Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

lundi 5 décembre 2022

LE JOUR DE GLOIRE

Petite fable affable d’après 
Des deux coqs & du faucon d’Ésope

Ayant vaincu en un combat singulier
Et, selon les dires, en restant régulier,
Son rival, un freluquet, ce coq-là
Tout en haut de son tas de fumier alla
Clamer à la face du ciel sa victoire
On ne peut plus justifiée, méritoire,
Refusant ainsi à tout le poulailler
Le droit d’en douter ou de la pinailler.

Il avait été habile, adroit, et, mieux, sage
Malgré sa complexion, en dépit de l’âge.
Il était donc le seul digne de régner.
Foin d’épilogue ou, las, ça allait saigner.
Un milan entendant ces éclats arrive,
Fond sur lui pour l’emporter sur d’autres rives
En disant : « Ne laisse jamais un moment
De vanité obscurcir ton jugement ! »

samedi 3 décembre 2022

HAÏKU DE CHIFFON

Le propre de l’Homme ?… Aimer le sale !*

* Je croyais avoir créé ce "bon mot"… mais il semble que Jean Yanne, hélas pour moi, m’ait devancé ! Grâce lui soit donc rendue.


LA VIE VUE DU TROU

Petite fable affable d’après 
Du fossoyeur & du médecin d’Ésope

Un sanglier enterre, au matin, un blaireau
De ses amis à six pieds sous le terreau.

Passe soudain le hibou médecin, à peine
La fosse comblée. Le cochon, sans gêne,
Interpelle notre docteur : « Toi, si savant,
Que n’as tu sauvé cet être qui, si souvent
A clamé haut et fort en ces bois ta science,
Ta grande sagesse et ta longue expérience ?

- Mais ce blaireau était si malade, l’ami !

- Fouchtra, aurait-il eu besoin de tes services
S’il ne l’avait été ?… Le voilà endormi
À jamais car tes soins lui furent des sévices ! 

- C’est ainsi que la médecine, pas à pas,
Avance : sa mort retardera ton trépas ! »

jeudi 1 décembre 2022

HAÏKU DE DICO’

Le problème avec les mauvaises langues c’est qu’elles ont, trop souvent, une bonne élocution.

LA SÉCHERESSE STRESSE !

Petite fable affable d’après 
Des grenouilles d’Ésope

L’été est trop chaud. Trop long. La mare asséchée
Voit mourir ses poissons et fuir ses grenouilles.
Ces dames veulent alors coasser, bien cachées
Dans l’ombre mouillée d’un fort vieux puit où ne grouillent
Point d’insupportables voisins, bien à l’abri
D’un soleil vainqueur qui déjà leur a tant pris.

« Ainsi, on ne manquera jamais de liquide !
Disaient tout haut ces batraciens intrépides »

L’été est trop chaud. Trop long. Le puits voit baisser
Tant son niveau d’eau que nos faces de gargouilles
Ne peuvent en sortir, et meurent harassées.
Qu’est-il arrivé à la tripotée d’andouilles
Dont je parle ? Elles n’ont pas compris que le plus
N’est pas le mieux, comme beaucoup d’olibrius !

mardi 29 novembre 2022

HAÏKU DE GONG

La pendule marque moins nos heures qu’elle ne ride nos fronts.

SANS L’OMBRE D’UN DOUTE !

Petite fable affable d’après 
Des voyageurs & du plane d’Ésope

Alors que la canicule accable la plaine,
Deux rouliers prennent le frais et reprennent haleine
Sous un très gros platane à la large ramée.

Considérant l’arbre, au lieu de se pâmer
De son ombre propice, voilà qu’ils le condamnent
Car, faute de fruits, il ne peut pas étancher
Leur faim ni leur soif : « Bah, à part la bédane
Qui peut tirer profit de cet embranché ?

- Ingrats ! fit la feuillée. Est-ce manière
De remerciement ? C’est de cavalière
Façon que vous louez ce qui vous permet
De fuir un soleil prompt à vous gourmer ! »

dimanche 27 novembre 2022

HAÏKU DU SOUVENIR

La nature ayant horreur du vide, l’oubli réinvente donc ce qui fault à nos mémoires.

C’EST QUOI, CETTE GITANERIE ?

Tentative de texte en caló en hommage à Loupzen qui me l’a inspiré

Des Romanos, plajo au bec, se mal tenaient,
Car leurs seize berges, sur leur endosses
Leur pesaient vraiment lourd,… comme leur acné.
Ils attendaient sans l’espérer que ces rosses
De Schmitts ne viennent, sans latche, les déloger
- Devel ! tous ces paysans ça bave
Sur les Romanos et ça poucave -
Alors, là, adja au plus loin sans déroger !

Pour passer le temps, ces tiknos penavent
Mais pas de criave, ni de chourave
Quand le niglo hélas vient à manquer,
Ni de ces narvalos qui font tant déparler
Des manouches qui aimeraient font à planquer :
On les croit bons qu’à maraver, même efflanqués
Quand le mol qui coule leur échauffe
Un sang bouillant jusqu’à la surchauffe ;
Leur surin, ici, là, vont les gratouiller ?!


