L’attitude ne saurait devoir à la posture.
Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques
parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…
samedi 15 février 2025
FÉVRIER
Sur une photo de Marc-Yvan Custeau, 7 février 2025
Au mois blanc, la neige hélas fait vriller
Les bois dénudés d’un froid février,
D’immaculées mitaines les habille,
Si lourdes à leurs ramilles, à leurs brindilles.
Des haillons livides font oublier,
Que l’on n’entend plus sifflets et trilles.
La Nature semble entrée en sa coquille,
Au mois blanc.
vendredi 14 février 2025
jeudi 13 février 2025
QUASI-RONDEAU À LA TOUTE RONDE
D’après une photo de Marc-Yvan Custeau, 10 février 2025
Ce soir, la lune a bu la nuit
À travers ramée ou ramures,
Et éclaire à froid notre ennui
Au milieu de bruits et de murmures.
Ce soir, la lune a bu la nuit
Et brisé du noir l’armure.
Bien au-delà de la minuit,
Dans ses lueurs, elle nous mure.
Tant de lumière mie ne nuit,
À travers ramée ou ramures,
Anime d’ombres les haies de mûres
Où ne dort qui s’y claquemure.
Vivrions-nous en terre inuit ?
Ces heures blanchies nous sont amures
Et éclairent à froid notre ennui ;
Cette clarté lui est saumure.
Elle étreint les belles-de-nuit
Et donne à tout un teint de murrhe,
Rendant précieuse cette nuit,
Au milieu de bruits et de murmures.
À CHACUN SA PLACE
Petite fable affable sur une idée de Ch. Perrault
Un jour, le duc fut battu à mort
Car, comme oiseau, il avait le tort,
Au regard des autres volatiles,
D’avoir un vilain chant et, futile,
D’arborer un plumage fort laid.
Il était une honte, une plaie,…
Pour contrer cette vile engeance
Qui le soucie, point de vengeance.
Non pas. Ce hibou vit la nuit,
Garante de fort moindres ennuis
Et, mieux, sans conteste il y règne
Tant les autres ailés la craignent.
Face au mal et qui y concourt,
Le courroux est vain : prends-les de court !
mercredi 12 février 2025
mardi 11 février 2025
HAÏKU DU DESTIN
J’ai beau essayer de gagner du temps de toutes les façons possibles… je ne rajeunis pas d’une ride !
UN CHOC ?… HOLA !
Rien, ici bas, ne vaut le chocolat.
C’est l’acmé des mets. Une providence.
Qu’on fasse de ce régal tout un plat,
Et même plusieurs, m’est une évidence.
Je succombe à ce délice sans prudence.
Y renoncer tient de l’apostolat.
Tant pis si en naît une dépendance,
Rien, ici bas, ne vaut le chocolat.
Est-il un parfum qui ait plus d’éclat ?
Est-il donc saveur en bouche plus dense ?
Le chocolat fait se damner les prélats :
C’est l’acmé des mets. Une providence.
Rien d’étonnant, soit dit en confidence,
Que l’on s’en délecte sans tralala
Et puis, même si ce n’est pas « tendance »,
Qu’on fasse de ce régal tout un plat.
Quand je suis stressé ou, pis, raplapla,
Chaud ou en morceau, en toute impudence
En croquer une fois pour mon soulas,
Et même plusieurs, m’est une évidence.
lundi 10 février 2025
dimanche 9 février 2025
LES ÉPOUSES MARRIES
Petite fable affable
Un babouin fit d’une guenuche
Sa maîtresse car cette cruche,
S’ennuyant avec son mari,
Crut que dans ces bras-là, meurtrie
Et bafouée comme une bûche,
Elle saurait l’amour. Greluche !
Une pythone d’un boa
S’éprit. Même l’alliance au doigt
Comment peut-on rester de glace
À qui, tant et tant, vous enlace ?
Las, notre amoureux l’étouffa
À trop l’embrasser ce gros fat.
