Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

dimanche 10 juin 2012

AU GRAND ROND

Cycle toulousain

Dans le vert jardin de Boulingrin,
À quelques pas de la Halle aux grains,
Sous ses arbres alignés, ma ville
S’engazonne et devient plus civile.
C’est ici, Ma Mie, notre Grand rond
Cet ovale assiégé de goudron,
Où l’on se pose et se repose
Près du théâtre du Boulevard
Où, infernal carrousel, circulent
Bien trop d’autos au klaxon bavard,
Depuis l’aube jusqu’au crépuscule.
Ici, hors le temps et hors les tiers,
On respire aujourd’hui et hier,
En balade ou ballade indolente.
Jardin royal et jardin des plantes,
Verts galants, aussi, se délassaient
Les pas paressants des pas pressés.
Sous le vieux kiosque de Boulingrin
Résonnent encore des refrains
Airs décrochés de quelque opérette
Ou d’une bluette guillerette
Qui court dans l’air clair de ce Grand rond.
C’est vrai, il n’y vient plus d’escadrons
À éperons fiers ni leurs fanfares,
Plus d’harmonie ni de formation,
Pour que chantent les statues du square,
Le réverbère aux bronzes passions.
Restent les oiseaux perchés aux grilles,
Qui laissent choir au gravier leurs trilles
Pour que s’enchantent un peu les fleurs
Aux parterres, les fers sans chaleur
Des balcons qui veillent et couronnent
La grand-rue qui, tout autour, ronronne. 

La promenade de Boulingrin
Cache l’ombre d’anciens chagrins,
D’amourettes de jeunes lorettes,
De fleurettes contées aux soubrettes
Par des calots ou des canotiers,
Passant ici leur dimanche entier.
Des crinolines, des capelines,
Hantent aussi ses souvenirs ;
 Des personnages de Courteline
Tout prêts, quelque soir, à revenir
Dans ces allées droites, rayonnantes,
Bordées de frondaisons buissonnantes,
Pour marcher, paraître, réfléchir,
Se délasser ou se rafraîchir.
Depuis, le bassin bruissant les pleure,
De son sanglot bruyant, à toute heure.

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