Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

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samedi 31 octobre 2026

SI…

Librement inspiré par un certain R. Kipling (1865-1936)

Si tes larmes tarissent aussitôt saillies ;
Si les mots te relèvent après avoir failli

Et si tu es serein face à l’offense 
Souriant prou après avoir pleuré d’abondance ;

Si tu restes droit, indifférent à l’encens
Et aux traits si cruels de ces bien pensants
Qui pensent navrer avec le fiel de leur langue ;
Si l’amas de richesses et la postérité
Te laissent froid, comme les politiques harangues,
Et si tu leur préfères les naturelles beautés
Et les horizons où peut planer ton âme
Ou les nues où se nouent les bonheurs, les drames,…

Si ton regard se mouille au génie de l’art ;
Si t’émeus quelque vers plus qu’un chant paillard ;
Si ton feu est flambeau, ta flamme lumière,
Tu seras un poète, un fils de chaumière.

jeudi 29 octobre 2026

CONSEIL D’ANCIEN

Petite fable affable
Un pêcheur du dimanche, sur le quai,
Avait lancé son bouchon de liège
Ne prenant que fretin : « C’est à raquer !
Jamais de vraies prises ?… Mais quel piège
Faut-il inventer pour attraper du poisson -
Nasse ou filet - digne de ce beau nom ?

- Éloigne donc ta ligne de la rive
Lança un vieux marin assis tout près.
Si tu attends là que le succès t’arrive
Tu feras longtemps disette… ou à peu près :
Quand on veut réussir, il faut savoir parfois
Se mouiller plus que les cheveux, ma foi ! »

dimanche 25 octobre 2026

QUAND TU N’AS PAS DE RÉPONSE À DONNER, IL FAUT TROUVER UNE SOLUTION À PROPOSER

Petite fable affable, d’après une phrase de B. Brecht,
écrite au lendemain du 17 octobre 2026

Se voulant au-dessus de tous, étant dessous
De tout, Lionceau fait roi, hélas !, n’écoute
De conseils, refuse, de lui seul plus que saoul,
Discussion, compromis, concessions,…  et ajoute
À cela son mépris pour rustres et malcontents
De ses décisions, de ses édits et gabelles.
Or plèbe, racaille ou canaille, a son comptant
De dams et dols. , donc son ire va de plus belle
Et, pis, elle ose, à grand bruits, le manifester
Et jusqu’au pouvoir du lion fort, contester.

C’est donc vite l’émeute.
Ah, il a bien raison d’honnir ces vils barbares,
De rabaisser ces sots, ces frustres, faibles, sauvages !
Lors, il envoie ses meutes.
Ah, il aime tant voir intervenir ces barbares,
Adore, face aux vains, voir leurs assauts sauvages !

Sont priés de ne voir que les plus furieux fâchés
Sont priés de ne voir que les plus furieux fâchés
Les pies patentées qui rapporter le vrai disent,
D’oublier yeux crevés, crocs et griffes arrachés
Et le pourquoi des hauts cris. Calcul ? couardise ?
Bien des cognes, brutes, ont laissé de dangereux
Charognards piller ou incendier la savane
Pour discréditer les grognons et, tout heureux,
Briser qui, sagement, houspille en caravanes.
Ce sont sujets de contrariété, ces vilains
Qu’on veut résignés et se soucient de leurs demains !

« J’ai dissous la diète que je n’écoutais mie
Et fut élue une pire, presque ennemie,
Fit le roi. Par gré nôtre,
J’ai décidé pour un meilleur gouvernement
 De dissoudre ce bas peuple et puis, vitement,
D'en élire un tout autre ! »

vendredi 23 octobre 2026

AU COIN DU FEU

Fagots de ramilles et de brindilles
Qu’a pris, dans l’âtre, un feu plein d’orgueil
Éclairent cette petite fille
Lovée, là, sur un trop grand fauteuil.

Au bord de la nuit, indifférente
Aux étincelles, aux crépitements,
À la lueur de leurs flamboiements ,
Elle lit avidement, transpirante,
L’histoire d’ un grand monde froid,
Tout de glaces, où le blizzard est roi.

Dans la pièce qui sent cendre et suie,
Elle s’évade, aux flammes qui fument,
Pour mieux échapper à son ennui,
Près des braises et brandons qui écument.

