Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

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jeudi 29 octobre 2026

CONSEIL D’ANCIEN

Petite fable affable
Un pêcheur du dimanche, sur le quai,
Avait lancé son bouchon de liège
Ne prenant que fretin : « C’est à raquer !
Jamais de vraies prises ?… Mais quel piège
Faut-il inventer pour attraper du poisson -
Nasse ou filet - digne de ce beau nom ?

- Éloigne donc ta ligne de la rive
Lança un vieux marin assis tout près.
Si tu attends là que le succès t’arrive
Tu feras longtemps disette… ou à peu près :
Quand on veut réussir, il faut savoir parfois
Se mouiller plus que les cheveux, ma foi ! »

jeudi 1 octobre 2026

LA REINE MALADE

Petite fable affable d’après La Bruyère

Au Royaume d’Hypocondrie, la reine est hâve, 
Lasse et souffrante à en mourir, jour et nuit
Mais pourtant point ne part ; « Ma fille, c’est grave,
                            Je le sais, je le sens !

- Ma mère, l’ennui
Est que cela vous dure depuis que l’enfance
M’a connue en ces contrées ensoleillées.

- C’est pire. Bien pire. Et je suis sans défense.
Point n’y remédient les médecins baillés
Par mes soins, ni prières et actions de grâce.
Je ne puis plus souffrir de tant souffrir
Et vieillir empire mes maux qui ne vont guérir.

- Comment vous croire : vous êtes de la race
Qui, plus mal allante que tous, las dure
Plus que d’aucuns je le crains et le crois, mère.

- La vie, ma fille, nous est fort éphémère.
La passer en douleurs est un grand malheur.
Y-a-t-il un moyen, un seul, de soigner, vite,
Ma santé ou bien de vaincre tous les heurts
   Que l’âge m’envoie en sus ?

- Pour être quitte
De tout cela, il n’y a, sûr, qu’à mourir ;
Mourir pour ne plus subir ni dépérir. »

Evitons de demander avis aux personnes
Qui espèrent que la Faucheuse vous sonne !

vendredi 28 août 2026

LE TEMPS DE NOS FREDAINES

À Eric P. pour son 62e anniversaire
Sur Le temps de la rengaine (S. Lama & Y. Gilbert)

C’était le temps des scèn' locales,
Quand on chaussait de fers nos point' et nos talons,
Fous de comédies musicales,
Mêm’ le dimanch’ c’était show ou répétitions.
L’âme cousine, l’esprit clair mais l’humeur badine
Pendant qu’les autres avaient ciné ou bien piscine,
On jouait duo en c’temps-là,
Souvent, j’le regrette quand je pense à tout ça…

C'était le temps, le temps béni de nos fredaines,
C'était le temps où on savait c’qu’était not’voie,
Rires et musique, Toi le sec, Moi la bedaine…
On savait c’que serait not’vie en ce temps-là !

C’était un temps où pour cent balles,
On avait du « style » : cravat’, veste et pantalon !
On était pas des enfants d’la balle
Et pour les autr’ c’était une récréation
Qu’ces deux fous sortis d’une époque’ mise en sourdine,
En noir et blanc, où l’jazz avait son officine.
C'était pas toujours simpl' que c’temps-là,
Mais je le regrette quand je pense à tout ça !

C'était le temps, le temps béni de nos fredaines
C'était le temps où on savait c’qu’était not’voie,
Rires et musique, Toi le sec, Moi la bedaine…
On savait c’que serait not’vie en ce temps-là !

Mais nous un jour, avant qu’les poissons aient des ailes,
Que vienn’ les quatr’ jeudi ou qu’les poules aient des dents,
On voulait hanter, pour sûr, des scènes nouvelles,
Faire les grands soirs des grands music-halls d’antan,
Oui, ceux du temps talalala d’nos rengaines
Talalala… Allez, allez !… Nous, on y croit, ma foi ! pas l’choix ;
Mêm’ si fermaient les sall’ d’antan,
Q’on enterrait les joies et le strass de ce temps-là…

C'était le temps, le temps béni de nos fredaines
C'était le temps où on savait c’qu’était not’voie,
Rires et musique, Toi le sec, Moi la bedaine…
On savait c’que serait not’vie en ce temps-là !
Ce que serait not’vie en ce temps,
C'que serait not’vie en ce temps-là !

