Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

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lundi 29 juin 2026

LA SUITE DU LION

 Petite fable affable


Une jeune lionne vint trouver son père :
« Majesté, vous mon maître qui rendez prospères
Les apanages où, sans ambages, nous chassons
Pour vous et, mieux, protégeons sans plus de façon
Quand pourrai-je intégrer la garde personnelle
Qui vous accompagne des savanes aux tonnelles ?

                                              - Quand il m’en saura gré.

  - Ne suis-je dévouée ?

                                            - Cela ne suffit pas.

- Ne suis-je pas douée
                                             Pour le combat, même rapproché, ou la traque ?

- Cela compte pour peu.

- Serais-je donc chabraque ?

- Ma garde va toujours, vois-tu, derrière moi
Non parce qu’elle zélée, aguerrie, sans émoi,…
Mais plutôt parce qu’à ma personne royale,
Sans fin, elle s’est montrée fidèle et loyale.
Avoir de l’ambition, c’est déjà me trahir ;
Espérer grâce de vertus, c’est les flétrir ! »

jeudi 25 juin 2026

LA HARGNE DE L’ARAGNE

 Petite fable affable


Une araignée qui ne fait pas dans la dentelle
Trappe et piège à l’envie tout ce qui a des ailes
Dans un taillis épais de ronciers en fleurs
Faisant régner là plus que la peur : la terreur.
Et elle le fait à tour de pattes, la garce ;
Or elle en a huit de pattes notre comparse !
Le couard peuple des insectes n’en peut mais.
Quoi qu’on y soit égoïste et parfois armé,
On ne résiste guère à ses rets, à ses ruses.
C’est loi naturelle mais elle, oui, elle abuse !

Donc tiennent assemblée les hôtes des végétaux
Pour porter remède à ce fléau au plus tôt. 
Des bourdons capons viennent plus de doléances
Que des frelons qu’affolent autant de mécréance.
Une mouche vrombit : « Ça ne plus durer
Ce monstre aux cent yeux est toujours à la curée ! »
Une abeille angoissée ajoute alors : « Que faire ?
Lui demander gentiment d’un peu moins forfaire ?

- Un ennui ne s’en va pas, las, si qui le crée
Est sollicité pour le régler, sinon, Sucrée,
On a deux problèmes et plus un seul, sur les pattes ! »
Ainsi parle un jeune scarabée, bonne pâte
Mais point invité à débattre avec les proies.

C’est froussards ou pleutres, ces terrestres ! À bon droit,
« Vous êtes, tant mieux pour elle, pusillanimes
Et pire, hélas pour vous de façon unanime.
Il n’est plus temps, amis, d’être lâche ou pétreux
Elle est seule quand vous, vous êtes fort nombreux.
Quand le Mal use des audaces de la rage
Pour arriver, au mieux, au plus tôt, à ses fins
Le Bien se doit alors d’ avoir tous les courages
S’il ne veut, jusqu’à point d’heure, souffrir sans fin ! »

dimanche 21 juin 2026

MOTS POUR MAUX

Petite fable affable

Un chantre maudit, 
Tête de pioche de bonne roche ,
Avait beaucoup dit,
N’ayant pas sa langue dans sa poche.

Ce crève-la-faim,
Bohème, était de cette race éteinte,
Du monde défunt
De ces chevelus buveurs d’absinthe
Qui, fort tard veillant, 
Sans un sou vaillant,
Rêvaient de poésie qui éveille ;
Le regard brillant
Et le sang bouillant
Chantaient la poésie qui réveille.

Ce chantre, pardi, 
Ne connut le renom ni la gloire :
Il était hardi ;
Le bourgeois hait pareille bouilloire !

Las, ce claque-faim
Renonça à l’écrit polémique
Puis, sentant sa fin,
Même aux poèmes un peu politiques :
Le rêve est vapeur
Mais ce sont sapeurs
Que les us, et les chaires, et le trône,
Ces fourriers de peurs,
Même si la liberté ils prônent.

Un rimeur, dandy 
Que couvait de ses cieux Le Parnasse,
Lors, vint et lui dit :
« Pourquoi fuis-tu du monde les nasses ?