Qui n’est pas toujours à la noce
Avec gus ne valant pas un clou
Doit savoir que, souvent, beau gosse
Cache amant brutal ou jaloux !
samedi 8 février 2025
vendredi 7 février 2025
EN BEAUCE… QUÉBÉCOISE
D’après une photo de Marc-Yvan Custeau, 24 janvier 2025
Quelques vaches tracent leur chemin,
À l’orée de l’automnal matin,
Entre le vert des près en bocages
Et le sombre des bois tout d’ombrages.
Saute d’humeur, le vent a fraichi
Mais tant que la terre n’a blanchie,
La liberté est au menu des bêtes
Qui paissent à leur gré, en tête-à-tête.
La verdure encor’ reste aux sillons
Dans ces aubes d’or, de vermillon,…
Qui, chaque jour, un peu plus, s’éteignent
Alors que les ciels de blancs se teignent.
jeudi 6 février 2025
mercredi 5 février 2025
L’IRE DE L’OURS
Petite fable affable
Un béat convertit une montagne ;
Tous les hommes aussi bien que leurs compagnes.
C’était un ascète à qui répugnait
Le fait de manger. On se résignait
Chez ses disciples à de fort longs carêmes,
Même hors les famines ou disettes extrêmes.
Il prêchait que ce qu’il s’infligeait
Était, du Salut, la voie obligée.
Or ce prosélyte conquit les bêtes,
Êtres qu’ont dit pourtant analphabètes.
Endoctrinées à sa foi de la faim
Jà éthiques, elles s’anémiaient sans fin.
Un jour, l’ours brun, visiblement en rogne,
Vint au prêcheur pour lui f… sur la trogne.
Réfractaire à la neuve religion,
Il faisait pourtant maigre, sa pitance
Se privant, et dans toute la région,
Pour complaire à ce saint de circonstance :
« Il est inadmissible d’imposer
À tous de mourir de faim au prétexte
Que l’on jeûne pour ne pas indisposer
Un Dieu que l’on ne sait que par des textes ! »
mardi 4 février 2025
lundi 3 février 2025
GAÏA MAYA
Sur une toile d’Elisa, décembre 2024
Sous le ciel miel de Yucatán
Le peuple du Soleil attend
Enfant des forêts éternelles
De connaissance intemporelles
La jungle dans sa verte armure
Sous le ciel miel de Yucatán
N’est qu’agitations et murmures
Commerce d’hommes combattants
Un temple témoigne haut distant
Aux rayons du jour miroitant
Sous le ciel miel de Yucatán
D’une culture hélas mortelle
dimanche 2 février 2025
samedi 1 février 2025
LE DINDON
Petite fable affable d’après
Charles Perrault, Le coq et le coq d’Inde
Un grand coq d’Inde entra dans la cour
Faisant une grand’roue qui prit de court
Le coq du lieu. Ce maître es-poulaille,
Courut donc sus à cette volaille
Impudente, offusqué par ce fat.
Ce dernier fuit hors le khalifat
Du courroucé comme si le Diable
Le coursait, poussant cris pitoyables.
Ainsi vainquit le roi de cette cour,
Sans combattre, l’importun un peu gourd
Car entré sans dessein de lui nuire
Mais en rival, las, pour y produire
Sur foule de poules quelque effet :
Il n’est oiseaux plus gobeurs, en fait.
Sachons, d’un rien, ne pas prendre ombrage :
Nombre d’insignifiants personnages,
Surtout larrons singeant les barons,
Ne sont que farauds ou fanfarons…
vendredi 31 janvier 2025
AMOURS DE BAS ÉTAGE ?
Petite fable affable
Mon amie et moi avions pris sous notre aile
La jolie voisine du dessus, une oiselle,
Et pucelle s’il en fut, pour l’éduquer
À nos joies intimes jusqu’à l’ensuquer.
Elle prit goût à nos jeux et à nos joutes
- Elle y excellait, cette garce ! J’ajoute :
Au point qu’on ne put les concevoir
Autrement qu’ensemble, du matin au soir.
