Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

vendredi 31 juillet 2026

LA MASURE

C’est la dernière maison de mon village
Ce hameau las qui a traversé mes âges.
Elle vit seule, sans désir, sans remords
Et vieillit, plantée là, attendant la mort.

Son large auvent de glycine blanche embaume
La vie de ces fantômes de mon passé
Qui vivent sous un toit qui jà se déchaume.
Une vigne vierge d’oubli, harassée,
Court ses murs délabrés qu’habille une mousse
De silence dans le sommeil de ses jours.
Autour tout n’est que brousse et herbes rousses ;
C’est dans cette paix qu’elle vivote toujours.

C’est vrai, mon coeur habite là trop souvent
Pour se préserver du présent tout en vents.
L’âme qui l’entretient ne l’ouvre à personne ;
L’esprit qui la rebâtit s’en hérissonne.

mercredi 29 juillet 2026

LES P'TITS VIEUX D'AVANT

On s’en occupait mieux
De nos p’tits vieux
Avant je vous l’assure
Planqués dans le cantou
Du mois d’août au mois d’août
À r’garder leurs chaussures
Le carré de ciel bleu
D’la cheminée ou l’feu
Flambant tout en morsures
À l’hiver revenu.
Voilà tout leur menu

On s’en occupait mieux
De nos p’tits vieux
Avant c’est chose sûre
Plantés sur un’ chaise itou
Aux bonn’ heur’ des mois doux
À r’garder les blessures
Des nues leur p’tit alleu
L’bois jadis giboyeux
La mémoir’ qui s’fissure
Le souffle hélas, ténu
Et les mots retenus

On s’en occupait mieux
De nos p’tits vieux
Avant car leur tonsure
À table à son haut bout
Happait soupe et ragoût
Coulant aux commissures
Des lèvres l’doigt huileux
Qui tremble plus qu’on peut
Puis sans aucun’ censure
D’ces êtres entretenus
On couch’ra le corps nu

lundi 27 juillet 2026

HAIES DONC !

Que sont nos haies devenues
Qui buissonnaient sous les nues ?
Ces brise-vent d’aubépines,
De sureaux, de genêts
Et de ronciers pleins d’épines
Ombraient fort, sans se gêner,
Les chemins creux par nos champs
Et nos prés à bords touchants.

Que sont nos haies devenues
Où gîtait le chant ténu
Des pinsons et des fauvettes,
Ou bien des chardonnerets ?
Pruneliers à la sauvette
Et noisetiers s’y livraient,
Pour y régner, hors mortaille,
Une secrète bataille.

Que sont nos haies devenues
Savamment entretenues,
Où dansaient quelques fougères,
Jouant à cache-ruisseaux
Et aux rues de rus, longères
Qui, s'ils faisaient leur gros d’eau,
Donnaient aux taillis noblesse,
Aux fourrés neuve jeunesse.

Que sont nos haies devenues
Au vert fouillis contenu ?
Halliers tirant à la ligne,
Nous toisant en galeries,
Ces bocages qui graffignent
Sont vus comme barbarie,
Témoin du temps archaïque
Des campagnes mosaïques.

samedi 25 juillet 2026

CLARTÉ ATONE

D’ après une photo de Marc-Yvan Custeau, 28 novembre 2025

L'Aurore a posé son front
Sur la grange vêtue d’ombres.
Elle tête au biberon
L’azur, l’ivoire et l’or sombre
D’une saison qui a blêmi,
Lassée de boire les brumes
Nées des horizons pâlis,
De lointains que le vent flétrit.

Le soleil, au loin, écume
Et l’air s’abreuve sans fin
De l'humidité qui fume
Brodant la nuit qui, enfin,
Son voile de deuil retire
Dans une clarté lactée
Qui, aux quatre vents, s’étire
Avec le jour en point de mire.

Le ciel semble se délecter
De ce fenil qui participe
À embellir les jours humectées
De ces solitudes quand ripe
L’été sur la marée ocrée

D’un flot d’automne qui redore
Des nues qui sommeillent à l’orée
De solitudes où s’égarer.