- Le dédain, on feint.
À coups d’interdits plus que de glaive,
Viendra Merde-fin
Qui voudra que ta voix perde sève.
Écris, valeureux,
Mais pour être heureux,
Tais-toi hors la rimailleuse enclave :
D’un mot malheureux 
Tu peux devenir, matin, l’esclave ! »


mercredi 17 juin 2026

ET LE DRILL DEVINT MANDRILL…

Petite fable affable

Cousin du babouin, mais plus méchant et sagouin,
Un drill, ne manquant pas d’ego, hantait les montagnes 
Résonnant des échos de son vain baragouin
Qui aurait fait fuir de son pays de cocagne.
Ce fat, fort de sa haine et fier de son harem,
Se voulait roi des petits singes et grands primates,
Le proclame à qui veut l’entendre, lui, dirhem
Parmi les dinars, et toute opposition mate.

Un gorille, hélas, ne l’entendit de cette oreille :
De tels propos lui firent venir les abeilles.
Il le prend, matin, par les lobes et lui secoue,
Quoique ce monarque fut épouillé, les puces.
« Avec ta couronne de poils, tu t’mont’ le cou
Mais t’as aussi le cul à nu, mec sans astuce,
Je vais pouvoir te le botter comme il se doit
Puis te défigurer ou te briser les doigts ! » 

L’atrabilaire ne fera que scarifier
Le museau fort bleui du « roi » pour clarifier
Position et rang de chacun en ce bas monde,
Puis lui fit saigner les nasaux, affront immonde.

Les descendants de ce fagotin prétentieux 
Gardèrent à jamais ces stigmates car les cieux
Détestent; eux aussi, de pareils affronts, austères ;
Et ainsi un nouveau singe peupla leur Terre.

Chez les drills échaudés, à saine modestie
Revenus, du moins hors de leur tribu, on dit
Haut et fort, que l’ambition est chose bien sotte :
« Quand le mal est passé, on oublie le péril
Mais, il n’en est guère de même de ses fautes
Quand on en porte la marque, soit-il sceau viril.
Un de nos pairs le sait qui oublia, peu sage,
Que tous les grands singes sont les pires sauvages ! »

samedi 13 juin 2026

LA BIENHEUREUSE

Petite fable affable

La jeune mouette semblait toujours rieuse
Même face aux vents, enclins à folies furieuses,
Ou aux injonctions de la vie, pourtant impérieuses.

Un vieux goéland, lui toujours malengroin,
Qui houspillait les importuns devant témoins,
S’en étonna fort bien qu’il n’en eût point besoin :
« Pour moi qui fais tant de foin, c’est chose curieuse
De te voir vivre, industrieuse et laborieuse,
Mais jamais contre rien ni personne injurieuse,
Ni mie crieuse, sois-tu ou non victorieuse !

- Quand on m’éconduit, je n’en parle à personne,
Répondit l’oiselle dont les plumes grisonnent,
Et tais, de même, les traits dont on m’assaisonne.
Ainsi fait qui ne goûte pas qu'on le chansonne
Car l'indifférence, je le sais, désarçonne
Plus que propos vachards ou bien humeur oursonne ! » ! »

mardi 9 juin 2026

NE RIEN FAIRE… MAIS LE FAIRE BIEN !

Petite fable affable

« Comment faire pour arriver à ses fins
Quand on n’a, las !, point commencé. Car enfin
Il doit bien exister un truc, une approche
Qui fait que, sans qu’on voie anguille sous roche,
On réussisse son coup…  à tous les coups ! »
Ainsi songeait un lycaon, triste frimousse,
Cherchant le chemin le plus court pour sa brousse
Quitter au plus tôt… Et jouer, plus loin, les coucous.

Ce canidé se triturait les méninges
À en faire abondamment suer son linge,
S’il en avait eu, évidemment. Cafouilleux,
N’ayant l’air de rien, ne valant guère mieux,
Il croyait que pour tout existait une manière
Qui évite tracas ou bien fondrières,
Et cherchait quelque combine, et ce sans fin,
Ou, une façon, à en perdre soif et faim,
Pour, en tout cas, en faire le moins possible
 Et, en tout lieu, vivre au mieux, seul, impassible.
Bref, jouer au Roi Lion à la parfin !