Jusqu’au beau jour où je m’en vins aller vivre,
Dans son appart’, comme on dirait dans les livres,
Devenu vaquant : mon amie, de transports
Jamais harassée, la préféra pour son sport
À votre serviteur, marri… et dans l’affaire
« Cocu » pour ne pas vérité contrefaire.
Ainsi, qu’on se le dise : qu’on soit dessus,
Qu’on se trouve dessous, heureux ou déçu,
En amour, il est toujours un partenaire
Qui se fait avoir sans plus de nananère.
jeudi 30 janvier 2025
RIMES & RAISONS
Non, je ne rime pas pour passer le temp
Mais pour retenir le moment ou l’instant.
Loin de toutes vos chimériques Amériques
Et de vos demain électro-mécaniques
Moi, je veux me fabriquer des souvenirs
Pour peupler mes nuits, et puis mon avenir,
Aussi je ne cherche hélas pas à plaire
Non plus qu’une postérité spectaculaire.
J’aime les nuits de nos longs étés fleuris,
Le beau du ciel même quand l’hiver se rit
De l'eau claire de mon torrent sans raison,
L’air lavé de pluie qui embaume nos maisons,…
Pour ça j’ouvre ma fenêtre sur le monde
Et chante alors tout ce qui j’y vois à la ronde :
Le beau, le bien ou le bon comme le bof,
L’enfant rieur comme l’incurable beauf,
L’humain, ses folies, ses horreurs, ou la bête
Qui me permet de me gausser des courbettes
Et des lâchetés universelles du temps,
Avec sa fureur et ses bruits insistants.
Rien ne vaut l'odeur du pain ou de la rose
Et ta main qui, comme un papillon, se pose
Sur ma main valent rimes, oui, tant et tant
Pour retenir ce moment ou cet instant.
mercredi 29 janvier 2025
LE DERNIER (BON) MOT*
Petite fable affable
Sur son lit de mort, que l’hypocondriaque
Voltaire n’abandonnait plus que de loin
En loin, le penseur ne devant passer Pâques,
Reçoit visite du curé du canton.
Heureux que l’homme connut déjà les affres
De l’Enfer, ce dernier, componction dans le ton,
Lui demande, matois comme un gouliafre :
« Renoncez-vous à Satan, comme j’espère,
Bien que nous n’ayons jamais été amis ?
- Oh, ce n'est vraiment pas le moment , mon père,
Que je me fasse un tout nouvel ennemi ! »
* attribué à François-Marie Arouet (1694-1778), peut-être faux… mais on ne prête qu’aux riches.
mardi 28 janvier 2025
MATIN MARIN
Le quai balayé d’embruns
Rassemble noirs blancs ou bruns
Des chats guettant les bateaux
Comme les ceux levés tôt
Là bas au lointain l’eau fume
Reste d’un voile de brume
Dans l’air frais et iodé
Jeunes yeux regards ridés
Qui vous fouette le visage
Ne voient guère les nuages
En sourdine le levant
N’intéresse que le vent
Et tous les rêves et les songes
D’une nuit las sans rallonge
C’est la criée sur le port
Mais dans les cieux crient plus fort
Le gris cendré et le blanc
Des mouettes et des goélands
lundi 27 janvier 2025
HAÏKU DE MOTS
Je reçois plus civilement des excuses que les soufflets : les premières sont si rares !
CRUEL DUEL
Petite fable affable
« Monsieur, vous êtes le roi des cons !
Lance un vieux courtisan du balcon
À un quidam qui le désespère.
- J’aimerais bien, et l’avoue, l’espère.
Mais il me reste tant de chemins
À parcourir que ce n’est demain
Que je n’atteindrai une fin si belle.
N’y suffirait point ma vie de rebelle !
- Je vous insulte et vous vous gaussez !
- Certes Monsieur. Car oui c’est assez
Bêta qu’un tiers, ballot comme bête,
Soit benêt au point, et ça m’embête
De le dire en public, d’ignorer,
Le niais, le sens de ses mots en vrai :
Quand autrui, fin esprit, on flagelle
À un dictionnaire on en appelle ! »
dimanche 26 janvier 2025
L’HAÏKU TOURNE EN ROND
On fait le tour d’une question comme celui de la terre… pour finalement en revenir au point de départ !