Jusqu’à plus soif, plaines et coteaux
Verdissent encore et les bois dorent
La feuillée restée aux poteaux
Mordorés. S’est éteinte la flore
Diluée dans une rosée 
Et un silence qui se dissipent
Mais à ce cadre participent
Sans jamais se reposer.



jeudi 23 juillet 2026

L’ASOCIAL

Je ne serai mie d’aucune troupe,
Ne sachant rentrer dans le rang
Comme de m’aliéner aux Grands.
Point n’obéis pour aller à soupe
Ni ne marche au pas, prou dénigrant
Qui, las, s’inféode à un quelque groupe.

C’est ainsi que, de tous, je me coupe,
Libre comme l’eau vive au torrent
Mais sans jouer les exubérants.
Refusant les sociales entourloupes
On est encombrant si, parlant franc,
On s’enflamme souvent comme étoupe.

mardi 21 juillet 2026

SOIRÉE D’ÉTÉ D’ANTAN

Au pas allongé des heures qui s’étirent,
Cette chaleur peu à peu se retire
L’air, dolent nous déverse mille odeurs
- Chèvrefeuille, géranium et lavande -
Qui le disputent à la rose, sans candeur
La dame la plus parfumée de la bande.

Auprès du vieux lierre tout bruissant,
Sous notre glycine rafraichissant
La terrasse, près de l’infatigable
Et, en ces temps si secs, fort charitable
Jet d’eau toujours murmurant du bassin,
Nos regard se perdent aux ramées ployables
Des arbres assommés, sonnés, par l’essaim
De dards solaires allant au diable.

Harassée, la maison respire enfin,
Libérée de ces chaleurs d’un jour sans fin,
Dans les fragrances de citrons, d’oranges,
Qui y ont bien sommeillé jusque là.
Le chat, las, en s’étirant, les dérange ;
Mollement, il va vers la pergola.

Les feux diurnes qui s’enfuient, s’apaisent.
L’air se détend, et lors bien moins nous pèse.

Mais on espère dans l’ombre la fraîcheur
Salvatrice face à Phoebus faucheur,
Qui fera fleurir la nuit où frissonnent
Les étoiles, noyées au noir éther,
Et qu’éveillés, trop souvent, l’on chansonne
Alors que l’été a tué tous les verts. 

Nous vienne cette douceur si exquise
Propice à la langueur, pas celle acquise,
Au repues qui seront répit et repos,
Réconfort et paix, ma foi, en famille…
Qu’importent les moustiques dispos
Pour les tardifs buveurs de camomille !

dimanche 19 juillet 2026

PLACET DÉPLACÉ

Lorsqu’il faudra partir
Pour un sombre avenir
Devenu souvenir
Non pas de messe
Landes d’éternité
Ne l’ont pas mérité
Non ni leur invité
Je le confesse

Lorsqu’il faudra sortir
De vos vies en finir
Avec aller venir
Point de kermesse
Avec la fatuité
Des mots la gravité
De ces mines imitées
De la détresse

Vous n’aurez plus à pâtir
De moi ni à honnir
Maux aimant m’agonir
Hélas sans cesse
Car lors j’irai gîter
Mais sans postérité 
Paressant alité 
Dans l’allégresse

vendredi 17 juillet 2026

QUAND LE CIEL EST D'OMBRES & LE SOL QUE LUMIÈRES

Sur une photo de Marc-Yvan Custeau, 10 janvier 2025

Riche de paillettes,
La plaine est quiète…
L’aurore ne peut pas soulever
La chape gris de payne
Plus lourde que peines
Qui recouvre la plaine d’ombres pavée.
La neige sommeille.
L’aube l’ensoleille.
Quoique grisé, ce camée cendré
La terre illumine,
Les bois enlumine,
Éclats pâlis et lueurs poudrées…

Riche de paillettes,
La plaine est quiète…
Argentée, c’est un brillant émail
Relevant le morne
D’un linceul qui s’orne
Comme la peau sombre d’un camail,
De quelques touches ocres
Ou de cobalt-ochre.
La lumière vient du sol, têtue,
Car cette aube est brune,
Les halos de lune
De la nuit livide s’étant tus…



mercredi 15 juillet 2026

BAGNARD AU CAGNARD

Rien ne bruit tout cuit
Sous ce ciel qui luit
La chaleur sournoise
Nous cherche des noises
Brûlant et chauffant
À blanc étouffant
L’air qui en grésille
Sans fin banderille
L’azur rousillé
Les sols fendillés

