Petite fable affable
Cousin du babouin, mais plus méchant et sagouin,
Un drill, ne manquant pas d’ego, hantait les montagnes
Résonnant des échos de son vain baragouin
Qui aurait fait fuir de son pays de cocagne.
Ce fat, fort de sa haine et fier de son harem,
Se voulait roi des petits singes et grands primates,
Le proclame à qui veut l’entendre, lui, dirhem
Parmi les dinars, et toute opposition mate.
Un gorille, hélas, ne l’entendit de cette oreille :
De tels propos lui firent venir les abeilles.
Il le prend, matin, par les lobes et lui secoue,
Quoique ce monarque fut épouillé, les puces.
« Avec ta couronne de poils, tu t’mont’ le cou
Mais t’as aussi le cul à nu, mec sans astuce,
Je vais pouvoir te le botter comme il se doit
Puis te défigurer ou te briser les doigts ! »
L’atrabilaire ne fera que scarifier
Le museau fort bleui du « roi » pour clarifier
Position et rang de chacun en ce bas monde,
Puis lui fit saigner les nasaux, affront immonde.
Les descendants de ce fagotin prétentieux
Gardèrent à jamais ces stigmates car les cieux
Détestent; eux aussi, de pareils affronts, austères ;
Et ainsi un nouveau singe peupla leur Terre.
Chez les drills échaudés, à saine modestie
Revenus, du moins hors de leur tribu, on dit
Haut et fort, que l’ambition est chose bien sotte :
« Quand le mal est passé, on oublie le péril
Mais, il n’en est guère de même de ses fautes
Quand on en porte la marque, soit-il sceau viril.
Un de nos pairs le sait qui oublia, peu sage,
Que tous les grands singes sont les pires sauvages ! »


