Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

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mercredi 29 juillet 2026

LES P'TITS VIEUX D'AVANT

On s’en occupait mieux
De nos p’tits vieux
Avant je vous l’assure
Planqués dans le cantou
Du mois d’août au mois d’août
À r’garder leurs chaussures
Le carré de ciel bleu
D’la cheminée ou l’feu
Flambant tout en morsures
À l’hiver revenu.
Voilà tout leur menu

On s’en occupait mieux
De nos p’tits vieux
Avant c’est chose sûre
Plantés sur un’ chaise itou
Aux bonn’ heur’ des mois doux
À r’garder les blessures
Des nues leur p’tit alleu
L’bois jadis giboyeux
La mémoir’ qui s’fissure
Le souffle hélas, ténu
Et les mots retenus

On s’en occupait mieux
De nos p’tits vieux
Avant car leur tonsure
À table à son haut bout
Happait soupe et ragoût
Coulant aux commissures
Des lèvres l’doigt huileux
Qui tremble plus qu’on peut
Puis sans aucun’ censure
D’ces êtres entretenus
On couch’ra le corps nu

lundi 27 juillet 2026

HAIES DONC !

Que sont nos haies devenues
Qui buissonnaient sous les nues ?
Ces brise-vent d’aubépines,
De sureaux, de genêts
Et de ronciers pleins d’épines
Ombraient fort, sans se gêner,
Les chemins creux par nos champs
Et nos prés à bords touchants.

Que sont nos haies devenues
Où gîtait le chant ténu
Des pinsons et des fauvettes,
Ou bien des chardonnerets ?
Pruneliers à la sauvette
Et noisetiers s’y livraient,
Pour y régner, hors mortaille,
Une secrète bataille.

Que sont nos haies devenues
Savamment entretenues,
Où dansaient quelques fougères,
Jouant à cache-ruisseaux
Et aux rues de rus, longères
Qui, s'ils faisaient leur gros d’eau,
Donnaient aux taillis noblesse,
Aux fourrés neuve jeunesse.

Que sont nos haies devenues
Au vert fouillis contenu ?
Halliers tirant à la ligne,
Nous toisant en galeries,
Ces bocages qui graffignent
Sont vus comme barbarie,
Témoin du temps archaïque
Des campagnes mosaïques.

mercredi 15 juillet 2026

BAGNARD AU CAGNARD

Rien ne bruit tout cuit
Sous ce ciel qui luit
La chaleur sournoise
Nous cherche des noises
Brûlant et chauffant
À blanc étouffant
L’air qui en grésille
Sans fin banderille
L’azur rousillé
Les sols fendillés

Au boudoir des ombres
Le vent est du nombre
Cruel il flamboie
Toujours aux abois
Il ne fait de vagues
Et mie ne divague
Consume en lourdeurs
Même nos ardeurs
Vouloirs s’évaporent
Et par tous nos pores

L’abîme béant
De l’éther céans
Happe l’existence
Et la consistance
Des êtres muets
Rompus de suées
Plus aucun nuage
Las aux nues ne nage
Rien ne bruit tout cuit
Sous ce ciel qui luit

lundi 13 juillet 2026

LE SENSIBLE Y PERD !

Tout me touche, tout m'atteint, m'émeut, 
M’attrape au cœur et puis me submerge.
J’ai mal pour l’autre au matin brumeux
Comme au crépuscule, noire auberge ;
J'ai mal pour moi, car c’est venimeux
La compassion quand l’âme l’héberge
Et fait que, tous, sans fin, l’on gamberge.

Je suis à fleur de mots, sans vous mentir,
À fleur de vos de peaux quand elles stressent :
Je ne cesse, hélas, de ressentir
Les vaines tristesses ou la détresse
De ceux que vient d’emboutir
La vie, toujours toute en sécheresse
Qui nous écorche de ses rudesses.