mercredi 29 juillet 2026

LES P'TITS VIEUX D'AVANT

On s’en occupait mieux
De nos p’tits vieux
Avant je vous l’assure
Planqués dans le cantou
Du mois d’août au mois d’août
À r’garder leurs chaussures
Le carré de ciel bleu
D’la cheminée ou l’feu
Flambant tout en morsures
À l’hiver revenu
Voilà tout leur menu

On s’en occupait mieux
De nos p’tits vieux
Avant c’est chose sûre
Plantés sur un’ chaise itou
Aux bonn’ heur’ des mois doux
À r’garder les blessures
Des nues d'leur p’tit alleu
L’bois jadis giboyeux
La mémoir’ qui s’fissure
Le souffle hélas ténu
Et les mots retenus

On s’en occupait mieux
De nos p’tits vieux
Avant car leur tonsure
À table à son haut bout
Happait soupe et ragoût
Coulant aux commissures
Des lèvres l’doigt huileux
Qui tremble plus qu’on peut
Puis sans aucun’ censure
D’ces êtres entretenus
On couch’ra le corps nu

jeudi 9 juillet 2026

ENTRE RUINES & RELIQUES…

À Emile Nelligan (1879-1941)

Moi aussi, au couchant des années,
J’ai pris le goût de ces fleurs fanées.
Et, bien plus qu’à mon tour, j’emprunte
Les sentes, où j’ai laissé mes empreintes,
Qui mènent au levant de mes beaux jours
Par des souvenirs, pleins de détours,
Dans les parfums ivres des tonnelles,
L’arôme des roses maternelles.

Enfance enfuie, enfance enfouie,
J’ai souvenance d’heures éblouies
Tramées de chagrins et de lacunes,
Parfois tissées d’ennui à la brune,
Volées aux si longs hivers d’antan
Aux beaux étés d’il y a longtemps.
Elles sont, aujourd’hui, remembrances,
But d’inavoué de mes errances.

Moi aussi, je ne fais mie le deuil
D’un temps, dont je semble encore au seuil,
De ce passé qui est mon histoire,
Qu’on ne trouve dans aucun grimoire,
Que hantent les landes de l’oubli
Où, las, ma mémoire a fait son lit
Que guette la nuit de l’amnésie
Qui, jà, mon esprit anesthésie.

dimanche 21 juin 2026

MOTS POUR MAUX

Petite fable affable

Un chantre maudit, 
Tête de pioche de bonne roche ,
Avait beaucoup dit,
N’ayant pas sa langue dans sa poche.

Ce crève-la-faim,
Bohème, était de cette race éteinte,
Du monde défunt
De ces chevelus buveurs d’absinthe
Qui, fort tard veillant, 
Sans un sou vaillant,
Rêvaient de poésie qui éveille ;
Le regard brillant
Et le sang bouillant
Chantaient la poésie qui réveille.

Ce chantre, pardi, 
Ne connut le renom ni la gloire :
Il était hardi ;
Le bourgeois hait pareille bouilloire !

Las, ce claque-faim
Renonça à l’écrit polémique
Puis, sentant sa fin,
Même aux poèmes un peu politiques :
Le rêve est vapeur
Mais ce sont sapeurs
Que les us, et les chaires, et le trône,
Ces fourriers de peurs,
Même si la liberté ils prônent.

Un rimeur, dandy 
Que couvait de ses cieux Le Parnasse,
Lors, vint et lui dit :
« Pourquoi fuis-tu du monde les nasses ?

- Le dédain, on feint.
À coups d’interdits plus que de glaive,
Viendra Merde-fin
Qui voudra que ta voix perde sève.
Écris, valeureux,
Mais pour être heureux,
Tais-toi hors la rimailleuse enclave :
D’un mot malheureux 
Tu peux devenir, matin, l’esclave ! »


samedi 23 mai 2026

D’UN TEMPS À L’AUTRE

En hommage à Joachim du Bellay (1522-1560)

Mais où s’est donc enfuie cette douceur de vivre
Qui m’a fait, naguère, mes saisons consumer
À ce plaisant labeur de toujours costumer
La prose en vers comme on le fait dans les vieux livres ?

