Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

samedi 9 mai 2026

HAÏKU SEUL

On ne rencontre pas la solitude… c’est elle qui vient à nous.

À LA GUERRE COMME NAGUÈRE !

Petite fable affable

Une colonne de fourmis marche à la guerre
Contre les termites qu’elles n’aiment guère.
Soudain, les cohortes s’arrêtent. On attend
Le feu vert de l’état-major. Et longtemps.
« On va perdre, trépigne la lieutenante,
L’effet de surprise. C’est chose étonnante !

- La devise, dit la cheffe des légions,
Est claire, Bleusaille, et fait sans discussion :
“Avant que d’exécuter le moindre ordre, 
Espère le contre-ordre sinon : désordre”.
                                                        Alors silence !

                            - Si on réfléchit bien…

- Réfléchir c'est désobéir, ô combien ! »

On se tait donc. Et l’ennemi alors s’arme
Et se rempare, dans un fort grand vacarme,
Prêt à affronter ces dames désormais.
La voisine de la contestataire, animée
Par quelque male humeur, se penche vers elle.
« On va être défaites !… Et cette Demoiselle
Sans initiative, hélas, point ne le sait.

- Si je me rebelle, je le sais assez,
Ce sera de l’insubordination 
Et donc aussitôt c’est l’exécution !
Vaincues, tu vois, on en réchappe peut-être
Comme disait une abeille de vieux hêtre
Qui l’avait ouïe, jadis d’un jeune humain
’Faut toujours mettre l’âne où l’a dit le maître ;
Oui. Sans discussion et en un tournemain.
Tant pis s’il est au soleil jusqu’à demain ! »

vendredi 8 mai 2026

jeudi 7 mai 2026

HAÏKU DE RIRES

Chez certains comiques, le sens de l’humour est à sens unique.

IL RENAÎT…

Sur une photo de Marc-Yvan Custeau, 22 juillet 2025

Il renaît le soleil 
Dans l’océan du ciel
Bonheur providentiel
Tirant du sommeil
Un matin sans pareil

Il renaît le soleil
En son simple appareil
Mais en ors torrentiels
Il revient démentiel
Sur les bleds le méteil

Il renaît le soleil 
Nous offrant l’essentiel
En ces flux démentiels
De lumières vermeils
Le plus beau des réveils

Il renaît le soleil 
Dans l’océan du ciel



mercredi 6 mai 2026

mardi 5 mai 2026

HAÏKU DE BOULETTES

Si je ne me trompe pas, je ne fais jamais d’erreur, moi !

LE TIGRE & L’HÉMIONE

Petite fable affable

Sa majesté de la grand’ jungle s’ennuie.
À chasser, il n’a plus le goût. Même la nuit.
C’est devenu trop simple et bien trop facile :
Il paraît. Car prend peur toute proie gracile,
Qui se fige. Puis on la croque à grands bruits.
C’est nourrissant mais lassant tous ces dociles !

Notre tigre entend, matin, un cri qui, seul,
Aurait justifié qu’on mît son auteur en linceul.

C’était un âne. Il le prit à son service
Et, honneur, le fit son second pour ses sévices :
Ce cor sonnant dans les fourrés, effrayé

Le gibier fuyait.… Jouer n’est pas du vice !

Donc désormais, quand le fauve est en arrêt
L’hémione qui le suit, à son signal, brait.
S’ensuit alors une folle débandade
Qui transforme les souveraines balades
En mémorables poursuites endiablées. Vrai :
Finies mornes guets et moroses embuscades !

Tuer ainsi redonnait goût à la vie ;

L’âne avait certes emploi, c’est dit sans envie,
Peu reluisant mais situation brillante.

Il allait comme si des feuillées fuyantes
Ses oreilles touchaient le faîte, ravi,
Et parlait à tous d’une façon cinglante.

Lors d’une errance, un daim croisant son chemin,
Le salue de peur qu’on l’occise demain.

« Insolent mortel ! C’est le respect que tu montres ?!
Fait le parvenu : si le roi te rencontre…
 Je suis voix du maître, non fils du commun
Comme hélas l’est ici-bas tout-un chacun !

- Bramant moins qu’il ne rugit ! dit sa rencontre.
Tu es la risée des hôtes de ces bois.
Va, suis-le, fais battue pour lui et fais toi
Même  nommer vassal très obéissant.
Toi aussi, tu lui seras appétissant ;
Qui aux plus basses besognes se condamne

Par le vouloir et pour le gré des puissants
Finit toujours, un jour, en simple peau d’âne ! »

dimanche 3 mai 2026

HAÏKU FATAL

Après l’amour, mieux vaut porter un toast qu’apporter un test.

LE PREMIER JOUR DE MAI

Nous revient le premier jour de mai
Et son muguet aux blanches clochettes, 
Carillonnant aux souffles gourmets,
S’enivrant de son parfum en goguette
Promesse de bonheur et de paix,
Cette fleur appelle le respect.

Nous revient le premier jour de mai
Les rues résonnent, fors l’étiquette,
Des luttes passées, parfois gourmées,
Du chant de travailleurs en casquette ;
Vœux de fraternité, d’humanité
De cortèges allant sans fatuité.

Nous revient le premier jour de mai
Des brins aux boutons des liquettes,
Au creux des poings à nouveau fermés,
Symbole de combats parfois armés,
Pour rêver d’un espoir renouvelé
Après que nos vies soient en allées…

vendredi 1 mai 2026

HAÏKU DE VIEUX

À mon âge, j’ai la vitalité vite alitée !

ROSSINANTE

Petite fable affable

Une vieille jument se plaignait, toujours et encore,

Car elle devait se lever bien avant l’aurore
La semaine durant soit, las, pour aller au marché, 
Soit pour tirer la charrue, soit pour des charges hâler ;

Et, pire, on la faisait aller à messe le dimanche.
Point de repos, jamais de répit, elle était blanche
De rage de vivre cette vie de forçat sans fin !
« Moi !… À mon âge en plus !… Je n’en puis plus, à la parfin ! »

Un vieux bougnat la repère et l’achète à la ferme,
Flairant, sûr, une bonne affaire… enfin, « bonne » à terme !
La râleuse bénit ce maquignon inattendu
Et son changement de fortune… Bien entendu,
Elle n’y gagne guère au change ; elle sait lors les mines :

La sueur, la laideur, la saleté, le fouet qui mine
Le cuir, sept jours sur sept, un grabat tout en crottin,
L’épeautre pour pitance en un maigre picotin…

Autres plaintes. « Quoi donc ?! dirent les Cieux en colère,

Ce baudet nous occupe autant qu’humaine atrabilaire !

Croit-il être le seul qui ne soit de son sort content ?

N’a-t-on point assez à faire avec les maux du Temps ? »

Mais les dieux ont bon cœur et firent que la cavale
Passa aux mains d’un vieux soldat des armées royales
Qui avait pris sa retraite de tous les champs d’honneur :
L’âge, à contre-cœur, l’avait désormais fait veneur.

N’ayant que piètre pension pour ses loyaux services
Passés, il dut reprendre les armes. Son seul vice.
Notre haridelle découvrit donc les larmes et le sang,
La peur paralysant, les combats assourdissants,
Regrettant, mais un peu tard, les si agrestes charmes
Des prés où elle vaquait, et même le vacarme
Violent du carreau où elle avait tant souffert.
Rien n’était pire, à tout prendre, que le feu et le fer.



Notre condition, hélas, mie ne nous contente :

Si nos placets sont entendus des Cieux
Nos requêtes exaucées sans qu’ils soient ocieux,
Aussitôt on se plaint d’eux, sourds à plus d’entente !