Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

samedi 29 août 2026

ET S’IL N’EN RESTAIT QU’UN…

Et si, d’aventure, là, il n'en restait qu'un
Pour faire saigner d'or l’encre de ses plumes
Et pour dissiper vos brouillards ou vos brumes,
Je serais celui-là c’est, je crois, certain !

Résonnera ma voix, écho impavide,
Alors qu’hélas tout de votre passé s'efface,
Livré au vain du temps qui court, autre face
Du néant de vos vies devenues si vides.

Et, par quelque hasard, s'il en restait qu’un
À mettre des strophes et des vers en volumes
Pour réenchanter des jours la vile écume,
Je serais, je le crois, encore au turbin
Pour raviver les souffles et pour enflammer  
Vos matins, pour éclairer vos crépuscules
En ce monde où crie le fort et, minuscules,
Murmurent les faibles, d’amour affamés.

vendredi 28 août 2026

LA POÉSIE DU PAYSAGE

Sur une photo de Marc-Yvan Custeau, 5 septembre 2025

Est-il poésie plus belle qu’un paysage,
Décor habituel ou horizon nouveau,
Vu ou entraperçu, çà ou là, comme un visage
Peut l'inspirer ? Plaine, platin, monts ou bien vaux,
Dans leur simplicité, voire leur évidence,
Sans les chercher vraiment, on va, un beau matin,
Non pas les trouver, mais les rencontrer, par chance,
Surpris et heureux. Puis, car, las !, la magie s’éteint,
On va offrir cet instant où, sans fard ni force,
Sans que personne ni rien ne put le prévoir,
Ils vous ont pris au coeur, en ont brisé l’écorce,
Et faire admirer ce que beaucoup n’ont su voir.
Est-il poésie plus belle qu’un paysage
Vu ou entraperçu, çà ou là, comme un visage… ?





LE TEMPS DE NOS FREDAINES

À Eric P. pour son 62e anniversaire
Sur Le temps de la rengaine (S. Lama & Y. Gilbert)

C’était le temps des scèn' locales,
Quand on chaussait de fers nos point' et nos talons,
Fous de comédies musicales,
Mêm’ le dimanch’ c’était show ou répétitions.
L’âme cousine, l’esprit clair mais l’humeur badine
Pendant qu’les autres avaient ciné ou bien piscine,
On jouait duo en c’temps-là,
Souvent, j’le regrette quand je pense à tout ça…

C'était le temps, le temps béni de nos fredaines,
C'était le temps où on savait c’qu’était not’voie,
Rires et musique, Toi le sec, Moi la bedaine…
On savait c’que serait not’vie en ce temps-là !

C’était un temps où pour cent balles,
On avait du « style » : cravat’, veste et pantalon !
On était pas des enfants d’la balle
Et pour les autr’ c’était une récréation
Qu’ces deux fous sortis d’une époque’ mise en sourdine,
En noir et blanc, où l’jazz avait son officine.
C'était pas toujours simpl' que c’temps-là,
Mais je le regrette quand je pense à tout ça !

C'était le temps, le temps béni de nos fredaines
C'était le temps où on savait c’qu’était not’voie,
Rires et musique, Toi le sec, Moi la bedaine…
On savait c’que serait not’vie en ce temps-là !

Mais nous un jour, avant qu’les poissons aient des ailes,
Que vienn’ les quatr’ jeudi ou qu’les poules aient des dents,
On voulait hanter, pour sûr, des scènes nouvelles,
Faire les grands soirs des grands music-halls d’antan,
Oui, ceux du temps talalala d’nos rengaines
Talalala… Allez, allez !… Nous, on y croit, ma foi ! pas l’choix ;
Mêm’ si fermaient les sall’ d’antan,
Q’on enterrait les joies et le strass de ce temps-là…

C'était le temps, le temps béni de nos fredaines
C'était le temps où on savait c’qu’était not’voie,
Rires et musique, Toi le sec, Moi la bedaine…
On savait c’que serait not’vie en ce temps-là !
Ce que serait not’vie en ce temps,
C'que serait not’vie en ce temps-là !

jeudi 27 août 2026

L’OURS

Ces histrions sont mes geôliers. Des tortionnaires
Qui vont m’humilier ou, au mieux, m’aiguillonner
Pour un public qui rit, hue au signal donné,
La chaîne au cou, soyons jovial et débonnaire.