PLUS RIEN
Dans les oripeaux vains de lumière tombante
De ce siècle fou de crises et de tourmente,
Qui violente les apparences de la vie
On ne sait plus rien. On n’en a plus envie.
Les Cieux sont en friches et, las, leur Création
En ces temps confus, laissés, en déshérence.
Or, on croule sous un amas d’informations,
La connaissance est savoirs sans cohérence :
Fatras de bêtises et de mystifications.
On ploie sous l’ignorance apprise. Rance.
La stupidité est flot qui érode nos vies.
On ne sent plus rien. On n’en a guère envie.
Les silences ne sont qu’échos et nos rêves
Des ruines, vestiges que rien ne relève.
Nous allons, seuls, dans une opaque clarté
Traçant, à l’ombre de mots, un chemin d’encre
Entre ondées d’idées, éclaircies heurtées
Aux murs d’un dédale de pensées. Moi, j’ancre,
En entrelacs, des nasses où vont fureter
Des phrases qui me seraient, sinon, des chancres…
samedi 25 janvier 2025
LA PIERRE & LA FAUX
Petite fable affable
Un paysan passe sa pierre sur la lame
De sa faux ; l’aiguise et la polit jusqu’à l’âme.
« Ta vie ne tient donc qu’à un fil, toi qu’on redoute,
Que je lustre, affine sans cesse et sans nul doute,
Ce bien donné, mal fait :
Car plus je t’affûte, plus, hélas, je t’émince
Rognant peu à peu ton existence, Bon Prince !
- Tais-donc, animal !
Avant que ce beau jour funeste ne m’advienne,
J’t’aurais amincie à mort, moi aussi, Païenne.
Qu’y a-t-il d’anormal ?
Bien parfois fait du mal
Mais le Mal ne saurait faire un bien, même moindre,
Ni qu’on lui fit mal sans réplique à faire poindre ! »
vendredi 24 janvier 2025
DEPUIS LA PLAGE
L’aube dissout des éclats de lumière
Dans d’ocres lueurs d’un or éphémère.
L’eau du ciel n’est pas loin, dans le lointain,
De poindre et d’offrir à la mer son tain.
Elle frémit comme peau qu’on caresse,
Palpite comme un coeur plein de tendresse.
Les nues fuient leur responsabilités
Avec vélocité, célérité :
Point par point, la nuit lassée s’est éteinte
La lune a voilé sa face, contrainte,
D’un crêpe d’azur que noie l’horizon
Là-bas, où fleurit un vibrant tison…
jeudi 23 janvier 2025
LE MÂTIN DE NOËL
Petite fable affable
Les étoiles aux nues étincellent
Fêtant la nuit éternelle
Celle où, de l’obscur du ciel ,
Descendra Papa Noël.
Lors, un mâtin attend l’aube
Priant que ne se dérobe
Pas le barbu à cadeaux
Car - la Nature a bon dos ! -
Elle a morflé cette bête :
C’est vrai, pauvre comme Job,
Sot, snob et laid comme un zob,
On lui fait mille courbettes
Car on le sait violent
Plus qu’hélas somnolant,
Un regard, un mot l’affolant.
« Mais qu’attends-tu ? lui fit l’âne
- Moi, J’ai commandé de l’humour.
Marre des culs de tzigane
Ou de facteurs. Tout l’amour
Que j’ai, vient de mon physique
Ou de ma richesse sans fond…
- Toi qui es bas de plafond
Et ronges qu’os anémiques ?! »
Passe outre pour une fois,
Ce cabot : « Avec émoi,
On dit mon intelligence
Valant mie ma vigilance !
- La vérité t’ayant mie plue,
Un miroir aurait mieux valu ?
- Connard de vil bougre d’âne !
- Tiens l’aurore est avivée
Mais ton paquet point arrivé,
Dirait-on ! Il est des choses
Qu’on n’obtient pas en dépose… »
mercredi 22 janvier 2025
CHANSON À GARONNE
Cycle toulousain
Garonne est un monstre, un démon,
Qui creuse son lit en nos monts.
