Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

jeudi 9 avril 2020

CHER HAÏKU

Tirer chère de sa chaire ne fait pas toujours bien en chair, ma chère Cher !

SON DILEMME OU NOTRE PROBLÈME ?

Petite fable affable

Là où, las, il ne fait pas chaud,
Parce qu’il n’était pas manchot
Ce pingouin-là fut fait roi
D’une vraie bande de ses pairs.
Parole rare, esprit étroit
Il se donnait l’air d’avoir l’air.

Interrogeant l'un de ses sujets
Sur un frivole et vil objet
Celui-ci parla. Ses mots
Furent reçus comme un affront
Et l’on se proposa, grimaud,
D’émasculer ce vrai bifrons.
C’est commun chez ces animaux !
Il échappa de peu à son sort,
Fortuna lui étant sponsor.

Hélas, à quelques mois de là
Ayant oublié l’échalas
Discourtois, le roi, à nouveau
Le questionna. Ayant compris
La leçon, il se tut. Un veau
Marin par quelque chasseur pris
N’aurait eu de regard plus gris.
Ce silence fut pris pour soufflet.
On voulut empaler ce moufflet !

Le pauvret ne dut son salut
Qu’à la fuite. Et un chalut
Lui permit, lors, cet exil
D’un monde où se taire ou parler
Vous vaut, ma foi, grêle ou grésil
Également, sans pourparler
De la part de tout alguazil
Illustration : Élisa   Satgé

mercredi 8 avril 2020

HAÏKU DE CRUCIFIX ?

La mort d’un croyant peut-elle être hâtée ?

L’ÂME EN AUTOMNE MAIS LE CŒUR EN HIVER

Drapé par la robe d’une aube au couleurs chaudes, 
Alors qu’aux prés une rosée givrée blanchissait,
Un soleil froidi au loin naissait comme en fraude
Éclairant le jardin où, près des buissaies,
M’attendaient des lumières devenues ombres
Sous des feuilles en habit rouge, ocre ou vermeil.
Grille grinçante, sous la tremblante pénombre
De ce dais mordoré, là sort de son sommeil
Cet enclos qu’un vent balaie encore et encore
Sous le gris du ciel que du noir, là, décore.

J’ai poussé la grille du vieux cimetière,
Ce pays du souvenir est terre d’oubli
Où le nom d’inconnus brisés sur d’altières
Stèles proclament une éternité affaiblie
Par ces ans qui endorment par trop les mémoires,
Figées au pied des cyprès noueux dressés.
Là gisent mes hiers, les vôtres, dont les Moires
Ont éteint, las, les regards rieurs ou lassés,
Enterré des sourires sous pierres froides
Aux épitaphes louangeuses qui paradent.

Des tombes s’affaissent et, jà, quelques noms s’effacent
Quoique gravés dans le granite ou le grès gris,
Illuminées par des soleils empotés face
À des plaques rouillées rongé de vert-de-gris
Un seul jour dans toute l’année… C’est l’éphémère
Célébration de tous nos Anciens
Sous un ciel, sale comme une soutane amère,
Usant qui caresse l’horizon laurentien
Sous lequel se fanent des concessions rances
Au fil de saisons d’absence ou d’indifférence.

mardi 7 avril 2020

HAÏKU DE RAIE FORME

Sans vouloir donner dans l’alarme, nos droits se réduisent comme peau de chagrin !

L’ERMITE ERRANT

Petite fable affable

Sur une terre où les dignités avaient été
Mises hélas à l’encan et où la naissance importait
Plus que le talent vivait, là, un très vieux sage,
Las d’un monde sans valeurs, d’un peuple sans usages.
Il n’était donc pas sur les tablettes de son temps
Ce dont il se moquait, toujours gai mais jamais content :
Comment et pourquoi attendre la perfection d’êtres
Aussi imparfaits que l’Homme assujetti au paraître ?

Résolu de vivre au désert, il se fit donc « ermite »,
Philosophe et retiré. Il devint alors un mythe.
Auprès de sa Solitude, dans le vil espoir
D’obtenir moults bienfaits du rupestre boudoir
On érige un, puis deux, gros hameaux qui se firent
Vite des bourgs capables, en tout, de s’autosuffire.

Pour l’aider à supporter sa crasse pauvreté,
Lui qui vit alors cette sainte humilité 
De l’ascétique dénuement, on lui offre
Dons et legs qu’il refuse mais qu’on met en coffre
En son nom. Et on pèlerine jusqu’à lui
Pour recueillir sa parole, lui qui fuit
Un monde qui ménage le vautour et déchire
La colombe sans vergogne, jamais de Mal chiche.

