Certaines mises en boîte valent des mises en bière.
LES RIVAGES DU RIMAGE
Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques
parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…
jeudi 3 septembre 2026
LE BOUQUET
Sur une photo de Marc-Yvan Custeau, 24 novembre 2025
L’aurore m’offre un bouquet de roses
Entre l’incarnat, le thé, le saumon,
Là, à fleur de ciel, en amont
De ce bois resté, lui, morose.
Et sur les chairs carnées des nues osent
Entre pourpre et lilas sans sermon.
L’aurore m’offre un bouquet de roses
Entre l’incarnat, le thé, le saumon,…
Éclats et couleurs nous livrent une prose
Poétique née des piémonts.
C’est du lourd char du jour le timon
Chassant la nuit qui se nécrose.
L’aurore m’offre un bouquet de roses.
mercredi 2 septembre 2026
HAÏKU’CHE-CULOTTES
Un politique change aussi vite d’idées que toi ton bébé. Et pour les mêmes raisons !
mardi 1 septembre 2026
ON NE COQUILLE POINT EN VAIN
Petite fable affable
Un coq de village méprisait ses voisins
Et, pire en pays de poulaille, ses cousins
Il daubait. Ils étaient tous pires
Que sotte buse, c’est vous dire.
Bien sûr coqueluche, ce coquet tout caquet,
Des coccottes coquettes, sur un vieux haquet,
Coqueriquait haut à ses belles
Qu’il n’abusaient qu’en ribambelle ;
Il les goûtait fraîches, leur coquille brisant ;
Poulettes au mieux. Les êtres méprisants
Sont souvent les plus méprisables…
Et en cela inexcusables !
Ce coq hardi berçait donc de coquecigrues
Qui, volage pour les sens, n’était que grue,
Volatile hélas par essence
À son regard tout d’indécence.
Et pour le reste, il s’en tapait le coquillart
Mais un coquelet, vrai coquebin, au paillard
Cocardier fit reproche. Bourde !
Il dut fuir par les coquelourdes
Et les coquelicots, un gros coquard à l’oeil.
Adieu bon grain et coquillettes,
Coquillages en bris et vie follette !
L’incident fit coqueter dans la basse-cour
Et caqueter en ses coquetels. Ces discours
À leur coqueleux arrivèrent.
Pour le fat ce fut un calvaire :
L’homme lui pardonnait bien ses coquineries
Mais ses algarades point, ni ses chienneries.
« Trop tard, Têtard ! Pour toi, c’est soupe
Ou caquelon. À la découpe !
Saches bien que lorsqu’on est en dessous de tout
On se pense très souvent au-dessus de tous,
Mais pour cette mortelle faute
On trouve toujours sa chicotte ! »
lundi 31 août 2026
TÉVÉSCOPIE
Dans le vain poste de nos médiacraties,
Vecteur sans limite de médiocratie,
Il faut se faire clown, gugusse ou paillasse,
Pour être vu et entendu sans que ça lasse.
Qu’on soit auteur ou docteur, pour « résonner »
Il ne faut mie argumenter, raisonner,
Il faut jouer l'auguste ou le bobèche,
Le fagotin mal fagoté… mais de mèche.
Aussi l’historien se fait-il histrion
Pour exister… quitte à agiter le croupion.
Chacun se doit d’être bouffon plus risible
Que drôle, ou arlequin, pour être « visible »
Car on écoute volontiers le plaisantin
Comme on se ferme à ce qui fait byzantin
Dans le vain peuple de nos médiacraties
Heureux de croupir en sa médiocratie.
dimanche 30 août 2026
MATIN DE SEPTEMBRE
Sur une photo de Marc-Yvan Custeau publiée le 18 avril 2025
Finies les aurores d’été roulant rubis
Et ces aubes où le miel et l’or se mêlent en tresses,
La ronde des saisons, immuable, est traîtresse :
Viennent les bleus matins de septembre. On subit…
Dès lors, entre azurin, cobalt et violine,
Le jour naîtra couleur tablier d’écolier
Pour leur rappeler le retour à leurs cahiers,
À leurs leçons, aux heures opalines,…
Ils guetteront, sur leur frais chemin matinal,
Les cieux qui pers, du lilas à l’indigo virent,
Verront çà un pastel pâle propre à séduire,
Là du myosotis,… Ah, le ciel automnal !
samedi 29 août 2026
ET S’IL N’EN RESTAIT QU’UN…
Et si, d’aventure, là, il n'en restait qu'un
Pour faire saigner d'or l’encre de ses plumes
Et pour dissiper vos brouillards ou vos brumes,
Je serais celui-là c’est, je crois, certain !
Résonnera ma voix, écho impavide,
Alors qu’hélas tout de votre passé s'efface,
Livré au vain du temps qui court, autre face
Du néant de vos vies devenues si vides.