À peine sortie de source,
Elle rugit sa rage et broie
La pierre ; parfois elle noie
Quelque village dans sa course
Quand l’engrosse, hélas, un printemps
Enfantant des flots haletants.
Garonne est ange séraphin,
Quand en plaine elle vient enfin,
Pour soulager labours et peines,
Rafraîchir les sols esclaffés
Et les villes aux ciels assoiffés
Où l’Autan, parfois, perd haleine.
Consolation des mauvais jours,
Elle nous préserve toujours…
Garonne est monstre séraphin
En robe verte où, à la parfin,
Des saphirs de néons, des perles
De lune viennent se jeter
Pour irriguer sans coqueter
L’air de Toulouse où chantent merles
Et ténors dans toutes les rues
Qui ne sont pas d’humeur bourrue.
Garonne est un ange et un démon,
Qui offre à l’Océan limons.
Souvent, elle se la coule douce
Entre vignes et vergers, passant
Comme un beau rêve caressant.
Sage de méandres sans mousse,
Elle va, sans mystère, au loin
Arroser les foins d’autres coins…
mardi 21 janvier 2025
LES SERPENTS
Petite fable affable d’après
Le Serpent à plusieurs têtes de Ch. Perrault
Deux Serpents, en un temps d’un autre âge,
L’un à plusieurs têtes, l’autre à plusieurs queues,
Disputaient de leurs propres avantages.
Cette discussion tournait au belliqueux
Quand survint danger à grand tapage.
Nos débatteurs s’en furent comme ils pouvaient :
Celui à plusieurs queues, par la broussaille
Et les buissons fila comme un vil orvet,
Car ses appendices suivaient, vaille
Que vaille, sa tête. L’autre, à sauver
Les siennes, peina, car l’une par rocailles
Voulait aller quand l’autre trouvait
Que les bois étaient mieux ; « Mais quelles bleusailles !
La rivière, là, nous préservera
Bien mieux ! » Fit la troisième. Et ainsi de suite.
Chacune ayant un avis, adieu-vat !,
Il fut vite trop tard pour prendre la fuite…
N’ois pas trop de conseils différents
Si tu hais l’échec désespérant.
lundi 20 janvier 2025
PLEINE LUNE
D’après une photo du 28 septembre 2023
L’astre melliflue est comme une fleur posée
Sur la toile de la nuit distendue, embaume
De quelques rayons de miel jusqu’à la rosée
Effaçant les pollens essaimés. Ces atomes
D’or pur constellent le dais de mon promenoir,
Ce ciel sous lequel je erre, où plus rien n’est noir.
Ce nectar lumineux vient donner son arôme
À toute ombre, s’égoutte en bruine monochromes
Hors du voile éclairci des cieux pour ponctuer
De paillettes ambrées les eaux de la rivière ;
Sur la rose des vents ricochent comme pierres
Ces lucioles que clapots veulent embuer.
dimanche 19 janvier 2025
CAUSE PERDUE
Petite fable affable
Philomèle rossignolait par les haies.
En un loyal concours, il avait défait
Le roitelet, le geai et le rouge-gorge
Mais, toujours humble, point il ne s’en rengorge.
Aussi Sieur Paon entra en compétition :
« Une si modeste livrée et chétive bête
Aurait, à la face des cieux, prétention
À en remontrer à de bonnes gens d’ailes ?
Et pourquoi pas louer les frêles hirondelles ? »
Seuls canard, faisan et pie ont applaudi
À ces mots insultants et, las, ont maudit
Dame alouette qui osa faire entendre
Sa voix douce mais, pour une fois, peu tendre :
« Moins on a de talent, par nos vastes breuils,
Plus on offre de l’arrogance et de l’orgueil ! »
samedi 18 janvier 2025
HAÏKU DE COURT
Pourquoi, au tennis, fait-on tout un pataquès des coups droits et jamais des tordus ?