Pour cela, dans le plat pays, il musse,
Épuise son temps à sa quête têtue
Ne faisant plus rien d’autre. Par vaux pentus,
Aux couleuvres, il demande en vain leur astuce.
Mais elles se taisent. Lors, notre sac à puces,
Par les chaos, questionne les vieux lézards.
Pas plus bavards, ils s’enfuient comme au hasard,
Dès qu’il leur présente sa hideuse face.
« Je ne veux qu’une formule, les chiches-faces,
Qu’une marche à suivre pour vivre vieux
En faisant peu, ou moins encore, Bon Dieu ! »

Chevalier errant ayant perdu sa fasce,
Le charognard, défait, croisa un matin
Une hyène. Il lui fit donc son baratin.
« Le but importe plus que la voie, fait-elle,
Toute solution est en toi non sur stèle.
Souvent, les méthodes sont ce qu’elles sont :
Sans conséquence. Ta vie en est leçon ! »

vendredi 5 juin 2026

L’ÂNE & LA CAVALE

Petite fable affable d’après une phrase de Th. Roosevelt

Un vieux baudet voit passer, auprès de son pré,
Auquel un grand canal fait bordure,
Une haridelle qu’on flagelle à la vesprée,
Pour haler une péniche à la dure.

« Pourquoi ne te couches-tu pas, mon amie,
Tu n’en peux plus : ton labeur t’achève.
Tu ne vis que sous les coups. C’est infamie.
Tu dois pouvoir parfois trouver cette sève
De témérité qu’il faut pour dire à l’humain
Non !” ou “Stop ! ”. Tu n’es pas une bête
À abattre mais aide à sa main.

- Dans ma famille, on sert et point on ne discute.
On ne sera mie assez retors.
C’est toujours occasion de disputes
Et pis, pour l’homme, on a toujours tort.
Comme dit mère qui refuse la lutte :
Le courage, c'est sûr, ce n’est pas d’avoir 
La force d’encor’ continuer
Mais c’est de toujours continuer 
Quand on n’a plus la force de se mouvoir 
Bien que ce ne soient honneur ni gloire
Qui font, un jour, rentrer dans l’Histoire”.  »

lundi 1 juin 2026

CHEMIN FAISANT

Petite fable affable d’après Le caillou
d’Henri Cobourg (Fables, 1860)

De sa lointaine pampa,
Dessus une voie unie,


Un homme allait d’un bon pas
Pour quérir un bon repas
Offert par bourse bénie

Ses pieds alertes franchissent
Les lieues d’un pas fort léger ;

Ses jambes mie ne fléchissent
Mais un caillou vient se piéger
En sa chaussure bien lisse.

Il rage à ce contretemps,
Se détournant d’une route
Pour ôter, tout haletant,
L’intruse qui le déroute
Pour bien plus qu’un bref instant.

Or devenait là fondrières
Et bourbier son bon chemin
Qui n’était que de poussière.
Et ce n’était pas demain
Qu’il aurait goûté daubière !

L’ingrat ne voit pas la pierre

Le détournant des ornières.

vendredi 29 mai 2026

LE MALE BUISSON

Petite fable affable d’après Lockman

Un malingre buisson dit au jardinier : 
« Ah, si quelqu’un, comme d’un bananier,
Prenait soin de moi, me plantant au centre
De son clos pour que j’y fasse mon antre, 
M’arrosait, me cultivait mêmement
Qu’un autre, mon ombre, certainement,
Serait courtisée, mes fleurs feraient vases
Et mes fruits de belles et bonne brunoises. »

 Le maraicher le prit et le ficha
Au milieu du jardin, en bonne terre,
 Qu'il fuma à grand frais comme en gros tas.
Et pour faire taire l’argumentaire,
L’arrosait deux fois par jour. Jamais moins .
Les branches du buisson allèrent au loin,
Forcirent, se fortifièrent d’épines
Alors que s’enfonçaient ses racines taurines.

Bientôt le beau jardin fut tout à lui,
Ne laissant à rien le moindre réduit.
Toutes les fois qu’ une aide on te demande
Réfléchis qu’au bien, un mal on ne rende,
Car ainsi vont les sournois, les méchants
Qui pour nuire prennent toujours du champ.

lundi 25 mai 2026

LE GLOUTON COURTISAN

Petite fable affable d’après Jean de La Bruyère

Les gens de mérite ont, las, peu en marmite.
Les médiocres bâfrent comme faux ermites.

