Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

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jeudi 29 octobre 2026

CONSEIL D’ANCIEN

Petite fable affable
Un pêcheur du dimanche, sur le quai,
Avait lancé son bouchon de liège
Ne prenant que fretin : « C’est à raquer !
Jamais de vraies prises ?… Mais quel piège
Faut-il inventer pour attraper du poisson -
Nasse ou filet - digne de ce beau nom ?

- Éloigne donc ta ligne de la rive
Lança un vieux marin assis tout près.
Si tu attends là que le succès t’arrive
Tu feras longtemps disette… ou à peu près :
Quand on veut réussir, il faut savoir parfois
Se mouiller plus que les cheveux, ma foi ! »

samedi 22 août 2026

QUE VOIT-ON VENIR DEPUIS LE QUAI ?

Sur une photo de Marc-Yvan Custeau, 21 août 2025

Loin des crachats du crachin de l’automne,
Je n’ai d’yeux que pour cette mer gloutonne
Qui, dessous des nuages blancs venus
En troupeau, çà, là, moutonne d’écume
À l’heure ou les vents s’essoufflent, enfin nus
Et las, après avoir chassé la brume.

Elle me parle d’ailleurs sans murets,
De lointains neufs où rien ne nous effraie.
Jà, je rêve à des tropiques rebelles
Et à des océans à caravelles
Bossués, ou au sang des ciels du soir
Des terres que des caravanes courent
Dans la sueur salée d’un étouffoir
Que l’on nomme désert et où vautourent
De vils mondes ignorant tout de cette onde,
Tout en houle que mes songes enfin sondent.

Sans qu’on ne ferme un temps ses paupières,
Cette eau promet des îles sucrières
Où il n’est de fièvres de la soif 
Ni affres de verte faim qui ternissent
Des horizons où il n’est d’autre taf,
Sous un soleil qui souvent les vernisse,
Que de regarder les moissons de la mer,
Sans morts ni mourants qui font flots amers.



samedi 13 juin 2026

LA BIENHEUREUSE

Petite fable affable

La jeune mouette semblait toujours rieuse
Même face aux vents, enclins à folies furieuses,
Ou aux injonctions de la vie, pourtant impérieuses.

Un vieux goéland, lui toujours malengroin,
Qui houspillait les importuns devant témoins,
S’en étonna fort bien qu’il n’en eût point besoin :
« Pour moi qui fais tant de foin, c’est chose curieuse
De te voir vivre, industrieuse et laborieuse,
Mais jamais contre rien ni personne injurieuse,
Ni mie crieuse, sois-tu ou non victorieuse !

- Quand on m’éconduit, je n’en parle à personne,
Répondit l’oiselle dont les plumes grisonnent,
Et tais, de même, les traits dont on m’assaisonne.
Ainsi fait qui ne goûte pas qu'on le chansonne
Car l'indifférence, je le sais, désarçonne
Plus que propos vachards ou bien humeur oursonne ! » ! »

vendredi 3 avril 2026

TA MER L'HIVER

Sur une photo de Marc-Yvan Custeau en Nouvelle-Ecosse

Ta mer écume, corne à plein volume
Dans des embruns froids, son glacial costume
De bleus pâlęs et de gris, disant l’hiver
Aux ciels moins avenants, aux blancs couverts.

Les vents et les frimas pleins d’amertume
Ont à peine leurs bras nus entrouvert
Qu’ils nous gèlent à travers nos pull-overs.
Ta mer écume.

Le rivage semble attendre des brumes
Qui pèseront sur lui comme une enclume,
Ravissant lors à nos yeux entrouverts
Les charmes « d’en face » teintés de verts.
C’est ainsi quand, las, Chionée nous consume :
Ta mer écume.



lundi 19 janvier 2026

“BRISE MARINE“, VOUS DÎTES ?

Le vent a défeuillé tous les voiliers
Et il embrasse la roche grise,
Sans tendresse, bien plus froid que bise,
Effeuille les genêts sans sourciller,…

Il ne fait pas bon être roulier
Car, aux récifs, des lames se brisent ;
Par vagues, les embruns nous défrisent,
Cinglant sans fin les rares halliers.

