Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

mercredi 1 juillet 2026

JUIN 2026 : FOURNAISE !

Ce potage bouillant dans lequel nous marinons,
Ils appellent cela « l’été ». Une canicule ?
Mais cette belle saison devrait porter le nom
D’« Enfer » tant - oui, hélas ! - elle nous accule
À la claustration, au confinement,
Pour ne pas finir merguez grillée sur le moment !

Ils appellent ça « le beau temps », nos bons sceptiques,
Alors qu’on va finir carbonisés ou fumés
Sous ce Râ chauffé à blanc. Hiératique.
Bien moins soleil que barbecue allumé
Pour nous, par nous, ce feu nous est endémique,
Vrai bûcher de nos vanités économiques.

Désormais, « les beaux jours » ne sont plus de bons jours,
Plus ardents que flamboyants quoiqu’on clabaude :
Les cieux embrasés rendent notre séjour
Accablant et cuisant dans une saison chaude,
Vont nous rôtir comme damnés, assommés,
 Cramés, consumés d’avoir trop consommer…

Ce coup de chaud, n’en déplaise à nos pieds tendres,
Sent le roussi et pas que pour les geignards,
Les « Qui aurait pu savoir ?! », les « Faut attendre… » ;
Quoi ? L’incinération ?l…  Soyons pas plaignards,
Il nous en cuira, semble-t-il, davantage
Avant que l’on arrive au bout de notre âge !

lundi 29 juin 2026

OKAY, L’HAÏKU

Si on sait le train où vont les choses à quoi bon les précipiter plus ?

LA SUITE DU LION

 Petite fable affable


Une jeune lionne vint trouver son père :
« Majesté, vous mon maître qui rendez prospères
Les apanages où, sans ambages, nous chassons
Pour vous et, mieux, protégeons sans plus de façon
Quand pourrai-je intégrer la garde personnelle
Qui vous accompagne des savanes aux tonnelles ?

                                              - Quand il m’en sera gré.

  - Ne suis-je dévouée ?

                                            - Cela ne suffit pas.

- Ne suis-je pas douée
                                             Pour le combat, même rapproché, ou la traque ?

- Cela compte pour peu.

- Serais-je donc chabraque ?

- Ma garde va toujours, vois-tu, derrière moi
Non parce qu’elle zélée, aguerrie, sans émoi,…
Mais plutôt parce qu’à ma personne royale,
Sans fin, elle s’est montrée fidèle et loyale.
Avoir de l’ambition, c’est déjà me trahir ;
Espérer grâce de mes vertus, c’est les flétrir ! »

samedi 27 juin 2026

HAÏKU DU SORT

Changer de vie ne servira à rien tant qu'on n’aura pas changé la vie.

LE CRÉPUSCULE DE LA NUIT

Sur une photo de Marc-Yvan Custeau, 10, juillet 2025

Le lointain frissonne, tout désennuité.
Enveloppée d’un voile de brume pudique,
La plaine cache sa quasi-nudité
Aux vieux cieux ardents qui, eux, jamais n’abdiquent.

Les lucioles aux cieux sont en fenaison,
L’aube leur coupant pour l’heure la parole.
Pour l’amour auquel invite la saison,
Les fleurs des prés dolentes offrent leur corolles.

C’est l’heure où l’on divorce enfin de la nuit,
De la pénombre qui, elle, se rêvait chaude
Mais ne le sera, las !, jamais autant qu’aujourd’hui
Dont quelques lueurs sont déjà en maraude…



jeudi 25 juin 2026

HAÏKU QUI FAIT MÂLE

Fi des mâles alpha… ils ne sont, au mieux, que de grands bêtas, comme disait Léon !

LA HARGNE DE L’ARAGNE

 Petite fable affable


Une araignée qui ne fait pas dans la dentelle
Trappe et piège à l’envie tout ce qui a des ailes
Dons un taillis épais de ronciers en fleurs
Faisant régner là plus que la peur : la terreur.
Et elle le fait à tour de pattes, la garce ;
Or elle en a huit de pattes notre comparse !
Le couard peuple des insectes n’en peut mais,
Quoi qu’on y soit égoïste et parfois armé,
On ne résiste guère à ses rets, à ses ruses.
C’est loi naturelle mais elle, oui, elle abuse !

