Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

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lundi 29 juin 2026

LA SUITE DU LION

 Petite fable affable


Une jeune lionne vint trouver son père :
« Majesté, vous mon maître qui rendez prospères
Les apanages où, sans ambages, nous chassons
Pour vous et, mieux, protégeons sans plus de façon
Quand pourrai-je intégrer la garde personnelle
Qui vous accompagne des savanes aux tonnelles ?

                                              - Quand il m’en saura gré.

  - Ne suis-je dévouée ?

                                            - Cela ne suffit pas.

- Ne suis-je pas douée
                                             Pour le combat, même rapproché, ou la traque ?

- Cela compte pour peu.

- Serais-je donc chabraque ?

- Ma garde va toujours, vois-tu, derrière moi
Non parce qu’elle zélée, aguerrie, sans émoi,…
Mais plutôt parce qu’à ma personne royale,
Sans fin, elle s’est montrée fidèle et loyale.
Avoir de l’ambition, c’est déjà me trahir ;
Espérer grâce de vertus, c’est les flétrir ! »

jeudi 25 juin 2026

LA HARGNE DE L’ARAGNE

 Petite fable affable


Une araignée qui ne fait pas dans la dentelle
Trappe et piège à l’envie tout ce qui a des ailes
Dans un taillis épais de ronciers en fleurs
Faisant régner là plus que la peur : la terreur.
Et elle le fait à tour de pattes, la garce ;
Or elle en a huit de pattes notre comparse !
Le couard peuple des insectes n’en peut mais.
Quoi qu’on y soit égoïste et parfois armé,
On ne résiste guère à ses rets, à ses ruses.
C’est loi naturelle mais elle, oui, elle abuse !

Donc tiennent assemblée les hôtes des végétaux
Pour porter remède à ce fléau au plus tôt. 
Des bourdons capons viennent plus de doléances
Que des frelons qu’affolent autant de mécréance.
Une mouche vrombit : « Ça ne plus durer
Ce monstre aux cent yeux est toujours à la curée ! »
Une abeille angoissée ajoute alors : « Que faire ?
Lui demander gentiment d’un peu moins forfaire ?

- Un ennui ne s’en va pas, las, si qui le crée
Est sollicité pour le régler, sinon, Sucrée,
On a deux problèmes et plus un seul, sur les pattes ! »
Ainsi parle un jeune scarabée, bonne pâte
Mais point invité à débattre avec les proies.

C’est froussards ou pleutres, ces terrestres ! À bon droit,
« Vous êtes, tant mieux pour elle, pusillanimes
Et pire, hélas pour vous de façon unanime.
Il n’est plus temps, amis, d’être lâche ou pétreux
Elle est seule quand vous, vous êtes fort nombreux.
Quand le Mal use des audaces de la rage
Pour arriver, au mieux, au plus tôt, à ses fins
Le Bien se doit alors d’ avoir tous les courages
S’il ne veut, jusqu’à point d’heure, souffrir sans fin ! »

mercredi 17 juin 2026

ET LE DRILL DEVINT MANDRILL…

Petite fable affable

Cousin du babouin, mais plus méchant et sagouin,
Un drill, ne manquant pas d’ego, hantait les montagnes 
Résonnant des échos de son vain baragouin
Qui aurait fait fuir de son pays de cocagne.
Ce fat, fort de sa haine et fier de son harem,
Se voulait roi des petits singes et grands primates,
Le proclame à qui veut l’entendre, lui, dirhem
Parmi les dinars, et toute opposition mate.

Un gorille, hélas, ne l’entendit de cette oreille :
De tels propos lui firent venir les abeilles.
Il le prend, matin, par les lobes et lui secoue,
Quoique ce monarque fut épouillé, les puces.
« Avec ta couronne de poils, tu t’mont’ le cou
Mais t’as aussi le cul à nu, mec sans astuce,
Je vais pouvoir te le botter comme il se doit
Puis te défigurer ou te briser les doigts ! » 

L’atrabilaire ne fera que scarifier
Le museau fort bleui du « roi » pour clarifier
Position et rang de chacun en ce bas monde,
Puis lui fit saigner les nasaux, affront immonde.

Les descendants de ce fagotin prétentieux 
Gardèrent à jamais ces stigmates car les cieux
Détestent; eux aussi, de pareils affronts, austères ;
Et ainsi un nouveau singe peupla leur Terre.