Pour qu’il ne garde pas pour lui ni ses idées
Ni ses pensées on fit fleurir aussi des églises 
À son nom et vinrent, en masse, comme des guêpes
Attirées par le miel, dans cette ancienne steppe,
Des prêtres pour répéter et commenter ses dires 
Alors qu’il s’est voué au silence. Quoi de pire ?

Ainsi fit-on un dogme de mots qui ne valaient
Et qu’il ne voulait que pour lui chez ces valets
Plus arrogants que des seigneurs. Comme tolérance
Et modération étaient ses préceptes, un peu rances
À l’époque ma foi, ils tuèrent tous ceux qui
N’étaient point d’accord avec ces dignes pré-requis.
Et lui qui voulait la paix provoqua la guerre
Ce qui, on s’en doute bien, ne l’enchanta guère…

Il se fit donc vagabond et partit par les routes,
Sans changer d’un iota malgré sa vaudéroute
Sa façon de vivre et d’être, en vertueux fuyant
Le pervers, le vicieux de ses humains parents.
Partout on le chasse et le maudit. Ainsi l’errance
Lui fit comprendre que, non sans désespérance :

On obtient souvent l’inverse de ce que l’on
Espère que l’on soit, hélas, moellon ou sablon !

lundi 6 avril 2020

HAÏKU BLANC

Quand je roule quelqu’un dans la farine, il n’a pas que la gueule enfarinée…

LE TROU

Je suis au bord de l’abime, un gouffre
Qui, en creux, dit combien je souffre
Et pourrais choir d’aven en bas-fonds,
Du fossé où je suis au fond
D’un puits de chaos, abysses
D’une vie jà toute en précipices.

Il n’est de doline, combe ou igue
Qui ne m’ait jà fait, seule ou en ligue,
Trébucher, point de cavité 
Qui n’ait, hélas, court-circuité
Mon pas, tordu mon pied, crevasse
Qui n’ait eu, quelque beau jour, l’audace
De m’accrocher à ses profondeurs
Qu’elles aient ou non des flots grondeurs.

Là m’attend le cul de basse fosse
Non la ravine qui se défausse :
L’âge et ses trous noirs me rendent vain.
Voilà pourquoi le bord du ravin
M’attend, sans tant languir, et me guette
Ce canyon où finir miettes…

dimanche 5 avril 2020

SUISSE HAÏKU TÔT !

Depuis J.-J. Rousseau et B. Constant, on prend l’Helvétie pour la lanterne de la démocratie !

DEMAIN SELON LES FOURMIS

Petite fable affable

À l’extérieur, mille fourmis, sont internées
Parce que les Hommes, dedans, sont confinés.
Cloitrés volontaires. Peur de moins qu’un microbe.
Enfermés avec eux-mêmes, au Monde ils se dérobent.
Le moindre interstice est colmaté par où Mal
Porteur de malheur pourrait entrer, ce terrible
Animal que l’air emporte jusqu’à sa cible,
Que lAutre apporte s’il vous est trop proximal.

Oc, les fournis ne peuvent plus giter chez l’Homme,
Goûter à ses miettes ou croquer dans ses pommes.
Ces bêtes jeûnent mais veulent se revancher
Déjà, de cet égoïsme qui fait pencher
La balance de Dame Camarde, pour elles,
Du mauvais côté, en faisant périr de faim
Où cause des désinfections enfin,
Nombre des leurs par nos rues et par nos venelles.

Le bipède qui se croyait bien plus fort 
Que la Nature et, avec Chimie en renfort,
Croyait la domestiquer parce qu’il la domine
Jusqu’aux brins d’herbe, jusqu’à la moindre étamine,
A imaginé pouvoir s’en passer tout simplement.
Elle a frappé d’une épidémie vengeresse
Qui s’est, las, transformée en pandémie ogresse.
Après erreurs, errements, terreurs et tourments…

Quand reviendront les beaux jours d’après, Notre Homme
Reprendra le fil de ce qu’il faisait, en gnome
Ignorant les leçons de Raison de Cybèle,
Et les survivantes des fourmis, si rebelles
À son pouvoir, viendront lors se retourner
Contre lui, pour lui rappeler qu’il n’est maître
De cette Terre, si bonne, qui l’a vu naître
Mais l’invité… Qu’en hôte il se doit comporter.

samedi 4 avril 2020

HAÏKU’R D’HISTOIRE

Au début du XXe siècle, dans le ch’Nord, pas besoin de sortir de polytechnique pour rentrer aux « mines » !

FACE AU RESSENTI : MENT !

Vas, viens contre mon épaule
Jouer la fontaine et le saule.
Tu as tant souffert de revers ;
Pour toi, mon cœur restera ouvert.