Ceux-là voudraient bien qu’on vienne à chatouiller
Un pelo où le printemps fait la sève
Monter mais toutes les raclis des clans du camp
On n’y touche pas. Même pas en rêve.
Même pas du bout de l’acái, Vils Croquants !
« Dicave la gadji. Choucard son boule !
Un’ cañi à rupin à bouillaver. Sûr !

- Bah avec ta tronche de gail, ça roule
Pas !…  Et là ta maraji, va, c’est de l’impur…
Elle fait bander que tchi : faudrait, ma mère,
Avoir vraie bocata pour vouloir en bouffer.

- Tu me cingares là !… T’as le trac, pépère ?!
Zinda, tu veux tringler avant d’finir moulo ?

- Un Rom il fait et évite de penave
Sinon la vie, Balichó, il se pourave ! »

vendredi 25 novembre 2022

HAÏKU LONG COMME CHARLES !

Dans un monde où l’on dit volontiers tout le bien que l’on pense de soi et tout le mal que l’on suppose chez les autres, l’humilité passe pour une affectation suspecte ou de la fausse modestie,  « un artifice de l’orgueil » aurait dit M. de La Rochefoucault. Et pourtant, c’est la seule façon de garder les pieds sur terre…

NE COUPONS PAS LES CHEVEUX EN QUATRE !

Petite fable affable d’après 
De l’homme décoiffé d’Ésope

Devenu chauve, un bel homme se couvrit
La tête d’une perruque qu’il s’offrit
En vrais cheveux… C’était la moindre des choses
Pour continuer à voir la vie en rose.

Convié à une sauterie, le coquet
Se donna tant le branle après le banquet,
Au bal donné, que sa belle chevelure,
Las, chut dans les confettis et la sciure.

La stupeur passée, parmi les jacasseurs,
On se mit à rire mais notre danseur
Fit : « Allons, mes amis, où est la surprise ?
Ma toison de la tête d’où on l’a prise
N’a pas su tenir. Alors pourquoi aurait-
Elle demeuré sur mon crâne trop ras ? »

Cessons donc d’exiger de soi et des nôtres
Ce que l’on n'espère pas ou plus, des autres.

mercredi 23 novembre 2022

HAÏKU BIEN HUMAIN

Hélas Blaise, l’Homme est plus un roseau penchant que pensant !

LUNE SANS LES AUTRES

La passion est-elle absente 
Quand le soleil quitte les nues,
Mes jours où les joies sont en sentes
Et mes peines en avenues ?

Dame La Lune me console
De mes amours si vite enfuies,
Du temps perdu et de l’ennui,
De tout ce qui me déboussole.

Mais les lueurs du bon matin
Font refleurir de tristes heures
Que seul le désir du soir teint
De couleurs qui sont, las, un leurre.

Donc j’attends, sans cesse, la nuit
Qui fait ma plume enfin revivre,
Et l’encre qui de vers s’enivre 
Quand elle crisse de mots et bruit…

mardi 22 novembre 2022

HAÏKU RIRE

Le rire est le reflet de votre âme : qui vous méprise rit de vous, qui vous estime rit avec vous.

lundi 21 novembre 2022

HAÏKU DE LA VIE

Les trous de mémoire sont la tombe des souvenirs.

LE CHANT DU CYGNE

Petite fable affable d’après 
Du cygne & de la grue d’Ésope

Sentant sa fin venir, un cygne chantait
Le monde qu’il allait bientôt quitter.
« Je ne vois pas, lui dit la grue mesquine,
De quoi vous auriez à vous réjouir
Dans l’état qui est le vôtre : las, mourir
N’est pas gai. Sans vouloir être chafouine !

 - Oui, je sens que je vais partir, et dans l’heure…
Aurais-je donc tort de bouder mon plaisir
À être délivré, trop vieux à mon désir,
Des maux qui, de moi, las, se sont emparés ? »

samedi 19 novembre 2022

VRAI HAÏKU ?

On veut du vrai mais on se contente de l’acceptable !

QUESTIONS ANGOISSÉES D’UN GÉOGRAPHE DÉBOUSSSOLÉ

Peut-on croire qu’aujourd’hui encore Bergères-lès-Vertus (51) ?
Peut-on jumeler Chanceaux (21) et Cocumont (47) ?
C’est parce que ses habitants ont pris son nom au pied de la lettre qu’Hébécrevon (50) n’est plus qu’un hameau ?
Trouve-t-on plus de gens fragiles à La coquille (24) que qu’anciens alcooliques à Replonges (01) ?
Hé bé, Longcochon (39) ?!
Après Moÿ (-de-l’Aisme, 02), Le Déluge (60) ?
Les premiers-Sapins (25) sont-ils à l’origine des festivités de Noyelles (-sous-Lens, 60) ?
Voulez-vous Pacé (35) ?
Comment fête-t-on l’an neuf à Saint-Sylvestre (87) ?
Peut-on jumeler, non sans passion, Yaizu (Japon) et Croy (Suisse) ?

jeudi 17 novembre 2022

HAÏKU DU FOND DU PUITS

Voulant paraître profonds, d’aucuns se plaisent à être obscurs.

