L’appartement d’un célibataire est un écrin sans bijou.
LES RIVAGES DU RIMAGE
Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques
parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…
jeudi 2 avril 2026
LUNE OCÉANE
Quand Lune navigue en nuit,
Elle s’effeuille en paillettes
De jour, lueurs faites miettes,
Sur la mer morte d’ennui.
Le ciel n’est plus dai de suie
Si la brise chante ariette
D’été, les nues, prudes, fuient
Voir ailleurs œil qui s’inquiète.
Quittant ses effets sans bruit,
Elle agite d’historiettes
Le Ciel qui d’étoiles luit,
Qu’au jour l’écume feuillette ;
À peine vues ; déjà enfuies.
L’eau qui goûte peu ces fruits
Redevient gouffre, oubliettes,…
Elle qui a tant d’hommes nuit,
Aventuriers ou mauviettes..
Elle perd sa perle qui luit
À l’heure où enfin nue, quiète,
Elle plonge comme caillette.
Fini le charme gratuit
Quand Lune navigue hors nuit.
mercredi 1 avril 2026
DEHORS !
Le chant de philomèle aux bourgeons qui reviennent,
Le frisson du buisson sont mes antiennes…
Je ne suis pas le poète des fleurs
Je suis le rimeur d’un monde qui meurt
Qui aux blancs nuages arracha les ailes,
Mit notre Eden en voies et venelles
Pour, sans vergogne, les veines lui vider
Et son sang, sans répit, dilapider.
On vit une époque de catastrophes,
Je vis, les joues toutes gonflées de strophes,
La plume toujours encombrée de vers
Pour chanter vert et vents mis en hiver,
Une nature qu’on ne sait qu’écrire
- Quand le temps est, las, à la circonscrire -
Pour en louer les ultimes beautés
Simples et sublimes… ou les ressusciter.
Pour un filet d’eau vive resté libre,
Un pré oublié je me sens félibre
Devrais-je dès lors rester coi ? muet ?
Le parfum des violettes, le bleuet
Tout en nuances méritent un hommage
Mon rôle est de colorer leur image
De leur redonner la parole un peu
Quand Vanité et Vain ont libre jeu.
Je prends du champ comme d’autres la mouche,
Au milieu des forêts aux feuilles farouches,
Sans fin, me douche aux rayons du soleil
Et me lave de pluie dès leur réveil,
Vous ne me jetterez jamais, gens prestes,
Dehors : j’y suis !… Et, malgré vous, j’y reste !
Pour amasser des plaisirs, des émois,…
Qui ne resteront pas longtemps en moi…
mardi 31 mars 2026
LE TEMPS D’UN INSTANT
Ça chahute en mon cœur
Fors la ville tranquille ;
Ni peine ni rancœur
N’y ont trouvé leur île.
Pourtant, il fait grand pluie
Et ma vie va sans toit,
Ignorant les patois
Des passants et du bruit.
Faut-il une raison
Quand un plaisir enchante
La vie si trébuchante
D’une arrière-saison ?
Doit-on errer en peine,
De pourtant en pourquoi,
Et surtout rester coi
Si explosent les pênes ?
lundi 30 mars 2026
dimanche 29 mars 2026
À JAMAIS PARTI…
Cycle toulousain
Je ne savais en te disant au-revoir
Que c’était un adieu, mon pays
Que je te disais. Quitte à te décevoir
Hélas, à jamais, je suis parti…
J’ai quitté ta plaine pour un piémont
Et j’y ai fait mon nid, à lui converti.
Hélas, à jamais, je suis parti
Trop loin de ton généreux limon.
Je voulais te revoir une fois mort
Pour te retrouver, toi et tous les miens,
Mais ici reposera mon corps
N’ayant gardé un toit chez les tiens.
Bien sûr, je te reviens parfois, mon pays,
Car, Ōc !, on n’est pas de si loin séparés
Mais las, à jamais, je suis parti ;
Revenu, je me sens égaré…
Quand tu pars tous les bleus de ton ciel t’oublie
Ils ne te reconnaissent mie, bons chrétiens,
Malgré les souvenirs qui nous lient,
N’ayant gardé un toit chez les tiens.
Alors ma mémoire te chante dans mes vers,
Surtout que j’approche de la porte de sortie,
Car las, à jamais, je suis parti…
Et ça me met le cœur en hiver.
Oui las, à jamais, je suis parti,
Mais jamais ne t’ai trahi…
samedi 28 mars 2026
vendredi 27 mars 2026
MA PLAINE
Là où las gîtait ma plaine,
Riche d’arbres et de grains
Et en gros bestiaux qui broutent,
Ne courent plus que des routes.