La flambée qui chauffe, pleine d’ardeur,
Donne des rougeurs à son front plissé,
À ses yeux de fiévreuses lueurs,
Mais elle est toute à son odyssée…

mercredi 21 octobre 2026

SAINS & POIRES

Petite fable affable

Il n’est pire faussaires que les faux saints,
Faux culs de surcroit, habiles en la science
De jouer les directeurs de conscience,
Chez qui le malheur s’invite. En bon capucin,
L’un de ces faux dévots, un gros ours sans âge
Qui, lui, n’était en quête que de vrais repues
Pipait pigeons, blaireaux, faisans et grues,…
Beaux esprits d’un bois aux forts épais feuillages.

Quoiqu’il ne souffrît pas la contrariété,
Vint un renard, tartuffe d’un église neuve

Qui aurait aimé que celle existante fut veuve
De son prophète balourd et emprunté.

On en vint vite en ce breuil calme au tapage :
Les croyants, fidèles, aimant la nouveauté,
Délaissèrent, pour Goupil, l’autre empoté,

Chacun lui portant son bouquet, son hommage,…

L’idole vermoulue voulut lors poignarder
Le roué qui dénonçait magouilles et ficelles
Du rival, non sans en user avec celles
Et ceux qui, las, l’adulaient sans barguigner.


Un loriot s’en agace et, un matin, devise :
« Laissez donc ces butors entre eux babouiner !
 On ne peut plus causer ou colombiner
Sans que leurs faits et dires ne nous divisent…
Puisqu’ils veulent chacun leur statue, amassez
Donc des pierres pour chasser ces deux malsains.
C’est ainsi quand on connaît ces sorte de saints,
Qu’on les honore, bande d’esprits bâtés ! »

lundi 19 octobre 2026

SACRIFICE CÉLESTE

Sur une photo de Marc-Yvan Custeau, 19 janvier 2026

C’est cet instant délicieux
Où le couteau du jour, sans bruit,
Saigne d’une aube les cieux
Fors ses rêves, ombres et ennui.

Coup sec en la céleste parure,
Entre zébrure ambre et dorure.

Le noir ventre le nuit
Se déshabille de sa chair 
De rêves, d’ombres et d’ennui ;
Il en laisse choir le plus clair.

Ne restent aux nues que des marbrures,
Et une sombre déchirure.

Et tout se vêt d’habits ignés,
De brumes nées des pertuis,
Blanches voiles tout imprégnées
De rêves, d’ombres et d’ennui…

L’aurore est clé dans la serrure
Qui fait sauter sceau et ferrures.




samedi 17 octobre 2026

L’ÉGLANTIER BAFOUÉ

Petite fable affable

Un vilain gratte-cul ne sentait pas la rose.
Et donc, pour lui, ce n’était pas la vie en rose :
Suave mais, las, pas capiteux, on rêvait
De l’ôter de là où il s’était élevé
Surtout que l’on avait, matin, planté tout proche
De lui un beau rosier auquel, mie, nul reproche
Ne put être fait : ses fleurs, sans fin, embaumaient,

« C’est le moins qu’on puisse attendre, pauvre paumé ! »
Disait à l’églantier ce fringant parfumé.
Il aimait à humilier, envoyer sur les roses,…
Ce cynorrhodon entre autres petites choses.

« Ah, c’est donc bien vrai qu’il n’est de rose, ici-bas,
Sans épine, répliquait-il à ces coups bas.
Toi qui vantes ton eau qui fait la vie en rose
À qui n’a ta fraicheur, ton teint et aux moroses,
                                                       T’es rosse ! 

               - Normal : qui pourrait rivaliser
Avec moi… Inutile donc de t’épuiser !

- À quoi bon ?… J’ai découvert, moi, cher cœur de roche,
Le pot aux roses et ce qui fait que tu m’accroches :
Quand on doit  son bouquet aimable a du fumier
On évite de porter l’orgueil en cimier ! »

mardi 13 octobre 2026

LE JEUNE LION & LA VIEILLE HYÈNE

Petite fable affable

Un jeune lion, tout en fatuité,
Prenait bien son temps pour déguster
Sa quotidienne ration de jeune antilope
Sous les yeux des hyènes qui le mataient,
L’estomac d’un jour déshabité.

Pour ne pas finir elles aussi en escalopes,
Notre roi repu, elles flattaient.
Plus elles disaient, moins se hâtait
Ce souverain qu’on sait nyctalope.

