Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

vendredi 30 juillet 2021

jeudi 29 juillet 2021

HAÏKU DANS LE VIDE

Rêver éveillé revient souvent à dormir debout.

CHAMAILLE EN RIMAILLES

Petite fable affable

Dans l’ombrée qu’offre canopée, tout en presse,
Allant, venant et virevoltant sans cesse
Un colibri, aux corolles colorées,
En bon bec, compte fleurette sans arrêt.

Trônant dans une alcôve de lumière,
La queue en traîne de reine douairière,
Plus calme et donc se croyant sage, un quetzal.
À peine plus gros. Bien moins cordial.

Voilà donc nos deux causeurs du jour, mes Frères,
Indigènes de l’autre bout de la Terre.
« Être agité ne me sied !… Mon destin
N’est pas de finir feu follet indistinct,
Dit le quetzal. Je suis trop brillant, trop noble
Pour jouer les lampistes ou les escobles,
Comme toi qui tant t’épuises à collecter
Un nectar dont tu ne sauras profiter.

- Pourquoi songer à changer ? Moi, j’accepte
Servitude et joies de mon état, préceptes…

- Pauvret, tu te refuses à les abdiquer
Mais ne vas pas jusqu’à les revendiquer !
Le coupa son cousin perché, dans un rire.

- L’Ami, tu vois les choses, à vraiment le dire,
 Comme tu les veux ! » reprit lors l’empressé
Tout en s’affairant, les ailes frénétiques.

« Point de résignation, Oiseau Sceptique,
À qui a “un”destin”, viendra moment
Où il se réalisera. Et surement.
Je l’attends, là, quand toi en vain tu t’excites.

- L’Avenir est moins sur marbre qu’en calcite !
Dit l’oiseau-mouche. Advienne que pourra
Nous vienne qui voudra, arrivera
Toujours autre jour, encens ou belladone :
Le Destin, las, ne veut pas plus qu’il ne donne !

- Tu gères l’urgence en lampiste agité.
Ce n’est pas vie digne de notre beauté ! »

Ne sachant se contenir, l’autre réplique :
« L’espoir est imposteur dans la république
De ceux qui, ailes basses et crête activant,
Ne savent qu’attendre que tourne le vent ! »

















Illustration : Élisa Satgé, été 2019

mardi 27 juillet 2021

HAÏKU’M PARATIF

Tout ce qui est partiel est partial !

ÇA NE VAUT PAS UN PET DE LAPIN

Cycle toulousain

Ainsi parlait le ritou qui ne disait pas 
Deux fois la messe, sauf autour d’un bon repas.

Nous nous n’étions lors que des gosses,
Des ninous acaprissats et tant amaïrits,
Même peilharots. Oc, sans craque. Ça ditz !
On n’était pas mouflets geignards aux larmes grosses,
Pleurards et lamenteurs au premier « Avisa-té ! »
Ou au second « Malfisa-té ! », figura-té :
Non pas, l’était pas né qui nous la baillerait belle
Car pignes et bignes nous avait faits, jà, rebelles :
Les nôtres savaient que l’enfance n’a qu’un temps.
Mais, siouplet, n’allez pas penser, Bonnes Dames,
Qu’on allait jamais s’en croire pour autant :
La vie ne nous épargnait peine ni drame.

On vivait tout à trac et ça, ça valait dix,
Graillant a rigofi, riant comme jadis…
Puis nous viendrait, hélas, l’âge de la gnaque,
Et de la gagne. Seront abandonnées 
Les pentes usées et râpées par le cul tanné
Des gafets gâtés-pourris, ces pas maniaques
- Pardon “estafignous ” ! - qui testuts, mais pas trop,
Pour un rasclet, un quignon de pain vous iront - hop !-
Ici éclaircir les radis, là les carottes
Démarier ; castrer le maïs, tout en bottes,
Sous le cagnard, ou vendanger et ramasser
Les patanes, passé l’été et sa sécade.
Puis pour ces chaspaïres, il sera l’heure assez
De se marier une belle, une tocade…

Ainsi vivaient mes pères qui ne disaient pas 
Deux fois la messe, sauf autour d’un bon repas.

dimanche 25 juillet 2021

HAÏKU DE CAS MAIS RAT

Pourquoi Maurice Bunio a-t-il appelé son film « Les enfants de Lascaux » (1990) et pas, tout simplement, « Les papooses » ?