Au boudoir des ombres
Le vent est du nombre
Cruel il flamboie
Toujours aux abois
Il ne fait de vagues
Et mie ne divague
Consume en lourdeurs
Même nos ardeurs
Vouloirs s’évaporent
Et par tous nos pores

L’abîme béant
De l’éther céans
Happe l’existence
Et la consistance
Des êtres muets
Rompus de suées
Plus aucun nuage
Las aux nues ne nage
Rien ne bruit tout cuit
Sous ce ciel qui luit

lundi 13 juillet 2026

LE SENSIBLE Y PERD !

Tout me touche, tout m'atteint, m'émeut, 
M’attrape au cœur et puis me submerge.
J’ai mal pour l’autre au matin brumeux
Comme au crépuscule, noire auberge ;
J'ai mal pour moi, car c’est venimeux
La compassion quand l’âme l’héberge
Et fait que, tous, sans fin, l’on gamberge.

Je suis à fleur de mots, sans vous mentir,
À fleur de vos de peaux quand elles stressent :
Je ne cesse, hélas, de ressentir
Les vaines tristesses ou la détresse
De ceux que vient d’emboutir
La vie, toujours toute en sécheresse
Qui nous écorche de ses rudesses.

Alors je parle aux cieux, silencieux,
La langue de ces cœurs cabossées
Oo de ces fronts plissées ou soucieux,
Offrant l’orage prêt à rosser
Ou bien un arc-en-ciel audacieux
Pour les faire sortir du fossé
Quitte à prendre, hélas, une saucée.

Je ressens ce qui remue, qui effleure
Et peut, un temps, faire perdre pied
Comme je m'envole pour un leurre
Oui, quitte à redescendre estropié.
Je peux sangloter plus qu’on ne pleure
Et rire aux éclats comme un troupier
Et, pis, jamais ces excès n’expier.
.
Tout me fait peur et vibrer, ou vivre,
Accroché à ma boule d’émotions ;
« Fragile » comme on dit dans les livres
Mais, moi, mes bulles de sensations
J’en ai fait ma force, bateau ivre :
Exaspération, exaltation ;
Exaltation, exaspération…

samedi 11 juillet 2026

PROVERBES IRRÉGULIERS

L’argent ne vient pas de bonne heure.

D’ennui tous les chats sont aigris.

À chaque cour sa gêne.

L’ennui porte sommeil.

Changement de verbiage réjouit les beaufs.


jeudi 9 juillet 2026

ENTRE RUINES & RELIQUES…

À Emile Nelligan (1879-1941)

Moi aussi, au couchant des années,
J’ai pris le goût de ses fleurs fanées.
Et, bien plus qu’à mon tour, j’emprunte
Les sentes, où j’ai laissé mes empreintes,
Qui mènent au levant de mes beaux jours
Par des souvenirs, pleins de détours,
Dans les parfums ivres des tonnelles,
L’arôme des roses maternelles.

Enfance enfuie, enfance enfouie,
J’ai souvenance d’heures éblouies
Tramées de chagrins et de lacunes,
Parfois tissées d’ennui à la brune,
Volées aux si longs hivers d’antan
Aux beaux étés d’il y a longtemps.
Elles sont, aujourd’hui, remembrances,
But d’inavoué de mes errances.

Moi aussi, je ne fais mie le deuil
D’un temps, dont je semble encore au seuil,
De ce passé qui est mon histoire,
Qu’on ne trouve dans aucun grimoire,
Que hantent les landes de l’oubli
Où, las, ma mémoire a fait son lit
Que guette la nuit de l’amnésie
Qui, jà, mon esprit anesthésie.

mardi 7 juillet 2026

ÉCLAT MATUTINAL

Sur une photo de Marc-Yvan Custeau (9 mai 2023)

La lueur d’une fleur de feu pousse au secret
De bois endormis qui sommeillent encor’ nues-branches.
Elle éclot soudain en une une aura d’or sacré
Qui offre enfin au jour, sur la nuit, sa revanche.

Est-ce un incendie qui vient d’au-delà les crêts
Qui peint de vermeil un vent soufflant en sa anche ?