SOUS UN CIEL ATONE
Le cœur à l’agonie et l’âme en sursis,
L’été nous quitte, hélas, sur un air d’automne
Parfumé de pétales en allées sans merci,
De fruit tombés qu’insectes affairés gloutonnent.
Les derniers beaux jours font deuil de la saison
Où les gazons verts se pendent à l’horizon.
Les bois parés de brun, couronnés de jaune
Se défeuillent peu à peu au soleil blanc.
La lumière palie fait fuir flore et faune
Des sentiers des sous-bois, plus indolents,
Et lentement mais sûrement l’ombre gagne
Au cœur de jours que solitudes accompagne.
La Nature, fatiguée d’avoir donné,
Expire en beauté. Qui la regarde encore
Mourir de ne vouloir partir, abandonnée ?
Qui jette un œil à un décor qui s’édulcore ?
Ses regards voilés n'ont plus d’attraits,
Et, plus que de la faux, souffrent de cet arrêt.
vendredi 17 janvier 2025
HAÏKU D’AIGUILLE
Si parfois le bonheur arrive à male heure, le malheur arrive toujours de bonne heure !
LE VEUF INCONSOLÉ
Petite fable affable
Un pigeon, l’aile basse, se traînait
Sur le bitume et semblait peiner
À trouver une raison de vivre,
Comme il se disait dans les beaux livres.
Un chat l’approche sans qu’il ne s’effraie :
« Eh ! dis donc, Ramier, tu prends des risques !
Si j’avais voulu… et même d’un trait…
- Qu’importe, l’Ami, mon odalisque
Ma mie et ma fidèle n’est plus.
- Et tu n’as pas peur qu’une automobile
Ou… matou que faim ne fait plus joufflu,
Ne te fasse mourir, Volubile ?
- Bah !… Si ce n’est l’un d’eux, la douleur
Se chargera de ma vie sans valeur.
- Alors, si c’est pour rendre service ! »
Le chat le croqua, bon apôtre,
En pensant, est-ce vraiment du vice,
“Malheur de l’un fait bonheur de l’autre”.
jeudi 16 janvier 2025
HAÏKU DU COUP
Avoir des principes constitue un bon début… pour ceux qui pensent qu’ils ne sont pas une fin en soi.
LES LANGES DE L’ARCHANGE
Passez sur le passé qui vous dérange
Il est festons ou franges
L’important est dans les moissons de nos granges
Nés de nos bons ensanges
Qui font qu’on les y trouve et y range
Qu’y a-t-il là d’étrange
Passons sur le passé qui vous dérange
Mais pour donner le change
Regardons celui qui mieux vous arrange
Celui qui n'est point fange
Celui où vos mots et faits on louange
Sans ambages ni mélange
Passer sur le passé qui vous dérange
C’est pour moi un challenge
Comme de vous croire des saints ou des anges
Car ne veux en échange
Les bassesses qui ont permis vos vendanges
Vins faits d’eau de vidange
mercredi 15 janvier 2025
LES MÉCONTENTS
Petite fable affable
Il aime la nature ce jardinier.
« Preuve qu’il est homme peu rancunier ! »
Comme le lui chante haut une mésange
Que cet humain disait avoir voix d’ange.
Il avait un clan de chasseurs, des chats
Chafouins, surtout, vivants en vrais pachas
Et en chalands à moins que pointe une aile
Ou une moustache par navets ou nielles
Et c’était curée sans absolution.
Lors, chagrin, il chercha la solution
Dans sa bouteille de chablis : nichoirs,
Mais aussi mangeoires et puis abreuvoirs
Il supprima de son jardin, bien qu’avec zèle,
Il en avait mis partout pour les oiselles
Et oiseaux du cru : « Mon Dieu, il nous hait !
Ce chabraque nous refuse branches, haies,…
Fait lors un rouge-queue unijambiste.
- Veut-il notre mort ? Dit un verdier triste.
- Ses chahuteurs sont moins chacals que lui
Quand, las, il nous font danser la chacone !
Ajoute un chardonneret.- Quel ennui
D’entendre pérorer comme ces connes
De perruches ! lance une chouette qui
L’est pas vraiment. Votre tête est maquis !