Je leur mendie quelques sourires sans pitié,
Promène ma vie, danse sur l’air à la mode,
Jaugé par des sots mal dégrossis, d’incommodes
Juges du bien et du bon… Des gâte-métiers !

La boule au cœur, je feins le pataud, le lunaire,
Le regard bienveillant mais mon orgueil muet
Alors que d’un coup de ma patte je peux tuer.

Ces idiots sans talent, ces tiques sanguinaires
Me font payer d’avoir rêvé plateaux, lumière,…
Car nos médias sont moins scènes que fondrières.

mercredi 26 août 2026

À PAUL* (VERLAINE)

Sur une photo de Marc-Yvan Custeau, 29 mai 2025

Pauvre Paul tu prétends que les merveilles
Vermeilles du levant et les couchants
Brunissant les cieux les prés ou les champs
Ta plume indiffèrent et mie ne réveillent

Instant suspendu et temps qui s’arrête
La Nature ne peut que nous émouvoir
À moins las ! de se refuser à la voir
En ses pastorales noblesses vaux et crêtes

Il n’est moment où l’encre ne s’éveille
Que pour féconder la page loin des clameurs 
Chez ton humble suiveur qu’elle réveille

De l’aube au crépuscule elle rappelle
Que même au plus sombre de mes humeurs
Si le monde est vain la vie peut être belle

* Allusion au sonnet L’angoisse in Poèmes saturniens (1866)



mardi 25 août 2026

NUAGE

Semblant bien né de la dernière pluie,
Au détour des terminaisons de la nuit,
Un tout petit nuage en aube blanche,
Porté par l’aile du vent, coudées franches,
S’est accroché par défi, voguant et tremblant,
Au bleu du ciel d’été chauffé blanc.

Cet immaculé messager, peu preste,
Ce mouton esseulé, quoique céleste,
Caressait les nues dans l’air étouffant
Sans porter l’eau qu’on attend, piaffants,
Nous toisant de toute son altitude,
Le coeur trop sec, tout à sa solitude.

lundi 24 août 2026

À LA PONTE DU JOUR

Sur une photo de Marc-Yvan Custeau, 2 septembre 2025

Là, où la rivière effeuille la lune
Et où la plaine est moins noire que brune ;
Là, où l’aube à nouveau s’est fait un nid
Et où, las !, rien n’est vraiment défini,
Naît l’oeuf du soleil, en orbes timides
Et, vue la saison, en lueurs humides.

Pondu par les ombres de l’horizon, 
Couvé par l’aurore braises et tisons,
Il arrive à nous dans sa simplesse
Mais avec une majesté sans faiblesse.

Droit comme le plus froid de ses gardiens,
Je veille à ce miracle quotidien,
Planté là, éternelle sentinelle,
Pour veiller à l’éclosion solennelle
À chaque nuit qui va, sans fruit ni bruit,
Et à tout matin qui vient et la suit.



dimanche 23 août 2026

SE RÉSOUDRE À ABSOUDRE

Il faudra bien, un jour, oublier :
L’ostracisme ou même l’indifférence,
Le mal fait, le mépris comme l’offense
Et de résilience t’habiller.

C’est simple, vas, efface de ton esprit
Qui est vain et vil comme un vent qui va
Et vient. Et pour le reste adieu-vat !
Le savoir hors ta vue n’a pas de prix…

Bien mieux, arrache-le de ton cœur
La vie vaut par ses demain, en partie
Par qui vint à vous sans contrepartie.
Vengeance et passé ne font pas vainqueur !

Oui,  est impératif d’oublier :
Quoi que l’on croit et qu’il en nous coûte.
Sinon comment continuer ta route ;
Comment avancer, l’âme déguenillée ?

samedi 22 août 2026

QUE VOIT-ON VENIR DEPUIS LE QUAI ?

Sur une photo de Marc-Yvan Custeau, 21 août 2025

Loin des crachats du crachin de l’automne,
Je n’ai d’yeux que pour cette mer gloutonne
Qui, dessous des nuages blancs venus
En troupeau, çà, là, moutonne d’écume
À l’heure ou les vents s’essoufflent, enfin nus
Et las, après avoir chassé la brume.

Elle me parle d’ailleurs sans murets,
De lointains neufs où rien ne nous effraie.
Jà, je rêve à des tropiques rebelles
Et à des océans à caravelles
Bossués, ou au sang des ciels du soir
Des terres que des caravanes courent
Dans la sueur salée d’un étouffoir
Que l’on nomme désert et où vautourent
De vils mondes ignorant tout de cette onde,
Tout en houle que mes songes enfin sondent.

