Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

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vendredi 23 octobre 2026

AU COIN DU FEU

Fagots de ramilles et de brindilles
Qu’a pris, dans l’âtre, un feu plein d’orgueil
Éclairent cette petite fille
Lovée, là, sur un trop grand fauteuil.

Au bord de la nuit, indifférente
Aux étincelles, aux crépitements,
À la lueur de leurs flamboiements ,
Elle lit avidement, transpirante,
L’histoire d’ un grand monde froid,
Tout de glaces, où le blizzard est roi.

Dans la pièce qui sent cendre et suie,
Elle s’évade, aux flammes qui fument,
Pour mieux échapper à son ennui,
Près des braises et brandons qui écument.

La flambée qui chauffe, pleine d’ardeur,
Donne des rougeurs à son front plissé,
À ses yeux de fiévreuses lueurs,
Mais elle est toute à son odyssée…

jeudi 17 septembre 2026

LA QUERELLE DE L’ANCIEN & DU NOUVEAU

Petite fable affable d'après Voltaire

Un vaillant vieillard veillait, hiver comme été,
À l’orthodoxie de sa communauté
En matière de foi et pensée. J’imagine
Que l’âge, gage de sagesse, à Egine,
L’était aussi en cette fière pampa ;
L’homme où et qui qu’il soit ne se refait pas !

Un fort jeune philosophe proposa de neuves
Idées et donnait à qui voulait les preuves
Que les Anciens, sur bien des points, se trompaient.
Que croyez-vous qu’il advint à ce clapet ?

Il fut lapidé sur l’ordre du vieux prophète
À l’occasion d’un rite païen fait grand’fête.
On prétend que l’impie, avant de périr,
Ultime vœu, voulut parler. Sans coup férir,
Il dit : « Qui reste en ses sentiers caillouteux
Aime, c’est là habitude de piteux
Et repos d’esprit, à jeter pierre et poix
Sur ceux qui pavent, las, de nouvelles voies ! »

vendredi 28 août 2026

LE TEMPS DE NOS FREDAINES

À Eric P. pour son 62e anniversaire
Sur Le temps de la rengaine (S. Lama & Y. Gilbert)

C’était le temps des scèn' locales,
Quand on chaussait de fers nos point' et nos talons,
Fous de comédies musicales,
Mêm’ le dimanch’ c’était show ou répétitions.
L’âme cousine, l’esprit clair mais l’humeur badine
Pendant qu’les autres avaient ciné ou bien piscine,
On jouait duo en c’temps-là,
Souvent, j’le regrette quand je pense à tout ça…

C'était le temps, le temps béni de nos fredaines,
C'était le temps où on savait c’qu’était not’voie,
Rires et musique, Toi le sec, Moi la bedaine…
On savait c’que serait not’vie en ce temps-là !

C’était un temps où pour cent balles,
On avait du « style » : cravat’, veste et pantalon !
On était pas des enfants d’la balle
Et pour les autr’ c’était une récréation
Qu’ces deux fous sortis d’une époque’ mise en sourdine,
En noir et blanc, où l’jazz avait son officine.
C'était pas toujours simpl' que c’temps-là,
Mais je le regrette quand je pense à tout ça !

C'était le temps, le temps béni de nos fredaines
C'était le temps où on savait c’qu’était not’voie,
Rires et musique, Toi le sec, Moi la bedaine…
On savait c’que serait not’vie en ce temps-là !

Mais nous un jour, avant qu’les poissons aient des ailes,
Que vienn’ les quatr’ jeudi ou qu’les poules aient des dents,
On voulait hanter, pour sûr, des scènes nouvelles,
Faire les grands soirs des grands music-halls d’antan,
Oui, ceux du temps talalala d’nos rengaines
Talalala… Allez, allez !… Nous, on y croit, ma foi ! pas l’choix ;
Mêm’ si fermaient les sall’ d’antan,
Q’on enterrait les joies et le strass de ce temps-là…

C'était le temps, le temps béni de nos fredaines
C'était le temps où on savait c’qu’était not’voie,
Rires et musique, Toi le sec, Moi la bedaine…
On savait c’que serait not’vie en ce temps-là !
Ce que serait not’vie en ce temps,
C'que serait not’vie en ce temps-là !

vendredi 14 août 2026

ÉVANESCENCE

D’après une photo de Marc-Yvan Custeau, 28 Mai 2024

Âmes envolées, jà nous quittant,
Fuyant la mélancolie du temps
Après une nuit qui fut d’errance
Par les bois de Nouvelle-France
Où, heureuses, elles vécurent antan.