Chez les drills échaudés, à saine modestie
Revenus, du moins hors de leur tribu, on dit
Haut et fort, que l’ambition est chose bien sotte :
« Quand le mal est passé, on oublie le péril
Mais, il n’en est guère de même de ses fautes
Quand on en porte la marque, soit-il sceau viril.
Un de nos pairs le sait qui oublia, peu sage,
Que tous les grands singes sont les pires sauvages ! »

samedi 13 juin 2026

LA BIENHEUREUSE

Petite fable affable

La jeune mouette semblait toujours rieuse
Même face aux vents, enclins à folies furieuses,
Ou aux injonctions de la vie, pourtant impérieuses.

Un vieux goéland, lui toujours malengroin,
Qui houspillait les importuns devant témoins,
S’en étonna fort bien qu’il n’en eût point besoin :
« Pour moi qui fais tant de foin, c’est chose curieuse
De te voir vivre, industrieuse et laborieuse,
Mais jamais contre rien ni personne injurieuse,
Ni mie crieuse, sois-tu ou non victorieuse !

- Quand on m’éconduit, je n’en parle à personne,
Répondit l’oiselle dont les plumes grisonnent,
Et tais, de même, les traits dont on m’assaisonne.
Ainsi fait qui ne goûte pas qu'on le chansonne
Car l'indifférence, je le sais, désarçonne
Plus que propos vachards ou bien humeur oursonne ! » ! »

mardi 9 juin 2026

NE RIEN FAIRE… MAIS LE FAIRE BIEN !

Petite fable affable

« Comment faire pour arriver à ses fins
Quand on n’a, las !, point commencé. Car enfin
Il doit bien exister un truc, une approche
Qui fait que, sans qu’on voie anguille sous roche,
On réussisse son coup…  à tous les coups ! »
Ainsi songeait un lycaon, triste frimousse,
Cherchant le chemin le plus court pour sa brousse
Quitter au plus tôt… Et jouer, plus loin, les coucous.

Ce canidé se triturait les méninges
À en faire abondamment suer son linge,
S’il en avait eu, évidemment. Cafouilleux,
N’ayant l’air de rien, ne valant guère mieux,
Il croyait que pour tout existait une manière
Qui évite tracas ou bien fondrières,
Et cherchait quelque combine, et ce sans fin,
Ou, une façon, à en perdre soif et faim,
Pour, en tout cas, en faire le moins possible
 Et, en tout lieu, vivre au mieux, seul, impassible.
Bref, jouer au Roi Lion à la parfin !

Pour cela, dans le plat pays, il musse,
Épuise son temps à sa quête têtue
Ne faisant plus rien d’autre. Par vaux pentus,
Aux couleuvres, il demande en vain leur astuce.
Mais elles se taisent. Lors, notre sac à puces,
Par les chaos, questionne les vieux lézards.
Pas plus bavards, ils s’enfuient comme au hasard,
Dès qu’il leur présente sa hideuse face.
« Je ne veux qu’une formule, les chiches-faces,
Qu’une marche à suivre pour vivre vieux
En faisant peu, ou moins encore, Bon Dieu ! »

Chevalier errant ayant perdu sa fasce,
Le charognard, défait, croisa un matin
Une hyène. Il lui fit donc son baratin.
« Le but importe plus que la voie, fait-elle,
Toute solution est en toi non sur stèle.
Souvent, les méthodes sont ce qu’elles sont :
Sans conséquence. Ta vie en est leçon ! »

vendredi 5 juin 2026

L’ÂNE & LA CAVALE

Petite fable affable d’après une phrase de Th. Roosevelt

Un vieux baudet voit passer, auprès de son pré,
Auquel un grand canal fait bordure,
Une haridelle qu’on flagelle à la vesprée,
Pour haler une péniche à la dure.

« Pourquoi ne te couches-tu pas, mon amie,
Tu n’en peux plus : ton labeur t’achève.
Tu ne vis que sous les coups. C’est infamie.
Tu dois pouvoir parfois trouver cette sève
De témérité qu’il faut pour dire à l’humain
Non !” ou “Stop ! ”. Tu n’es pas une bête
À abattre mais aide à sa main.