Sans qu’on ne ferme un temps ses paupières,
Cette eau promet des îles sucrières
Où il n’est de fièvres de la soif 
Ni affres de verte faim qui ternissent
Des horizons où il n’est d’autre taf,
Sous un soleil qui souvent les vernisse,
Que de regarder les moissons de la mer,
Sans morts ni mourants qui font flots amers.



vendredi 21 août 2026

SCIE

Je passe au rabot mes maux, sans fin et sans cesse
Pour en tirer copeaux de mots tout en finesse,
Puis je sculpte des strophes, au vieux ciseau du son,
Râpe mes vers de travers pour faire chansons,
Sonnets, seizains, odes, rondeaux ou bien ballades
Quand vous me croyez sourd, muet, vaincu, en rade…

La vie nous est bois brut, échardes en plus-value,
Faisons-en, en strophes des planches de salut :
Je passe au rabot mes maux, sans fin et sans cesse,
Pour en tirer copeaux de mots tout en finesse,
Des décors de rimes, bien poncées, sans poncif
Quand vous pensez que, fort lassé, je suis passif.

Qui sait combien il faut de sueur, de sciure
Pour mettre nos petits travaux sous reliure ?
C’est un labeur long, lent, un ouvrage à façon
C’est pourquoi quand vos nuits de rêves font moisson,
Je passe au rabot mes maux, sans fin et sans cesse,
Pour en tirer copeaux de mots tout en finesse…

jeudi 20 août 2026

PAR UN BEAU MATIN DE MAI…

Sur une photo & un titre de Marc-Yvan Custeau, 13 août 2025

Par un beau matin de mai,
Comme toujours, comme jamais,
Ranimant lors Flore et faunes
Mais rendant Zéphyr aphone,
Tout au bout de mon chemin,
Me vient un nouveau demain.

Par un beau matin de mai,
Loin des hêtraies, des charmaies,
Parle, poudré de lumière,
Un silence de fondrière,
Pour cet éclatant réveil
Du rond brûlant du soleil.

Par un beau matin de mai,
Le temps met des guillemets
À course qui est fuite,
Sans après ni ensuite,
Au vermeil de ce levant
Et du carillon du vent.

Par un beau matin de mai,
Loin des rêveurs, des ormaies,
Il pleut de l’or, des flammes,
Au ciel retrouvant son âme,
Sur l’horizon assoupi,
Et les bois au noir tapis.

Par un beau matin de mai,
C’est dans l’ocre désormais
Que l’air endormi s’éveille,
Que les sonnailles réveillent
Prés et champs dans le lointain
Et un coq, las !,nos prochains.



mercredi 19 août 2026

TOI

Toi
C’est une voie
Et c’est un choix
D’amour courtois
C’est un émoi
Qui laisse coi
Comme on le voit
Sans un pourquoi

Toi
C’est plus qu’une foi
En rien ma croix
Ni de la poix
Laissant de bois
Ou bien sans voix
Rien de gaulois
Ni de grivois

Toi
J’ai ton minois
For les sournois
Narquois, matois,
Gens aux abois,
Âme en guingois
Pas que parfois
Ni quelquefois

Toi
Tu es ma loi
Sans désarroi
Et sans effroi
L’amour bourgeois
Mis au pavois
J’en suis pantois

mardi 18 août 2026

QU’IL EST DOUX LE PLAISIR DE SE LEVER TRÈS TÔT…

Sur une photo et un titre de Marc-Yvan Custeau, 26 août 2025

Qu’il est doux le plaisir de se lever très tôt
Et que les flammes du ciel offrent éclats de cristaux…

À l’heure où il nous faut éteindre les étoiles
Pour voguer sur les flots de l’océan du jour
Et tout recommencer, là, encore et toujours
Le vent n’a pas encor’ gonflé toutes ses voiles.

Qu’il est doux le plaisir de se lever très tôt
Et que la flemme est miel et parfums orientaux…

À l’heure où l’aurore se donne, tant pareille
À l’aube unique qui ouvrit le jour d’avant,
Toute en différences quand, tendre, elle éveille,
Avec déférence, ses murmures mouvants.