Je m’usais à ce vain jeu, quitte à écumer,
En priant que jamais, non, nul ne m’en délivre :
Écrire était, pour moi, une raison de vivre,
Et le meilleur de mon âge ainsi fut plumé.

Ai-je eu le tort, Ami, de tant et tant poursuivre
Les muses des mots comme autant de chimères, ivre
De coeur et d’esprit mais sans jamais m’enfumer ?

La raison venant sous mes cheveux gris qui givrent
Je suis le chemin lors tracé, bien assumé,
Chantant et enchantant notre monde embrumé…

vendredi 22 mai 2026

FIN JANVIER 2026

À Pauline & Thibault

Là, au milieu de nos pluies de soucis,
Au cœur du grain que sont tous nos ennuis 
S’est glissé une lueur d’éclaircie,
Un frêle espoir d’azur et de merci
Déchirant des nues entre noir et gris,
Désembrumant l’horizon obscurci,
Des jours s’acharnant à être affadis.
Et nous voilà de bleu comme étourdis.

Ce rai a chassé, sans bruit et sans cri,
La grêle que le crabe par sentes et lacis
Nous envoie, âme rancie, coeur rassis.
Les averses de nos traverses, endurcies,
Les orages qui valent tant de récris,
 Ne nous seront plus que bruines aussi :
Comme dit Victor, depuis ce jeudi,
« Le cercle de famille s’agrandît » !

mardi 19 mai 2026

NOSTALGIE

Souvenirs, vous qui emplissez mes jours
Et revenez à moi, à contre-jour,
Vous hantez mes nuits, souventes fois,
Témoignant que j’ai été. Parfois.

Car vous êtes ce qui reste de moi,
Rappels de joies, stigmates d’émois,
Je vous invoque comme des reliques
Et je vous évoque, boulimique.

Souvenirs, je reviens vers vous toujours
Pour donner à la solitude ajours.
Passé qui ne passe, quoi qu’on fasse,
Laisse ses traces et mie ne nous lasse.

Que vous soyez cendre ou bien débris,
Peu m’importe, vous m’êtes tant ris
Que pleurs, regret, remords, cicatrices,…
Certes ombres mais jamais, non, caprices.

dimanche 29 mars 2026

À JAMAIS PARTI…

Cycle toulousain

Je ne savais en te disant au-revoir
Que c’était un adieu, mon pays
Que je te disais. Quitte à te décevoir
Hélas, à jamais, je suis parti…

J’ai quitté ta plaine pour un piémont
Et j’y ai fait mon nid, à lui converti.
Hélas, à jamais, je suis parti
Trop loin de ton généreux limon.

Je voulais te revoir une fois mort
Pour te retrouver, toi et tous les miens,
Mais ici reposera mon corps
N’ayant gardé un toit chez les tiens.

Bien sûr, je te reviens parfois, mon pays,
Car, Ōc !, on n’est pas de si loin séparés
Mais las, à jamais, je suis parti ;
Revenu, je me sens égaré…

Quand tu pars tous les bleus de ton ciel t’oublie
Ils ne te reconnaissent mie, bons chrétiens,
Malgré les souvenirs qui  nous lient,
N’ayant gardé un toit chez les tiens.

Alors ma mémoire te chante dans mes vers,
Surtout que j’approche de la porte de sortie,
Car las, à jamais, je suis parti…
Et ça me met le cœur en hiver.

Oui las, à jamais, je suis parti,
Mais jamais ne t’ai trahi…

jeudi 19 mars 2026

NOTRE AUTOMNE

Librement inspiré de J. Prévert

Oh, mon Dieu, je voudrais tant que nous reviennent
Tous ces jours heureux où nous étions amants,
Ces vertes années, faut-il qu’il m’en souvienne,
Où nous étions herbes folles mêmement…

Mais notre automne à mes yeux te rend plus belle
Quoique, non je n’ai rien oublié,
Si nos feuilles mortes font payer leur gabelle
Les vents n’ont su nous faire plier.
Chênes parmi roseaux que le temps emporte
Alors que les frimas frappent à notre porte,
Puisque non l’on n’a rien oublié
Et restons lierres entreliés 

Des abimes où meurent les amours enfuies
Nous savions hélas, qu’ils existent ;
Les précipices où les souvenirs sont enfouis,
Chaque jour qui vient, on les évite.