- Dans ma famille, on sert et point on ne discute.
On ne sera mie assez retors.
C’est toujours occasion de disputes
Et pis, pour l’homme, on a toujours tort.
Comme dit mère qui refuse la lutte :
Le courage, c'est sûr, ce n’est pas d’avoir 
La force d’encor’ continuer
Mais c’est de toujours continuer 
Quand on n’a plus la force de se mouvoir 
Bien que ce ne soient honneur ni gloire
Qui font, un jour, rentrer dans l’Histoire”.  »

lundi 25 mai 2026

LE GLOUTON COURTISAN

Petite fable affable d’après Jean de La Bruyère

Les gens de mérite ont, las, peu en marmite.
Les médiocres bâfrent comme faux ermites.

Un lynx austère et droit en prend son parti,
Pas un glouton ne manquant de réparti
e
Qui, chaque jour, dit, à tous, car il le pense
Qui’l faut moins nourrir son esprit que sa panse.


Notre goinfre alla donc voir le roi puma
Et lui fait, en préface, avant les frimas,

Un ample hommage, une longue dédicace
Où la gloire du félin côtoie sa grâce,
Sa libéralité appelant respect
Et quelques révérences au parfum bien suspect.

Puis entre mille autres caresses verbales
Il jure ses foi et soumission totale 
Au fauve, afin de, sans être son égal,

Avoir un beau rang dans le règne animal.
Elle méritait d’être ouïe cette chute
Quoi qu’elle vînt après de longues minutes.


Il est certains rois à qui cela convient
Mais ils sont rarement hommes de bien.
Bonnes gens comme nous, à d’aucuns Auguste,

Ça froisse les oreilles, courbe le buste ;
C’est le cas de notre souverain bien roux,

Et là, hélas, c’est l’ire ou c’est le courroux.


« À ma cour, point de pension et pas de poste
À qui fait du plat de la langue, Anagnoste !

C’est pire qu’injure ordurière, à bon droit,

Qu’un éloge aussi puant et maladroit. »
Il croqua celui qui voulait sans ambages,
Manger bien gras et tout à son avantage…

jeudi 21 mai 2026

TEL VA LE DELTA, TELS VONT NOS PETONS…

Petite fable affable

Dans la province de Camargue d’antan,
Au ramage des guêpiers, tout en nuances,
Un groupe de flamants fait ses révérences
Et ses danses, dans la douceur du beau temps
Et, pis, l’indifférence de la Nature.
Nul ne vient voir ces gracieuses créatures
Pour qui un vent voleur fredonne sans fin…

Nul n’écoute les chants, ne goûte aux parfums.


Soudain, naseaux au vent, quelque cheval passe.
Sauvage. Hennissant et piétinant l’eau.
Tout s’arrête et, là, chacun devient badaud.
On se croit au champ de bataille, l’espace
D’un instant. Ensuite, l’oreille aux aguets
Et l’œil où luit la frayeur, comme sagaie,
On file et fuit loin de ces éclats terribles
Dont les éclairs pourraient vous choisir pour cible.


Il vaut toujours mieux le bruit et la fureur,
Soit-on seul, pour se faire écouter du monde
Quand la beauté et la douceur, ses deux sœurs,
Restent inconnues, hélas, de tous, à la ronde.

dimanche 17 mai 2026

AU CHANT DES CHAMPS

Petite fable affable

La campagne se vêtait de verdure,

Les ruisseaux n’étaient plus que doux murmure.

Mai parfumé, sur le déclin du jour,

Boutait le feu aux cieux pour son retour.

Des rossignols, sous un épais bocage,

Conversaient en un charmant ramage.


Corbeau, qui non loin passait,

Avisant le bosquet, veut donc placer 
Son grain de sel dans ce concert sauvage.

L’air retentit lors de son fameux cri,
Et lugubre, et funeste de tout âge,

S’imaginant mieux chanter, sans décri,
Que quiconque chez les braves gens d’ailes
Et se posant même comme un modèle.

Il crut victoire emporter quand, soudain,
S’envolent au loin nos chantres bavardins

« Je le savais, fit l’intrus, trop on vante
Ces piètres mélodistes qu’épouvante
Le vrai talent ; celui des miens. Ils fuient

Ne pouvant lutter… et même à grand bruit ! »

Si, las, un son plus fort se fait entendre
À ses raisons on aime oreilles tendre ?

samedi 9 mai 2026

À LA GUERRE COMME NAGUÈRE !