Et, par quelque hasard, s'il en restait qu’un
À mettre des strophes et des vers en volumes
Pour réenchanter des jours la vile écume,
Je serais, je le crois, encore au turbin
Pour raviver les souffles et pour enflammer
Vos matins, pour éclairer vos crépuscules
En ce monde où crie le fort et, minuscules,
Murmurent les faibles, d’amour affamés.
vendredi 28 août 2026
LA POÉSIE DU PAYSAGE
Sur une photo de Marc-Yvan Custeau, 5 septembre 2025
Est-il poésie plus belle qu’un paysage,
Décor habituel ou horizon nouveau,
Vu ou entraperçu, çà ou là, comme un visage
Peut l'inspirer ? Plaine, platin, monts ou bien vaux,
Dans leur simplicité, voire leur évidence,
Sans les chercher vraiment, on va, un beau matin,
Non pas les trouver, mais les rencontrer, par chance,
Surpris et heureux. Puis, car, las !, la magie s’éteint,
On va offrir cet instant où, sans fard ni force,
Sans que personne ni rien ne put le prévoir,
Ils vous ont pris au coeur, en ont brisé l’écorce,
Et faire admirer ce que beaucoup n’ont su voir.
Est-il poésie plus belle qu’un paysage
Vu ou entraperçu, çà ou là, comme un visage… ?
LE TEMPS DE NOS FREDAINES
À Eric P. pour son 62e anniversaire
Sur Le temps de la rengaine (S. Lama & Y. Gilbert)
C’était le temps des scèn' locales,
Quand on chaussait de fers nos point' et nos talons,
Fous de comédies musicales,
Mêm’ le dimanch’ c’était show ou répétitions.
L’âme cousine, l’esprit clair mais l’humeur badine
Pendant qu’les autres avaient ciné ou bien piscine,
On jouait duo en c’temps-là,
Souvent, j’le regrette quand je pense à tout ça…
C'était le temps, le temps béni de nos fredaines,
C'était le temps où on savait c’qu’était not’voie,
Rires et musique, Toi le sec, Moi la bedaine…
On savait c’que serait not’vie en ce temps-là !
C’était un temps où pour cent balles,
On avait du « style » : cravat’, veste et pantalon !
On était pas des enfants d’la balle
Et pour les autr’ c’était une récréation
Qu’ces deux fous sortis d’une époque’ mise en sourdine,
En noir et blanc, où l’jazz avait son officine.
C'était pas toujours simpl' que c’temps-là,
Mais je le regrette quand je pense à tout ça !
C'était le temps, le temps béni de nos fredaines
C'était le temps où on savait c’qu’était not’voie,
Rires et musique, Toi le sec, Moi la bedaine…
On savait c’que serait not’vie en ce temps-là !
Mais nous un jour, avant qu’les poissons aient des ailes,
Que vienn’ les quatr’ jeudi ou qu’les poules aient des dents,
On voulait hanter, pour sûr, des scènes nouvelles,
Faire les grands soirs des grands music-halls d’antan,
Oui, ceux du temps talalala d’nos rengaines
Talalala… Allez, allez !… Nous, on y croit, ma foi ! pas l’choix ;
Mêm’ si fermaient les sall’ d’antan,
Q’on enterrait les joies et le strass de ce temps-là…
C'était le temps, le temps béni de nos fredaines
C'était le temps où on savait c’qu’était not’voie,
Rires et musique, Toi le sec, Moi la bedaine…
On savait c’que serait not’vie en ce temps-là !
Ce que serait not’vie en ce temps,
C'que serait not’vie en ce temps-là !
jeudi 27 août 2026
L’OURS
Ces histrions sont mes geôliers. Des tortionnaires
Qui vont m’humilier ou, au mieux, m’aiguillonner
Pour un public qui rit, hue au signal donné,
La chaîne au cou, soyons jovial et débonnaire.
Je leur mendie quelques sourires sans pitié,
Promène ma vie, danse sur l’air à la mode,
Jaugé par des sots mal dégrossis, d’incommodes
Juges du bien et du bon… Des gâte-métiers !
La boule au cœur, je feins le pataud, le lunaire,
Le regard bienveillant mais mon orgueil muet
Alors que d’un coup de ma patte je peux tuer.