Un lynx austère et droit en prend son parti,
Pas un glouton ne manquant de réparti
e
Qui, chaque jour, dit, à tous, car il le pense
Qui’l faut moins nourrir son esprit que sa panse.


Notre goinfre alla donc voir le roi puma
Et lui fait, en préface, avant les frimas,

Un ample hommage, une longue dédicace
Où la gloire du félin côtoie sa grâce,
Sa libéralité appelant respect
Et quelques révérences au parfum bien suspect.

Puis entre mille autres caresses verbales
Il jure ses foi et soumission totale 
Au fauve, afin de, sans être son égal,

Avoir un beau rang dans le règne animal.
Elle méritait d’être ouïe cette chute
Quoi qu’elle vînt après de longues minutes.


Il est certains rois à qui cela convient
Mais ils sont rarement hommes de bien.
Bonnes gens comme nous, à d’aucuns Auguste,

Ça froisse les oreilles, courbe le buste ;
C’est le cas de notre souverain bien roux,

Et là, hélas, c’est l’ire ou c’est le courroux.


« À ma cour, point de pension et pas de poste
À qui fait du plat de la langue, Anagnoste !

C’est pire qu’injure ordurière, à bon droit,

Qu’un éloge aussi puant et maladroit. »
Il croqua celui qui voulait sans ambages,
Manger bien gras et tout à son avantage…

jeudi 21 mai 2026

TEL VA LE DELTA, TELS VONT NOS PETONS…

Petite fable affable

Dans la province de Camargue d’antan,
Au ramage des guêpiers, tout en nuances,
Un groupe de flamants fait ses révérences
Et ses danses, dans la douceur du beau temps
Et, pis, l’indifférence de la Nature.
Nul ne vient voir ces gracieuses créatures
Pour qui un vent voleur fredonne sans fin…

Nul n’écoute les chants, ne goûte aux parfums.


Soudain, naseaux au vent, quelque cheval passe.
Sauvage. Hennissant et piétinant l’eau.
Tout s’arrête et, là, chacun devient badaud.
On se croit au champ de bataille, l’espace
D’un instant. Ensuite, l’oreille aux aguets
Et l’œil où luit la frayeur, comme sagaie,
On file et fuit loin de ces éclats terribles
Dont les éclairs pourraient vous choisir pour cible.


Il vaut toujours mieux le bruit et la fureur,
Soit-on seul, pour se faire écouter du monde
Quand la beauté et la douceur, ses deux sœurs,
Restent inconnues, hélas, de tous, à la ronde.

dimanche 17 mai 2026

AU CHANT DES CHAMPS

Petite fable affable

La campagne se vêtait de verdure,

Les ruisseaux n’étaient plus que doux murmure.

Mai parfumé, sur le déclin du jour,

Boutait le feu aux cieux pour son retour.

Des rossignols, sous un épais bocage,

Conversaient en un charmant ramage.


Corbeau, qui non loin passait,

Avisant le bosquet, veut donc placer 
Son grain de sel dans ce concert sauvage.

L’air retentit lors de son fameux cri,
Et lugubre, et funeste de tout âge,

S’imaginant mieux chanter, sans décri,
Que quiconque chez les braves gens d’ailes
Et se posant même comme un modèle.

Il crut victoire emporter quand, soudain,
S’envolent au loin nos chantres bavardins

« Je le savais, fit l’intrus, trop on vante
Ces piètres mélodistes qu’épouvante
Le vrai talent ; celui des miens. Ils fuient

Ne pouvant lutter… et même à grand bruit ! »

Si, las, un son plus fort se fait entendre
À ses raisons on aime oreilles tendre ?

mercredi 13 mai 2026

L’EMBARRAS DU CHOIX

Petite fable affable

Au nom de mon sang et de l’étiquette,
Maman voulut un soir se mettre en quête

Pour moi d’un gentil mari, bon parti
Mais qui aurait déjà un tant peu d’âge,
(Car il fallait songer à « l’héritage » !)
À qui faire, un beau soir, quelque petit.

Ingénue, j’en séduisit - Le drame ! -
Un mûr et un blet. tous deux amoureux
De mon esprit comme épris de mes charmes.
« Mariage plus vieux, mariage heureux !
Mais deux prétendants c’est trop, à vrai dire.
Nous ferons un choix… écartant le pire ! »
Fit lors ma mère la chose apprenant
Heureuse qu’aucun ne fut vil manant
Que tout deux me faisait une cour assidue,
De leurs avances m’étant défendue.