Petite fable affable

Une colonne de fourmis marche à la guerre
Contre les termites qu’elles n’aiment guère.
Soudain, les cohortes s’arrêtent. On attend
Le feu vert de l’état-major. Et longtemps.
« On va perdre, trépigne la lieutenante,
L’effet de surprise. C’est chose étonnante !

- La devise, dit la cheffe des légions,
Est claire, Bleusaille, et fait sans discussion :
“Avant que d’exécuter le moindre ordre, 
Espère le contre-ordre sinon : désordre”.
                                                        Alors silence !

                            - Si on réfléchit bien…

- Réfléchir c'est désobéir, ô combien ! »

On se tait donc. Et l’ennemi alors s’arme
Et se rempare, dans un fort grand vacarme,
Prêt à affronter ces dames désormais.
La voisine de la contestataire, animée
Par quelque male humeur, se penche vers elle.
« On va être défaites !… Et cette Demoiselle
Sans initiative, hélas, point ne le sait.

- Si je me rebelle, je le sais assez,
Ce sera de l’insubordination 
Et donc aussitôt c’est l’exécution !
Vaincues, tu vois, on en réchappe peut-être
Comme disait une abeille de vieux hêtre
Qui l’avait ouïe, jadis d’un jeune humain
’Faut toujours mettre l’âne où l’a dit le maître ;
Oui. Sans discussion et en un tournemain.
Tant pis s’il est au soleil jusqu’à demain ! »

mardi 5 mai 2026

LE TIGRE & L’HÉMIONE

Petite fable affable

Sa majesté de la grand’ jungle s’ennuie.
À chasser, il n’a plus le goût. Même la nuit.
C’est devenu trop simple et bien trop facile :
Il paraît. Car prend peur toute proie gracile,
Qui se fige. Puis on la croque à grands bruits.
C’est nourrissant mais lassant tous ces dociles !

Notre tigre entend, matin, un cri qui, seul,
Aurait justifié qu’on mît son auteur en linceul.

C’était un âne. Il le prit à son service
Et, honneur, le fit son second pour ses sévices :
Ce cor sonnant dans les fourrés, effrayé

Le gibier fuyait.… Jouer n’est pas du vice !

Donc désormais, quand le fauve est en arrêt
L’hémione qui le suit, à son signal, brait.
S’ensuit alors une folle débandade
Qui transforme les souveraines balades
En mémorables poursuites endiablées. Vrai :
Finies mornes guets et moroses embuscades !

Tuer ainsi redonnait goût à la vie ;

L’âne avait certes emploi, c’est dit sans envie,
Peu reluisant mais situation brillante.

Il allait comme si des feuillées fuyantes
Ses oreilles touchaient le faîte, ravi,
Et parlait à tous d’une façon cinglante.

Lors d’une errance, un daim croisant son chemin,
Le salue de peur qu’on l’occise demain.

« Insolent mortel ! C’est le respect que tu montres ?!
Fait le parvenu : si le roi te rencontre…
 Je suis voix du maître, non fils du commun
Comme hélas l’est ici-bas tout-un chacun !

- Bramant moins qu’il ne rugit ! dit sa rencontre.
Tu es la risée des hôtes de ces bois.
Va, suis-le, fais battue pour lui et fais toi
Même  nommer vassal très obéissant.
Toi aussi, tu lui seras appétissant ;
Qui aux plus basses besognes se condamne

Par le vouloir et pour le gré des puissants
Finit toujours, un jour, en simple peau d’âne ! »

vendredi 1 mai 2026

ROSSINANTE

Petite fable affable

Une vieille jument se plaignait, toujours et encore,

Car elle devait se lever bien avant l’aurore
La semaine durant soit, las, pour aller au marché, 
Soit pour tirer la charrue, soit pour des charges hâler ;

Et, pire, on la faisait aller à messe le dimanche.
Point de repos, jamais de répit, elle était blanche
De rage de vivre cette vie de forçat sans fin !
« Moi !… À mon âge en plus !… Je n’en puis plus, à la parfin ! »

Un vieux bougnat la repère et l’achète à la ferme,
Flairant, sûr, une bonne affaire… enfin, « bonne » à terme !
La râleuse bénit ce maquignon inattendu
Et son changement de fortune… Bien entendu,
Elle n’y gagne guère au change ; elle sait lors les mines :

La sueur, la laideur, la saleté, le fouet qui mine
Le cuir, sept jours sur sept, un grabat tout en crottin,
L’épeautre pour pitance en un maigre picotin…

Autres plaintes. « Quoi donc ?! dirent les Cieux en colère,

Ce baudet nous occupe autant qu’humaine atrabilaire !