Alors je parle aux cieux, silencieux,
La langue de ces cœurs cabossées
Oo de ces fronts plissées ou soucieux,
Offrant l’orage prêt à rosser
Ou bien un arc-en-ciel audacieux
Pour les faire sortir du fossé
Quitte à prendre, hélas, une saucée.

Je ressens ce qui remue, qui effleure
Et peut, un temps, faire perdre pied
Comme je m'envole pour un leurre
Oui, quitte à redescendre estropié.
Je peux sangloter plus qu’on ne pleure
Et rire aux éclats comme un troupier
Et, pis, jamais ces excès n’expier.
.
Tout me fait peur et vibrer, ou vivre,
Accroché à ma boule d’émotions ;
« Fragile » comme on dit dans les livres
Mais, moi, mes bulles de sensations
J’en ai fait ma force, bateau ivre :
Exaspération, exaltation ;
Exaltation, exaspération…

jeudi 9 juillet 2026

ENTRE RUINES & RELIQUES…

À Emile Nelligan (1879-1941)

Moi aussi, au couchant des années,
J’ai pris le goût de ses fleurs fanées.
Et, bien plus qu’à mon tour, j’emprunte
Les sentes, où j’ai laissé mes empreintes,
Qui mènent au levant de mes beaux jours
Par des souvenirs, pleins de détours,
Dans les parfums ivres des tonnelles,
L’arôme des roses maternelles.

Enfance enfuie, enfance enfouie,
J’ai souvenance d’heures éblouies
Tramées de chagrins et de lacunes,
Parfois tissées d’ennui à la brune,
Volées aux si longs hivers d’antan
Aux beaux étés d’il y a longtemps.
Elles sont, aujourd’hui, remembrances,
But d’inavoué de mes errances.

Moi aussi, je ne fais mie le deuil
D’un temps, dont je semble encore au seuil,
De ce passé qui est mon histoire,
Qu’on ne trouve dans aucun grimoire,
Que hantent les landes de l’oubli
Où, las, ma mémoire a fait son lit
Que guette la nuit de l’amnésie
Qui, jà, mon esprit anesthésie.

dimanche 5 juillet 2026

FEU LE VILLAGE

Là, toits éventrés, çà pans éventés,
Vantaux arrachés, huis violentés,
Mas lézardés qui ne sont que squelettes,
Dans un petit un jardin au bois dormant,
Quelque espalier, treilles au sol de ciment
Où crottent faisans, lapins et belettes,
Lichen vermoulu :
Le village n’est plus.

Où sont donc du temps les vicissitudes ?
Les saisons aux cycliques certitudes ?
Qui lira les heures rousses des nuits ?
La ville a semé l’âpre semence
D’une faim d’Humanité sans clémence.
C’est la fin d’un vieux monde tout d’ennuis,
Aujourd’hui désolé,  comme ses manses.
Par vaux et talus,
Le village n’est plus.

Seule l’herbe frémit ; scories et suie
Crépitent sous la pluie qui choit sans bruit,
Le labours vivent là leur crépuscule,
Et les verts prés leur ultime agonie
Sous des fougères en foules majuscules.
Dans la bruyère en flux,
Le village n’est plus.

Le vent gifle et l’averse tout traverse
Mais se sont tus les hoquets du clocher
Effondré de l’église aussi fauchée.
Un silence funèbre tient commerce
Avec l’écho des cris noirs des corbeaux,
Entre les murs décrépis, en lambeaux
Où l’arbre repousse, où la ronce perce.
Las! point de salut :
Le village n’est plus.

vendredi 3 juillet 2026

GARONNE

Cycle toulousain

Garonne joueuse a les eaux vaironnes.

À qui, sur elle, ne se méprend

Ses flots qui ronent fort peu maronnent

Car l’été, sur tapis vert, les prend.



Son clapotis les hauts gaves apprend.

Si elle est, aux temps doux, gaie luronne

D’un moulin, parfois elle s’éprend.

Garonne joueuse a les eaux vaironnes.