Qu’il est doux le plaisir de se lever très tôt
Fors lames et fiel de ces cités toutes en autos…

C’est cette heure où le pas du chaland, solitaire,
Défie la marche du temps, dans les bruissements
D’un monde qui, enfin, redevient mouvement,
Et communie, pour un instant, avec la terre.

Qu’il est doux le plaisir de se lever très tôt
Et que les flammes du ciel offrent éclats de cristaux…



lundi 17 août 2026

L’HIRONDELLE

Qu’on me prenne hélas pour un martinet
M’énerve, je l’avoue, un tantinet.
Car seule je fais le printemps, fidèle,
Et l’amène partout, à tire d’aile,
Par vos terroirs et puis par vos pradelles.

Fuselées, mes ailes affutées sont ciseaux 
découpant l’air comme bateau fend l’eau
Elles font, profil effilé, que je trace
Et fuselée que je file, vorace,
 Comme toute oiselle née de ma race.

Je fuis les sapinaies et les chênaies,
Préférant vos toits et vos cheminées,
Depuis le vieux temps où vos haridelles
Transportaient vos ballots ou baradelle
Et que vous éclairaient bougies, chandelles…

Je suis le plus gracieux des oiseaux,
Évitant rets ou réseaux à vos museaux
Et jamais le bleu du ciel ne me harasse 
Même si de l’air jamais je ne brasse
Quand, de voltes, le nu des nues j’embrasse.

dimanche 16 août 2026

AU SEUIL D’UN PROCHE DEMAIN

Sur une photo de Marc-Yvan Custeau, 11 août 2026

Dans un monde aux heures devenues sans intérêt
Où, sans déblatérer tout est, las !, éthéré
Nous vient, tout à coup, quelque journée flambant neuve,
Un matin tout d’envols et tout d’apesanteur 
Loin de la pesanteur de toutes nos épreuves,
Un éclair de clarté inspiré, dilatateur
Du temps, un embrasement hier inimaginable,
Embrassement demain jugé déraisonnable.

Cet avénement n’est point illumination,
C’est de l’âme, la céleste élévation
Aux beautés de l’aube qui toujours renouvelle
Ses promesses, aux desseins de ce proche avenir
Que cèle l’aurore, brûlante caravelle
De nos découvertes à faire, plaisirs à venir,
Venue pour transcender le tôt, damasquinure
À une vie sans tain, brillante enluminure.



samedi 15 août 2026

ÉPITAPHE INÉDITE

Ci gît un vil paresseux qui n’a jamais rien fait
De sa vie ni de ses dix doigts, las. Qu’il repose
En paix lui pour qui dormir trop était un  bienfait.

Gai comme un sansonnet, né dans la Ville Rose,
Se réveiller, rester éveillé, étaient faix
À ne pas faire et ça le rendrait fort morose :
Agir comme nous aurait été un forfait !

Ainsi vécut-il au long des jours sans névrose :
Courir était surfait, travailler un forfait,…
Il fit donc de vieux os sans trop souffrir d’arthrose.

Il ne s'est d'ambitions jamais défait
Et n’alla pas loin, sans savoir la sinistrose,
Mais tout seul, avec un vrai nonchaloir, parfait,
Et sans jamais songer à faire vers ni prose.

vendredi 14 août 2026

ÉVANESCENCE

D’après une photo de Marc-Yvan Custeau, 28 Mai 2024

Âmes envolées, jà nous quittant,
Fuyant la mélancolie du temps
Après une nuit qui fut d’errance
Par les bois de Nouvelle-France
Où, heureuses, elles vécurent antan.


Le jour ramène aux limbes, aux nues,
Ces souvenirs d’un jadis ténu
Pour qui on n’a qu’indifférence.
Âmes envolées…


Sur voiles de brume partant,
Je vous vois, de temps en temps,
Quitter ces lieux d’espérance
Qui furent vôtres et, déférence,
Vous salue, l’esprit repentant,
Âmes envolées…




jeudi 13 août 2026

GIRONDE 2026

En vérité, ce siècle est un mauvais moment… (A. de Musset)

Il ne suffisait pas que suffoquent les cieux,
Que les jours s’engourdissent, les heures s’alanguissent,
Il fallait que l’enfer, tout feu, tout flamme, se glisse
Avec fureur et fracas en nos pins si précieux.

Dans l’étuve de la canicule, malice,
Les sols s’abreuvent de pluies de braises, le sec
Se vêt d’une neige de cendres aigries, complices.