Le jour ramène aux limbes, aux nues,
Ces souvenirs d’un jadis ténu
Pour qui on n’a qu’indifférence.
Âmes envolées…


Sur voiles de brume partant,
Je vous vois, de temps en temps,
Quitter ces lieux d’espérance
Qui furent vôtres et, déférence,
Vous salue, l’esprit repentant,
Âmes envolées…




vendredi 31 juillet 2026

LA MASURE

C’est la dernière maison de mon village,
Ce hameau las qui a traversé mes âges.
Elle vit seule, sans désir, sans remords,
Et vieillit, plantée là, attendant la mort.

Son large auvent de glycine blanche embaume
La vie de ces fantômes de mon passé
Qui vivent sous un toit qui, jà, se déchaume.
Une vigne vierge d’oubli, harassée,
Court ses murs délabrés qu’habille une mousse
De silence dans le sommeil de ses jours.
Autour, tout n’est que brousse et herbes rousses ;
C’est dans cette paix qu’elle vivote toujours.

C’est vrai, mon coeur habite là trop souvent
Pour se préserver du présent tout en vents.
L’âme qui l’entretient ne l’ouvre à personne ;
L’esprit qui la rebâtit s’en hérissonne.

mercredi 29 juillet 2026

LES P'TITS VIEUX D'AVANT

On s’en occupait mieux
De nos p’tits vieux
Avant je vous l’assure
Planqués dans le cantou
Du mois d’août au mois d’août
À r’garder leurs chaussures
Le carré de ciel bleu
D’la cheminée ou l’feu
Flambant tout en morsures
À l’hiver revenu
Voilà tout leur menu

On s’en occupait mieux
De nos p’tits vieux
Avant c’est chose sûre
Plantés sur un’ chaise itou
Aux bonn’ heur’ des mois doux
À r’garder les blessures
Des nues d'leur p’tit alleu
L’bois jadis giboyeux
La mémoir’ qui s’fissure
Le souffle hélas ténu
Et les mots retenus

On s’en occupait mieux
De nos p’tits vieux
Avant car leur tonsure
À table à son haut bout
Happait soupe et ragoût
Coulant aux commissures
Des lèvres l’doigt huileux
Qui tremble plus qu’on peut
Puis sans aucun’ censure
D’ces êtres entretenus
On couch’ra le corps nu

mardi 21 juillet 2026

SOIRÉE D’ÉTÉ D’ANTAN

Au pas allongé des heures qui s’étirent,
Cette chaleur peu à peu se retire
L’air, dolent nous déverse mille odeurs
- Chèvrefeuille, géranium et lavande -
Qui le disputent à la rose, sans candeur
La dame la plus parfumée de la bande.

Auprès du vieux lierre tout bruissant,
Sous notre glycine rafraichissant
La terrasse, près de l’infatigable
Et, en ces temps si secs, fort charitable
Jet d’eau toujours murmurant du bassin,
Nos regard se perdent aux ramées ployables
Des arbres assommés, sonnés, par l’essaim
De dards solaires allant au diable.

Harassée, la maison respire enfin,
Libérée de ces chaleurs d’un jour sans fin,
Dans les fragrances de citrons, d’oranges,
Qui y ont bien sommeillé jusque là.
Le chat, las, en s’étirant, les dérange ;
Mollement, il va vers la pergola.

Les feux diurnes qui s’enfuient, s’apaisent.
L’air se détend, et lors bien moins nous pèse.

Mais on espère dans l’ombre la fraîcheur
Salvatrice face à Phoebus faucheur,
Qui fera fleurir la nuit où frissonnent
Les étoiles, noyées au noir éther,
Et qu’éveillés, trop souvent, l’on chansonne
Alors que l’été a tué tous les verts. 