Que lui importe Paris, Vérone,…

Elle aime blé, foin et entreprend

D’enseigner la patience vigneronne

À qui, sur elle, ne se méprend.



À voir le printemps qui la surprend,

Elle ne sera jamais baronne,
Garonne boueuse ni, on comprend,

Un peu daronne ni prou matrone.



Imprévisible, elle ne plastronne

Pas du clapotis, trop hors du rang,

Ni de son long cours ne fanfaronne

Car l’été, sur tapis vert, les prend.



Courant sous des ciels indifférents

Galets roulés sous arbres qui trônent,

Quoique auprès de toi peu on se rend,

À ton fil, je reste déférent,

Garonne.

mercredi 1 juillet 2026

JUIN 2026 : FOURNAISE !

Ce potage bouillant dans lequel nous marinons,
Ils appellent cela « l’été ». Une canicule ?
Mais cette belle saison devrait porter le nom
D’« Enfer » tant - oui, hélas ! - elle nous accule
À la claustration, au confinement,
Pour ne pas finir merguez grillée sur le moment !

Ils appellent ça « le beau temps », nos bons sceptiques,
Alors qu’on va finir carbonisés ou fumés
Sous ce Râ chauffé à blanc. Hiératique.
Bien moins soleil que barbecue allumé
Pour nous, par nous, ce feu nous est endémique,
Vrai bûcher de nos vanités économiques.

Désormais, « les beaux jours » ne sont plus de bons jours,
Plus ardents que flamboyants quoiqu’on clabaude :
Les cieux embrasés rendent notre séjour
Accablant et cuisant dans une saison chaude,
Vont nous rôtir comme damnés, assommés,
 Cramés, consumés d’avoir trop consommer…

Ce coup de chaud, n’en déplaise à nos pieds tendres,
Sent le roussi et pas que pour les geignards,
Les « Qui aurait pu savoir ?! », les « Faut attendre… » ;
Quoi ? L’incinération ?l…  Soyons pas plaignards,
Il nous en cuira, semble-t-il, davantage
Avant que l’on arrive au bout de notre âge !

samedi 20 juin 2026

HAÏKU DE LANGUE

Aujourd’hui, en bon français on ne dit plus « travail » mais « job » car à le faire, en notre enfer capitaliste, on finit aussi pauvre que ce héros biblique…

vendredi 19 juin 2026

jeudi 11 juin 2026

UNE VIE

Travaillez fils des villes et prenez de la peine
Enfants des champs !… Cela constitue une vie.
Bien des miséreux, des gueux, votre sort envient :
Ils aimeraient porter ce que vous appelez « chaînes ».

Sans rien demander, ni espérer, mieux sans haine,
Épuisez-vous loin de ce qui rend malheureux,
Les chimères, idées, utopies et songes creux
Car le travail bien fait, seul, vous rendra heureux.

Cette satisfaction sera votre salaire.
Vous perdrez tout à laisser parler la colère ;
Vous vivez à crédit, jamais non ne l’oubliez !

Jusqu’à la mort vous ramerez sur cette galère,
Avec celle à qui vous avez votre sort lié,
Avec qui vous vouliez vous désembastiller.

mardi 19 mai 2026

NOSTALGIE

Souvenirs, vous qui emplissez mes jours
Et revenez à moi, à contre-jour,
Vous hantez mes nuits, souventes fois,
Témoignant que j’ai été. Parfois.

Car vous êtes ce qui reste de moi,
Rappels de joies, stigmates d’émois,
Je vous invoque comme des reliques
Et je vous évoque, boulimique.

Souvenirs, je reviens vers vous toujours
Pour donner à la solitude ajours.
Passé qui ne passe, quoi qu’on fasse,
Laisse ses traces et mie ne nous lasse.

Que vous soyez cendre ou bien débris,
Peu m’importe, vous m’êtes tant ris
Que pleurs, regret, remords, cicatrices,…
Certes ombres mais jamais, non, caprices.

samedi 16 mai 2026