Une somme de sommes ne fera jamais un sommeil pas plus qu’un rêve d’éveil ne fait un réveil.
LES RIVAGES DU RIMAGE
Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques
parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…
mardi 7 avril 2026
TA VILLE
En sombres haillons de nuit couleur suie
Que déchirent flashes et flots flous de lumières,
Ou sous un soleil mort délavé de pluies,
Ta ville n’est plus que hâte et puis que bruits,
D’avenues débordant d’humaines rivières,
De scories, de miasmes. Vacarme et poussières.
Sans air ni sommeil, des troupeaux morts-vivants,
En foules essoufflées, et folles, et fiévreuses,
Viennent ou vont, grisés par leur propre vent,
De rues qui hurlent leurs sirènes furieuses
En gares qui grincent, en usines fumeuses,
Autant de sables mouvants sourds, éprouvants.
Privés d’éther, on rêve alors de voyage.
Barres de bétons au bitume amarrées
Ou tours de verre et d’acier pleines d’étages,
Alignées pour le combat mais à l’arrêt.
Défiant les cieux qu’elle noie de nuages,
C'est un Argos aux grands yeux jamais clos. Toujours prêt.
Bois d’antennes, ciels de néons à demeure,
Elle fait refluer l’éther. Ses lueurs
Ont tué les étoiles qui se meurent
Et le parfums des rus, égouts tout d’odeurs
Qui y voit l’aube ? Le bouton d’une fleur ?
Qui sait le crépuscule ou le cours des heures ?
Pour son peuple souffreteux tout doit aller
Plus vite - marcher, manger, faire - lors il course
Un temps qui toujours le devance, emballé,
De bonheurs préfabriqués coulant de source
En beaux désirs formatés côtés en bourse
Ou en plaisirs tarifés partout étalés.
lundi 6 avril 2026
HAIKU DE CLÉS DE FA
Pour le fou de fées, non le fat qui feint,
Fi de fûts, foin de feux car il n’a faim
Que de faits faux. Il en faut pour ses fins.
IL EST…
Il est des secondes plus interminables
Que des minutes lentes et pitoyables
Où prend racine et sens le mot « toujours »
Il est des minutes plus traînantes qu’heures
Qui se perdent hélas en méandres et en leurres
Il est des heures plus longues que des jours
Des jours bien plus lassants que des années
Des années plus lentement passées damnées
Que des siècles passés à contre-jour
Il est des siècles moins infinis qu’une vie
Où désirs et plaisirs nous restent envies
Ils est vies semblant à l’éternel séjour
Où seul le silence offre immenses ajours
À l’insupportable absence de vie
dimanche 5 avril 2026
UN JOUR, NOTRE TERRE…
Un jour, notre terre sera la boule vide
Qu’est cette lune que tant l’on convoite. Avides.
Tournant pour rien dans le néant de son passé,
On l’aura tous rendue aveugle et empoissée.
Un jour, notre terre ne sera plus un monde ;
Enfer ou paradis, finie la mappemonde.
Dans un brouillard épais de tenaces vapeurs,
L’éther pleurera son azur dans sa torpeur.
Un jour, cette terre assoiffée où l’on créchait
Sera pluies acides et océans asséchés.
Plus de plaines verdies ou de blanches montagnes
Pour témoigner qu’elles étaient belles ses campagnes…
samedi 4 avril 2026
HAÏKU DE THÉÂTRE
Ces marionnettes qui se disent « humains » n’oscillent qu’entre mélodrames du quotidien, comédie du pouvoir et tragédies de la guerre ?
UN ANGE PASSE
Suspension momentanée du temps
Interruption de la vacuité verbale
Libération d’esprit végétant
Entre fiel et miel et las qui bringuebale
Non ce n’est pause qui contre nous cabale
Contrarie des propos palpitants
Et encore bien moins sa pierre tombale
vendredi 3 avril 2026
TA MER L'HIVER
Sur une photo de Marc-Yvan Custeau en Nouvelle-Ecosse
Ta mer écume, corne à plein volume
Dans des embruns froids, son glacial costume
De bleus pâlęs et de gris, disant l’hiver
Aux ciels moins avenants, aux blancs couverts.
Les vents et les frimas pleins d’amertume
Ont à peine leurs bras nus entrouvert
Qu’ils nous gèlent à travers nos pull-overs.
Ta mer écume.