Nous vienne cette douceur si exquise
Propice à la langueur, pas celle acquise,
Au repues qui seront répit et repos,
Réconfort et paix, ma foi, en famille…
Qu’importent les moustiques dispos
Pour les tardifs buveurs de camomille !

dimanche 5 juillet 2026

FEU LE VILLAGE

Là, toits éventrés, çà pans éventés,
Vantaux arrachés, huis violentés,
Mas lézardés qui ne sont que squelettes,
Dans un petit un jardin au bois dormant,
Quelque espalier, treilles au sol de ciment
Où crottent faisans, lapins et belettes,
Lichen vermoulu :
Le village n’est plus.

Où sont donc du temps les vicissitudes ?
Les saisons aux cycliques certitudes ?
Qui lira les heures rousses des nuits ?
La ville a semé l’âpre semence
D’une faim d’Humanité sans clémence.
C’est la fin d’un vieux monde tout d’ennuis,
Aujourd’hui désolé,  comme ses manses.
Par vaux et talus,
Le village n’est plus.

Seule l’herbe frémit ; scories et suie
Crépitent sous la pluie qui choit sans bruit,
Le labours vivent là leur crépuscule,
Et les verts prés leur ultime agonie
Sous des fougères en foules majuscules.
Dans la bruyère en flux,
Le village n’est plus.

Le vent gifle et l’averse tout traverse
Mais se sont tus les hoquets du clocher
Effondré de l’église aussi fauchée.
Un silence funèbre tient commerce
Avec l’écho des cris noirs des corbeaux,
Entre les murs décrépis, en lambeaux
Où l’arbre repousse, où la ronce perce.
Las! point de salut :
Le village n’est plus.

vendredi 3 juillet 2026

GARONNE

Cycle toulousain

Garonne joueuse a les eaux vaironnes.

À qui, sur elle, ne se méprend

Ses flots qui ronent fort peu maronnent

Car l’été, sur tapis vert, les prend.


Si gave à son clapotis se prend
Elle reste, aux temps doux, gaie luronne
D’un moulin, parfois elle s’éprend.
Garonne joueuse a les eaux vaironnes.


Que lui importe Paris, Vérone,…

Elle aime blé, foin et entreprend

D’enseigner la patience vigneronne

À qui, sur elle, ne se méprend.



À voir le printemps qui la surprend,

Elle ne sera jamais baronne,
Garonne boueuse ni, on comprend,

Un peu daronne ni prou matrone.



Imprévisible, elle ne plastronne

Pas du clapotis, trop hors du rang,

Ni de son long cours ne fanfaronne

Car l’été, sur tapis vert, les prend.



Courant sous des ciels indifférents

Galets roulés sous arbres qui trônent,

Quoique auprès de toi peu on se rend,

À ton fil, je reste déférent,

Garonne.

dimanche 7 juin 2026

LE MONSTRE DE BRIQUES & DE FER

À Emile Verhaeren (1855-1916)

Entre l’ombre étale et la nuit infinie,
Dans des haleines d’acide et puis de chlore,
Là où la fabrique avait fait son grand nid,
L’usine déroule son dos de crêts pour clore
En son sein un flot mouvant de bonnes gens
Qui, sans elle, ne seraient, las, qu’indigents.
Elle trinque aux étoiles ou se pinte de lune
Dans le ciel toujours en guenille, à la brune,
À cause de ses méphitiques fumées,
D’un pays de métiers aux boutiques aimées.

Dans un vain temps oscillant d’astres en atome,
Elle souffle phosphore et souffre oxydé,
Engloutissant des êtres en chaînes, des hommes
Qu'on fait vivre en cages, en caves et qui, bridés,
À petits gestes, à mains prestes, sont esclaves
De ce vil dragon et de ses autoclaves.
Sur tapis de cendre et de suie, ce brasier
De brassiers et ces journaliers extasiés,
Dociles à mille machines pis que pieuvres,
Resteront, çà, là, serviles à la manœuvre.

Battements sourds et réguliers d’un cœur lourd,
Marteau sur l’enclume et pilon qui concasse
Houspillent les passants entendant, par leurs faubourgs,
La vapeur qu’avale sa gisante carcasse
Puis qui siffle, comme un serpent prêt à tuer,
Et qui gifle les murs noirs qu’elle a hués
Dans l’éther moisi et dans l’air ranci.
Mais ces entrailles d’enfer vomissent aussi
Feux hardis, lueurs garnies, coulées de lave,…
Font voir, par les verrières, des rêves hâves.