LES BATRACIENS BÂTISSEURS

Petite fable affable

Sur quelque terre d’Afrique où, impérial,
 Le Soleil règne sans partage dès Prairial,
Au sortir d’un marigot, était une sorte
De marécage tenant, à la saison morte,
Plus du bourbier que de l’étang, qu’arrosait,
De loin en loin le Nil, et toujours la rosée.

Mais c’était assez pour que vive en cette fange
Un peuple qui,  juste pour donner le change,
Coassait sans cesse sous l’œil gourmand d’oiseaux
Qui croassaient d’aise en ces populeux roseaux :
On s’agitait fort et bruissait prou à l’approche
De ces harpies voraces qui perchaient sur roche.

Hélas aussi, quand le très grand fleuve daignait
Le brouhaha fou de cette bauge baigner,
Un crocodile, terreur des eaux et des rives,
Par tous ces bruits attirés, comme à la dérive,
Arrivait. C’était lors carnage à faire rougir
De verte honte Romains à Carthage. « Agir
Plutôt que subir… ! Voilà ce qu’il faudrait faire ;
Voilà comment éviter les affres de l’affaire !
Barytona leur roi. Nous allons bâtir un mur
Pour rendre notre Eden plus quiet, plus sûr ! »

Et voila nos batraciens qui se font vite 
Chantres du pisé salvateur sans plus d’invite,
Avec  de la boue gâchée, du bois un peu, 
Liés à la bourbe en causant prou, l’air pompeux.
Là-bas, dans ces pays, leur peu d’eau vaut fortune
Et l’aisance rend superbe sous toute lune.

Et ainsi s’éleva un semblant de muret
Que l’on chanta haut, plutôt que de murmurer,
Car finie la peur du saurien, ce vandale,
Ce vaurien. 
Et tout ça, ma foi, pour que dalle !
Donc les choeurs des amphibiens rassérénés
Reprirent à la grande joie d'oiseaux attirés.

Mais qu’importe : c’était là ce que de Nature
On peut tolérer plutôt qu’être la pâture
D’un monstre. Cette terreuse muraille tint
Bon ses promesses : le Nil ne vint plus, matin,
Grossir le palud… lequel peu à peu s’assèche.
On réagit à grands cris : mur sec, point de brèche !
En grand silence, on mourut tous, avant longtemps,
D’avoir voulu la vie sauve et le cœur content.

vendredi 23 juillet 2021

HAÏKU DE NOVLANG'

Aujourd’hui les mots disent moins les choses qu’ils ne les cachent…

CAUSERIE & COCASSERIES

Assis sur mon banc, tel Miron mirant la mort,
Plutôt qu’avec une lippe de croque-mort,
J’écoute trois têtes de pipes qui papotent
D’« Hier », du « Bon Vieux Temps » passé, entre potes.
J’entends ces pipes qui ne veulent se casser,
Aux pas petits mais à la voix jamais lassée
Qui vit et vibre de vœux vains dont ils s’enivrent
Et de vents inventés, la mémoire en roue libre.

Ce sont preux provinciaux au verbe roi 
Qui du passant piteux peuvent faire leur proie :

Là, si on l’en croit, un petit Picard que puces piquent
Qui soule ses pairs de souvenirs éventés,
Répétés, pleurant ses cheveux partis, épiques,
Depuis l’époque où pavés volaient. Bonté !

L’autre, Provençal ventripotent, se parfume
Au pastis, et rappelle qu’il est mal portant,
Sa vie pipotant, que son palpitant, poids plume,
L’empêche de se remplir la panse « Pourtant ! ».

Le dernier, Poitevin au poux atypiques
Se perd dans ses parlotes. Moins replet,
Plus simplet, il pionce auprès de ses deux pratiques
Autant qu’il jaspine le clapet du papet !

Ces trois vieilles branches, « toujours vertes et solides »,
Naviguent à vue, effeuillant leur vieil éphéméride.

Ce qui fut leur « Livre », ils nous réécrivent en vrai,
Divaguant au gré de souvenirs fort pauvrets
Qui partent à vau l’eau, passant par leur cervelle,
Ponctués de pets « Pour te la servir plus belle »,
L’esprit en paix : « Vraisemblable vaut Vérité
Sinon qu’est-ce qu’i' diraient à la télé, ! »
C’est souvent pipeau et piperie la pérore
Chez ces trois peaux-là, qui s’épatent dès l’aurore.