Donc tiennent assemblée les hôtes des végétaux
Pour porter remède à ce fléau au plus tôt. 
Des bourdons capons viennent plus de doléances
Que des frelons qu’affolent autant de mécréance.
Une mouche vrombit : « Ça ne plus durer
Ce monstre aux cent yeux est toujours à la curée ! »
Une abeille angoissée ajoute alors : « Que faire ?
Lui demander gentiment d’un peu moins forfaire ?

- Un ennui ne s’en va pas, las, si qui le crée
Est sollicité pour le régler, sinon, Sucrée,
On a deux problèmes et plus un seul, sur les pattes ! »
Ainsi parle un jeune scarabée, bonne pâte
Mais point invité à débattre avec les proies.

C’est froussards ou pleutres, ces terrestres ! À bon droit,
« Vous êtes, tant mieux pour elle, pusillanimes
Et pire, hélas pour vous de façon unanime.
Il n’est plus temps, amis, d’être lâche ou pétreux
Elle est seule quand vous, vous êtes fort nombreux.
Quand le Mal use des audaces de la rage
Pour arriver, au mieux, au plus tôt, à ses fins
Le Bien se doit alors d’ avoir tous les courages
S’il ne veut, jusqu’à point d’heure, souffrir sans fin ! »

mardi 23 juin 2026

HAÏKU D’OEIL

On ne peut avoir un point de vue simple sur une question complexe.

DIRECTION : CABANON !

Ma mère n’est pas la Voisin,
Et le roi n’est pas mon cousin.
Je vis, l’ami, dans un asile
Dont je serai un des Basile,
En traînant mes pas dans mes pas,
Attendant déjà mon trépas.
Dans le plus épais des silences,
Ici, et les âmes, et les maux,
Font geindre et gémir les échos
De ce monde en déliquescence
Qu’incendie sans fin la science.
Mon pair n’est pas diocésain ;
Y’en avait plus en magasin !

Je ne suis pas com’ mes voisins,
Quelque fêlé, pire un zinzin,
Les cœurs souffrant de sécheresse
Et les sens flétris de tendresse. 
L'Amour se fane comme fleurs 
Que la bise prive de pleurs,
C’est que morale sans éthique
Est, je crois, en vertus étiques.
Le malheur se cultive en champs ;
Fleurit la souffrance au couchant
Sur les promesses politiques.
Mais je suis un vrai Toulousain
Avec un peu l’air sarrazin…

Je ne suis pas mou du raisin
Comme le sont, las, quelques uns
Étouffant fort leur raison d'être ;
Au nom du nouveau Saint Paraître,
On gargote l’esprit. Faute de grains
On n’fait pousser que des chagrins
Dans cet univers mécanique
Qu’encense la voix des cyniques.
Les racines du Mal vainqueur
Ne sont que misère et rancœurs,
Et la Terre meurt dans la panique…
Mais, ici, las, les argousins
N’aiment pas qui fait du bousin…

dimanche 21 juin 2026

HAÏKU DE CLÉS

Un hôtel de passes n'est-il qu'un immeuble de rapport(s) ?

MOTS POUR MAUX

Petite fable affable

Un chantre maudit, 
Tête de pioche de bonne roche ,
Avait beaucoup dit,
N’ayant pas sa langue dans sa poche.

Ce crève-la-faim,
Bohème, était de cette race éteinte,
Du monde défunt
De ces chevelus buveurs d’absinthe
Qui, fort tard veillant, 
Sans un sou vaillant,
Rêvaient de poésie qui éveille ;
Le regard brillant
Et le sang bouillant
Chantaient la poésie qui réveille.

Ce chantre, pardi, 
Ne connut le renom ni la gloire :
Il était hardi ;
Le bourgeois hait pareille bouilloire !

Las, ce claque-faim
Renonça à l’écrit polémique
Puis, sentant sa fin,
Même aux poèmes un peu politiques :
Le rêve est vapeur
Mais ce sont sapeurs
Que les us, et les chaires, et le trône,
Ces fourriers de peurs,
Même si la liberté ils prônent.

Un rimeur, dandy 
Que couvait de ses cieux Le Parnasse,
Lors, vint et lui dit :
« Pourquoi fuies-tu du monde les nasses ?