Naguère, nous sommes allés tous deux ensemble,
Toi qui m’aimais et moi qui t’aimais,
Par ces sables mouvants qui sous les pas tremblent,
Moi qui t’aimais et toi qui m’aimais.
Et aujourd’hui, nous allons encore à l’amble,
Ensemble, aux heures qui encore s’assemblent
Face à l’amer des beaux sentiments
Quand écume le ressentiment…

mardi 23 décembre 2025

SACRÉE SOIRÉE

Cloches carillonnez
Et puis tintez clochettes
C’est la fin de l’année
Avec ses joies sa fête
La neige peut hanter
Le ciel le sol ganter
Noël lui fait défaite
Et mieux chacun entête

Sonnez au clair clochers
Sonnaillez clarines
Agapes de souchets
Ou accras et verrines
On va réveillonner
Et chanter les prophètes

Cloches carillonnez
Et puis tintez clochettes
Sonnez au clair clochers
Sonnaillez clarines
L’oeil peu effarouché
Et l’humeur moins chagrine
L’enfant déjà couché
Croit au rêve toucher
Jà Noël pérégrine
En rouge pèlerine

vendredi 12 décembre 2025

SONGES CREUX EN BEAUCE ?

Sur une photo de Marc-Yvan Custeau,  29 décembre 2024

Mon passé, en noir et blanc, est trace d’hiver :
Juste un sillage
Balayé par le blizzard du Temps. Endroit. Envers.
Comme d’usage.

Pour l’Histoire, tout ce passé est fait divers,
Simple passage,
Mêlé à d’autres, aussi laissés à découvert,
Pas vraiment sage ;
Plus de gris - la vie est d’un pervers ! - de que vert,
Comme d’usage.
Malgré ses revers, j’ai gardé un cœur ouvert
À tous mes âges.

Je vous l’ai, amis, au fil d’aurores, entrouvert,
Sans babillage,
Sous le couvert, c’est fin, d’images ou bien de vers
Sans maquillage…



dimanche 9 novembre 2025

MISONS SUR LE BON CHEVAL

Petit fable affable

Dans quelque cité de Grèce d'Orient
Vivait un vieillard qu'on disait fort brillant,
Homme entre les hommes, tout d'intuitions
Mais resté dans son humble condition.
Cet Ancien-là était antiquité
Menaçant ruine mais sa sagacité,
Car il n’était pas un mauvais cheval,
Était recherchée, amont comme aval.
Ce sage possédait pour tout savoir
Une vie passée à entendre et voir.

« Mais cette rossinante est un tocard !
Étalons se fient-ils à un briscard
Qui ne fut las qu’un vil cheval de trait
Pour qui le trivium était sans attrait ?
C'est même pas un cheval de retour :
Un vieux bourrin ! » C’est ainsi, sans détour,
Qu’un rhéteur novice, pauvre en vécu 
Mais prou riche en conseils, avait vaincu
L’aura du Vieux auprès des plébéiens
À qui le doyen ne voulait que du bien.

Ce jeune tribun était à cheval 
Sur ses bons principes et si son rival, 
Certes, avait du bon sens, lui il savait 
Les grands auteurs et, chez eux, se servait
Les citant d’abondance ; l’orateur
Était chez ses pairs un maitre étalon.
Ses connaissances en disaient bien plus long
Que ses discours, soufflaient ses zélateurs.
Or, un jour une haquenée de bon lieu 
Eut une fièvre de cheval, Grands Dieux.

L’Ancêtre, consulté, préconisa
Un remède idoine mais sans le visa
Du savant que faire ?… Notre cerveau,
Intervint, monta sur ses grands chevaux.
Paraphrasant Caton et Cicéron,
Invoquant Ovide et même Néron,
Il prouva - son dada ! - par « a » plus « b »
Que le mieux à faire, sans regimber,
Était… de ne rien faire. Et la jument
Trouva la mort râlant et écumant…

Fuyons, au loin et en choeur, cette engeance
Qui confond « culture » et « intelligence » !