Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

mardi 29 septembre 2020

HAÏKU’MPE T’ES BON !

Ce n’est pas parce que je solde mon compte que vous allez faire une affaire !

DE FEU L’ESCARGOT

Petite fable affable

À la mort de Sir Escargot
Qui n’avait guère de magot
Et, las, encore moins d’ego,
Vinrent ses fils et le notaire
Qui leur apprit, en son argot,
Que le vieux, très terre-à-terre,
Avait testé, ah quelle affaire !,
En faveur d’un coléoptère.

Il se firent protestataires,
Puis plutôt que de se taire
Les lésés, au destinataire
Du legs, firent un grand procès.
Il n’aura pas sur cette terre
L’appartement du vieux. Ces
Sottards-là, plus grabataires
Que leur père, ayant tous accès
À une vraie maison fixée
Sur leurs épaules étaient vexés.

Thémis débouta notre insecte.
Aussitôt la terrible secte
Des fils s’écharpa par d’abjectes
Façons : qu’avaient-ils donc besoin
De ce toit déserté qu’infecte
Déjà l’humidité ? Chafouins,
Ils crient tous, dans leur dialecte,
Au vol, appellent au coup de poing,
Se déchirent, se font le groin
Et s’entretuent de loin en loin.

Et pourquoi ? Pour rien ou peu :
Pour une vraie coquille vide !
Combien de frères avides
Au tout dernier adieu
D’un des leurs, jaloux, envieux,
Ne font pas mieux qu’ils ne valent 
Et se perdent dans l’intervalle 
Comme escargotons adipeux ?!

dimanche 27 septembre 2020

HAÏKU PET

J’ai eu vent que certains trous du cul étaient dignes de rester dans les annales.

L’ÂNE FATIGUÉ D’ÊTRE BÊTE

Petite fable affable

Las de cette bêtise qu’on lui attribue,
Le grison qui vivote chez mon voisin, imbu
De sa position, et ce n’est pas là fadaise
Ni foutaise, un Homme se voulut. Tout à son aise.

Pourquoi donc me direz-vous ? Car il est tant d’humains 
Qui, sans mal, sont des ânes. Inverser donc, dès demain,
La chose était possible : s’il connaissait ses lettres,
Il s’éduquerait. Il s’en ouvrit donc à son maître
Qui coiffa un bonnet à oreilles de baudet,
Enfant. Il trouvait ce fermier bête à bouffer
Du foin, ce benêt dès, qu’hélas, il avait un verre 
Dans le nez, occasion qui lui faisait vivre un calvaire.

Le paysan donc trouva l’idée bonne. Et mit, dès lors,
Sa famille au travail : il vendrait, sûr, à prix d’or
L'œuvre de tout ce petit monde si le prodige
Arrivait. Et sans parler de son futur prestige.
Mais ils eurent beau, tous, braire il n’advint las rien
Qui ressemblât aux espoirs qu’eurent ces vauriens.
Car Dame Nature ainsi le veut, impérieuse :
Esprit ne se gagne, sottise est contagieuse !

samedi 26 septembre 2020

vendredi 25 septembre 2020

HAÏKU POBOL

Il y a des peigne-culs aussi parmi ceux qui arborent une coupe à la brosse !

UN RHINO, C’EST ROSSE !

Petite fable affable d’après Ph. Briola

Au cœur des savanes où des hyènes ricanent,
Un lion croise un rhinocéros, fort court sur canes,
L’œil sournois, qui ne le désignait pas comme proie,
Avec, sur le nez, plantée, une longue corne :
On aurait pu s’embrocher sur pareille borne.
Quel trophée serait cette prise pour un roi !

Poussé par l’impérieux désir qu’a la bête
Curieuse, il aborda ce tas, bille en tête
Usant pour l’occasion de civilités.
« Bienvenue en ma Patrie si fraternelle,
Cher inconnu, même si on a peu de nouvelles
Présences en ces lieux de convivialité !

- Mais je connais cette terre. Elle fut mienne
Tant que j’y trouvais cette nourriture saine
Qui me fait tel que tu me vois aujourd’hui.
Lui répondit lors le tranquille pachyderme.
Hélas, cet aliment vint à manquer à terme.
J’en ai abusé… Et ce pays j’ai fui.

- Donc te voilà de retour chez toi alors, lui lance
        Le souverain.

- Oui, car l’est aussi ma pitance !