- Même si je feins, 
À coups d’interdits plus que de glaive,
Mieux que merde-fin,
On fait que ta voix perde sa sève.
Écris, valeureux,
Mais, pour être heureux,
Tais-toi, hors la rimailleuse enclave :
D’un mot malheureux 
Tu peux devenir, matin, l’esclave ! »


samedi 20 juin 2026

HAÏKU DE LANGUE

Aujourd’hui, en bon français on ne dit plus « travail » mais « job » car à le faire, en notre enfer capitaliste, on finit aussi pauvre que ce héros biblique…

vendredi 19 juin 2026

HAÏKU ÉDIFIANT

Certains élèvent leurs enfants à la hauteur où ils érigent leur réflexion. Hélas !

EN TON ABSENCE

Ton sourire m’est soleil dans la nuit,
Et la seule panacée à l’ennui.
Il se dessine là dans un nuage
Ou bien dans un doux regard d’enfant sage.

Le souffle du vent m’apporte ta voix
Qui ricoche en écho et en envoi,
Effeuillant l’instant le plus éphémère,
Fleurissant un moment, tendres chimères.

L’arôme des roses exhale un parfum
Qui n’est qu’à toi, ma mie, subtil et fin.
Et il s’insinue dans ma carapace,
Atténue de la séparation l’espace.

mercredi 17 juin 2026

HAÏKU EN BOURSE

Expliquez-moi pourquoi certains économisent leur argent pour mieux le dépenser ?

ET LE DRILL DEVINT MANDRILL…

Petite fable affable

Cousin du babouin, mais plus méchant et sagouin,
Un drill, ne manquant pas d’ego, hantait les montagnes 
Résonnant des échos de son vain baragouin
Qui aurait fait fuir de son pays de cocagne.
Ce fat, fort de sa haine et fier de son harem,
Se voulait roi des petits singes et grands primates,
Le proclame à qui veut l’entendre, lui, dirhem
Parmi les dinars, et toute opposition mate.

Un gorille, hélas, ne l’entendit de cette oreille :
De tels propos lui firent venir les abeilles.
Il le prend, matin, par les lobes et lui secoue,
Quoique ce monarque fut épouillé, les puces.
« Avec ta couronne de poils, tu t’mont’ le cou
Mais t’as aussi le cul à nu, mec sans astuce,
Je vais pouvoir te le botter comme il se doit
Puis te défigurer ou te briser les doigts ! » 

L’atrabilaire ne fera que scarifier
Le museau fort bleui du « roi » pour clarifier
Position et rang de chacun en ce bas monde,
Puis lui fit saigner les nasaux, affront immonde.

Les descendants de ce fagotin prétentieux 
Gardèrent à jamais ces stigmates car les cieux
Détestent; eux aussi, de pareils affronts, austères ;
Et ainsi un nouveau singe peupla leur Terre.

Chez les drills échaudés, à saine modestie
Revenus, du moins hors de leur tribu, on dit
Haut et fort, que l’ambition est chose bien sotte :
« Quand le mal est passé, on oublie le péril
Mais, il n’en est guère de même de ses fautes
Quand on en porte la marque, soit-il sceau viril.
Un de nos pairs le sait qui oublia, peu sage,
Que tous les grands singes sont les pires sauvages ! »

mardi 16 juin 2026

lundi 15 juin 2026

HAÏKU DE BLUES

Je ne suis jamais au bout de mes peines… Hélas !

COURANT D'AURORE

D’après une photo de Marc-Yvan Custeau, 02 juin 2026

L’aube mûrit au loin, tout en frissonnements,
Rouges ondoiements, oranges frémissements,
L’onde de l'aube n’est que flottements sages
Accrochés aux remous des ombreux nuages.

Dans les friselis de l’air qui n’est que bruissements,
Mauves ondulations, roses foisonnement,
L’aurore se fait sinueux effeuillage
Pour que passe un flot d’azur en son sillage.



samedi 13 juin 2026

HAÏKU DANS LA FOURMILIÈRE

Les choses étant ce qu’elle sont,… changeons-les !