Ces idiots sans talent, ces tiques sanguinaires
Me font payer d’avoir rêvé plateaux, lumière,…
Car nos médias sont moins scènes que fondrières.
mercredi 26 août 2026
À PAUL* (VERLAINE)
Sur une photo de Marc-Yvan Custeau, 29 mai 2025
Pauvre Paul tu prétends que les merveilles
Vermeilles du levant et les couchants
Brunissant les cieux les prés ou les champs
Ta plume indiffèrent et mie ne réveillent
Instant suspendu et temps qui s’arrête
La Nature ne peut que nous émouvoir
À moins las ! de se refuser à la voir
En ses pastorales noblesses vaux et crêtes
Il n’est moment où l’encre ne s’éveille
Que pour féconder la page loin des clameurs
Chez ton humble suiveur qu’elle réveille
De l’aube au crépuscule elle rappelle
Que même au plus sombre de mes humeurs
Si le monde est vain la vie peut être belle
* Allusion au sonnet L’angoisse in Poèmes saturniens (1866)
mardi 25 août 2026
NUAGE
Semblant bien né de la dernière pluie,
Au détour des terminaisons de la nuit,
Un tout petit nuage en aube blanche,
Porté par l’aile du vent, coudées franches,
S’est accroché par défi, voguant et tremblant,
Au bleu du ciel d’été chauffé blanc.
Cet immaculé messager, peu preste,
Ce mouton esseulé, quoique céleste,
Caressait les nues dans l’air étouffant
Sans porter l’eau qu’on attend, piaffants,
Nous toisant de toute son altitude,
Le coeur trop sec, tout à sa solitude.
lundi 24 août 2026
À LA PONTE DU JOUR
Sur une photo de Marc-Yvan Custeau, 2 septembre 2025
Là, où la rivière effeuille la lune
Et où la plaine est moins noire que brune ;
Là, où l’aube à nouveau s’est fait un nid
Et où, las !, rien n’est vraiment défini,
Naît l’oeuf du soleil, en orbes timides
Et, vue la saison, en lueurs humides.
Pondu par les ombres de l’horizon,
Couvé par l’aurore braises et tisons,
Il arrive à nous dans sa simplesse
Mais avec une majesté sans faiblesse.
dimanche 23 août 2026
SE RÉSOUDRE À ABSOUDRE
Il faudra bien, un jour, oublier :
L’ostracisme ou même l’indifférence,
Le mal fait, le mépris comme l’offense
Et de résilience t’habiller.
C’est simple, vas, efface de ton esprit
Qui est vain et vil comme un vent qui va
Et vient. Et pour le reste adieu-vat !
Le savoir hors ta vue n’a pas de prix…
Bien mieux, arrache-le de ton cœur
La vie vaut par ses demain, en partie
Par qui vint à vous sans contrepartie.
Vengeance et passé ne font pas vainqueur !
Oui, est impératif d’oublier :
Quoi que l’on croit et qu’il en nous coûte.
Sinon comment continuer ta route ;
Comment avancer, l’âme déguenillée ?
samedi 22 août 2026
QUE VOIT-ON VENIR DEPUIS LE QUAI ?
Sur une photo de Marc-Yvan Custeau, 21 août 2025
Loin des crachats du crachin de l’automne,
Je n’ai d’yeux que pour cette mer gloutonne
Qui, dessous des nuages blancs venus
En troupeau, çà, là, moutonne d’écume
À l’heure ou les vents s’essoufflent, enfin nus
Et las, après avoir chassé la brume.
Elle me parle d’ailleurs sans murets,
De lointains neufs où rien ne nous effraie.
Jà, je rêve à des tropiques rebelles
Et à des océans à caravelles
Bossués, ou au sang des ciels du soir
Des terres que des caravanes courent
Dans la sueur salée d’un étouffoir
Que l’on nomme désert et où vautourent
De vils mondes ignorant tout de cette onde,
Tout en houle que mes songes enfin sondent.
Sans qu’on ne ferme un temps ses paupières,
Cette eau promet des îles sucrières
Où il n’est de fièvres de la soif
Ni affres de verte faim qui ternissent
Des horizons où il n’est d’autre taf,
vendredi 21 août 2026
SCIE
Je passe au rabot mes maux, sans fin et sans cesse
Pour en tirer copeaux de mots tout en finesse,
Puis je sculpte des strophes, au vieux ciseau du son,
Râpe mes vers de travers pour faire chansons,
Sonnets, seizains, odes, rondeaux ou bien ballades
Quand vous me croyez sourd, muet, vaincu, en rade…
La vie nous est bois brut, échardes en plus-value,
Faisons-en, en strophes des planches de salut :
Je passe au rabot mes maux, sans fin et sans cesse,
Pour en tirer copeaux de mots tout en finesse,
Des décors de rimes, bien poncées, sans poncif
Quand vous pensez que, fort lassé, je suis passif.
Qui sait combien il faut de sueur, de sciure
Pour mettre nos petits travaux sous reliure ?