Car cette architecture ne dort jamais.
Ce monstre qui, de l’intérieur, se consume
Vit et respire, jour et nuit, de mai à mai.
Jamais assoupies, mie ralenties, ses brumes
De braises, ses pluies d’étincelles en volées,
Ses neiges d’incandescences auréolées
De flammèches sont le banal mauvais temps
De l’ouvrier pour qu’avance un siècle palpitant
Car, dans ses haleines d’acide et de chlore ,
Le labeur, seulement, vient à y éclore.

mercredi 13 mai 2026

L’EMBARRAS DU CHOIX

Petite fable affable

Au nom de mon sang et de l’étiquette,
Maman voulut un soir se mettre en quête

Pour moi d’un gentil mari, bon parti
Mais qui aurait déjà un tant peu d’âge,
(Car il fallait songer à « l’héritage » !)
À qui faire, un beau soir, quelque petit.

Ingénue, j’en séduisit - Le drame ! -
Un mûr et un blet. tous deux amoureux
De mon esprit comme épris de mes charmes.
« Mariage plus vieux, mariage heureux !
Mais deux prétendants c’est trop, à vrai dire.
Nous ferons un choix… écartant le pire ! »
Fit lors ma mère la chose apprenant
Heureuse qu’aucun ne fut vil manant
Que tout deux me faisait une cour assidue,
De leurs avances m’étant défendue.

Voulant donner son avis et son aval
Elle les convia au thé - Banal ! -
Et les y charma tant que j’ai pu croire
Qu’elle voulait sur moi une victoire.
Puis décréta qu’il fallait se revoir
Car délayer nous était un devoir.

Aussi revinrent-ils, chaque semaine.
M’assurant que j’aurais bientôt quelqu’un,
Maman ne pouvait choisir, l’âme sereine,
Entre l’un et l’autre ou bien l’autre et l’un.
Quand on a un nom, c’est de bonne guerre !
Pour l’heur, mes désirs ne lui importaient guère.

À force de se rencontrer chez nous,
Mes deux amis devinrent donc intimes.
Et ce fut, à toutes deux, légitime
Surprise quand repartirent ces doux-
Là, bras-dessus bras dessous à la brune,
S’embrassant à pleine bouche. Infortune !

Ma fille, quand t’a certains choix à faire
Ne mêle jamais maman à l’affaire !

samedi 18 avril 2026

BALLADE DES MOIS OUBLIÉS

Sur une idée de Gilles T. à qui il est dédié

Que sont tous nos vieux mois devenus,
Ceux des travaux de Vendémiaire
Qui embaumaient fort jusqu’aux nues
Avant que ne frémisse Brumaire
Et qu’enfin ne s’embrume Frimaire ?
Puis Nivôse s’accrochait aux cieux
Pour rendre soucieux ou facétieux
Les jours longs d’un hiver dont la poudre
Noyait un automne insoucieux.
Peut-on ces temps révolus recoudre !



Qu’est-il donc à ces mois advenu ?
Quand Pluviôse noyait les tourbières
En jets grenus ou bien continus
Ventôse tutoyait les faîtières,
Germinal verdissait les bruyères…
Lors, on reniait les dieux fallacieux
Renouant le fil d’un temps ocieux,
Sans peur de vos poudres, de leurs foudres,
Le renouveau chassait les frimas factieux.
Peut-on ces temps révolus recoudre !



Depuis, en moments trotte-menus,
Floréal exauce les prières,
Prairial toujours le bienvenu
Ouvre sur un été loin des mouillères
Mais leur nom a chu aux fondrières
De l’Histoire comme l’ambitieux
Messidor, Thermidor capricieux
Ou Fuctidor aux bons grains à moudre.
On ne sait plus ces douze précieux ;
Peut-on ces temps révolus recoudre !



