Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

samedi 13 juillet 2024

Citation du jour (75)

49.3

                Quelle est donc cette démocratie où
                Un homme s’impose à tous et à tout
                Avec arrogance, tout en prétentions,…
                Refusant de croire qu’hors les élections
                Animal politique n’ait compte à rendre,
                Ni raison à ouïr, ni plèbe à entendre ?
                Trahison : l’institution monarchique
                Est travestie pour lui en République !

                N’est-il pas insultant qu’assemblée nationale
                Et sénateurs en phase terminale,
                Une fois de plus, soient méprisés ou
                Foules tabassées, mises sous verrous ?

                Triste pays où on ne peux plus dire
                Rien, ou on est condamné à subir
                Ou souffrir les diktats et le sabir
                Indigeste d’un poseur à maudire,
                Sultan qu'il serait fort bon de proscrire…



TRAVERSÉE

Franchir la vie comme on le ferait
D'un océan, courants et vagues,
Droit vers l'horizon espéré
Plus chaud, plus beau, loin de la schlague,
Du knout, de l'injustice aussi.

Franchir la vie qu'on vit ici
Avant que de se rendre compte,
La pagaie figée, pas très class
Que, quoi que les dieux racontent,
Ce n'est qu'un grand fleuve, hélas !

jeudi 11 juillet 2024

Citation du jour (73)

COBAYES SANS MÉDAILLES

Quand avril était poiscaille et passacailles,
Nous étions de la marmaille à chamailles,
Pourvu que notre sabaye un peu trop baille,
Dessous nos trop vieux pulls à grosses mailles,
De la piétaille toujours en batailles,
Ces semailles de limaille que je rimaille,
Pour racaille tout en rocaille et quincaille…
Des fauteurs de pagaille entre deux boustifailles.

Quand avril était accordailles pour la gradaille,
Nous ne côtoyions que cailles à écailles
À qui bouffes on baye ou que, pis, bouffons raillent,
Que toisent fort depuis leur haute taille,
Canailles qui ne sont qu’entailles et grenaille
Dans leurs moissons de mouscaille qu’on rimaille
Et chansonne prou jusque dans la flicaille…
Car elle est fort duraille, ici, la volaille

Côté représailles. Z’ont de ces trouvailles :
Quand la poulaille saisit la valetaille,
 Finies sonnailles en broussailles et mangeailles.
On Condamne aux murailles et à la pierraille !
Ce sont là funérailles, vaille que vaille,
À moins qu’un surin las ne vous charcutaille
La tripaille ou pis qu’une main tenaille
Un cou, que saignent entrailles qu’on ferraille,…

La Loi c’est la faille : adieu les ripailles,
Bonjour la paille !… Alors ce sont fiançailles
Avec le bagne, entre chiourme et grisaille,
N’espère jamais, l’Ami, de reposailles
Et encore moins, hélas, de relevailles.
De cet enfer vert personne ne se taille :
On se souvient poiscaille et passacailles,
Quand nous étions la marmaille à chamailles…

mardi 9 juillet 2024

Citation du jour (71)

PRÉMICES DE PRINTEMPS

Une source sourd dans le sous-bois, 
Fatiguée par l’effort,
Déjà usée par le sort :
Aux vents doux qui jouent du hautbois,
À deux jets de nous,
Elle se perdra en boue.

Le ciel, de souffles, sillonné
Attise le vert neuf
D’un pré encore veuf
De de ces troupeaux aiguillonnés
Qui, sans faim, y paitront
Ou, sans fin, passeront.

Emmaillotées en bourgeons, feuilles
Et fleurs pointent leur nez
A ce printemps qui nait,
Lui promettant du chèvrefeuille
Les capiteux parfums
Dès les frimas défunts.

dimanche 7 juillet 2024

Citation du jour (69)

LES BOHÉMIENS

Gueux dépenaillés dont cahote,
Grince et geint l’antique roulotte,
Tirée par la jument qui trotte,
Les Boumians courent nos chemins
Hères sans hier ni demain…

Un frisson court alors la plaine :
Peurs d’antan et futures peines
Saisissent jà femmes et marmots ;
Les hommes sortent les flingots :
Ces chemineaux désentripaillent
La poulaille et vendent, pour ripaille,
Gerbes de blé, meules de paille
Au mitan de la noire nuit.
Ces loups-là t’amènent qu’ennuis !

Ces claque-faim qui vont sans bottes,
Sans foi ni loi, peuple en ribote,
Qui mêle aux géants des nabotes,
Les Boumians passent leur chemin,
Seuls, vers un autre lendemain…

On compte et recompte volaille
Ainsi que les plumes des cailles,
Et jsuqu'aux poissons les écailles
Et tant pis si c’est la mi-nuit,
Ces loups-là, toujours, ça te nuit !

Car gens de bien à large hotte -
Le curé mégotant ses bottes,
Le seigneur qui tout nous barbote,
Le gabelou aux larges mains… -
Misère !, nous viennent, demain…

vendredi 5 juillet 2024

Citation du jour (67)

CLAPPER APRÈS LA BRUNE ?