Croit-il être le seul qui ne soit de son sort content ?

N’a-t-on point assez à faire avec les maux du Temps ? »

Mais les dieux ont bon cœur et firent que la cavale
Passa aux mains d’un vieux soldat des armées royales
Qui avait pris sa retraite de tous les champs d’honneur :
L’âge, à contre-cœur, l’avait désormais fait veneur.

N’ayant que piètre pension pour ses loyaux services
Passés, il dut reprendre les armes. Son seul vice.
Notre haridelle découvrit donc les larmes et le sang,
La peur paralysant, les combats assourdissants,
Regrettant, mais un peu tard, les si agrestes charmes
Des prés où elle vaquait, et même le vacarme
Violent du carreau où elle avait tant souffert.
Rien n’était pire, à tout prendre, que le feu et le fer.



Notre condition, hélas, mie ne nous contente :

Si nos placets sont entendus des Cieux
Nos requêtes exaucées sans qu’ils soient ocieux,
Aussitôt on se plaint d’eux, sourds à plus d’entente !

vendredi 24 avril 2026

AU FOND DE MOI, JE QUÉBECQUE…

Belle province en images prospère,
Qui Saint-Laurentise, folle ou pépère,
De te revenir je ne désespère…

Au cœur de mes rêves est une forêt 
De sombres mélèzes et d’érables ocrés
Qu’un été indien va recolorer
Avant que ne l’ensilence Borée
Sans jamais, ma foi, la mettre à l’arrêt.
Traîneau à chiens ou skidoo toujours prêt !

Là, un lac profond où un castor boit
L'eau que vents de l’an embâclent, emboient,…
Y boucane aussi cabane en bois
Où erre et trappe mon âme aux abois
Que heurtent, en choeur parfois, quelques abois
Ayant senti qu’un ours noir traîne en sous-bois.

De ce côté de la Terre m’espèrent
Cartier, Champlain et Machand, ces bons pères,
Là où ma langue est un repère…

Rien de plus chaleureux que ce pays
Où le loup qui ne s’enfuit encor’ bruit,
Où bernaches, harfangs,… la vie désennuient.
C’est havre de songes que j’ai trahis
Où truites, ombles et saumons n’ont mie failli

Comme orignal, caribou, wapiti,…
Le long de la track raquettent mes pensées
Par bûchers aux rondins entassés,
Cabanes à sucre décadenassées,…
 Kayakent mes idées jamais lassées
Ensemencées d’Algonquins du passé
Ou de Hurons que rien n’a terrassé.

Nation flouée, de la fierté repaire,
Qui a le Saint-Laurent pour bon compère,
De venir à toi je ne désespère…

mercredi 8 avril 2026

RÊVERIE D’UN PROMENEUR SOLITAIRE

En flâneur indifférent à votre chaos,
Insouciant de vos vies tout en cahots,
Je mussais, musardais sous l’arche de branches
D’un bois dont on ne fera jamais de planches.

Au creux d’une clairière, à l’orée d’un ru,
Pris soudain par la douce apathie du cru,
Je connus un instant l’indolence heureuse
D’une sieste champêtre, un brin herbeuse.

Alangui, le dos au frais, les yeux aux cieux
J’écoutais tous les sons soudain audacieux
Que fait, mie assoupi, la faune d’un monde
Qui, jour et nuit, sans fin, est tout à sa ronde.

Volant qui s’égare, rampant qui va, vient, 
Trotteur qui vagabonde et sauts aériens,…
Toujours pressée, pas empressée, cette errance
Est pleine d’élytres qui crissent en transe.

Ce ne sont que points, comme taches au décor,
Ces mandibules qui déambulent, encor
Et encor, ou ces papillons qui rodaillent,
Se posent et divaguent même en rocaille.

En flâneur indifférent à notre chaos,
Insouciant de nos vie tout en cahots,
Je ne dérange, allongé, en rien leur course
Qui me repose de tout… et me ressource.

samedi 21 mars 2026

LAVEZ CES ARTS !