- Tu prêches pour ta chapelle, l’ancienne !
Tu vis comme un shah mais nous gens plébéienne…
- Silence ! Vous vous plaignez des griffes et crocs
Des matous. Cet homme, lui, nous préserve,
De futures et douloureuses nécro’.
Je le proclame sans aucune réserve :
Jugeons d’autrui non l’acte ou la parole
Mais la fin qui en est la muserolle ! »
mardi 14 janvier 2025
PIEU HAÏKU
J’ai passé un marché avec Dieu, tant qu’il ne nuit pas à mon existence… Je n’attente pas à son inexistence.
BONHEUR
À Marielle, sur sa première œuvre à l’huile (déc. 2024)
Je le vois poindre à travers le rideau gris
Des temps que tu as traversés, Ventre-Saint-Gris,
Comme un cheval au petit trot, magnifique
Prophète d’heures enfin pour toi pacifiques.
Est enfin finie une année sans plumet ;
Il peut venir, bienvenu comme jamais,
Car les brouillards de nos tourments se dissipent
Et les brumes de peurs nées quand le destin ripe
Sont maintenant derrière nous. Sans « si » ni « mais ».
Je le vois poindre à travers le rideau gris
Des temps qui auraient pu, las, nous rendre aigris,
Nous séparer comme un vieux sort maléfique…
Mais il est là, ce palefroi séraphique,
Porteur de la promesse d’un « désormais »
Menant aux lointains sereins, aux rives aimées
D’un avenir où le rêve devient principe,
Où l’espoir d’avancer sans pleur participe
Loin de ces moments, embués, à gommer…
lundi 13 janvier 2025
LE COURSIER & LE ROUÉ
Petite fable affable
Lièvre ayant prou besogné sa hase compagne,
S’en trouva fort guilleret et rasséréné,
Aussi ne tremble-t-il quand, en rase campagne,
Il croise compère Renard, prédateur né.
Notre oreillard, d’un ton goguenard, fanfaronne :
« Conviens que je l’emporte en ce monde de fous
Quand il faut fuir l’ombre des tiens qui prou larronnent
Ou les vains chasseurs quand je braconne leurs choux !
Nul n’est plus rapide : tous les vents sur leurs ailes
Peuvent à grand peine, hélas pour eux, m’être rivaux ! »
Le renard lui répond : « Qui pourrait, Sauterelle,
Te battre en vitesse par nos monts ou nos vaux ?
Mais si fuir le danger est belle et bonne affaire,
Savoir l’éviter, crois-moi, est le mieux à faire ! »
dimanche 12 janvier 2025
MON CHEMIN
Sur une photo de Marc-Yvan Custeau, 7 janvier 2025
Mon chemin caillouteux plein d’herbes folles est d’ombres
Il m’a conduit à de grands champs aux blés blondis
À de vastes prairies fort fleuries et verdies
Au bleu intense de ciels immenses sans nombre
Mon chemin cahoteux n’allant pas droit est d’ombres
Mais il m’a ouvert des horizons interdits
À qui ne sait les voir les sens tout engourdis
Par un quotidien qui condamne à la pénombre
Mon chemin qui semble perdu certes n’est qu’ombres
Mais il me mène sans fin aux charmes inédits
Et renouvelés d’une insoupçonnée Arcadie
samedi 11 janvier 2025
TANGENCE ?
Petite fable affable
Un seigneur n’était qu’indulgence,
Ce même avec la pire engeances,
Refusant toute intransigeance.
« Cela passe pour négligence,
Lui dit-on avec obligeance,
De n’user point de diligence
Dans le recours la vengeance.
Ça affaiblit votre régence,
Les opposants font convergence,
Mettent l’émeute en émergence !
- Pourquoi ce serait dérogeance
Et non preuve d’intelligence
De voir en-delà des contingences,
De l’urgence ou des divergences
Et d’avoir en ses exigences
De ne réclamer qu’allégeance ? »
vendredi 10 janvier 2025
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