Voulant donner son avis et son aval
Elle les convia au thé - Banal ! -
Et les y charma tant que j’ai pu croire
Qu’elle voulait sur moi une victoire.
Puis décréta qu’il fallait se revoir
Car délayer nous était un devoir.

Aussi revinrent-ils, chaque semaine.
M’assurant que j’aurais bientôt quelqu’un,
Maman ne pouvait choisir, l’âme sereine,
Entre l’un et l’autre ou bien l’autre et l’un.
Quand on a un nom, c’est de bonne guerre !
Pour l’heur, mes désirs ne lui importaient guère.

À force de se rencontrer chez nous,
Mes deux amis devinrent donc intimes.
Et ce fut, à toutes deux, légitime
Surprise quand repartirent ces doux-
Là, bras-dessus bras dessous à la brune,
S’embrassant à pleine bouche. Infortune !

Ma fille, quand t’a certains choix à faire
Ne mêle jamais maman à l’affaire !

samedi 9 mai 2026

À LA GUERRE COMME NAGUÈRE !

Petite fable affable

Une colonne de fourmis marche à la guerre
Contre les termites qu’elles n’aiment guère.
Soudain, les cohortes s’arrêtent. On attend
Le feu vert de l’état-major. Et longtemps.
« On va perdre, trépigne la lieutenante,
L’effet de surprise. C’est chose étonnante !

- La devise, dit la cheffe des légions,
Est claire, Bleusaille, et fait sans discussion :
“Avant que d’exécuter le moindre ordre, 
Espère le contre-ordre sinon : désordre”.
                                                        Alors silence !

                            - Si on réfléchit bien…

- Réfléchir c'est désobéir, ô combien ! »

On se tait donc. Et l’ennemi alors s’arme
Et se rempare, dans un fort grand vacarme,
Prêt à affronter ces dames désormais.
La voisine de la contestataire, animée
Par quelque male humeur, se penche vers elle.
« On va être défaites !… Et cette Demoiselle
Sans initiative, hélas, point ne le sait.

- Si je me rebelle, je le sais assez,
Ce sera de l’insubordination 
Et donc aussitôt c’est l’exécution !
Vaincues, tu vois, on en réchappe peut-être
Comme disait une abeille de vieux hêtre
Qui l’avait ouïe, jadis d’un jeune humain
’Faut toujours mettre l’âne où l’a dit le maître ;
Oui. Sans discussion et en un tournemain.
Tant pis s’il est au soleil jusqu’à demain ! »

mardi 5 mai 2026

LE TIGRE & L’HÉMIONE

Petite fable affable

Sa majesté de la grand’ jungle s’ennuie.
À chasser, il n’a plus le goût. Même la nuit.
C’est devenu trop simple et bien trop facile :
Il paraît. Car prend peur toute proie gracile,
Qui se fige. Puis on la croque à grands bruits.
C’est nourrissant mais lassant tous ces dociles !

Notre tigre entend, matin, un cri qui, seul,
Aurait justifié qu’on mît son auteur en linceul.

C’était un âne. Il le prit à son service
Et, honneur, le fit son second pour ses sévices :
Ce cor sonnant dans les fourrés, effrayé

Le gibier fuyait.… Jouer n’est pas du vice !

Donc désormais, quand le fauve est en arrêt
L’hémione qui le suit, à son signal, brait.
S’ensuit alors une folle débandade
Qui transforme les souveraines balades
En mémorables poursuites endiablées. Vrai :
Finies mornes guets et moroses embuscades !

Tuer ainsi redonnait goût à la vie ;

L’âne avait certes emploi, c’est dit sans envie,
Peu reluisant mais situation brillante.

Il allait comme si des feuillées fuyantes
Ses oreilles touchaient le faîte, ravi,
Et parlait à tous d’une façon cinglante.

Lors d’une errance, un daim croisant son chemin,
Le salue de peur qu’on l’occise demain.

« Insolent mortel ! C’est le respect que tu montres ?!
Fait le parvenu : si le roi te rencontre…
 Je suis voix du maître, non fils du commun
Comme hélas l’est ici-bas tout-un chacun !