« Au festin royal vous êtes invitées,
Fit-il soudain. Je vais m’aliter ! »

L’une d’elles, vieille et interlope,
Ne bougea point et dit : « Peu t’a coûté
Ce met qu’à peine tu as goûté.
Et tu nous "l’offres" comme à des Marie-salopes.
Majesté, ta libéralité
Faite avec tant de publicité,
Comme dirait le plus borgne des cyclopes,
N’est point, hélas, réelle bonté
Mais simple fruit de ta vanité ! »

dimanche 11 octobre 2026

SURVIVANT D’AVANT

La gifle du vent
S’en va soulevant
Events et devants
D’aucuns ci-devant
Jadis bien vivants

À vous arrivant
La gifle du vent
Que c’est enivrant
Vertige souvent
Sans un pare-vent

Aux singes savants
Qui vont salivant
La gifle du vent
Va dérivant
Aux revirements

Venue du Levant
Aux veaux du Morvan
Vaillants bien avant
C’est que c'est décevant
La gifle du vent
Aux nones en couvent

Vu de mon divan
C’est pas crevant
Ni éprouvant
Comme auparavant
La gifle du vent

vendredi 9 octobre 2026

LE PETIT SAPIN DE NOËL

Petite fable affable

Un petit sapin en sa montagne rêvait,
L’oeil plein d’envie, voyant au plus proche village.
Son grand père que l’on fêtait, sur la place élevé,
Illuminé, centre des attentions des sages
Comme des chantantes foules d’enfants fort sages.
« Un jour, je serai là-bas, traité comme un roi !

- Il est, fils, ambitions qui paraissent bien moindres
Mais qui sont tout aussi dignes : Ce que tu vois
N’est pas ce que tu crois ! Il est plutôt à plaindre… »
Le parents, pauvres sots, sont toujours à tout craindre !

Le temps passa. Chaque décembre, Sapinet
Était toujours plus haut, plus vert et bien plus large.
D’aimer tant fugaces lumières le plaignaient
Ses parents. Et lui, las, se moquait de leurs charges
Pleurant d’être oublié, de rester là, en marge.

La joie des siens de le savoir toujours parmi
Eux, en fin d’hiver, lui était comme une insulte.
« Je serai sapin de Noël, pas à demi
Comme les autres : moi, je créerai le tumulte ! »
Le temps ne le rendait pas plus sage, l’inculte.

Pire, qui voulait lui faire entendre raison
N’était que rabougri, chétif, tors,… à ses dires
Quand il s’embellissait, lui, à chaque saison.
Jusqu’à ce jour fatal, pour les autres à maudire,
Où l’homme vint parmi eux. De l’année, le pire.

Et ce décembre là, Sapinet venu grand,
Car aux cieux, las, il prit envie de satisfaire
Ces vœux, reçut enfin la marque l’intégrant
Parmi les géants qui en grand’place allaient faire
De la fin d’année fête au plus beau conifère.

En sapinière, on pleura son sort : « Jalousie
Mesquine ! » Répliqua l’élu à tous ses frères.

Mais quand la cognée vint frapper sans courtoisie
Son pied pour l’amputer, puis à la vie l’extraire,
Il jura, mais un peu tard : « Si c’était à refaire… ! »

À quoi sert d’avoir belle et grande ambition
Si on la paye de sa vie, de mortifications,…

lundi 5 octobre 2026

CRISE AUTOUR D’UN VIEUX CYTISE

Petite fable affable

Malignement, un faux-ébénier disséminait
Des brassées, des feuillées de fort mauvaises graines.
Les prés, ces pauvrets, avaient beau frissonner
Dans la lumière qui buissonnait, lui, sans haine
Ni raison n’en faisait que fourrés dangereux
Et bosquets vénéneux, hasard des moins heureux.

Tous ne furent vite que gaulis ou taillis, 
Sauvageons et rejets des plus infréquentables ;
L’eau de cristal de la source, avant potable
Fut contaminée par brins et brouts en treillis.
La situation n’était plus, hélas, supportable
Pour le fermier qui voulut nuire à ce fouillis
Mettant en péril le peuple de son étable.

L’arbre demanda grâce : à son maître et bourreau
N’offrait-il pas des fleurs parfumées et de l’ombre
Sans compter ?… « Range donc ton arme, Pastoureau !
Tu n’en peux certes, mais mon âme n’est point sombre.

- Tu peux donner ce que tu veux, de mai à mai…
Mais tu es condamné à récolter ce que tu as semé ! »

samedi 3 octobre 2026

ORAGE SOUS OMBRAGE

Dans un ciel terni aux gris de métal,
Un éclair fend l’air, comme un kriss létal,
Et flashe l’horizon de cette lame,
Sinistre zigzag, vibrant comme flamme.