LA BIENHEUREUSE

Petite fable affable

La jeune mouette semblait toujours rieuse
Même face aux vents, enclins à folies furieuses,
Ou aux injonctions de la vie, pourtant impérieuses.

Un vieux goéland, lui toujours malengroin,
Qui houspillait les importuns devant témoins,
S’en étonna fort bien qu’il n’en eût point besoin :
« Pour moi qui fais tant de foin, c’est chose curieuse
De te voir vivre, industrieuse et laborieuse,
Mais jamais contre rien ni personne injurieuse,
Ni mie crieuse, sois-tu ou non victorieuse !

- Quand on m’éconduit, je n’en parle à personne,
Répondit l’oiselle dont les plumes grisonnent,
Et tais, de même, les traits dont on m’assaisonne.
Ainsi fait qui ne goûte pas qu'on le chansonne
Car l'indifférence, je le sais, désarçonne
Plus que propos vachards ou bien humeur oursonne ! » ! »

vendredi 12 juin 2026

jeudi 11 juin 2026

HAÏKU AU KHÔL

Cessez de vous hausser de col, ça finit par vous monter à la tête !

UNE VIE

Travaillez fils des villes et prenez de la peine
Enfants des champs !… Cela constitue une vie.
Bien des miséreux, des gueux, votre sort envient :
Ils aimeraient porter ce que vous appelez « chaînes ».

Sans rien demander, ni espérer, mieux sans haine,
Épuisez-vous loin de ce qui rend malheureux :
Les chimères, idées, utopies et songes creux
Car le travail bien fait, seul, vous rendra heureux.

Cette satisfaction sera votre salaire.
Vous perdrez tout à laisser parler la colère ;
Vous vivez à crédit, jamais non ne l’oubliez !

Jusqu’à la mort vous ramerez sur cette galère,
Avec celle avec qui vous avez sort lié,
Avec qui vous vouliez vous désembastiller.

mardi 9 juin 2026

HAÏKU DE FERS

Plutôt qu’une clé anglaise choisissez-en une en métal !

NE RIEN FAIRE… MAIS LE FAIRE BIEN !

Petite fable affable

« Comment faire pour arriver à ses fins
Quand on n’a, las !, point commencé. Car enfin
Il doit bien exister un truc, une approche
Qui fait que, sans qu’on voie anguille sous roche,
On réussisse son coup…  à tous les coups ! »
Ainsi songeait un lycaon, triste frimousse,
Cherchant le chemin le plus court pour sa brousse
Quitter au plus tôt… Et jouer, plus loin, les coucous.

Ce canidé se triturait les méninges
À en faire abondamment suer son linge,
S’il en avait eu, évidemment. Cafouilleux,
N’ayant l’air de rien, ne valant guère mieux,
Il croyait que pour tout existait une manière
Qui évite tracas ou bien fondrières,
Et cherchait quelque combine, et ce sans fin,
Ou, une façon, à en perdre soif et faim,
Pour, en tout cas, en faire le moins possible
 Et, en tout lieu, vivre au mieux, seul, impassible.
Bref, jouer au Roi Lion à la parfin !

Pour cela, dans le plat pays, il musse,
Épuise son temps à sa quête têtue
Ne faisant plus rien d’autre. Par vaux pentus,
Aux couleuvres, il demande en vain leur astuce.
Mais elles se taisent. Lors, notre sac à puces,
Par les chaos, questionne les vieux lézards.
Pas plus bavards, ils s’enfuient comme au hasard,
Dès qu’il leur présente sa hideuse face.
« Je ne veux qu’une formule, les chiches-faces,
Qu’une marche à suivre pour vivre vieux
En faisant peu, ou moins encore, Bon Dieu ! »

Chevalier errant ayant perdu sa fasce,
Le charognard, défait, croisa un matin
Une hyène. Il lui fit donc son baratin.
« Le but importe plus que la voie, fait-elle,
Toute solution est en toi non sur stèle.
Souvent, les méthodes sont ce qu’elles sont :
Sans conséquence. Ta vie en est leçon ! »

dimanche 7 juin 2026

HAÏKU DE MAUX

Entre bouches d’égouts et becs de gaz, on s’étonne que la rue prenne la parole ?!