- Et que mangeais-tu donc qui ici disparut ?

- Ni herbe ni feuilles ne donnent taille et force ;
Et mon espadon ne pousse, plus dur qu’écorce,
Que si je bouffe du lion. L’eusses-tu cru ? »

jeudi 24 septembre 2020

mercredi 23 septembre 2020

HAÏKU AU TROU

Sans appel, avec toi, j’ai fait bonne pioche !

LES DEUX INSOLENTS

Petite fable affable

Dans une courette, deux chats,
Copains comme cochons, chahutaient, liesse
Momentanée de ces pachas
Allant de jour ou de nuit, sans presse
Et sans souci, sans fin ni faim,
De la sieste à l’assiette, avec adresse,
Sous l’œil d’un vieil aigrefin. 

Les deux compagnons l’interpellent :
« Eh, Grand-Père, n’as-tu, toi, point d’ami,
Pour jouer entre deux coupelles
De lait ? 

- Si fait, Gamins. J’ai un « ami ».
Un seul car, comme disait l’homme
Sage* : « Rien n'est plus commun
Que ce nom et rien n’est plus, en somme,
Rare que la chose. » Moi, chanceux, j’en ai un !

- Et qui est cet heureux élu, l’Ancêtre ?

- Le hibou du vieux chêne, Enfant !

- Il est plus taciturne que notre maître
Ou toi… en moins ébouriffant !

- Mieux vaut un ami timide 
Dans l’expression de ses sentiments 
Mais qui saura toujours, et au bon moment,
Te tendre une main, même humide,
Qu’un volubile qui te tapera 
Dans le dos pour mieux t’y planter, traître
Le poignard qui, las, te tuera
Ou te pousser à tomber sans y paraître… »

* Socrate semble-t-il, selon Phèdre (III, 9), cité par J. de La Fontaine (Parole de Socrate, Fables, IV, 17)

lundi 21 septembre 2020

HAÏKU NIQUE

Déposer une main courante c’est-à-dire baladeuse, c'est la faire s’arrêter sur l’essentiel des choses.

UN TESTAMENT PAS SI BÊTE…

Petite fable affable d’après
Le testament de l’âne de Rutebeuf (XIIIe s.)

Ne connaissant pas d’autre loi que son caprice
Notre si bon curé avait bonne paroisse.
Quand d’autres prieurs, mendiants, la poisse !,
Vivaient de la charité de pauvres jocrisses
Et de l’aumône de miséreuses nourrices,
Lui touchait une dîme généreuse emplissant
Ses greniers et armoires à plus de dix pour cent !
Mais ce ladre n’était prodigue qu’en caresses
Pour son vieil âne allant à toute besogne,
Le pied sûr et l’humeur toute d’allégresse.
Or notre avare prêcheur, au retour des cigognes,
Perdit sa bête, son ami que, sans vergogne,
Il pleura autant que le sou qu’il perdit un jour
À cause d’un trou de poche qu’il maudissait toujours.

Et, considérant qu’il avait été le plus fidèle 
De ses fidèles, le plus amène et docile
De ses paroissiens, à la lueur des chandelles,
Il l’enterra, malgré l’avis de maints conciles,
En terre consacrée comme un fils de Dieu.
Ce fut pour ses ouailles blasphème odieux.

On en avisa l’évêque toujours en quête
De quelque affaire pour arrondir sa bedaine.
Mais le prélat le sut. Avant que requête
Lui vint du diocèse, il courut dans la quinzaine
Auprès de l’Autorité pour apaiser sa haine.
« Le cimetière est le repos des baptisés,
De qui a conscience et âme aseptisée ! 
Non charnier pour de vulgaires sacs à puces
Et autres parasites. Nous soient-ils des proches !…
On en a brûlé pour moins que ça chez les capuces ! »

Après avoir été agoni de reproches,
Notre officiant voulut, par habile approche,
Qu’il l’entendît, seul à seul, en confession.
Le primat lui offrit son approbation :
« Oc, j’ai péché, Monseigneur, vous êtes mon juge
Devant Dieu. Je me repens d’avoir mon âne
Inhumé de la sorte. Œuvrant en mon refuge
Sans compter sa peine, sans faire de grabuge,
Il touchait une pièce par jour. Cette manne
Il économisa. Quand vint la faux sans saveur,
Il testa ses économies en votre faveur.
Ajouta le révérend en montrant une bourse pleine
Que l’évêque aussitôt égara en ses poches.
Le tout contre un coin de terre sainte. C’est peine
D’accepter mais comment refuser un peu de laine
Pour réchauffer l’Eglise et faire résonner ses cloches.