Allez, viens sécher tes larmes,
Toi qui as dû rendre les armes ;
Qu’aussi sur ma joue elles coulent,
Que mes lèvres étanchent ces rus
De ces chastes baisers, Ma Poule,
Qui apaisent les cœurs en crue.

Vas, viens contre mon épaule
Jouer la fontaine et le saule.
Puise à grands seaux, à tous mes mots,
La force d’étancher tes maux.

Allez, essuyons ces pleurs, Ma Fille,
Fais que ton œil autrement brille ;
Oublie un temps ton mal de vivre.
Il est des soirs qui sont cadeaux :
De ton chagrin je te délivre
Et t’allège de ton fardeau.

Vas, viens contre mon épaule
Jouer la fontaine et le saule.
Verse ton averse en mon cœur
Et déverses-y tes rancœurs…

Allez, toi dont le coeur déborde
Il ne faut pas qu’il te saborde
Non, ne te laisse pas noyer 
Par ces sentiments par trop tristes :
Ce qui te fait tant larmoyer
Partageons-le en égoïstes ! 

Vas, viens contre mon épaule
Jouer la fontaine et le saule.
Je suis encore là pour toi,
Et mon amour reste ton toit.

vendredi 3 avril 2020

HAÏKU EN TON DE VEAU

Et s’il n’en reste qu’un je serai ce Suisse-là !

VU DEPUIS MA CHAISE HAUTE

Longue fable affable  d'après D. Allemand

Au sortir d’une morte saison dont personne 
Ne portera le deuil quoique son glas, jà, sonne,
(Du moins c’est ce que gazouillent ceux des oiseaux
Qui se cachent pour mourir ayant fui rets et museaux !)
À quelque fauteuil défait, un tabouret cherche
Noise : ce futur défunt exige un respect
Que le velours n’est, pas prêt à accorder, faux derche,
À quiconque, quel que soit son âge ou aspect,
De son rang et de son sang personne n’étant digne.
Alors un rustique rond de bois aux pieds 
Même pas chantournés qui ose s’accoler
Au velours de ses accoudoirs, quel geste indigne !

Mais la querelle a mis le pauvre tabouret
Sur la sellette car, là, nul ne lui sait gré
De son insolence : pour l’antique causeuse
La cause est entendue ; pour l’authentique pouf’
Qu’est Dame chauffeuse, les bouseux et bouseuses
Ne méritent d’égards donc pourquoi ce barouf ?
Même simple bergère et Voltaire critique
Se rangent du côté du Prie-Dieu, caustique,
Pour qui toute charité, bien ordonnée,
Commence par soi-même car la chaire est faible !
Seul strapontin et escabelle ont pardonné
L’affront car ils en essuient plus qu’aux prés la hièble.
La boudeuse, râlant, a fait banquette ailleurs ;
Transat et pliant ont fui plaignants comme crieurs.
Sur le banc des accusés, le tabouret argue
Qu’il faut de tout pour faire le monde et qu’il est
Une place pour tous et qu’hélas nul ne nargue
Plus le petit que le grand aimant jubiler :
Après tout, tabouret et fauteuil ne servent
Qu’à recevoir les mêmes croupes, un les serves
L’autre les nobles, certes, mais un  panier 
Reste un panier même aux yeux des niais !

On ne mélange pas torchons et serviettes,
Que diable ! Chacun à sa place, chez soi
Si possible, et le monde sans ces mauviettes
Irait mieux : non, ne mêlons plus crasse et soie !
Les chaises jugent cette dispute-piège
Aux assises, dont les deux firent le siège,
L’un car sang et rang offrent la position
Et l’autre car n’importe que la fonction.

Au tribunal, on n’y va jamais que d’une fesse.
Mais là le dossier est lourd d’où la détresse
Du petit à qui juge dit : « Postérieur
Le mieux assis ne tient pas sur tes trois pattes !

- Nul trépied n’est branlant en intérieur,
Et tout fauteuil fait tapisserie et n’épate
Personne en extérieur, tout aussi bancal
Que si un pied fault à un lit médical !
Tout respect est démesuré et donc demeure
Sans fondement, ma foi, entre lui et moi ! »

On en appelle au trône et, avant qu’il ne meure,
Au divin divan fort souffrant qui, dans le mois,
Avec la caution d’un canapé de psy', clame :
« Céans, il n’est point bon, messieurs et mesdames,
D’avoir cul entre deux chaises et l’on sait
Que comme toute académie qui se respecte assez,
Celle de la Pythie était posée, à Delphes,
Sur un vieux trépied des plus simples, et non
Dans une marquise comme fessier d’elfe,
Et jamais, non, ne s’en plaignit. Crénom de nom !
Donc, ici-bas, foin de querelles si peu sages,
Sofa vaut bien selle et j’affirme et je crois :
De ceux dont tu as besoin, selon l’heure ou l’usage,
À l’un et l’autre même respect et même droits ! »

jeudi 2 avril 2020

HAÏKU’N FINI

Moi que l’on voit d’ordinaire comme un gros c…, en ce moment je suis un con… finement.