La tête posée sur son coussin de lune,
Dans la couverture d’étoiles drapés,
Là, sous l’édredon d’une nuit opportune,
Mes songes enfin mettent à la voile, encapés…

Le vide du sommeil fuit - Quelle infortune ? -
Pour un monde où la plume épelle les maux
Et où son encre appelle, à elle, les mots…

Lors l’éveil les fait voyager, sans rancune,
Pour rimer quelques souvenirs rattrapés
Ou pour chanter l'instant qui s’est échappé,
Le moment qu’on ne voit plus - Quelle lacune ! -

Là, pour moi, pensent et parlent les animaux,
La nature en beauté brille comme émaux,…
En ces heures importunes est ma fortune.

PETIT JEU DE MAUX

À Muriel Batave-Matton, 21 avril 2023

J’ai là, seul, à scèner et à pandiculer,
Ruminant sans fin quelques idée inarticulée,
Alors qu’on sentait félir et mugir la tempête
Des colères unies qui casserolaient qui s’entête
Et jaspine devant des élus soumis n’osant plus blézimarder,
Préférant naqueter, lézarder et bobarder.

Que d’heures infécondes et que de propos hasardés…
À quoi bon adoniser encor' ce pauvre monde,
Mugueter à la brune avec les Muses quand s’émonde
Tout ce qui a compté, un beau jour d’hier, pour toi,
Renâcler et renasquer, âme en berne, cœur pantois,
Contre l’écornifleur qui oublie et la glèbe et la plèbe
Et qu’ « à vivre têtu, on meurt buté ! » comme on dit à Thèbes ?!

mercredi 3 juillet 2024

Citation du jour (65)

AZURS EN LASURE

Sur une photo de Marc-Yvan Custeau
en date du 4 février 2023

La neige écrase tout sous son étreinte,
Embrasse un tronc qui se refuse à faillir,
Enlace des sapins qu’elle a fait vieillir,
Sous le ciel alangui d’où sourd une plainte.

La nuit ferme les yeux sur l’immensité
Quiète et coite d’un temp encore arrêté.
Les beaux jours en allés, la vie s’est blottie
Au vallonné bleui d’un lointain qui s’éveille,
Dans les courbes d’un décor mort qui s’orseille,
Dans un coin d’horizon qui appelle l’oubli,
Qu’une sérénité s’un autre âge anobli.




lundi 1 juillet 2024

Citation du jour (63)

INTRODUCTION

Lecteur, d’abord merci d’avoir entrouvert
Ces pages qui mettent notre monde en vers
Mais sois indulgent, mon ami, à ce livre
Si, par malheur, il ne t’aide pas à vivre.
Réserve la sévérité ou le rejet
À de bien plus conséquents et nobles objets.

Le mien compte peu : œuvre sans conséquence
D’un rimeur fait pour rester un inconnu,
Ignoré des Moires, méprisé des nues,
Il ne devrait susciter qu’indifférence.
Il fut édité sans nulle vanité,
À peine lu, si d’aventure on le goûte
On le jettera dans l’oubli sans nul doute…
Et il l’aura, je le crains, bien mérité
Quelque amour, sur ma foi, j’ai mis à le faire
Et quelque effort ai-je produit en l’affaire !

Il ne témoigne que de ces fols instants
Que j’ai volés à ma vie et à mon temps,
Croyant fuir l’hiver qui jà coule en mes veines,
Blanchit mes tempes de douleurs et de peines.
Pour fleurir mes jours à l’encre de mes mots,
Epanouir mes nuits à l’âcre de mes maux.

samedi 29 juin 2024

HAÏKU D’AILES

Comme girouette est animal doué pour la politique ;
Autruche le seul animal capable de gouverner.

LE GRAND CERF

Petite fable affable

Fat et méprisant, ce Cerf était orgueilleux
Comme un dieu et, tout de même, hélas, vétilleux.
"Sire Arrogance" était son nom, et "Excellence
Orgueil" son petit surnom. Jusqu’à l’insolence,
Il paradait, les cors aux vent du sous-bois,
Toisant de sa hauteur, condescendant de droit,
La plèbe des bêtes qui ne se mésestime
Point trop mais jamais ne voit comme légitime
La vanité d’un grand qui, plus, est leur intime.

Ce matin-là, il morguait un jeune blaireau
Avec hauteur, lui parlait avec froideur, faraud,
Rappelant qu’il portait sur le crâne son titre ;
Que cette couronne, au vieux, tout comme au bélitre,
Doit inspirer la crainte et un vassal respect ;
Qu’il n’est rien en ce monde d’un plus bel aspect
Qu’on doit se rappeler lors avec déférence 
Qu’a de telles armes, ma foi, on doit révérence
Etre poli et baisser les yeux, circonspect.

Un triste jour, sonna, au loin, la chasse à courre :
Ça sent le chien flairant, le cheval qu’on débourre,…
Notre grand cerf perdant de sa superbe, prend
Ses jambes à son cou par les hauts taillis qu’il fend ;
Il abat les buissons et tous les fourrés froisse…
Quand ses cors qui le rendent rogue, quelle poisse !,
Par des branches basses, les traîtresses, sont pris.
Les limiers et les piqueurs l’ont vite surpris
Et ont dit l'avoir alors ouïe, pleins d'angoisse :
« C’est ce qui faisait ta fierté qui t’a perdu ;
Voilà à quoi mène langue trop bien pendue ! »

jeudi 27 juin 2024

HAÏKU POLITIQUE PASSÉ

Visiblement, François Hollande avait un dent contre les édentés !

