Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

dimanche 27 octobre 2013

CHARTRES, JUIN 1940

Cycle historique
Hommage à Jean Moulin
Sur la tirade des « Non, merci ! » de 
Cyrano de Bergerac, Acte II, scène 8

Passé à tabac du crépuscule à l’aurore…

Il m’en fallait bien plus pour que je collabore !
La pression morale ne put pas plus briser
Ma résolution ni même l’amenuiser.
Il voulaient faire des « Négres » les signataires
De la catastrophe :


« Dire Non puis se taire !

Certes c’est l’Allemand qui chez nous est patron :

Il nous a fait plier le genou, pas le tronc !
Mais l'honneur vous reste quand vous a fuit la force.

L’arbre devrait céder quand disparaît l’écorce ?

Non, Messieurs ! Bêler bas comme ici tous le font,

C’est bon pour les lâches un peu bas de plafond,

Pour les défaitistes, pour nos futurs ministres

Qui n’ont que peu de foi, de fierté en registre !

Non, Messieurs ! J’ai juré sur notre vieux drapeau

De servir nos valeurs, fussent-elles copeaux,

Pas d’être servile, quand elle est la vassale

De la honte, de la violence, d’idées sales,…

Non, Messieurs ! Vous pouvez redoubler tous vos coups,

M’enfermer pour toujours, mettre la corde au cou

De l’obstiné, qu’hélas pour vous, nul, là, n’essarbe :

Il ne cédera rien, sur rien… Oui, quelle barbe !

Non, Messieurs ! Je suis homme libre et tâcheron,

Pas un fonctionnaire fonctionnant, toujours rond

De dos pour mieux complaire. Et c’est la votre drame :

Vous avez pris le corps du pays pas son âme !

Non, Messieurs ! Vaincus doit-on être silencieux ?

Faut-il cesser d’être audacieux ? Non, Messieurs !

S’abaisser à n’être en vos mains qu’un ustensile,

Se compromettre en tout, enchaîné et docile ?!
Non, Messieurs ! Même seul, qu’importe mon renom,

Je saurais dire , encore et toujours, NON,… Non

Messieurs ! Qu’importe ce que diront les gazettes :

Battu, je ne suis ni abattu ni causette !

Qu’on oublie mon geste ou qu’on le dénigre en soi,

Peut me chaut car je vous résisterai, ma foi !

Non, Messieurs ! Menacez, frappez,… Pas de problème :

Aucun de vos coups vains qui marque ma peau blême
Ne me fera signer !… Vous vous êtes plantés !

Non, Messieurs ! Non, Messieurs ! Non, Messieurs !… Édentez

Brisez, Vils Entêtés, je reste un homme libre

Malgré vous, meilleur que vous : d’un autre calibre !

Je n’irais pas contre mes idéaux, travers

Que d’autres partagent. Et si « Les Faits divers »

Doivent faire notre nécro’, qu’importe. Aucune

Mort, nul sacrifice n’est vain quand l’infortune

Veut que soyons tous soumis, assujettis,

À l’infâme barbarie à laquelle, aplatis,

Nos gouvernants prêtent la main tant qu’ils endeuillent

Nos valeurs pour, au mieux, nourrir leur porte-feuille.

Si vous m’avez montré, dans un sordide hangar,

Les victimes ; cela ne dit pas que les César
À qui les imputer, étaient nos émérites

Sénégalais. Mais j’ai vu, c’est votre mérite,

D’humbles corps mutilés qui ont eu pour linceul

Des bombes lâchées par vos avions. Et Eux seuls !


Abandonné, rossé en toute impunité,

Je sentais mes forces, où est l’indignité ?,
Qui vacillaient. Plutôt que de céder, je tente
D’en finir moi-même. La chose était tentante.
Avec quelque débris de verre, j’ai tranché
Ma gorge. D’un coup sec. Je n’avais pas flanché !

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