LE MONSTRE DE BRIQUES & DE FER

À Emile Verhaeren (1855-1916)

Entre l’ombre étale et la nuit infinie,
Dans des haleines d’acide et puis de chlore,
Là où la fabrique avait fait son grand nid,
L’usine déroule son dos de crêts pour clore
En son sein un flot mouvant de bonnes gens
Qui, sans elle, ne seraient, las, qu’indigents.
Elle trinque aux étoiles ou se pinte de lune
Dans le ciel toujours en guenille, à la brune,
À cause de ses méphitiques fumées,
D’un pays de métiers aux boutiques aimées.

Dans un vain temps oscillant d’astres en atome,
Elle souffle phosphore et souffre oxydé,
Engloutissant des êtres en chaînes, des hommes
Qu'on fait vivre en cages, en caves et qui, bridés,
À petits gestes, à mains prestes, sont esclaves
De ce vil dragon et de ses autoclaves.
Sur tapis de cendre et de suie, ce brasier
De brassiers et ces journaliers extasiés,
Dociles à mille machines pis que pieuvres,
Resteront, çà, là, serviles à la manœuvre.

Battements sourds et réguliers d’un cœur lourd,
Marteau sur l’enclume et pilon qui concasse
Houspillent les passants entendant, par leurs faubourgs,
La vapeur qu’avale sa gisante carcasse
Puis qui siffle, comme un serpent prêt à tuer,
Et qui gifle les murs noirs qu’elle a hués
Dans l’éther moisi et dans l’air ranci.
Mais ces entrailles d’enfer vomissent aussi
Feux hardis, lueurs garnies, coulées de lave,…
Font voir, par les verrières, des rêves hâves.

Car cette architecture ne dort jamais.
Ce monstre qui, de l’intérieur, se consume
Vit et respire, jour et nuit, de mai à mai.
Jamais assoupies, mie ralenties, ses brumes
De braises, ses pluies d’étincelles en volées,
Ses neiges d’incandescences auréolées
De flammèches sont le banal mauvais temps
De l’ouvrier pour qu’avance un siècle palpitant
Car, dans ses haleines d’acide et de chlore ,
Le labeur, seulement, vient à y éclore.

samedi 6 juin 2026

HAÏKU D ’AUTEL

L’Eglise a toujours été en matière de sexualité plus en avance qu’on ne le croit :  ça ne l’a jamais gênée qu’une jeune vierge termine en sainte ou qu’un homme finisse en saint !


vendredi 5 juin 2026

HAÏKU TU

C’est fou comme le silence fait parler !

L’ÂNE & LA CAVALE

Petite fable affable d’après une phrase de Th. Roosevelt

Un vieux baudet voit passer, auprès de son pré,
Auquel un grand canal fait bordure,
Une haridelle qu’on flagelle à la vesprée,
Pour haler une péniche à la dure.

« Pourquoi ne te couches-tu pas, mon amie,
Tu n’en peux plus : ton labeur t’achève.
Tu ne vis que sous les coups. C’est infamie.
Tu dois pouvoir parfois trouver cette sève
De témérité qu’il faut pour dire à l’humain
Non !” ou “Stop ! ”. Tu n’es pas une bête
À abattre mais aide à sa main.

- Dans ma famille, on sert et point on ne discute.
On ne sera mie assez retors.
C’est toujours occasion de disputes
Et pis, pour l’homme, on a toujours tort.
Comme dit mère qui refuse la lutte :
Le courage, c'est sûr, ce n’est pas d’avoir 
La force d’encor’ continuer
Mais c’est de toujours continuer 
Quand on n’a plus la force de se mouvoir 
Bien que ce ne soient honneur ni gloire
Qui font, un jour, rentrer dans l’Histoire”.  »

mercredi 3 juin 2026

HAÏKU (quasi-)BIBLIQUE

Le démon de midi n'affecte jamais l’ouvrier de la onzième heure.

ÉTÉ INDIEN

Sur une photo de Marc-Yvan Custeau, 1 novembre 2024

Riche en silences, notre forêt s’ocre
Aux jours devenus les meilleurs de l’an.
Feuillées abandonnant leurs verts médiocres
Annoncent que le temps devient plus lent
Et prend le chemin de l’hiver aux blanches
Livrées, long comme un éternel dimanche.