Petite fable affable

La savane accueille un nouveau roi,
L’ancien souverain, fort maladroit, 
Mangeant désormais par la racine
Malvacées et plantes d’officine.

On fait donc grand ménage partout
Pour que le jeune monarque, en tout
Lieu et en tout temps, dans son domaine,
Ne voie que le bon, le beau et le bien.
 Ça va de soi !… Ça, on se démène
Pour qu’il ne lâche jamais les siens,
Parce qu’on l’aurait, las, mis en boule,
Sur ses bons sujets venus en foule.

Sur rocs, écrits violents de hyènes
Et de bien impudents dessins de haine,
Signés de babouins, attestent hélas
Du désamour pour leur ex-Atlas.
On gratte, on nettoie et on efface
Sur ordre d’un fort vieux gnou
Qui avait gardé la vie et la face
En préférant, las !, vivre à  genoux.

La royale parade s’annonce.
Sûr, nul, alors, ne moufte d’une once.
‘Faut savoir révérence garder…
Donc moins brocarder que bobarder !

Au jeune souverain qui promène
Sa suffisance, jà peu amène,
Un lycaon lance :« Eh, on t’a fait
Grande lessive du mal qu’on pense
 Des tiens et de tous leurs vils méfaits !

- Bien, jeune insolent, c’est une chance :
“Ce que je ne sais pas ne saurait 
Me nuire” m’a dit mère adorée.

- Et même si ça peut te détruire ? 
Répliqua l’autre à faire fort bruire
L’assemblée béate. C’est risqué !

- Oh, bien moins, malingre freluquet
Que de me montrer mépris ou rage.
C’est ce qu’on me fait sur le moment,
Même si on appelle ça “courage”,
Qui vaut toujours un prompt châtiment ! »

lundi 9 mars 2026

C’EST DISCUTABLE ?

Petite fable affable

Un macaque insolent essaya,
Bien plus en sabots qu’en espadrilles,
Las, de discuter le bout de gras
Avec le plus taiseux des gorilles.
Celui-ci, dans les airs, sur un mot,
 - Vlan, au désert, les diserts marmots ! -
Lui fit danser macabre quadrille.

Plus tard, un sage et vieux chimpanzé
Voulut, pour jouer les joyeux drilles,
Discuter le coup, sans pavoiser.
Notre mal embouché de service,
Lors, le caressa comme on étrille
Et lui laissa donc le dos, en vrille,
Sans y voir là le moindre sévice.

Puis, un bonobo mal inspiré,
Plus désagréable qu’un zorille,
À son tour, vint dans cette forêt
Pour discuter du sexe des anges.
Ses « Ça s’discute… ! » étaient banderilles
Qui finirent en fort douloureux trilles.
Avec le mastoc qu'un rien dérange.

Depuis sous ces tropiques apaisés
Où que se l’on se cache ou que l’on perche,
On apprend à qui aime à causer :
« Sois-tu trublion ou tabellion
Ne te mets jamais à la recherche,
Si tu tiens à la peau de ton derche,
De poux dans la crinière d’un lion ! »

jeudi 5 mars 2026

LE GRILLON & LA CIGALE

Petite fable affable

Un grillon se veut l’élu du peuple de l’herbe.
Fort vaniteux, ce bonimenteur plein de superbe
Pensait que la fin, en tout, justifiait les moyens.
Aussi fallaces et piperies l’ont fait citoyen
D’honneur du si vaste et sournois pays des salades
Où fanfaronnade, escobarderie se baladent.

Or une cigale se mit sur le droit chemin
D’une élection qu’il pensait gagner de haute main.
Pire, l’insolente dénonçait à dessein ses mensonges,
Ses menteries, tromperies, impostures à rallonges
Malgré la fourberie du marchand de fumées
Que le discrédit stimulait à tout assumer.

Ses fables éventées, comme ses calomnies lassantes
Lui firent perdre la face et l’élection. Glaçante
Déconvenue pour lui qui était, disait-il, sûr
De vaincre tous les obstacles et casser tous les murs…

On dit qu’on l’entendit auprès de dames rainettes
Se lamenter comme le ferait une nonette :
« Que de faussaires et de tricheurs sur cette planète
Vrai : C’est à vous désespérer d’être malhonnête ! »

dimanche 1 mars 2026

LES HÂBLEUSES

Petite fable affable

Pies péroraient pis s’invectivaient
Au petit jour à peine levé…

« Dieu, peut-on faillir plus à l’honneur
Qu’en robant la repue de sa soeur ?!
Fit l’épaisse toute à sa fureur.