- Bramant moins qu’il ne rugit ! dit sa rencontre.
Tu es la risée des hôtes de ces bois.
Va, suis-le, fais battue pour lui et fais toi
Même  nommer vassal très obéissant.
Toi aussi, tu lui seras appétissant ;
Qui aux plus basses besognes se condamne

Par le vouloir et pour le gré des puissants
Finit toujours, un jour, en simple peau d’âne ! »

vendredi 1 mai 2026

ROSSINANTE

Petite fable affable

Une vieille jument se plaignait, toujours et encore,

Car elle devait se lever bien avant l’aurore
La semaine durant soit, las, pour aller au marché, 
Soit pour tirer la charrue, soit pour des charges hâler ;

Et, pire, on la faisait aller à messe le dimanche.
Point de repos, jamais de répit, elle était blanche
De rage de vivre cette vie de forçat sans fin !
« Moi !… À mon âge en plus !… Je n’en puis plus, à la parfin ! »

Un vieux bougnat la repère et l’achète à la ferme,
Flairant, sûr, une bonne affaire… enfin, « bonne » à terme !
La râleuse bénit ce maquignon inattendu
Et son changement de fortune… Bien entendu,
Elle n’y gagne guère au change ; elle sait lors les mines :

La sueur, la laideur, la saleté, le fouet qui mine
Le cuir, sept jours sur sept, un grabat tout en crottin,
L’épeautre pour pitance en un maigre picotin…

Autres plaintes. « Quoi donc ?! dirent les Cieux en colère,

Ce baudet nous occupe autant qu’humaine atrabilaire !

Croit-il être le seul qui ne soit de son sort content ?

N’a-t-on point assez à faire avec les maux du Temps ? »

Mais les dieux ont bon cœur et firent que la cavale
Passa aux mains d’un vieux soldat des armées royales
Qui avait pris sa retraite de tous les champs d’honneur :
L’âge, à contre-cœur, l’avait désormais fait veneur.

N’ayant que piètre pension pour ses loyaux services
Passés, il dut reprendre les armes. Son seul vice.
Notre haridelle découvrit donc les larmes et le sang,
La peur paralysant, les combats assourdissants,
Regrettant, mais un peu tard, les si agrestes charmes
Des prés où elle vaquait, et même le vacarme
Violent du carreau où elle avait tant souffert.
Rien n’était pire, à tout prendre, que le feu et le fer.



Notre condition, hélas, mie ne nous contente :

Si nos placets sont entendus des Cieux
Nos requêtes exaucées sans qu’ils soient ocieux,
Aussitôt on se plaint d’eux, sourds à plus d’entente !

mercredi 25 mars 2026

UNE VIEILLE AVENTURE

Petite fable affable

Servir autrui n’est point sinécure ;
Et vieillir à le faire est gageure.
De toi, alors, hélas, nul n’a cure,
Ignorant le blanc en ta coiffure.
Pourtant, bien volontiers, on murmure,
Gaussant la lenteur de ton allure
Ou les rides dans ton encolure,
Tes flétrissures,  feue ta denture.
Aussi il se faut faire une armure
Contre ces blessures et ses injures
Et qui les propage en belle enflure !

Or vécurent, en pays ligure
Quelques-unes de ces vraies crevures
Encore à l’âge où on se figure 
Que dure sa beauté de gravure,
Ne songeant guère à sa vie future,
Aux arrêts de moires ou des augures.

Donc certaines, avec désinvolture
 Harcelaient une vieille et sa hure.
Leurs mots n’étaient que morsures, ordures,…
Les mauvais tours de vraies flétrissures
Et leurs allusions des meurtrissures
Un jour ils l’envoient en cave obscure,
Connue de chacun pour sa froidure
Et ses marchés tout en salissures,
- Éclaboussures ou bien vomissures ? -
Là, notre vieille à quelque bordure 
De serrure ou alors de ferrure,
Se fit blessure. Une vraie coupure.
Car, dans ce noir, une créature
Lui fit piqûre aux dures brûlures.

Pour cacher aux maîtres la bavure
On prit une louable posture,
Malgré les marbrures et boursouflures :
C’était juste éraflure… ou griffure.
Eh oui, quoique jouant les pointures,
Belle carrure ou bonne charnure,
Certains ne sont pas plus que raclures !