Bronzes et cuivres trouvent là leur fortune.
Ils ont toute frondaison envahis ;
Baignés de lumières rousses s’enbrunent
Nos fourrés, sous les ciels encor’ bleuis.
Chacun perd un peu de son âme verte ;
En gardant un bout d’été au cœur, certes !

S’éteignit jà des plus doux des souffles,
Loin de ce monde qui s’étend, mâtin.
Parées du sceau d’or des jours qui s’essoufflent
Se rafraichiront fort les clairs matins
Comme froidiront les nuit lactescentes 
Le long de routes devenant glissantes…



lundi 1 juin 2026

HAÏKU DE VALEURS

La société exige de nous que nous soyons les meilleurs ; notre conscience exige que nous donnions le meilleur.

CHEMIN FAISANT

Petite fable affable d’après Le caillou
d’Henri Cobourg (Fables, 1860)

De sa lointaine pampa,
Dessus une voie unie,


Un homme allait d’un bon pas
Pour quérir un bon repas
Offert par bourse bénie

Ses pieds alertes franchissent
Les lieues d’un pas fort léger ;

Ses jambes mie ne fléchissent
Mais un caillou vient se piéger
En sa chaussure bien lisse.

Il rage à ce contretemps,
Se détournant d’une route
Pour ôter, tout haletant,
L’intruse qui le déroute
Pour bien plus qu’un bref instant.

Or devenait là fondrières
Et bourbier son bon chemin
Qui n’était que de poussière.
Et ce n’était pas demain
Qu’il aurait goûté daubière !

L’ingrat ne voit pas la pierre

Le détournant des ornières.

dimanche 31 mai 2026

HAÏKU DE PUB’ ?

Cessez de juger la valeur d’un livre à sa couverture… médiatique !

RIEN À FAIRE

« Mais tu ne t’ennuies jamais dans ta cambrousse
À admirer, là, sans fin, des heures rousses
Aux heures plus blanches la course du Temps.
Y passer, je ne dis pas, de temps en temps
Mais y rester !… Faut que t’aimes faire malaise,
Qu’à t’emmerder, tant, et plus tu te plaises :
Il n’y a rien à faire et pas plus à voir ! »

Rien à faire ? Comment peux-tu le savoir ?
Je cours les bois, couvre leurs sentiers et sentes
Et sous les arceaux de branches, aux innocentes
Ronces je donne des bouts de mes habits
Et aux orties des parts de peau lors rubis.
J’écoute d’où vient le vent comme les trilles
Des oiseaux, le murmure des rus qui brillent.

Rien à faire la belle affaire, Pauvre Sot !
Je passe par les prés et aux labours fais un saut
Pour voir les nues désembrumées qui s’aurorent,
Et leurs nuages qui s’empourprent ou se dorent,
Pour suivre les voies invisibles qu’ont pris
Quelques coups d’ailes, de me savoir, surpris.
Les cieux changent tant à qui, là, les regarde.

Rien à faire ! C’est parole de Vieille Garde.
Je poursuis ces insectes si insignifiants
Qui vivent leur petite vie de ruffian,
Aussi empressés, oui, que toi avec la tienne
Toute aussi vaine et aussi pleine d’antiennes.
Je contemple des décor qui suivent la saison
M’adosse à des arbres qui me survivront.

vendredi 29 mai 2026

HAÏKU POST ALE

J’ai plus de plis au front que dans ma boite aux lettres.

LE MALE BUISSON

Petite fable affable d’après Lockman

Un malingre buisson dit au jardinier : 
« Ah, si quelqu’un, comme d’un bananier,
Prenait soin de moi, me plantant au centre
De son clos pour que j’y fasse mon antre, 
M’arrosait, me cultivait mêmement
Qu’un autre, mon ombre, certainement,
Serait courtisée, mes fleurs feraient vases
Et mes fruits de belles et bonne brunoises. »

 Le maraicher le prit et le ficha
Au milieu du jardin, en bonne terre,
 Qu'il fuma à grand frais comme en gros tas.
Et pour faire taire l’argumentaire,
L’arrosait deux fois par jour. Jamais moins .
Les branches du buisson allèrent au loin,
Forcirent, se fortifièrent d’épines
Alors que s’enfonçaient ses racines taurines.