LA PART DES CHOSES

Petite fable affable d’après 
Du loup, du renard et du Singe d’Esope

Dame justice mange à tous les râteliers.
Il n’est, pour agrémenter ses quotidiennes
Repues, assez d’épices. C’est là une antienne
Ancienne que nul ne peut jamais oublier.

Un loup et un renard plaidaient l’un contre l’autre,
Se déchirant pour du lard que ces bons apôtres
Avaient dérobé dans une ferme… mal fermée.
Quoi qu’un bon arrangement vaille, en goguette,
Mieux qu’un mauvais procès, car l’échauffourée guette,
Ils veulent, devant le chat-fourré mal aimé
De la forêt, un fort vieux lynx, porter l’affaire.
Il entendit les parties puis sans plus s'en faire,
Demanda à chacun l’obole, et prononça
Son Verdict : « Messire Loup vous paierez, fissa,
Amende car vous exigez, à tort, de Maître 
Renard qu’il vous rende illico ce que ce traître
Jamais ne vous prit ; Messer Renard, vous paierez
Amende parce que vous refusez, terré
En l’Erreur, de restituer en temps et heure,
À ce fourbe de Loup ce que, par quelque leurre,
Vous lui avez robé par pure vilenie ! »

Ainsi fut fait quoique des chicaneurs honni…

mardi 15 novembre 2022

HAÏKU DIGNE D'UN PROVERBE

Qui pense faux peut parfois dire vrai.

VAGUES À L’ÂME

L’aurore accoste au havre d’une nuit pâlie
Dont l’aube déjà déshabille les rivages,
Drainant le miel, l’or et sang dans son sillage.
Dans ses voiles de brume tendues, châlit
Où sont prises, affaiblies, les dernières étoiles
Captives des vapeurs effilées de ces toiles,
Guidant vers un demain d’horizons incertains
Ou vers un avenir de tropiques lointains.

Et c’est là, dans cette anse d’ombres blêmies,
Voguant au gré de toiles tissés de cents songes
Sauvages, tramées sur des espoirs, des mensonges,
Que va aborder un jour nouveau dont frémit,
Au dos de ce rideau fuyant de mousseline,
Une réalité en rien, las, opaline.
Mais ce voile se délite si lentement
Qu'il laisse une place à l'Espérance qui ment…

lundi 14 novembre 2022

HAÏKU AU VERT

Je souscris entièrement à l’affirmation que « la Nature est bien faite »… sauf en ce qui concerne « la nature humaine ».

dimanche 13 novembre 2022

HAÏKU BRILLANT ?

Crier sur tous les toits est aussi vain que de se taire en une cave !

ÇA FICHE TOUT PAR TERRE

Petite fable affable d’après 
De la rose et des fleurs d’Esope

Tout le parterre de fleurs admire
Une rose thé, délicate et parfumée,
Dont la valeur surpasse la myrrhe
Tant sur ce sol si fertile et bien fumé
Elle est devenue le point de mire
De ses sœurs comme des douces attentions
De zéphyr, tout en caresse et en passion.
« Nous n’exhalons pas odeur si douce,
Si capiteuse, fit Marguerite au long cou,
Piteuse, quoique la même mousse
Baigne nos pieds !

- Mais moi, je vous envie beaucoup,
Répond Rose dans une secousse
De pleurs de rosée, car mes senteurs et mon teint
Chez moi ne durent que “l’espace d’un matin“ ! »

vendredi 11 novembre 2022

HAÏKU DE CÔTÉ

Pour mieux aller de l’avant, il faut parfois revenir en arrière.

NOCTURNES ERREMENTS

Sous un ciel redevenu géant,
Nez aux nues, nerfs au néant, 
Nain sans nom, sans but je vaque
Sur la noue, dans l’obscur cloaque
De la nuit, loin du bruit des rues
Mais plein du murmure des rûs.

Là, sous le baiser de la brise, 
Au roulis de cailloux que brise
Mon pas, je me laisse porter 
Toujours plus avant, emporté
Par le manteau de ces ombres
Qui me cachent au monde, au nombre
De ceux qui fuient, sots bécassons,
Le frais frisson des froids buissons.

Là, je redeviens solitaire,
En communion avec la terre,
« Insociable » dirait Rousseau,
Vrai misanthrope des ruisseaux,
Car la sauvage solitude 
M’est, las, préférable habitude
À l’urbaine mesquinerie 
À l’ingratitude pourrie
« Policée » diraient mes semblables,
Gavée de haines à eux aimables,
Nourrissant honteuses trahisons
Et discours tout en déraison.
Oui, j’oublie leurs cerveaux en friche
En idées faisandées si riches…