Alors les nues grondent, prises de court
Par les douleurs de ce jour bref et lourd,
D’un formidable roulement qui sourd…

La terre semble bondir hors d’elle
Et rugir, aussi, en écho fidèle
Au céleste tonnerre, son modèle…

Tout tremble, le monde et même nos corps,
Alors que tout s’éteint soudain au décor.
Reviennent en nous quelques peurs ancestrales
Tandis que frappe foudre et que cieux râlent…

jeudi 1 octobre 2026

LA REINE MALADE

Petite fable affable d’après La Bruyère

Au Royaume d’Hypocondrie, la reine est hâve, 
Lasse et souffrante à en mourir, jour et nuit
Mais pourtant point ne part ; « Ma fille, c’est grave,
                            Je le sais, je le sens !

- Ma mère, l’ennui
Est que cela vous dure depuis que l’enfance
M’a connue en ces contrées ensoleillées.

- C’est pire. Bien pire. Et je suis sans défense.
Point n’y remédient les médecins baillés
Par mes soins, ni prières et actions de grâce.
Je ne puis plus souffrir de tant souffrir
Et vieillir empire mes maux qui ne vont guérir.

- Comment vous croire : vous êtes de la race
Qui, plus mal allante que tous, las dure
Plus que d’aucuns je le crains et le crois, mère.

- La vie, ma fille, nous est fort éphémère.
La passer en douleurs est un grand malheur.
Y-a-t-il un moyen, un seul, de soigner, vite,
Ma santé ou bien de vaincre tous les heurts
   Que l’âge m’envoie en sus ?

- Pour être quitte
De tout cela, il n’y a, sûr, qu’à mourir ;
Mourir pour ne plus subir ni dépérir. »

Evitons de demander avis aux personnes
Qui espèrent que la Faucheuse vous sonne !

mardi 29 septembre 2026

LA PENSÉE & LA VIOLETTE

Petite fable affable d’après Henri Cobourg (XIXe siècle)

« Ma pauvre amie, disait une pensée

À la violette, sans vouloir t’offenser
Le destin qui t’attend à la volette
Est bien cruel. Las, tu vis là follette
Jusqu’à ce que la main d’un voraçon

Te mette au mortier, sans plus de façon,

Et puis, malheur, te brise et pis t’écrase. »

On fit silence. Puis vinrent ces phrases.
« C’est moi qui te plains dit la parfumée
.
On va te laisser flétrir, te consumer
Et te faner sur ta si courte tige,
Pour qu’intempéries, sans plus de vertige,
 T’achèvent. Seule. Déjà oubliée…
Alors que moi, robe embaumée broyée,

Jeune à jamais, je serai morte, certes ,
Mais deviendrai une essence diserte
Au cou d’une belle : je revivrai
Quand tu n’auras qu’été, toi, en ce pré ! »

dimanche 27 septembre 2026

J’ÉCRIS DANS UN PAYS QUE MENACE…

 


D’après Louis Aragon « J’écris dans un pays dévasté par la peste » (in Le musée Grévin)

J’écris dans un pays que menace
Une peste qu’il a déjà affronté,
Mais la nostalgie en est tenace
Chez les oublieux et les effrontés.

Ils ne rêvent que d’un cauchemar
Pire que du temps du Roi Pétoche
Qu’ils ont sanctifié tous ces trimards,
Ces sottards, ces garous, ces fantoches,…

Ils ne songent qu’à neuves terreurs
Pour le bronzé et pour ses coutumes,
Le basanés et sa foi toute d’erreurs,
À qui sied mal nos lois et costumes.

Ils souhaitent le retour d’un âge d’or
Qui n’a jamais été, tout de mythes
Et de légendes, sur lequel s’endort
Un roman national bouffé aux mites.

Et ils n’en peuvent mais à la nuit, 
Et ils en veulent tout le jour, promesse
Faite de se retrouver, sans rien qui nuit,
Entre soi, entre charcute et messes.

Sinistre avenir que celui-là,
Au goût amer du passé qui ne passe
Pas, que nos martyrs d’hier, çà et là,
Ont combattu… et de guerre lasse.

Plutôt que tous leurs autodafés,
Leurs flics et leurs rafles, leurs censures,
Que cette France aimant à piaffer
Chasse au loin relents et vomissure…

vendredi 25 septembre 2026

LES PRÉDATEURS & LE LION

Petite fable affable d’après Esope

Un tout jeune homme vint chasser
Dans les herbes tant hautes des savanes.

Habile archer, sans trainasser,
Il sème la peur, et l’air crâne,

Se réjouit d’être une terreur.
Seigneur Lion, le grand roi des bêtes,
Voulut s’interposer, sans courbette,
Devant ce chasseur, cette erreur.