Tout ce décor inhospitalier
De lande mise à nue est aux prises
Avec un horizon venu l’exfolier.

L’hiver ici, las, est sans surprise :
L’océan, souvent, est fou à lier
Et la terre est sous son emprise !

jeudi 1 janvier 2026

LA RÉPARTIE EST DE LA PARTIE

Petite fable affable

Surcouf, le célèbre corsaire du roi
Fut pris par l’Anglais, ennemi du royaume,
Jugé pour piraterie comme de droit.

La hart et l’infamie attendaient notre homme.
Soudain, le procureur dans sa plaidoirie
Lui lança : « Vous Français, sans nulle vergogne ,
Vous vous battez pour l’or et les pierreries,
Nous, Anglais le faisons pour l’honneur. Charogne ! »

Le flibustier, regardant à la ronde
Plein de défi, malgré son proche trépas, 
Répliqua : « On se bat, c'est grand défaut,
Pour obtenir ce, qu'ici bas, il nous fault ! »

mercredi 17 septembre 2025

LES ÉGAUX

Petite fable affable

Les orques d’avant vivaient en frairie
Avec les bélugas, les narvals - même
Les cachalots - razziant les prairies
Sous-marines de concert et sans flemme,
Se protégeant l’un l’autre des dangers,
Sauf de l’Homme que tuer démangeait.

On s’aidait sans s’aliéner, c’est commode,
Et on partageait tout, le Bien et le Mal,
Le Bon ou le Mauvais, sans penser mode
Ou intérêt. C’est bête un animal !
On compatissait ensemble aux souffrances,
On dispensait au besoin soins, pitance,…

Bref, on donnait de soi pour ne pas être seul
Sans songer à ceux plus favorisés
Jusqu’au jour où on mit sous un linceul
Ces idées d’un tout autre temps, brisées
Par l’envie, la bêtise et l’égoïsme.

Les cachalots, l’appétit aiguisé
Des orques manquant fort d’altruisme,
Partirent les premiers vers d’autres mers
Connaître un destin autrement amer.

Bélugas et narvals vinrent à dispute
Des peus que leur laissait le genre humain.
Et les différends se firent lors luttes
Sur lesquelles épaulards prenaient la main.
Ainsi, on déchira les beaux restes 
D’une fraternité dont rien ne reste.

On prétend depuis le début des âges,
Que quel que soit l’affaire ou le sujet,
Rien ne vaut, pour chacun, que le partage…
C’est sûr… à moins d'en être, hélas, l’objet.

lundi 25 août 2025

GENS D’AOÛT

Une larme échouée aux dunes chavirées,
C’est bien tout ce qu'il me reste d’une virée
Où les vents enlacés fouettent les mouettes,
Girouettes inlassées, qui au ciel pirouettent.
Il fait foule pour voir la houle et déplorer
Les nues ingrates ou bien le Bon Dieu abhorrer.

Le bruine ou le crachin vous font la mine hagarde,
L’humeur épineuse ou l’œil noir. Je vous regarde,
Flâneur parmi les fleurs, rêveur sous la feuillée,
Vos heures de repos factice effeuiller :
Pour effacer maux du moment, jours de peine
Vous plantez vos espoirs dans la mouvante arène,
Loin des sonnailles, clarines et abois
Qui réchauffent les bois et prés auxquels je songe
Vibrant loin du cadre de l’estival mensonge.

Votre « si bel été » me laisse de bois,
Avec ses faux semblants et ses vrais simulacres :
Pour l'ivoire promis vous aurez la nacre
Si « vous payez avant… », si « vous courez après… »,
Sans vous émouvoir du sommeil d’un vieux cyprès.
Mon âme ne s’émeut des passions océanes,
Goûte peu aux caprices d’un ciel qui condamne 
Aux horizons à craindre, toujours changeants,
Où le silence est un son guère engageant.