- La divine miséricorde est infinie, 
Mon fils, va en paix. Pour moi, l’affaire est finie ! »

Quiconque a de l’argent assez et de jugeote
Un peu, décrottera au plus vite ses bottes.
Ainsi nous l’apprit le très sage Rutebeuf
Qui n’eut hélas, ici-bas, ni âne ni bœuf…

samedi 19 septembre 2020

HAÏKU’N CENTRÉ

Taper dans l’Émile lui fait mal.

C’EST TOUT DETTE !

Petite fable affable d’après Anne Cailloux

Dans nos montagnes, on aime à tondre 
Et brebis au frisé gilet
Et touriste venu de Londres ;
L’une pour sa laine et son lait,
L’autre pour ses gênes et son blé…

Cette année, hélas c’est la Crise
Du troupeau des seconds on n’a pas
Vu la queue. Misère a donc prise
Sur notre « Hôtel des catalpas »,
Et commerces de notre pampa .

Alors chacun emprunte à l’autre
De quoi vivre et tenir le coup
Jusqu’à ce qu’enfin un apôtre
D’Albion se hausse le cou
Dans notre bon nid de coucous.

Il prend à l’hôtel une chambre.
Son billet est aussitôt porté
Chez le boucher, qui en cœur d’ambre,
Faisait crédit sans le colporter
Au gargotier sans s’emporter.

L'équarisseur paya lors le rustre
Dont les bêtes garnissaient l’étal ;
Et celui-ci la garce frustre
Faisant son bon plaisir zénithal.
On n’est de bois ni de métal !

La Belle régla son ardoise
Restée chez notre hôtelier
Au moment où, la moue narquoise,
L’Anglais renonçait aux béliers
Et autres joies des halliers.

Il fut donc remboursé sur l’heure.
Pas plus d’argent n'a circulé
Chez nous, mais pas moins n'en demeure :
Personne n’a de dette à régler !
À méditer chez les acculés…

vendredi 18 septembre 2020

jeudi 17 septembre 2020

HAÏKU QUI FAIT MÂLE

Ce que je garde sous le coude finira par être oublié dès que je l’aurais levé !

À L’EAU LE CIEL

Petite fable affable

Cette année-là fut inondé notre village,

Les pluies de printemps, abondantes, ayant duré.
On fit évacuer le bourg du plus jeune âge
Au plus grand. On s’y plia tous sans trop jurer
Ni ramer à l’exception du vieux curé,
Qui à l’aide des sapeurs préférait, fidèle
À sa foi, l’intercession d’un Dieu
Qui, pour leurre, pleurait sur l’Homme et l’asphodèle.

Seul devant le maître-autel, en orant, pieux
Comme une image sainte, il priait prou, à haute
Voix, et psalmodiait ses psaumes du mieux
Qu’il pouvait, de l’eau jusqu’aux chevilles, sans bottes.
Elle y croyait vraiment cette sacrée calotte !
Mais les sauveteurs, en barque, revinrent, quand c’est
À son torse que l’eau arriva. Ils le trouvèrent
Contrit, à genoux, en sa nef noyée. Insuccès !

« Du haut des Cieux, me sauvera Notre Père ! »
On revint quand, en chaire, montèrent les flots.
On l’y trouva, à plat ventre, son âme au calvaire,
Attendant encor’ le signe ou la main du très Haut
Qui le sauverait plutôt que ces humains en canot.
Confiant ou obtus, il mourut ensuite.
Il rejoignit les Élus, mais quand il parvint
Là-Haut, il fit au Barbu et à sa suite : 
« Pourquoi ne pas m’avoir tendu la main, ô mon Très Saint
Seigneur ?… Un geste un mot aurait suffi à faire 
Que je vous serve encore, en bas, entre hosties et vin ! 

- Mais je l’ai fait, mon fils. Ne t’ai-je pas sur terre
Envoyé par trois fois, je crois, les pompiers ? 
En refusant, que cherchais-tu à expier ?
À moins que ce ne soit l’Orgueil, péché impardonnable,
Qui ait guidé ta Raison ? Sache qu’un divin
Secours prend, et depuis les premiers âges,
D’abord forme dans l’humain recours, cher devin ! »