Messieurs-Dames soyons audacieux
Pas séditieux et mie dévotieux.
Oui, faisons, ensemble, à nouveau, soudre
Ces heures-là mais même prétentieux

Peut-on ces temps révolus recoudre ?


mardi 14 avril 2026

LES FILLES

L’arbre a tricoté de ses bras feuillus
Une dentelle d’ombre en tresses grises.
Là sont Franchon, Lisette et La Lulu
Que l’on conspue et puis que l’on méprise.
Une harpie, quelque Mère-la-vertu
Les a mises seins nus. Une mégère,
Bonne voisine, à leur front maintenu,
A griffé la foutue croix étrangère.
Cette saignante preuve d’infamie
Est gage de jugement, mes amis !

Sous les crachats, les cris  et les insultes
Sur l’estrade où on les mises à vue
Sans un mot à la Marie de leur culte,
Pleurent Fanchon, Lisette et La Lulu.
Des ciselas de haine, dans le tumulte,
Vont sarabande infernale jouer
Puis sur leur ondulante et presque adulte
Chevelure, sur un air enjoué
La tondeuse finira leur triste œuvre.
Là, faudrait des tripiers à la manœuvre !

Demain, la honte sera leur prison,
Avec le mépris, avec le silence.
Aimer parfois est lâche trahison ;
Et un bébé au bras, ça vous balance.
Pauvre Lulu, Lisette ou bien Fanchon.
C’est justice et populaire sentence.
Pour ces âmes meurtries c’est la chanson
Des apprentis cruchons qui crient vengeance.
Si l’hiver durcit les corps et les cœurs,
L’été ne fait pas fondre les rancœurs…

vendredi 27 mars 2026

MA PLAINE

Là où las gîtait ma plaine,
Riche d’arbres et de grains
Et en gros bestiaux qui broutent,
Ne courent plus que des routes.
Longues comme des chagrins,
Elles vont, à perdre haleine,
Vers d’improbables lointains,
Vers d’indicibles destins.

Là où poussaient le blé, l’orge,…
Par des brouillards alourdis,
Il ne germe que taudis
Et banlieues coupe-gorges…

Là où le ciel épousait
La terre, où les nues épaisses
Traînaient sur les toits des bourgs
Ne sont qu’insolentes tours ;
Y survit l’humaine espèce.
Elle y  pousse, sclérosée,
Dans un monde hélas fini
Mais qui rêve d’infinis.

Petite Arcadie naguère,
Ma plaine au soleil perdu,
Et aux souffles éperdus,
Te voilà terre vulgaire…

mercredi 25 mars 2026

UNE VIEILLE AVENTURE

Petite fable affable

Servir autrui n’est point sinécure ;
Et vieillir à le faire est gageure.
De toi, alors, hélas, nul n’a cure,
Ignorant le blanc en ta coiffure.
Pourtant, bien volontiers, on murmure,
Gaussant la lenteur de ton allure
Ou les rides dans ton encolure,
Tes flétrissures,  feue ta denture.
Aussi il se faut faire une armure
Contre ces blessures et ses injures
Et qui les propage en belle enflure !

Or vécurent, en pays ligure
Quelques-unes de ces vraies crevures
Encore à l’âge où on se figure 
Que dure sa beauté de gravure,
Ne songeant guère à sa vie future,
Aux arrêts de moires ou des augures.

Donc certaines, avec désinvolture
 Harcelaient une vieille et sa hure.
Leurs mots n’étaient que morsures, ordures,…
Les mauvais tours de vraies flétrissures
Et leurs allusions des meurtrissures
Un jour ils l’envoient en cave obscure,
Connue de chacun pour sa froidure
Et ses marchés tout en salissures,
- Éclaboussures ou bien vomissures ? -
Là, notre vieille à quelque bordure 
De serrure ou alors de ferrure,
Se fit blessure. Une vraie coupure.
Car, dans ce noir, une créature
Lui fit piqûre aux dures brûlures.

Pour cacher aux maîtres la bavure
On prit une louable posture,
Malgré les marbrures et boursouflures :
C’était juste éraflure… ou griffure.
Eh oui, quoique jouant les pointures,
Belle carrure ou bonne charnure,
Certains ne sont pas plus que raclures !

On jure aux dieux que c’est là biffure
Et même, sans honte, on se parfure
Malgré son grand âge et sa courbure
Cette vieille fuyait la verdure,
Continuant toute procédure
Qui fait vire maison sans fumure
Ni jamais réduire la voilure.
Jour et nuit. Dia ! Toujours en chaussures.
Ça, oui ça, c’est une chose sûre !