Longues comme des chagrins,
Elles vont, à perdre haleine,
Vers d’improbables lointains,
Vers d’indicibles destins.
Là où poussaient le blé, l’orge,…
Par des brouillards alourdis,
Il ne germe que taudis
Et banlieues coupe-gorges…
Là où le ciel épousait
La terre, où les nues épaisses
Traînaient sur les toits des bourgs
Ne sont qu’insolentes tours ;
Y survit l’humaine espèce.
Elle y pousse, sclérosée,
Dans un monde hélas fini
Mais qui rêve d’infinis.
Petite Arcadie naguère,
Ma plaine au soleil perdu,
Et aux souffles éperdus,
Te voilà terre vulgaire…
jeudi 26 mars 2026
HAÏKU’NSCIENT
Vu l’état des choses, y compris de la moindre d’entre elles, vaudrait mieux en inventer d’autres.
mercredi 25 mars 2026
UNE VIEILLE AVENTURE
Petite fable affable
Servir autrui n’est point sinécure ;
Et vieillir à le faire est gageure.
De toi, alors, hélas, nul n’a cure,
Ignorant le blanc en ta coiffure.
Pourtant, bien volontiers, on murmure,
Gaussant la lenteur de ton allure
Ou les rides dans ton encolure,
Tes flétrissures, feue ta denture.
Aussi il se faut faire une armure
Contre ces blessures et ses injures
Et qui les propage en belle enflure !
Or vécurent, en pays ligure
Quelques-unes de ces vraies crevures
Encore à l’âge où on se figure
Que dure sa beauté de gravure,
Ne songeant guère à sa vie future,
Aux arrêts de moires ou des augures.
Donc certaines, avec désinvolture
Harcelaient une vieille et sa hure.
Leurs mots n’étaient que morsures, ordures,…
Les mauvais tours de vraies flétrissures
Et leurs allusions des meurtrissures
Un jour ils l’envoient en cave obscure,
Connue de chacun pour sa froidure
Et ses marchés toutes en salissures,
- Éclaboussures ou bien vomissures ? -
Là, notre vieille à quelque bordure
De serrure ou alors de ferrure,
Se fit blessure. Une vraie coupure.
Car, dans ce noir, une créature
Lui fit piqûre aux dures brûlures.
Pour cacher aux maîtres la bavure
On prit une louable posture,
Malgré les marbrures et boursoufflures :
C’était juste éraflure… ou griffure.
Et oui, quoique jouant les pointures,
Belle carrure ou bonne charnure,
Certains ne sont pas plus que raclures !
On jure aux dieux que c’est là biffure
Et même, sans honte, on se parfure
Malgré son grand âge et sa courbure
Cette vieille fuyait la verdure,
Continuant toute procédure
Qui fait vire maison sans fumure
Ni jamais réduire la voilure.
Jour et nuit. Dia ! Toujours en chaussures.
Ça, oui ça, c’est une chose sûre !
Elle ne guérit point de l’imposture.
En mourant, elle dit d’une voix pure :
« Amies, quelle que que soit ta nature,
Saches que les petites fêlures,
Simples craquelures ou bien fissures,
Sont pires à nos vies que les cassures
Que ne peut réparer la soudure ! »
mardi 24 mars 2026
lundi 23 mars 2026
J’AI DEVANT MOI LE JOUR…
À l'occasion de la la journée mondiale de la poésie, 21 mars 2026
Sur un ver de Victor Hugo (1846) & une photo de Marc-Yvan Custeau, 3 janvier 2026
J’ai devant moi le jour et la nuit derrière,
La nuit qui fait sa mue alors que Râ étreint les nues,
Embrassant l’horizon, à l’heure des prières
Suspendues dans cet air léger qu’est devenu
Loin des gazons fleuris, de tapis de bruyères,
Le matin qui, enfin, se réveille avec toi,
Instant courtois compris entre deux temps matois.
J’ai devant moi le jour et la nuit derrière,
Déjà mes voiles volent au vent de l’avenir,
Pour goûter, loin de l’adversité altière
L’humeur des saisons dès lors, ma foi, à bénir
Quand, ailleurs, un ciel las noir, aux moeurs meurtrières,
Saigne sa pluie d’acier ou sa grêle de fer
Pour faire sur notre terre, un fol feu d’enfer.
dimanche 22 mars 2026
HAÏKU DU CHARPENTIER
Pourquoi chercher à avoir un toit ?