PASQUINADE

Je ne suis guère amateur de pamphlet
Et pourtant là, oui, j’ai envie d’enfler,
De brocarder tout haut en une injuste
Diatribe nos élus aux augustes
Séants qui, las, perçoivent force euros
- Près de treize mill' - pour, entre deux rôts,
Dormir en leurs assemblées quand on bosse
Dans ce pays pour souvent même pas
Mill’ cinq cents de ces euros qu’on cabosse
La tôle, troue la rue, porte repas
Aux plus vieux, que l’on éduque ou soigne,…

D’où ce placard. Car ces élites poignent
Nos maigres escarcelles, désormais,
Non sur le dû de notre peine mais
Sur nos retraites. Et « sans tabou » qu’ils disent.
Finis privilèges et feignardise
Et donc « Mort aux régimes spéciaux ».
Mais les leurs de « régimes spéciaux »
Oseront-ils y toucher ? Las, j’en doute
Car nos mazarinades ils ne redoutent.
Et aux cris et libelles indifférents,
Ils ne changeront qu’en perdant leur rang !

mercredi 1 avril 2020

HAÏKU À NAPPER PROFOND

C’est maintenant que l’on vit un confinement strict que l’on regrette qu’il n’y ait plus de vraie maison close !

LE COLLOQUE DES BÊTES FÉROCES

Petite fable affable

L’Homme ayant sacré le Lion, « Roi des Animaux »,
Tous ceux-ci, réunis en Grand Congrès, ne voulurent
Pas que ce bipède décrète qui, de ses maux,
Parmi eux tous, est le pire ou qui, à toute allure,
Le fait fuir au loin à le voir ou le savoir.
Les fauves et le requin, dits « mangeurs » de cette espèce
De Prétentieux, ne cessent de s’auto-promouvoir.
Départager ces cruels est une autre bouillabaisse…

La dispute tourne à la querelle : l’un arguant
Des dents de sa mère et de sa gueule si profonde ;
Les autres de leurs griffes et leurs crocs d’assaillants.
Mais tous sont d’accord pour confirmer que ces truands
D’Humains les ont, las, exterminés comme escogriffes 
Et fléaux, sans vergogne, et presque tous éradiqués.
« Tu parles d’arguments ! fait une voix. L’hippogriffe
Aussi. Et ils n’était pas du genre à revendiquer…
Ne cherchez pas, vous ne pouvez pas me voir, Microbes !
Je suis une puce, celle du rat, que le fils
De Dieu a vu transporter la peste, mal probe
Qui décima, à lui tout seul, certes jadis,
La moitié d’un continent quand vous, tout en force,
Tuez un être ici, là, presque par accident.
Plus terrible que moi, il n’est. Pardonnez l’entorse
Au protocole, Souverains outrecuidants !

- Cela se peut, place alors un pangolin placide.
Mais moi, c’est la moitié du monde, et ces temps-ci,
Que je terrorise et je fais suer de l’acide
À l’autre moitié. Voilà toutes mes facéties,
Oui, moi l’humble gobeur de fourmis et de termites,
Le fragile carapacé, victime de toutes les dents.
La pire des plaies a, quoi qu’en croient bêtes ou mythes,
Souvent l’abord aimable et pas l’aspect intimidant ! »

mardi 31 mars 2020

HAÏKU PLAÎT GAGNANT ?

Le télétravail ?… Plus de travail que de télé, c’est sûr !

QUESTIONS ANGOISSÉES D'UN GÉOGRAPHE DÉBOUSSSOLÉ

Peut-on trouver du boulot en traversant simplement Arue (40) ?
Peut-on jumeler le hameau de Bouc-étourdi (78) et la ville de Chevreaux (39) au titre du « regroupement familial » ?
Bande de Coimères (33) serait médisante ?
Peut-on vivre sous les toits à Combles (80) ?
C’est de l’appareil au même La Machine (58) et Enghein (95) ?
N’est-ce pas un peu tordu Luxey (40) ?
Est-ce si dégoûtant que cela Nozay (44), M. Sartre ?
Qu'il y ait eu une bataille sanglante à Perthes-les-hurlus (51) vous étonne-t-il ?
Sailly-Labourse (62) n’est-ce pas idéal pour un lupanar ?
Peut-on évoquer l’O’Cédar à Saint Gor (40) ?