Les brandons, les tisons mie tenus en échec
Sont averses, orages dans la brûlante lice.
Fournaise enfiévrée, fumées mettent au supplice
La forêt affolée. Et nos foyers avec…

Car le brasier s’attise, hélas, aux vents propices
Dans l’indifférence des jours d’un été ocieux,
L’inquiétude de nuits aux repos soucieux.

mercredi 12 août 2026

CÉLESTE PELLICULE

Sur une photo de Marc-Yvan Custeau, 26 mai 2025

Non loin de la ville royale,
En toge de pourpre impériale,
L’aurore écarlate, sur l’empire des nues
Règne et toute heure apocope.
Sur la toile du lointain, image continue,
Comme un film en CinémaScope,
Entre l’empyrée cochenille et les chemins
Carmins, défilent sans syncope,
Le récit du jour qui est né d’hier : « demain » ;
Lumière crue et primordiale
Et nuées floues enfin cordiales !



mardi 11 août 2026

SAUCÉE PROVIDENTIELLE

L’été fut sec, hélas. La chose est alarmante…
Sous un lit de lotus aux corolles assoupies,
L’onde joue à la belle aux eaux ordes et dormantes.
À pas las, pas lents, pas lourds, la nuit se tapit
Mais voilà qu’elle met, hors de toute tourmente,
Ses gros cheveux de pluie picotants de dépit.

À coups las, coups lents, coups gourds, cette eau frappe à terre
 Comme on bat la peau d’un tambour sourd et fumant.
Son rythme est entêtant. Il ne veut mie se taire
Et scande une chanson triste continûment :
Il pleure aussi sur les fruits des feux délétères,
Sur le bruit gratuit de la mare s’endormant.

Droits et froids, les traits durs de cette ondée nocturne
Comblent les rides de rives qui ont eu faim
Et un sol vide d’avoir eu soif. Puis nos turnes,
Dont le toit résonne de la rincée enfin
Venue, s’habillent de ce crachin taciturne
Dont ne profitent arbres dévêtus, jà défunts.

lundi 10 août 2026

TOUT FEU, TOUT FLAMME

Sur une photo de Marc-Yvan Custeau, 16 juin 2025

Enchantement sans cesse renaissant
Et sans cesse renouvelé, puissant :
D’un lointain bossué aux noires rives
Un rai étend ses rets qui nous arrivent.

Ainsi se terrent tous les secrets naissant
À la nuit, avec les rêve pour convives,
Dont le souvenir nous fait rougissant…

Puis filets améthyste et noeuds de sang
Embrasent l’empyrée éblouissant.
L’oiseau salue une aube chaude et vive,
Au ciel où tressaille un noir à la dérive.

Ainsi se taisent les acrés bruissants
De nos jour parés de plumes de grive
Dans les promesses d’un matin nous embrassant.



dimanche 9 août 2026

INJONCTION

La bonne humeur ça fait bien plus classe
Que moue molasse ou songe filasse.
C’est pas beau le monde, dégueulasse :
Il est tout d’apparences fallaces.

Noie donc au goulot ton eau d’mélo !
À chacun son lot, son flot d'problo’
Ou bien son grelot sous le calot.
Viens, accroche un sourire à ta face
Même si, là, tout va à vau-l’eau
Et qu'hélas tu veux te fiche à l’eau.
Cours voir un cam’lot du ciboulot
Avant que d’être au bout du rouleau
Sinon, mon copain, quitte la place
Ou alors, l’amie, on te remplace.

C’est pas beau le monde, dégueulasse :
Il est tout d’apparences fallaces.
Feindre et pas geindre sinon on lasse,
Puis, hélas, ça casse ou on se casse…
C’est com' ça le monde : dégueulasse ;
Il est tout de faux-semblants. Salace.

Force tes ris. Fais-en des kilos.
Si tu veux être sur le tableau
Joue la joie, Charlot. C’est plus diplo’.
Va, accroche un sourire à ta face.
Mollo les craintes, même en halo ;
Peurs de ballot venues au galop,
Ça fait falot… ou bien bibelot.
Soucis, sanglots, tracas, tremolos,
En compagnie, ça laisse de glace
Car, ma vieille, à chacun sa mélasse ;
Oui, P'tit, la vie c’est pas un palace.

C’est com' ça le monde : dégueulasse ;
Il est tout de faux-semblants. Salace.
La bonne humeur ça fait bien plus classe
Que moue molasse ou songe filasse.