Ce n’est que des tuiles à venir ou des ardoises à payer !
samedi 21 mars 2026
LAVEZ CES ARTS !
Petite fable affable
La savane accueille un nouveau roi,
L’ancien souverain, fort maladroit,
Mangeant désormais par la racine
Malvacées et plantes d’officine.
On fait donc grand ménage partout
Pour que le jeune monarque, en tout
Lieu et en tout temps, dans son domaine,
Ne voit que le bon, le beau et le bien.
Ça va de soi !… Ça, on se démène
Pour qu’il ne lâche jamais les siens,
Parce qu’on l’aurait, las, mis en boule,
Sur ses bons sujets venus en foule.
Sur rocs, écrits violents de hyènes
Et de bien impudents dessins de haine,
Signés de babouins, attestent hélas
Du désamour pour leur ex-Atlas.
On gratte, on nettoie et on efface
Sur ordre d’un fort vieux gnou
Qui avait garder la vie et la face
En se préférant vivre à genoux.
La royale parade s’annonce.
Sûr, nul, alors, ne moufte d’une once.
‘Faut savoir révérence garder…
Donc moins brocarder que bobarder !
Au jeune souverain qui promène
Sa suffisance, jà peu amène,
Un lycaon lance :« Eh, on t’a fait
Grande lessive du mal qu’on pense
Des tiens et de tous leurs vils méfaits !
- Bien, jeune insolent, c’est une chance :
“Ce que je ne sais pas ne saurait
Me nuire” m’a dit mère adorée.
- Et même si ça peut te détruire ?
Répliqua l’autre à faire fort bruire
L’assemblée béate. C’est risqué !
- Oh, bien moins, malingre freluquet
Que de me montrer mépris ou rage.
C’est ce qu’on me fait sur le moment,
Même si on appelle ça “courage”,
Qui vaut toujours un prompt châtiment ! »
vendredi 20 mars 2026
jeudi 19 mars 2026
NOTRE AUTOMNE
Librement inspiré de J. Prévert
Oh, mon Dieu, je voudrais tant que nous reviennent
Tous ces jours heureux où nous étions amants,
Ces vertes années, faut-il qu’il m’en souvienne,
Où nous étions herbes folles mêmement…
Mais notre automne à mes yeux te rend plus belle
Quoique, non je n’ai rien oublié,
Si nos feuilles mortes font payer leur gabelle
Les vents n’ont su nous faire plier.
Chênes parmi roseaux que le temps emporte
Alors que les frimas frappent à notre porte,
Puisque non l’on n’a rien oublié
Et restons lierres entreliés
Des abimes où meurent les amours enfuies
Nous savions hélas, qu’ils existent ;
Les précipices où les souvenirs sont enfouis,
Chaque jour qui vient, on les évite.
Naguère, nous sommes allés tous deux ensemble,
Toi qui m’aimais et moi qui t’aimais,
Par ces sables mouvants qui sous les pas tremblent,
Moi qui t’aimais et toi qui m’aimais.
Et aujourd’hui, nous allons encore à l’amble,
Ensemble, aux heures qui encore s’assemblent
Face à l’amer des beaux sentiments
Quand écume le ressentiment…
mercredi 18 mars 2026
mardi 17 mars 2026
REBELLION CONTRE LE TALION
Petite fable affable
Un célèbre chinois, un vieux sage
Avait, nous dit-on, l’étrange usage
De ne s’énerver mie au grand jour.
Un fidèle, membre de sa cour,
Demanda : « Si je puis me permettre :
Pourquoi ne te venges tu pas, Maître,
De tous ceux qui te veulent du mal
Par actes ou par mots. C’est pas normal !
- À quoi bon, disciple, mordre un chien
Qui t’a blessé, comme un béotien
Qui ne sait pas que si tu l’ignores
Ton ennemi souffre plus encore ! »
lundi 16 mars 2026
dimanche 15 mars 2026
RÉVEILS
Sur une photo de Marc-Yvan Custeau, 7 octobre 2025
Le soleil, ce matin, joue les bretteurs
Avec les sombres ténèbres qui s’escriment
À rester dans l’ombre et, provocateur,
Joue de la taille et de l’estoc mêmement
Pour chasser la pénombre, inspirateur
Du recommencement de tout un monde,
D’une renaissance pleine de faconde.
Il fait éclore quelques roses au vair
De la mousse comme il pare le revers
De nos pierres les moins précieuses
D’éclats de cristaux, éveille les couleurs
D’une aurore jamais capricieuse
Quand il s’git d’éteindre nos douleurs.