Quittant nos autrefois sur lesquels ma mémoire divague
Pour d’hypothétiques autres fois au creux des vagues,
Vous fuyez cris et bruits d’infécondes cités
Pour vous masser un mois, crédule cécité,
Au sein de criardes cohortes dont le hâle
Tatoue l’éphémère de vacances joviales…

mercredi 20 août 2025

VOGUANT DANS LA MER DE NUAGES…

D’après une photo de Marc-Yvan Custeau, 2 avril 2025

Les nuages roulent leur écume aux nues,
En flots immobiles, en vagues dolentes,
L’avion plonge en leur ventre, à nous, inconnu.

Ces marées des cieux paraissent nonchalantes,
Sur l’océan flou qu’azurent les beaux jours,
Moutonnant sans cesse et ondulant toujours,
C’est que ce dais silencieux est onde lente.

Sans clapotis à son clapot, ce séjour
Céleste pourtant se meut alors qu’on vole
Et viole son étendue sans nul ajour.

On fend ce grand large et on survole
La haute mer, toute en houles méconnues,
Inondés de soleil, de bleus soutenus,
Sans flux et sans reflux, ni embruns frivoles,…




vendredi 27 juin 2025

LA CHAPELLE

Sur une photo de Port-au-Persil par Marc-Yvan Custeau, 31 janvier 2025

Cette chapelle auprès de l’estuaire
Toute habillée de silences et de ciels,
Sent encore l’Histoire et ses suaires,
Le temps où Dieu était providentiel.

Dans un temps devenu superficiel
Qui oublie d’honorer ses sanctuaires,
Vient d’une vie vouée à l’essentiel,
Cette chapelle auprès de l’estuaire.

Face au fleuve qui eut ses ossuaires,
C’est juste un vieux merci existentiel,
Modeste, dénué de statuaire,
Tout habillé de silences et de ciels

Ce littoral en rien artificiel,
Ignorant les ambiances portuaires,
Les villégiatures en résidentiel,…
Sent encore l’Histoire et ses suaires.

Ignorant un monde tumultuaire
Et de ses aléas circonstanciels,
Il rappelle, sans stèle somptuaire,
Le temps où Dieu était providentiel.



dimanche 15 juin 2025

SAC & RESSAC MATUTINAUX

Sur une photo de Marc-Yvan Custeau, 29 novembre 2024

Comment ne pas plonger dans cette onde
Orange qui éloigne du monde
Quand l’aube se fait haute marée,
Par dessus le lac et ses marais,
Et submerge les nues, un instant,
Qu’à bien saisir j’ai mis tant de temps ?

Comment ne pas se jeter dans ces vagues,
Et ce rouleau flambant qui divague
En écume de feu au mitan ?
L’ombre des frondaisons s’agitant,
Friselis de dentelles plus sombres
Soudain au reflux de la pénombre,
Invite, dans les cannelle ondoiements,
À piquer une tête incessamment.

Houle curcuma, lames gingembre,…
Les cieux sont épicés en novembre,
Inondent l’horizon de beautés
Fugaces, éphémères, abricotées,…
Difficile, après ces éphémères opales,
De ce rincer l’œil dans le jour pâle !



mercredi 7 mai 2025

SOUVENIRS DE SAINT-PALAIS

Souvenir frileux d’un printemps heureux
Que ces heures où l‘océan, moins houleux,
Pas encore chaleureux, accompagne
Nos pas ayant fui un temps la montagne.

J’ai souvenance du miroir poli
De l’estran que la marée, c’est folie
Par ce temps !, a dénudé quelques heures.
 Des reflets d’enfants y courent et apeurent
Des nageuses dorant au soleil de mai,
Des pêcheurs à pied recherchant leurs mets.

Souvenir frileux d’un printemps heureux,
Sous l’éther laiteux et dans l’air venteux,
Des hirondelles et des pigeons sont en quête
D’un varech oublié qu’ils se rackettent…

J’ai en mémoire le ballet des nues,
Que des souffles inconstants, sans retenue,
Faisaient courir d’un horizon à l’autre
Et des bateaux qu’on aurait aimés nôtres
Voguant plus loin de nos songes d’été,
Avant de s’y perdre comme en Léthé…

mardi 28 janvier 2025

MATIN MARIN

Le quai balayé d’embruns
Rassemble noirs blancs ou bruns
Des chats guettant les bateaux
Comme les ceux levés tôt