C’est un labeur long, lent, un ouvrage à façon
C’est pourquoi quand vos nuits de rêves font moisson,
Je passe au rabot mes maux, sans fin et sans cesse,
Pour en tirer copeaux de mots tout en finesse…
jeudi 20 août 2026
PAR UN BEAU MATIN DE MAI…
Sur une photo & un titre de Marc-Yvan Custeau, 13 août 2025
Par un beau matin de mai,
Comme toujours, comme jamais,
Ranimant lors Flore et faunes
Mais rendant Zéphyr aphone,
Tout au bout de mon chemin,
Me vient un nouveau demain.
Par un beau matin de mai,
Loin des hêtraies, des charmaies,
Parle, poudré de lumière,
Un silence de fondrière,
Pour cet éclatant réveil
Du rond brûlant du soleil.
Par un beau matin de mai,
Le temps met des guillemets
À course qui est fuite,
Sans après ni ensuite,
Au vermeil de ce levant
Et du carillon du vent.
Par un beau matin de mai,
Loin des rêveurs, des ormaies,
Il pleut de l’or, des flammes,
Au ciel retrouvant son âme,
Sur l’horizon assoupi,
Et les bois au noir tapis.
mercredi 19 août 2026
TOI
Toi
C’est une voie
Et c’est un choix
D’amour courtois
C’est un émoi
Qui laisse coi
Comme on le voit
Sans un pourquoi
Toi
C’est plus qu’une foi
En rien ma croix
Ni de la poix
Laissant de bois
Ou bien sans voix
Rien de gaulois
Ni de grivois
Toi
J’ai ton minois
For les sournois
Narquois, matois,
Gens aux abois,
Âme en guingois
Pas que parfois
Ni quelquefois
Toi
Tu es ma loi
Sans désarroi
Et sans effroi
L’amour bourgeois
Mis au pavois
J’en suis pantois
mardi 18 août 2026
QU’IL EST DOUX LE PLAISIR DE SE LEVER TRÈS TÔT…
Sur une photo et un titre de Marc-Yvan Custeau, 26 août 2025
Qu’il est doux le plaisir de se lever très tôt
Et que les flammes du ciel offrent éclats de cristaux…
À l’heure où il nous faut éteindre les étoiles
Pour voguer sur les flots de l’océan du jour
Et tout recommencer, là, encore et toujours
Le vent n’a pas encor’ gonflé toutes ses voiles.
Qu’il est doux le plaisir de se lever très tôt
Et que la flemme est miel et parfums orientaux…
À l’heure où l’aurore se donne, tant pareille
À l’aube unique qui ouvrit le jour d’avant,
Toute en différences quand, tendre, elle éveille,
Avec déférence, ses murmures mouvants.
Qu’il est doux le plaisir de se lever très tôt
Fors lames et fiel de ces cités toutes en autos…
C’est cette heure où le pas du chaland, solitaire,
Défie la marche du temps, dans les bruissements
D’un monde qui, enfin, redevient mouvement,
Et communie, pour un instant, avec la terre.
lundi 17 août 2026
L’HIRONDELLE
Qu’on me prenne hélas pour un martinet
M’énerve, je l’avoue, un tantinet.
Car seule je fais le printemps, fidèle,
Et l’amène partout, à tire d’aile,
Par vos terroirs et puis par vos pradelles.
Fuselées, mes ailes affutées sont ciseaux
découpant l’air comme bateau fend l’eau
Elles font, profil effilé, que je trace
Et fuselée que je file, vorace,
Comme toute oiselle née de ma race.
Je fuis les sapinaies et les chênaies,
Préférant vos toits et vos cheminées,
Depuis le vieux temps où vos haridelles
Transportaient vos ballots ou baradelle
Et que vous éclairaient bougies, chandelles…
Je suis le plus gracieux des oiseaux,
Évitant rets ou réseaux à vos museaux
Et jamais le bleu du ciel ne me harasse
Même si de l’air jamais je ne brasse
Quand, de voltes, le nu des nues j’embrasse.
dimanche 16 août 2026
AU SEUIL D’UN PROCHE DEMAIN
Sur une photo de Marc-Yvan Custeau, 11 août 2026
Dans un monde aux heures devenues sans intérêt
Où, sans déblatérer tout est, las !, éthéré
Nous vient, tout à coup, quelque journée flambant neuve,
Un matin tout d’envols et tout d’apesanteur
Loin de la pesanteur de toutes nos épreuves,
Un éclair de clarté inspiré, dilatateur
Du temps, un embrasement hier inimaginable,
Embrassement demain jugé déraisonnable.
Cet avénement n’est point illumination,
C’est de l’âme, la céleste élévation
Aux beautés de l’aube qui toujours renouvelle
Ses promesses, aux desseins de ce proche avenir
Que cèle l’aurore, brûlante caravelle
De nos découvertes à faire, plaisirs à venir,
Venue pour transcender le tôt, damasquinure
À une vie sans tain, brillante enluminure.
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