On jure aux dieux que c’est là biffure
Et même, sans honte, on se parfure
Malgré son grand âge et sa courbure
Cette vieille fuyait la verdure,
Continuant toute procédure
Qui fait vire maison sans fumure
Ni jamais réduire la voilure.
Jour et nuit. Dia ! Toujours en chaussures.
Ça, oui ça, c’est une chose sûre !

Elle ne guérit point de l’imposture.
En mourant, elle dit d’une voix pure :
« Amies, quelle que que soit ta nature,
Sache que les petites fêlures,
Simples craquelures ou bien fissures,
Sont pires à nos vies que les cassures
Que ne peut réparer la soudure ! »

samedi 21 mars 2026

LAVEZ CES ARTS !

Petite fable affable

La savane accueille un nouveau roi,
L’ancien souverain, fort maladroit, 
Mangeant désormais par la racine
Malvacées et plantes d’officine.

On fait donc grand ménage partout
Pour que le jeune monarque, en tout
Lieu et en tout temps, dans son domaine,
Ne voie que le bon, le beau et le bien.
 Ça va de soi !… Ça, on se démène
Pour qu’il ne lâche jamais les siens,
Parce qu’on l’aurait, las, mis en boule,
Sur ses bons sujets venus en foule.

Sur rocs, écrits violents de hyènes
Et de bien impudents dessins de haine,
Signés de babouins, attestent hélas
Du désamour pour leur ex-Atlas.
On gratte, on nettoie et on efface
Sur ordre d’un fort vieux gnou
Qui avait gardé la vie et la face
En préférant, las !, vivre à  genoux.

La royale parade s’annonce.
Sûr, nul, alors, ne moufte d’une once.
‘Faut savoir révérence garder…
Donc moins brocarder que bobarder !

Au jeune souverain qui promène
Sa suffisance, jà peu amène,
Un lycaon lance :« Eh, on t’a fait
Grande lessive du mal qu’on pense
 Des tiens et de tous leurs vils méfaits !

- Bien, jeune insolent, c’est une chance :
“Ce que je ne sais pas ne saurait 
Me nuire” m’a dit mère adorée.

- Et même si ça peut te détruire ? 
Répliqua l’autre à faire fort bruire
L’assemblée béate. C’est risqué !

- Oh, bien moins, malingre freluquet
Que de me montrer mépris ou rage.
C’est ce qu’on me fait sur le moment,
Même si on appelle ça “courage”,
Qui vaut toujours un prompt châtiment ! »

mardi 17 mars 2026

REBELLION CONTRE LE TALION

Petite fable affable

Un célèbre chinois, un vieux sage
Avait, nous dit-on, l’étrange usage
De ne s’énerver mie au grand jour.

Un fidèle, membre de sa cour,
Demanda : « Si je puis me permettre :
Pourquoi ne te venges tu pas, Maître,
De tous ceux qui te veulent du mal
Par actes ou par mots. C’est pas normal !

- À quoi bon, disciple, mordre un chien
Qui t’a blessé, comme un béotien
Qui ne sait pas que si tu l’ignores
Ton ennemi souffre plus encore ! »

lundi 9 mars 2026

C’EST DISCUTABLE ?

Petite fable affable

Un macaque insolent essaya,
Bien plus en sabots qu’en espadrilles,
Las, de discuter le bout de gras
Avec le plus taiseux des gorilles.
Celui-ci, dans les airs, sur un mot,
 - Vlan, au désert, les diserts marmots ! -
Lui fit danser macabre quadrille.

Plus tard, un sage et vieux chimpanzé
Voulut, pour jouer les joyeux drilles,
Discuter le coup, sans pavoiser.
Notre mal embouché de service,
Lors, le caressa comme on étrille
Et lui laissa donc le dos, en vrille,
Sans y voir là le moindre sévice.

Puis, un bonobo mal inspiré,
Plus désagréable qu’un zorille,
À son tour, vint dans cette forêt
Pour discuter du sexe des anges.
Ses « Ça s’discute… ! » étaient banderilles
Qui finirent en fort douloureux trilles.
Avec le mastoc qu'un rien dérange.

Depuis sous ces tropiques apaisés
Où que se l’on se cache ou que l’on perche,
On apprend à qui aime à causer :
« Sois-tu trublion ou tabellion
Ne te mets jamais à la recherche,
Si tu tiens à la peau de ton derche,
De poux dans la crinière d’un lion ! »