Le rivage semble attendre des brumes
Qui pèseront sur lui comme une enclume,
Ravissant lors à nos yeux entrouverts
Les charmes « d’en face » teintés de verts.
C’est ainsi quand, las, Chionée nous consume :
Ta mer écume.
jeudi 2 avril 2026
LUNE OCÉANE
Quand Lune navigue en nuit,
Elle s’effeuille en paillettes
De jour, lueurs faites miettes,
Sur la mer morte d’ennui.
Le ciel n’est plus dai de suie
Si la brise chante ariette
D’été, les nues, prudes, fuient
Voir ailleurs œil qui s’inquiète.
Quittant ses effets sans bruit,
Elle agite d’historiettes
Le Ciel qui d’étoiles luit,
Qu’au jour l’écume feuillette ;
À peine vues ; déjà enfuies.
L’eau qui goûte peu ces fruits
Redevient gouffre, oubliettes,…
Elle qui a tant d’hommes nuit,
Aventuriers ou mauviettes..
Elle perd sa perle qui luit
À l’heure où enfin nue, quiète,
Elle plonge comme caillette.
Fini le charme gratuit
Quand Lune navigue hors nuit.
mercredi 1 avril 2026
DEHORS !
Le chant de philomèle aux bourgeons qui reviennent,
Le frisson du buisson sont mes antiennes…
Je ne suis pas le poète des fleurs
Je suis le rimeur d’un monde qui meurt
Qui aux blancs nuages arracha les ailes,
Mit notre Eden en voies et venelles
Pour, sans vergogne, les veines lui vider
Et son sang, sans répit, dilapider.
On vit une époque de catastrophes,
Je vis, les joues toutes gonflées de strophes,
La plume toujours encombrée de vers
Pour chanter vert et vents mis en hiver,
Une nature qu’on ne sait qu’écrire
- Quand le temps est, las, à la circonscrire -
Pour en louer les ultimes beautés
Simples et sublimes… ou les ressusciter.
Pour un filet d’eau vive resté libre,
Un pré oublié je me sens félibre
Devrais-je dès lors rester coi ? muet ?
Le parfum des violettes, le bleuet
Tout en nuances méritent un hommage
Mon rôle est de colorer leur image
De leur redonner la parole un peu
Quand Vanité et Vain ont libre jeu.
Je prends du champ comme d’autres la mouche,
Au milieu des forêts aux feuilles farouches,
Sans fin, me douche aux rayons du soleil
Et me lave de pluie dès leur réveil,
Vous ne me jetterez jamais, gens prestes,
Dehors : j’y suis !… Et, malgré vous, j’y reste !
Pour amasser des plaisirs, des émois,…
Qui ne resteront pas longtemps en moi…
mardi 31 mars 2026
LE TEMPS D’UN INSTANT
Ça chahute en mon cœur
Fors la ville tranquille ;
Ni peine ni rancœur
N’y ont trouvé leur île.
Pourtant, il fait grand pluie
Et ma vie va sans toit,
Ignorant les patois
Des passants et du bruit.
Faut-il une raison
Quand un plaisir enchante
La vie si trébuchante
D’une arrière-saison ?
Doit-on errer en peine,
De pourtant en pourquoi,
Et surtout rester coi
Si explosent les pênes ?
lundi 30 mars 2026
dimanche 29 mars 2026
À JAMAIS PARTI…
Cycle toulousain
Je ne savais en te disant au-revoir
Que c’était un adieu, mon pays
Que je te disais. Quitte à te décevoir
Hélas, à jamais, je suis parti…
J’ai quitté ta plaine pour un piémont
Et j’y ai fait mon nid, à lui converti.
Hélas, à jamais, je suis parti
Trop loin de ton généreux limon.
Je voulais te revoir une fois mort
Pour te retrouver, toi et tous les miens,
Mais ici reposera mon corps
N’ayant gardé un toit chez les tiens.
Bien sûr, je te reviens parfois, mon pays,
Car, Ōc !, on n’est pas de si loin séparés
Mais las, à jamais, je suis parti ;
Revenu, je me sens égaré…
Quand tu pars tous les bleus de ton ciel t’oublie
Ils ne te reconnaissent mie, bons chrétiens,
Malgré les souvenirs qui nous lient,
N’ayant gardé un toit chez les tiens.
