À Emile Nelligan (1879-1941)
Moi aussi, au couchant des années,
J’ai pris le goût de ses fleurs fanées.
Et, bien plus qu’à mon tour, j’emprunte
Les sentes, où j’ai laissé mes empreintes,
Qui mènent au levant de mes beaux jours
Par des souvenirs, pleins de détours,
Dans les parfums ivres des tonnelles,
L’arôme des roses maternelles.
Enfance enfuie, enfance enfouie,
J’ai souvenance d’heures éblouies
Tramées de chagrins et de lacunes,
Parfois tissées d’ennui à la brune,
Volées aux si longs hivers d’antan
Aux beaux étés d’il y a longtemps.
Elles sont, aujourd’hui, remembrances,
But d’inavoué de mes errances.
Moi aussi, je ne fais mie le deuil
D’un temps, dont je semble encore au seuil,
De ce passé qui est mon histoire,
Qu’on ne trouve dans aucun grimoire,
Que hantent les landes de l’oubli
Où, las, ma mémoire a fait son lit
Que guette la nuit de l’amnésie
Qui, jà, mon esprit anesthésie.