Cette lueur est dans un lointain sombre ancré,
Arrive sur nous en vagues et en avalanche,
Embrasant tout, mue par quelques divin décret,
D’éclats de braises qui embrassent un ciel étanche…

Mais ce n’est qu’une aube, un moment indiscret
Avant une aurore de craie enfin plus franche !



dimanche 5 juillet 2026

FEU LE VILLAGE

Là, toits éventrés, çà pans éventés,
Vantaux arrachés, huis violentés,
Mas lézardés qui ne sont que squelettes,
Dans un petit un jardin au bois dormant,
Quelque espalier, treilles au sol de ciment
Où crottent faisans, lapins et belettes,
Lichen vermoulu :
Le village n’est plus.

Où sont donc du temps les vicissitudes ?
Les saisons aux cycliques certitudes ?
Qui lira les heures rousses des nuits ?
La ville a semé l’âpre semence
D’une faim d’Humanité sans clémence.
C’est la fin d’un vieux monde tout d’ennuis,
Aujourd’hui désolé,  comme ses manses.
Par vaux et talus,
Le village n’est plus.

Seule l’herbe frémit ; scories et suie
Crépitent sous la pluie qui choit sans bruit,
Le labours vivent là leur crépuscule,
Et les verts prés leur ultime agonie
Sous des fougères en foules majuscules.
Dans la bruyère en flux,
Le village n’est plus.

Le vent gifle et l’averse tout traverse
Mais se sont tus les hoquets du clocher
Effondré de l’église aussi fauchée.
Un silence funèbre tient commerce
Avec l’écho des cris noirs des corbeaux,
Entre les murs décrépis, en lambeaux
Où l’arbre repousse, où la ronce perce.
Las! point de salut :
Le village n’est plus.

vendredi 3 juillet 2026

GARONNE

Cycle toulousain

Garonne joueuse a les eaux vaironnes.

À qui, sur elle, ne se méprend

Ses flots qui ronent fort peu maronnent

Car l’été, sur tapis vert, les prend.



Son clapotis les hauts gaves apprend.

Si elle est, aux temps doux, gaie luronne

D’un moulin, parfois elle s’éprend.

Garonne joueuse a les eaux vaironnes.



Que lui importe Paris, Vérone,…

Elle aime blé, foin et entreprend

D’enseigner la patience vigneronne

À qui, sur elle, ne se méprend.



À voir le printemps qui la surprend,

Elle ne sera jamais baronne,
Garonne boueuse ni, on comprend,

Un peu daronne ni prou matrone.



Imprévisible, elle ne plastronne

Pas du clapotis, trop hors du rang,

Ni de son long cours ne fanfaronne

Car l’été, sur tapis vert, les prend.



Courant sous des ciels indifférents

Galets roulés sous arbres qui trônent,

Quoique auprès de toi peu on se rend,

À ton fil, je reste déférent,

Garonne.

mercredi 1 juillet 2026

JUIN 2026 : FOURNAISE !

Ce potage bouillant dans lequel nous marinons,
Ils appellent cela « l’été ». Une canicule ?
Mais cette belle saison devrait porter le nom
D’« Enfer » tant - oui, hélas ! - elle nous accule
À la claustration, au confinement,
Pour ne pas finir merguez grillée sur le moment !

Ils appellent ça « le beau temps », nos bons sceptiques,
Alors qu’on va finir carbonisés ou fumés
Sous ce Râ chauffé à blanc. Hiératique.
Bien moins soleil que barbecue allumé
Pour nous, par nous, ce feu nous est endémique,
Vrai bûcher de nos vanités économiques.

Désormais, « les beaux jours » ne sont plus de bons jours,
Plus ardents que flamboyants quoiqu’on clabaude :
Les cieux embrasés rendent notre séjour
Accablant et cuisant dans une saison chaude,
Vont nous rôtir comme damnés, assommés,
 Cramés, consumés d’avoir trop consommer…

Ce coup de chaud, n’en déplaise à nos pieds tendres,
Sent le roussi et pas que pour les geignards,
Les « Qui aurait pu savoir ?! », les « Faut attendre… » ;
Quoi ? L’incinération ?l…  Soyons pas plaignards,
Il nous en cuira, semble-t-il, davantage
Avant que l’on arrive au bout de notre âge !