes ;
Même par le trou de souris que ce char
Me laisse ici ! » Elle force le passage
Et verse sur le bas côté. Revanchard,
L’empêtré partit d’un fou rire sauvage.
« Les vantards, Ma Belle, sont toujours punis !
- Nous sommes donc, à plus d’un titre, réunis ! »

Le charreton, seul, se réjouit et se gausse :
Lui, sans ridelle, avec l’âne pour tracteur
Et des ballots pour charge est, dans toute ferme,
La risée de tous. Il n’a que détracteurs.
Il voit, dans cette situation, le terme
De son travail subalterne et trop moqué.
Avec un rire discourtois, il contourne
Les deux autres par les haies et le bosquet
Protégeant ce chemin encombré. Il tourne
L’obstacle donc. Mais le voilà prisonnier
Des branches du taillis et de ses racines.

Il peste et râle pendant que l’assassinent,
De mots peu doux, les deux autres. Or survient
Un vieil homme poussant son humble brouette.
Celle-ci, ayant le sens commun, parvient
À jouer, dans l’embarras, de sa rouette :
« Je  n’suis rien, porte peu, mais rien ne m’arrête !
Sans retard ni vanterie, fais-toi bosseur,
Car vient assez vite, et sans complaisance,
Le jour où se voient tes insuffisances
Assez pour provoquer la joie des gausseurs ! »

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