Ça pépie tant que pies, ces pépés, ces pépis !
Ça ne me gêne guère, ni ne me crée dépit :
J’aime à les ouïr user ainsi leur salive
Et sais que, l’âge nous venant, on enjolive
Sans penser à mal ou aimant à couillonner,
Mais ignorais qu’on pouvait tant… postillonner !

mercredi 21 juillet 2021

HAÏKU D’ABUS

Est-ce que parfois, avec sa méthode, il pionce, Pilates ?

L’INFORMATION DU JOUR

Petite fable affable

Oyez, oyez, Messer Loup nous fut de retour.
Et ce loup-là, savait son métier et des tours.
C’était en l’an foiré où un virus, immonde
Perversité, avait fait s’encabaner le monde
Alors que le soleil, en rayons gracieux,
Tombait, chaque jour, doucement des cieux.

Profitant que l’humain se soit coupé, pour l’heure,
De tout, les bêtes avaient investi ses cités 
Et ces routes où l’auto’ tue tant et apeure,
Sortant de la torpeur, sans peur, hors nuitées.
Ils se sont multipliés, ou bien, tranquilles
Et sereins, transportés jusques au cœur de villes
Muettes et vides - “vivables”, disons le mot ! -
Sans craindre Épidémie, le moindre de leurs maux.

Ce loup s’était mis au hasard des chemins, l’âme
Jà enivrée des flatteurs fumets des bons mets 
À venir, et son cœur jà chaviré, Mesdames,
Des folles fumées que cache le verbe “aimer”.
Étant sans façon, farceur, cherchant aventure,
Il suivit donc les caprices des chemins,
Sinua par sentiers et sentes en verdure.
Seul. Ce qui le rendit altier comme un humain.

Par les prés il put se remplir la panse :
Prédateurs comme pasteurs étant confinés,
La faune s’était désapeurée de la danse
Des heures et des aléas de l’inopiné,
Se croyant à l’abri de toute faux mortelle ;
On vit lors en cerfs en rues !… Il les immola
Pour leur prouver que la Vie, hélas, restait telle
Qu’elle fut, aimant à peupler le Valhalla.

Il allait au grand jour, courant les miles en nombre,
Lui qui, jadis, dans l’ombre tant s’esquissait
Et dont la peau s’estompait dans toute pénombre,
Gâtant son talent d’un orgueil lassant assez.
Aussi le lupin mourut, le jour même où l’homme
Se déconfina enfin, dans un cri marquant
À la fois sa rage et sa douleur : « Pauvre Pomme,
J’ai oublié, qu’ici-bas, où tout m’est carcan,
 Les bonnes nouvelles, tout comme les mauvaises 
D’ailleurs, n’ont qu’un temps… même pour les plus balèzes ! »

lundi 19 juillet 2021

HAÏKU DE « PADEBRA, PADCHOCOLA »

L’homme politique promet tout, y compris de faire marcher le paralytique, et pour cela est prêt à tendre l’oreille à un muet, ouvrir les yeux d’un aveugle et causer à un sourd !


QU’ES ACO ?!

Cycle toulousain

« Me fa plan cagar ! » tempêtait l’Ancien
Dans son patois qui était parler sien,
Celui si doux d’une enfance peu tendre,
Celui qu’on ne pouvait plus jà entendre,
En langue bien moins morte qu’oubliée,
Sauf au bon bec des ménines aux voix rouillées,
Portant panier et sombre tablier,
Au coin des bouches édentées, où jà pègue
Un mégot roulé, des pépis qui roumèguent,
Honni de tout urbain, des « Parisiens »,
Ces « têtes de veaux », ces « têtes de chiens »…

Souvent, il me résonne encore à l’oreille
Des « Atal ! », des « Cal so que cal ! » sous les treilles
Ou des « Macarel, y’a quicom que truca ! » 
Ponctués de « Milo ditz ! » ou d’« Atz’aquo ! » ,
Trahissant langage venu d’un autre âge,
Quelque idiome faisant passer au village
Pour idiot, d’aventure, au bavardage
D’un estranger lettré, d’un « Parisien »
Trop « têtes de veau », très « tête de chiens »…
Nous, siouplet, ça nous faisait bien rire
De les voir se parler sans rien se dire !