DE LITS & RATURES

Ce siècle impatient de gens toujours pressés
Serait, las, de littérature lassé,
Alors on offre aux lectrices qui demeurent,
Et au lecteur qui reste - et c’est là, gageure ! - 
Une prose minimaliste d’auteurs
Usant de « recettes », avant que, joie !, bonheur !, 
Ils ne recourent, enfin, à « l’Intelligence
Artificielle ». Aussi, ainsi, cette engeance
Vite écrit ce qu'on lit de même et oublie
Aussi rapidement… « Car si je publie
‘Faut que ça se vende ! » « Qui parle d’une œuvre ?
Je veux un vrai best-seller que les couleuvres
De la télé’, du ciné’,… vont adapter ! »
Moins écrivain que comptable, on vient capter
Sa part du butin. Alors, donc on manœuvre…

Donc, ce siècle impatient de gens si pressés,
Qui serait de littérature lassé,
Se voit abreuvé de Fantasy poussives,
Aux récits dépressifs, aux trames agressives ;
De Polars et de Thrillers omniprésents,
Au lexique étique, à l’Anglais complaisant,…
Grammaire hasardée ? « Le style est mort, peuchère ! »
Chaque page le met plus profond en terre.
Car ces romans sont l’alpha et l’omega
Des catalogues, reflets de ces dégâts :
Difficile pour la poésie, le théâtre
D’y trouver plus qu’une niche… et moins stuc que plâtre.
Ainsi va le monde de l’édition
Misant tout sur la pub’, la promotion,
Un « nom » qui, face au Temps, dure moins qu’albâtre.

Dieu merci, il reste de petites mains
Qui veulent nous offrir d’autres lendemains,
Qui ne voient comme un simple « produit » le livre ;
Ni formaté, ni marketé, il se peut vivre.
Restent aussi d’indépendantes librairies
Qui vont et voient au-delà, par braverie,
De l’aveuglement de prétendus critiques
Et de ce vain matraquage médiatique
Qui encensent cuistrerie et vacuité
Modernité morbide et facilités.
Et puis il existe des lectrices curieuses
Des lecteurs avides qui ont la furieuse
Folie d’aimer les lettres et pas le néant,
De se mettre sur l’épaule des géants
Pour avoir - ou garder - l’âme moins pouilleuse.

mardi 25 juin 2024

HAÏKU’M PLAISANT ?

J’admire beaucoup mais n’envie point.

LE PYTHON CHÂTIANT LE COBRA

Petite fable affable

Un python gardait une dent contre un cobra
Qui, naguère, le nargua. Le fier-à-bras
Cherchait comment le punir cette écorne ;
Quoique caché dans un fourré fourni de viornes,
On ne saurait, sur ma foi, rester de bois
Face aux cracheurs de fiel quand on est boa…
Ou presque. En attendant que ne sonne l’heure
De sa vengeance, il cherchait maints pièges, moults leurres,
Pour attirer à lui ce maudit naja
Qui, parce qu'il n’est que venin, se croit rajah.

La chance lui sourit plus que sa malice :
Un soir, son ennemi si lisse se glisse
Dans ses entours. Le python lui saute au cou
Et l’enlace fort, l’enserre plus que beaucoup.
Bien que l’autre est eut le temps de cracher et mordre
Il ne put, vite, que finir par se tordre
Et agoniser. Mais, le vainqueur ne savoura
Pas longtemps sa victoire et, pris comme un rat,
Il mourut sans avoir relâché sa proie morte
Car, las, le poison courant ses veines l’emporte…

Ainsi à vouloir trop écouter sa haine,
À vouloir se revancher d’un affront, d’une peine,…
Il nous en vient des victoires à la Pyrrhus
Voire à perdre ce à quoi on tient le plus.

dimanche 23 juin 2024

HAÏKU DE MÉMOIRE

Un amnésique peut-il vivre quelque chose d’inoubliable ?

LE PARC OPALIN

Sur une photo de Marc-Yvan Custeau, 2 mars 2023

Le parc s’est endormi dessous le duvet albe
De sa couette de neige. Les arbres nus, noirs
Et sommeillant font au blizzard un promenoir
Ou jouent les gardiens d’un décor vierge, sans galbe.

Las, point de promeneurs et pas d’oiseaux non plus
Pour colorer, Sauf un instant, les reflets ivoire
Et nacre habillant les bancs abandonnés, reclus.

Blêmes de lourds coussins, les jeux, les balançoires,
Sont muets, attendant dans un scintillement
D’argent la fin de l’hivernal bannissement.

Sur le bois froid des tables une nappe épaisse,
Immaculée comme l’est lys espère en vain,
Quelque pique-niqueur, photographe ou écrivain,
Pour habiter sa solitude qui paresse…