Alors ma mémoire te chante dans mes vers,
Surtout que j’approche de la porte de sortie,
Car las, à jamais, je suis parti…
Et ça me met le cœur en hiver.
Oui las, à jamais, je suis parti,
Mais jamais ne t’ai trahi…
samedi 28 mars 2026
vendredi 27 mars 2026
MA PLAINE
Là où las gîtait ma plaine,
Riche d’arbres et de grains
Et en gros bestiaux qui broutent,
Ne courent plus que des routes.
Longues comme des chagrins,
Elles vont, à perdre haleine,
Vers d’improbables lointains,
Vers d’indicibles destins.
Là où poussaient le blé, l’orge,…
Par des brouillards alourdis,
Il ne germe que taudis
Et banlieues coupe-gorges…
Là où le ciel épousait
La terre, où les nues épaisses
Traînaient sur les toits des bourgs
Ne sont qu’insolentes tours ;
Y survit l’humaine espèce.
Elle y pousse, sclérosée,
Dans un monde hélas fini
Mais qui rêve d’infinis.
Petite Arcadie naguère,
Ma plaine au soleil perdu,
Et aux souffles éperdus,
Te voilà terre vulgaire…
jeudi 26 mars 2026
HAÏKU’NSCIENT
Vu l’état des choses, y compris de la moindre d’entre elles, vaudrait mieux en inventer d’autres.
mercredi 25 mars 2026
UNE VIEILLE AVENTURE
Petite fable affable
Servir autrui n’est point sinécure ;
Et vieillir à le faire est gageure.
De toi, alors, hélas, nul n’a cure,
Ignorant le blanc en ta coiffure.
Pourtant, bien volontiers, on murmure,
Gaussant la lenteur de ton allure
Ou les rides dans ton encolure,
Tes flétrissures, feue ta denture.
Aussi il se faut faire une armure
Contre ces blessures et ses injures
Et qui les propage en belle enflure !
Or vécurent, en pays ligure
Quelques-unes de ces vraies crevures
Encore à l’âge où on se figure
Que dure sa beauté de gravure,
Ne songeant guère à sa vie future,
Aux arrêts de moires ou des augures.
Donc certaines, avec désinvolture
Harcelaient une vieille et sa hure.
Leurs mots n’étaient que morsures, ordures,…
Les mauvais tours de vraies flétrissures
Et leurs allusions des meurtrissures
Un jour ils l’envoient en cave obscure,
Connue de chacun pour sa froidure
Et ses marchés toutes en salissures,
- Éclaboussures ou bien vomissures ? -
Là, notre vieille à quelque bordure
De serrure ou alors de ferrure,
Se fit blessure. Une vraie coupure.
Car, dans ce noir, une créature
Lui fit piqûre aux dures brûlures.
Pour cacher aux maîtres la bavure
On prit une louable posture,
Malgré les marbrures et boursoufflures :
C’était juste éraflure… ou griffure.
Et oui, quoique jouant les pointures,
Belle carrure ou bonne charnure,
Certains ne sont pas plus que raclures !
On jure aux dieux que c’est là biffure
Et même, sans honte, on se parfure
Malgré son grand âge et sa courbure
Cette vieille fuyait la verdure,
Continuant toute procédure
Qui fait vire maison sans fumure
Ni jamais réduire la voilure.
Jour et nuit. Dia ! Toujours en chaussures.
Ça, oui ça, c’est une chose sûre !
Elle ne guérit point de l’imposture.
En mourant, elle dit d’une voix pure :
« Amies, quelle que que soit ta nature,
Saches que les petites fêlures,
Simples craquelures ou bien fissures,
Sont pires à nos vies que les cassures
Que ne peut réparer la soudure ! »
mardi 24 mars 2026
lundi 23 mars 2026
J’AI DEVANT MOI LE JOUR…
À l'occasion de la la journée mondiale de la poésie, 21 mars 2026
Sur un ver de Victor Hugo (1846) & une photo de Marc-Yvan Custeau, 3 janvier 2026
J’ai devant moi le jour et la nuit derrière,
La nuit qui fait sa mue alors que Râ étreint les nues,
Embrassant l’horizon, à l’heure des prières
Suspendues dans cet air léger qu’est devenu
Loin des gazons fleuris, de tapis de bruyères,
Le matin qui, enfin, se réveille avec toi,
Instant courtois compris entre deux temps matois.