Et, couçi couça, tous ces bons paroissiens
Crachant pas sur leurs voisins, en citoyens,
Causaient des branques et des cabourds de ce monde
En mots simples que l’escola dit « immondes »
Et le journal, las, passer de mode après.
Un verbe de vieux sentant, sans apprêt,
Notre glèbe et qui s’invitait sans arrêt
Dans leurs paroles mais, jà, pas chez leurs drôles
Destinés à d’autres vies, à d’autres rôles,
Plus citadins, « Et oc ! »,  plus « Parisiens »,
Plus « têtes de veaux », plus « têtes de chiens »…

dimanche 18 juillet 2021

LA VIE, EN QUOI ÇA HAÏKU’N SISTE ?

Quand ça résiste ou que ça persiste 

En quoi, l’Ami, que cela consiste :

Insiste pour toi, ou l’Autre assiste, 

Mais jamais, oh non, ne te désiste 

Tant que le moindre espoir , là, subsiste !


samedi 17 juillet 2021

HAÏKU AU CHŒUR

Est-ce déraison de vivre ?

SOUVENIRS… ATTENTION, DANGER !

Petite fable affable

« Il n’y a pas de femme frigides, dit-on,
Seulement des hommes maladroits ! ». Mes Commères,
La suite va vous prouver que, parfois, non.
N’en soyez pas, Amies, pour autant plus amères.

Au temps où les Lumières, à Paris, brillaient,
Ensalonnées, deux fort anciennes coquettes
Comparaient leurs aventures, causant de conquêtes,
D’histoires qu’on aimerait parfois oublier
- Loin des oreilles du confesseur : le vidame -
Évoquant emportement et déportements
Qui les faisaient si souvent glisser dans les ombres,
À l’heure où leur mari, dans ses appartements,
Dormait dans leur grand lit de nuit, la mine sombre.
Elles couraient, lors, se donner sans coquetterie,
Aimer prou sans jalousie ni vaine promesse
De lendemains soyeux tout en affèteries,
D’une vie à deux que l’on ferait, oc, kermesse.

Mais elles comprirent, la conversation
Filant et courant, à bien s'ouïr ces Belles,
Qu’elles aimèrent, jadis, mais avec passion
Pour l’une et dépit pour l’autre, quelque rebelle
Noble par le sang, que je ne peux nommer ici !
À n’en pas douter c’était bien le même homme
Car combien d’entre eux se faisaient tatouer,
Alors, le dard d’Apollon comme dit Prud'homme.
« Mais je ne pus guère, hélas, ma mie, en jouer
Ni en jouir. Il me souvient de sa marque
Qui disait SOUPLE… et, excusez la remarque,
C’était plutôt “mou” et pour dire, frustrant
Et insultant même, fit l’une, en vraie tigresse,
Malgré mon adresse, ma presse et mes caresses.
Il était moins homme que goujat, ce Gontran !

- Alors nous nous équivoquons, car le bel homme
Que j’évoquais portait comme inscription
À cet endroit-là, oh ce n’est point fiction :
SOUvenir de ConstantinoPLE… et ne fut gnome ! »

jeudi 15 juillet 2021

HAÏKU DU FABULISTE

Moi, j’ai le ver modeste, et n’y mets guère d’ « O » :

La Fontaine je ne boirai pas de tonneau !


EST-CE PAGNOLADE ?

À Marcel…

C’était au temps des secrets et du regain,
Et celui de la gloire de mon père, 
Qui n’incluait pas le château de ma mère.
On se moquait lors des pertes et des gains.

Diamant valant Topaze, j’aimais Angèle,
La fille du puisatier, plus belle
Que l’infidèle femme du boulanger.
Mais, las, j’étais un schpountz, donc pas de danger.

J’étais un cigalon, un Jean de Florette,
Plein de rêves fous et d’espoirs insensés
Pour une Manon de sources, si guillerette,
Qui ne m’a pas regardé comme on peut penser.

Pourtant je badais Naïs, Fanny,… et d’autres.
C’était le temps des amours, sans fin sans fonds,
Où l’on se rêve César mais l’on se vautre 
Comme Ugolin ou Marius, vains bouffons.