Il provoque le sagittaire.
« Attends, Ta Majesté ! T'plaît-il
Avant de t’affronter, roi subtil,
Que j't’envoie, féal tributaire
Un messager pour, aux yeux du Ciel,
Convenir du lieu du duel ! »
Et il lui décoche une flèche
Qui traverse jusqu’à la chair

Du souverain que l’affront sèche ;
Coulent rus de son sang si cher.

Notre lion fuit par les herbes hautes,
Cachant crainte, taisant douleurs.
Hyène passe auprès de son hôte,
N’ayant charogne, par malheur
À dépecer de la rencontre
- Dépouille de roi vaut, il paraît,
Celle de cent de ses sujets ! -
« Tiens bon, Maître, fit la matoise.
Ce faraud ton trône prendra,
Un jour. Vois donc comme il te toise,
Ce flandrin qui joue les gros bras !

- À d’autres ! Qui a émissaire
Aussi redoutable ne peut, las,
Qu’être, je crois, rude adversaire.
Parfois la retraite, l’amie,
Est sagesse non infamie ! »

mercredi 23 septembre 2026

LEVER DE COULEURS

Sur une photo de Marc-Yvan Custeau, 19 décembre 2025

Furtive bannière de l’aube pour peau,
Les dieux ont pavoisé de miel en drapeaux 
L’ensemble des cieux. Lors, tout n’est que flammes
Éphémères, fanions ambre et oriflammes,
Gonfanons safranés, pavillons platinés,…

En brumes ourlées flottent lueurs à peine nées.
Frappée d’armes ocrées, l’aurore minaudière
A paré un jour changeant d’or en bandière
Et, faisant étendard sur toute l’étendue
Céleste, l’empyrée nous semble distendu…



lundi 21 septembre 2026

LE CHIEN DOMESTIQUE & L’OISEAU SAUVAGE

Petite fable affable

Dans le Sichuan était un chien sachant chasser
Il savait tous les tours de son bon maître,
Le plus habile du canton. Sans se lasser,
Il l’aidait chaque jour à se repaître
De proies et de prises sans y paraître.

Un matin, le chasseur se fit cultivateur,
Délaissant ses habituelles traques.
Notre mâtin voulut lors montrer sa valeur
Et grossir d’une frugale barbaque
Le riz de sa si modeste baraque.

Fort savant à courre et à trappe, le pisteur,
Seul, partit donc au loin, en vadrouille
N’ayant de rien, ni personne, la trouille.
C’était désobéir, mais le conspirateur
Est fêté toujours, s’il n’est point bredouille.

Or, à peine a-t-il fait, de ses pattes, dix pas
Qu’il voit qu'un jeune oiseau, là, lui volette
Au dessus du museau. Las !… Pour lui, n’est-ce pas
Folle tentation que ces deux ailettes ?
Défi lancé comme trait d’arbalète ?

Il a bien trouvé sa victime mais l’oiseau, 
Pervers, à peine posé s’envole
Plus loin. Une fois. Deux. Et puis revole.
Et ce sans plus compter fuit, toujours grazioso.
Mais s’arrête enfin ce gibier frivole.

Notre chasseur croit lors bien arriver à ses fins
Il saute sur le rocheux promontoire
Où la bête a cessé sa course folle afin
De s’en saisir sans faire plus d’histoire.
À lui seul les lauriers de la victoire !

Et voilà, las, qu’il saute et plonge au ravin
Que cachait le perchoir de grise roche.
Et il part embrasser l’abîme proche
Avec ses rêves de gloire bien vains.
Le fermier n’aura point d’oiseau en broche !

Toute opportunité n'est pas bonne à saisir,
Avant de s'engager, il faut bien réfléchir.

jeudi 17 septembre 2026

LA QUERELLE DE L’ANCIEN & DU NOUVEAU

Petite fable affable d'après Voltaire

Un vaillant vieillard veillait, hiver comme été,
À l’orthodoxie de sa communauté
En matière de foi et pensée. J’imagine
Que l’âge, gage de sagesse, à Egine,
L’était aussi en cette fière pampa ;
L’homme où et qui qu’il soit ne se refait pas !

Un fort jeune philosophe proposa de neuves
Idées et donnait à qui voulait les preuves
Que les Anciens, sur bien des points, se trompaient.
Que croyez-vous qu’il advint à ce clapet ?

Il fut lapidé sur l’ordre du vieux prophète
À l’occasion d’un rite païen fait grand’fête.
On prétend que l’impie, avant de périr,
Ultime vœu, voulut parler. Sans coup férir,
Il dit : « Qui reste en ses sentiers caillouteux
Aime, c’est là habitude de piteux
Et repos d’esprit, à jeter pierre et poix
Sur ceux qui pavent, las, de nouvelles voies ! »