- Peut-on manquer à ce point de coeur :
De verte faim, l’amie, je me meurs ?! »
Répliqua l’autre non sans aigreur.

« Viles breloques que tout cela !
Lança le hibou de querelles las.
Vous employez, mesdames, grands mots
Provoquant moins de bien que de maux.
Laissez ces hochets, totons frottés,
Aux humains les plus mal décrottés ! »

Les pies allaient répliquer en choeur
À cet antique oiseau de malheur 
Leur façon de voir, au risque de heurts,
Quand chut de son nid un oisillon.
Nos bavardes comme d’un grillon,
Hélas, le becquetèrent à grand cris
Sans qu’aucune mie ne se récrie.

Maître hibou, de leçon donneur,
Fit : « Je vois : que de “coeur” !, Que d’ “honneur” !
Qui parle par trop de ces deux valeurs
Est le premier à n’agir avec qu’en parleur ! »

mercredi 25 février 2026

CHAT EN IMPOSE !

Petite fable affable d’après Sénèque, ni cynique ni sinoque

Ah, le minois des minettes végétant,
La mine des minets s’impatientant
C’est le vrai filon des félines bébêtes ;
Tous ces beaux minous minots sur nos réseaux,
C’est si mignon. Et de la queue au museau.
Sur la moquette ou bien dans l’herbette.
Mais qu’en croient des doux sentiments ces bijoux
Qui nous prennent pour des laquais, des joujoux ?

« Restant toujours fort fidèle à moi-même,
En amour, miaulait l’un, je suis croyant
Mais pas pratiquant car je suis clairvoyant :
Espérer plus que folie des sens est blasphème !

- Et moi, ronronna l’autre, les “à jamais”
Me lassent ; les “pour toujours” des mois de mai
Me fatiguent aussi. Et plus qu’on ne le pense.
Chaleurs qui les font toutes fort frétiller
Ne sont que caprices pour émoustiller ? »

Et nos fauves fourrés firent sans suspense :
« Que sont ces religions où on perd le jour
Dans l'attente angoissée de la nuit, toujours ?!

- Est-ce offense aux us ou abus de le dire ?!…
Craignant le jour, on se défie de la nuit
Jusqu’à nous faire, parfois, mourir d’ennui ?! »

Mais ils n’en croient rien, il va sans le dire…

samedi 21 février 2026

LE COQUIN & LA COQUETTE

Petite fable affable

Raie sur le coté, des oursins dans les poches, 
Filou en affaires et frileux en amour,
 Car sensible aux douleurs de coeur, sans humour,
Un requin se fit hameçonner en roche.
Regard de sardine cuite, une morue
Le prit, malgré elle, en ses filets. La Belle,
Plate comme une limande et le ton dru,
Était aux maquereaux devenue rebelle.

Car je ne vous parle point là gros poisson 
Ni menu fretin, Fidèles Bécassons !
J’évoque un financier qu’un bon porte-feuilles
Intéresse plus que sentiments qui endeuillent
En chœur parfois et d’une sirène, un peu catin,
Qui ne dormait jamais avant le matin ;
« Faut ça pour taquiner l’goujon tout en gueule
Ou quand, com’ du poisson pourri, on t’engueule.
Ainsi est l’homme, libre ou mari mâtin ! »

Donc, mon fieffé fripon point trop chaleureux
Car trop peureux, ma foi, pour être trop heureux,
Lui déclara pourtant sans flemme sa flamme.
Même un grand pécheur, mes amis, a une âme !,
Se sentit-il comme un poisson hors de l’eau.
Ses yeux de merlan frits n’étaient pas cadeau !
N’ayant pas la cervelle d’un poisson rouge
Sachant trop bien le coût des coups, notre gouge
L’arrête gentiment : « Mec, descends des rideaux ! 
Avec vous, petites gloses, grandes querelles :
J’veux pas qu’ça finisse en queue de poisson, Brêle !,
Com’ dit mon pauv’ chien : “Les humains sont méchants, 
Parfois malfaisants ; ceux qui n’ont pas ce penchant
Sont aux premiers complaisants." Donc, j’laiss’ la nasse
À celles à qui ne suffirait pas la passe. »