Tombé d’un ciel serein, le vent soupire,
Pour évaporer mes soucis aux nues
Et la rosée qui a établit son empire
Au pied des taillis et des blés grenus,
À l’heure où, jà, le jour se fait vampire
Non loin des grands bois sourds du père Hugo
Tirés du sommeil et déjà tout ragots.
Un oiseau se gonfle de chants qui mettent
Du miel dans mon encre, et comme allumette,
Ils éclairent mon âme et font mûrir
Mes mots mus en vers à leur lumière,
Embaumant des pages promptes à mourir,
Et ma verve devient verbe, altière.
samedi 14 mars 2026
HAÏKU DANS LE FROC
Il y a tellement de superstitions dans nos religions que je me demande si elle ne sont pas elles-mêmes que superstitions.
vendredi 13 mars 2026
QUAND ON A L’AMOUR DES VIEUX C… !
Petite fable affable / 23 janvier 2024
Un jeune monarque eut bonne presse
D’avoir épousé vieille maîtresse…
Puis, dès qu’il sortait on le huait
Le raillait ou bien le conspuait.
Ce roi qui se voulait démocrate,
Imbu de lui jusqu’à la rate,
Voulut que son peuple l’aime enfin.
Or, il haïssait jusqu’à plus faim
Ce souverain qui tant le méprise
Et le lui dit à plusieurs reprises.
Il dissout sans raison l’Assemblée
Mais, hélas, prend alors une assez
Belle déculottée. Mémorable.
Ne goûtant guère coups sur le râble,
Par quelque royale lubie
Le roi fit chancelier un zombie
Pris non dans majorité gagnante
Mais chez perdants, tiques trépignantes.
Le vizir voulut équipe. V’là
Que peu acceptent : honnêtes ou bien las
Refusant fourberie, mascarade,…
Le ministre, pour ne pas être en rade,
Ne racla point les fonds de tiroirs
Pour trouver des gens à son miroir,
Mais bien le fond des pires poubelles…
Y trouvant ratés en ribambelle.
La révolte reprit à bon droit :
Il n’est de bons sujets sans bon roi !
jeudi 12 mars 2026
mercredi 11 mars 2026
GAZA
Gaza se meurt, abandonnée, sous ses décombres.
Étouffée par le silence, elle n’est qu’ombres.
Non ce n’est pas guerre celle faite aux civils
Ou d’interdire à chacun toute aide humanitaire ?
Comment peux-tu ne pas te sentir lâche et vil,
Israël, quand tu enterres vivants, sur leur terre,
Des enfants ? Quand il n’est avenir que pénombre ?
Et tout ça, paria, parce « Tu encombres » ?!
Étouffée par le silence, elle n’est qu’ombres.
Non ce n’est pas guerre celle faite aux civils
Ou d’interdire à chacun toute aide humanitaire ?
Comment peux-tu ne pas te sentir lâche et vil,
Israël, quand tu enterres vivants, sur leur terre,
Des enfants ? Quand il n’est avenir que pénombre ?
Et tout ça, paria, parce « Tu encombres » ?!
mardi 10 mars 2026
HAÏKU DE CROIX
Tout est secte, hérésie ou sorcellerie aux yeux du dogme qui, hier, n’était que secte, hérésie ou sorcellerie.
lundi 9 mars 2026
C’EST DISCUTABLE ?
Petite fable affable
Un macaque insolent essaya,
Bien plus en sabots qu’en espadrilles,
Las, de discuter le bout de gras
Avec le plus taiseux des gorilles.
Celui-ci, dans les airs, sur un mot,
- Vlan, au désert, les diserts marmots ! -
Lui fit danser macabre quadrille.
Plus tard, un sage et vieux chimpanzé
Voulut pour jouer les joyeux drilles,
Discuter le coup, sans pavoiser.
Notre mal embouché de service,
Lors, le caressa comme on étrille
Et lui laissa donc le dos, en vrille,
Sans y voir là le moindre sévices.
Puis, un bonobo mal inspiré,
Plus désagréable qu’un zorille,
À son tour, vint dans cette forêt
Pour discuter du sexe des anges.
Ses « Ça s’discute… ! » étaient banderilles
Qui finirent en douloureuses trilles.
Avec le mastoc qu'un rien dérange.
Depuis sous ces tropiques apaisés
Où que se l’on se cache ou que l’on perche,
On apprend à qui aime à causer :
« Sois-tu trublion ou tabellion
Ne te mets jamais à la recherche,
Si tu tiens à la peau de ton derche,
De poux dans la crinière d’un lion ! »
dimanche 8 mars 2026
samedi 7 mars 2026
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