Elle ne guérit point de l’imposture.
En mourant, elle dit d’une voix pure :
« Amies, quelle que que soit ta nature,
Sache que les petites fêlures,
Simples craquelures ou bien fissures,
Sont pires à nos vies que les cassures
Que ne peut réparer la soudure ! »

mardi 3 mars 2026

ENFANCES DISPARUES

Librement inspiré de Maurice Fombeurre

Alors que la lune s’en va faire ses colles,
Les enfants ont repris le chemin de l’école ;
Dans l’air odeur affadie des foins et du grain.
Les tableaux d’honneur, les passables ou bien les cancres
Auront vite, au bout des doigts, le violet de l’encre
Mais pour l’heure ils traînent la patte, un peu bourrins.

Sur le dos cartable noir, courte blouse grise,
Mais un cerf-volant en tête qui encor’ grise,
Les gars s’en allaient à godasses que veux-tu,
Bien pourvus en poil à gratter, herbes-à-têtu,
En attendant les glands, les marrons pour les frondes.
Ils semblent porter, à eux seuls, le poids du monde
Mais paresse et ruses, malgré l’air abattu,
Brillent quand leur œil se perd sur la mappemonde.

Alors souffrons billevesées, coquecigrues,
Pour s’éviter le vin bourru et la charrue
Salive crachée et mégots mâchés, verrues,…
Quitte à planter, l’humeur drue, au coin froid des rues…

Cartable en main et blouse grise, sur la robe
Mais en poche quelques fleurs qu’à l’herbe on dérobe,
Un mouchoir, allaient donc à tresses que voilà,
Les filles avec en tête des chants, l’échalas
Comme la boulotte, rêvant marelles et rondes.
À leur âge, innocente fraîcheur, le monde
S’ouvre et s’offre à elles, sans époux ni prêlats,
En opportunités, en lendemain fécondes.

Et donc viendront coquecigrues, billevesées,
Pour ne pas avoir beurre et levain à doser,
Torcher, briquer, laver recoudre ou empeser
Ni planter sa vertu en rues pour l’exposer…

Alors que la lune a fui comme on caracole,
Les enfants reprenaient les chemins de l’école.
Dans l’air, l’odeur chancie des foins. Demain du vin.
Les tableaux d’honneur, les passables ou bien les cancres
Vont se mettre, au bout des doigts, les tâches de l’encre
Qui, jà, joue avec eux, les Moires et les devins.

dimanche 1 février 2026

ATRABILAIRES DE RIEN

Petite fable affable

Un homme sanguin, las, était sans gain.
Qui voudrait donc être en affaires
Avec qui n’en est pas une. Un béguin
Trouva avec lui de quoi faire.
Or ce phraseur-là, un brin ombrageux,
Rêvait d’un mariage avantageux
Jugeant que ces unions futiles 
Se doivent d’être avant tout « utiles ».

Ce rageux ombrageux se fit galant,
Beau diseur, libéral, sobre,  plein d’allant
Que ne ferait pas, l’ami, un irascible
Quand il a en sa visée si belle cible ?!

L’aigre maria la belle et, las, fut pigeon
Car il se révéla ronchon et revêche,
Au lendemain de ses noces, son « bourgeon » !
Oui, elle avait caché, son jeu, la pimbêche.
Elle aussi. Et, pire, sans le sou itou.
La soupe à la grimace, non au pistou,
Fut leur quotidien menu car la grincheuse
Était aussi acariâtre que tricheuse.

Notre vieux bougon se fit, à vie, chagrin
Avec sa grognon, se bouffant le tarin :
Ces époux, qu’on disait fort mal assortis,
L’étaient bien moins dès leur première sortie…
Ils devinrent la risée de nos villages
Et la preuve que loup change de pelage
Mais pas d’humeur ni, surtout d’état d’esprit
Et que d’un mensonge on paie toujours le prix.

Si les contraires, tant nous dit-on, s’attirent
Qui se ressemble hélas s’assemble. Toujours.
Quoi qu’on fasse, ange ou démon, prude ou satyre,
Bien souvent, finissent ensemble leurs jours.