J’ai devant moi le jour et la nuit derrière,
Déjà mes voiles volent au vent de l’avenir,
Pour goûter, loin de l’adversité altière
L’humeur des saisons dès lors, ma foi, à bénir
Quand, ailleurs, un ciel las noir, aux moeurs meurtrières,
Saigne sa pluie d’acier ou sa grêle de fer
Pour faire sur notre terre, un fol feu d’enfer.
dimanche 22 mars 2026
HAÏKU DU CHARPENTIER
Pourquoi chercher à avoir un toit ?
Ce n’est que des tuiles à venir ou des ardoises à payer !
samedi 21 mars 2026
LAVEZ CES ARTS !
Petite fable affable
La savane accueille un nouveau roi,
L’ancien souverain, fort maladroit,
Mangeant désormais par la racine
Malvacées et plantes d’officine.
On fait donc grand ménage partout
Pour que le jeune monarque, en tout
Lieu et en tout temps, dans son domaine,
Ne voit que le bon, le beau et le bien.
Ça va de soi !… Ça, on se démène
Pour qu’il ne lâche jamais les siens,
Parce qu’on l’aurait, las, mis en boule,
Sur ses bons sujets venus en foule.
Sur rocs, écrits violents de hyènes
Et de bien impudents dessins de haine,
Signés de babouins, attestent hélas
Du désamour pour leur ex-Atlas.
On gratte, on nettoie et on efface
Sur ordre d’un fort vieux gnou
Qui avait garder la vie et la face
En se préférant vivre à genoux.
La royale parade s’annonce.
Sûr, nul, alors, ne moufte d’une once.
‘Faut savoir révérence garder…
Donc moins brocarder que bobarder !
Au jeune souverain qui promène
Sa suffisance, jà peu amène,
Un lycaon lance :« Eh, on t’a fait
Grande lessive du mal qu’on pense
Des tiens et de tous leurs vils méfaits !
- Bien, jeune insolent, c’est une chance :
“Ce que je ne sais pas ne saurait
Me nuire” m’a dit mère adorée.
- Et même si ça peut te détruire ?
Répliqua l’autre à faire fort bruire
L’assemblée béate. C’est risqué !
- Oh, bien moins, malingre freluquet
Que de me montrer mépris ou rage.
C’est ce qu’on me fait sur le moment,
Même si on appelle ça “courage”,
Qui vaut toujours un prompt châtiment ! »
vendredi 20 mars 2026
jeudi 19 mars 2026
NOTRE AUTOMNE
Librement inspiré de J. Prévert
Oh, mon Dieu, je voudrais tant que nous reviennent
Tous ces jours heureux où nous étions amants,
Ces vertes années, faut-il qu’il m’en souvienne,
Où nous étions herbes folles mêmement…
Mais notre automne à mes yeux te rend plus belle
Quoique, non je n’ai rien oublié,
Si nos feuilles mortes font payer leur gabelle
Les vents n’ont su nous faire plier.
Chênes parmi roseaux que le temps emporte
Alors que les frimas frappent à notre porte,
Puisque non l’on n’a rien oublié
Et restons lierres entreliés
Des abimes où meurent les amours enfuies
Nous savions hélas, qu’ils existent ;
Les précipices où les souvenirs sont enfouis,
Chaque jour qui vient, on les évite.
Naguère, nous sommes allés tous deux ensemble,
Toi qui m’aimais et moi qui t’aimais,
Par ces sables mouvants qui sous les pas tremblent,
Moi qui t’aimais et toi qui m’aimais.
Et aujourd’hui, nous allons encore à l’amble,
Ensemble, aux heures qui encore s’assemblent
Face à l’amer des beaux sentiments
Quand écume le ressentiment…
mercredi 18 mars 2026
mardi 17 mars 2026
REBELLION CONTRE LE TALION
Petite fable affable
Un célèbre chinois, un vieux sage
Avait, nous dit-on, l’étrange usage
De ne s’énerver mie au grand jour.
Un fidèle, membre de sa cour,
Demanda : « Si je puis me permettre :
Pourquoi ne te venges tu pas, Maître,
De tous ceux qui te veulent du mal
Par actes ou par mots. C’est pas normal !
- À quoi bon, disciple, mordre un chien
Qui t’a blessé, comme un béotien
Qui ne sait pas que si tu l’ignores
Ton ennemi souffre plus encore ! »
lundi 16 mars 2026
dimanche 15 mars 2026
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