Là bas au lointain l’eau fume
 Reste d’un voile de brume
Dans l’air frais et iodé 
Qui vous fouette le visage
Jeunes yeux regards ridés
Ne voient guère les nuages
En sourdine le levant
N’intéresse que le vent
Et tous les rêves et les songes
D’une nuit las sans rallonge

C’est la criée sur le port
Mais dans les cieux crient plus fort
Le gris cendré et le blanc
Des mouettes et des goélands

vendredi 24 janvier 2025

DEPUIS LA PLAGE

L’aube dissout des éclats de lumière
Dans d’ocres lueurs d’un or éphémère.
L’eau du ciel n’est pas loin, dans le lointain,
De poindre et d’offrir à la mer son tain.
Elle frémit comme peau qu’on caresse,
Palpite comme un coeur plein de tendresse.

Les nues fuient leur responsabilités
Avec vélocité, célérité :
Point par point, la nuit lassée s’est éteinte
La lune a voilé sa face, contrainte,
D’un crêpe d’azur que noie l’horizon
Là-bas, où fleurit un vibrant tison…

mercredi 27 novembre 2024

RIMEUR NAVIGATEUR

Sur une toile d’Elisa, octobre 2024

Moi je vogue bateau fantôme
Sur les vagues floues sans arôme
D’un monde las qui mal vieillit
Tant il est défait a failli
À desserrer un peu l’étreinte 
De ce temps qui court et l’éreinte

Dans des ciels tardant à brunir
Et par des rêves d’avenir
Je cours les mers océanes
Recherchant partout ma Guyane
Et vais par les flux et les flots 
À voile que veux-tu hors clos

Je cingle pour vous fuir les Hommes
Croise et louvoie loin de vos Rome
Passant sans que me me voyiez
Voilier aimant à flamboyer
Quand vous, abreuvés de futile
Vous vous engraissez d'inutile…



samedi 3 août 2024

CLAIR DE LUNE

La lune, oeil de filou, faisait lors face aux flots

Qu’elle irise, c’est fou, là où la mer se brise,

Parce qu’aux prises d’une brise qui la grise,
Laissant dans l’ombre floue voir de sombres îlots.

Comme un simple caillou, elle se jette à l’eau,
S’y morcelle et s’y brise, comme amante éprise,
Allume la frise d’écume qui est grise,
Grosse d’une marée d’août venant au galop.

Cent silhouettes et bouts de lueurs sous emprise,
Sous l’aura des clous dorés parant son halo,
Jouent de nos sens, sur nos nerfs, poussent à la méprise.

Grosse d’une marée d’août venant au galop,
La mer ainsi prise est miroir plein de traitrises ;
La lune, comme oeil de Loup, fait pourtant face aux flots.

lundi 29 avril 2024

GAËLIQUE

Reflets moirés de miel sur la bruyère,
S’est ambrée comme leur âcre boisson
La lumière miellé venue des tourbières.
L’hiver marque le pas dans un frisson
Qui ploie et plie l’échine des buissons.

Le chardon met ses parures de guerres
Au pied las d’une chapelle esseulée
Retournée à ses suppliants mystères
Plein d’échos tus d’un passé craquelé,
D’une mémoire effilée, javelée,…

Ébranlé, ce phare épierré de lande
A résisté à tous les vents mauvais
Pour un peuple aux mains pleines d’offrande,
Affamé, asservie à son chevet
Par des genêts où courent les orvets.

samedi 27 avril 2024

MARIN MARINÉ

Combien de pauvres hères ont quitté l’amère
Patrie pour ne pas, ne plus toucher le fond ?
Combien ont filé, croyant filets filon,
Sur l’océan bordier de natales terres ?

Combien donc ont fuit leur mère et la misère
Leur vie faisant des nœuds, étant puits sans fond ?
Combien se sont sabordés, faute de fonds,
Croyant que se terraient terres moins austères ?

Combien de mousses, de gabiers et marins
D’eau douce se sont crus capitaines un brin
De leur destin, pilotes de leur gabare ?

La mer ce n’est qu’embruns, que roulis et que grains,…
Si t’en as marre d’une vie à l’amarre,
N’est pas mieux celle qui te brise les reins !