Bientôt le beau jardin fut tout à lui,
Ne laissant à rien le moindre réduit.
Toutes les fois qu’ une aide on te demande
Réfléchis qu’au bien, un mal on ne rende,
Car ainsi vont les sournois, les méchants
Qui pour nuire prennent toujours du champ.

mercredi 27 mai 2026

HAÏKU DE P.C.

Plus l’ordinateur est petit, plus il se fait grand ordonnateur.

LEVER DE LUNE

D’après une photo de Marc-Yvan Custeau, 22 septembre 2025

Un berceau de lune enfin se dessine,
Un frêle arceau de lumière plongé
Dans le puits de cette nuit qui nous fascine,
Sereine, où l’ombre émue sst prête à songer
Sous la voûte étoilée où elle prend racine.

Le soir est empli de souffles et de frissons.
Il n’a rien de l’huis sombre, clos de silence,
D’une tombe pour les buis et les buissons.
Ses pâles ténèbres fuient la somnolence
Dessous ces lueurs timides en écusson.

Ce calme infini appelle à la quiétude.
C’est depuis les champs qu'on voit le mieux les cieux
Aux obscures harmonies, dans la solitude
Reposante d’un astre au contour gracieux
Qui mène un rêveur à la béatitude.



lundi 25 mai 2026

HAÏKU DANS LE PIF

Ce qui pend au nez des gens n’est jamais très propre !

LE GLOUTON COURTISAN

Petite fable affable d’après Jean de La Bruyère

Les gens de mérite ont, las, peu en marmite.
Les médiocres bâfrent comme faux ermites.

Un lynx austère et droit en prend son parti,
Pas un glouton ne manquant de réparti
e
Qui, chaque jour, dit, à tous, car il le pense
Qui’l faut moins nourrir son esprit que sa panse.


Notre goinfre alla donc voir le roi puma
Et lui fait, en préface, avant les frimas,

Un ample hommage, une longue dédicace
Où la gloire du félin côtoie sa grâce,
Sa libéralité appelant respect
Et quelques révérences au parfum bien suspect.

Puis entre mille autres caresses verbales
Il jure ses foi et soumission totale 
Au fauve, afin de, sans être son égal,

Avoir un beau rang dans le règne animal.
Elle méritait d’être ouïe cette chute
Quoi qu’elle vînt après de longues minutes.


Il est certains rois à qui cela convient
Mais ils sont rarement hommes de bien.
Bonnes gens comme nous, à d’aucuns Auguste,

Ça froisse les oreilles, courbe le buste ;
C’est le cas de notre souverain bien roux,

Et là, hélas, c’est l’ire ou c’est le courroux.


« À ma cour, point de pension et pas de poste
À qui fait du plat de la langue, Anagnoste !

C’est pire qu’injure ordurière, à bon droit,

Qu’un éloge aussi puant et maladroit. »
Il croqua celui qui voulait sans ambages,
Manger bien gras et tout à son avantage…

dimanche 24 mai 2026

samedi 23 mai 2026

HAÏKU DE TIMBRÉ

Une lettre que l’on écrit est une page arrachée au livre du temps.

D’UN TEMPS À L’AUTRE

En hommage à Joachim du Bellay (1522-1560)

Mais où s’est donc enfuie cette douceur de vivre
Qui m’a fait, naguère, mes saisons consumer
À ce plaisant labeur de toujours costumer
La prose en vers comme on le fait dans les vieux livres ?

Je m’usais à ce vain jeu, quitte à écumer,
En priant que jamais, non, nul ne m’en délivre :
Écrire était, pour moi, une raison de vivre,
Et le meilleur de mon âge ainsi fut plumé.

Ai-je eu le tort, Ami, de tant et tant poursuivre
Les muses des mots comme autant de chimères, ivre
De coeur et d’esprit mais sans jamais m’enfumer ?

La raison venant sous mes cheveux gris qui givrent
Je suis le chemin lors tracé, bien assumé,
Chantant et enchantant notre monde embrumé…

vendredi 22 mai 2026

HAÏKU COMPTE TRIPLE

Peut-on être simple d’esprit et agent double ?

FIN JANVIER 2026

À Pauline & Thibault

Là, au milieu de nos pluies de soucis,
Au cœur du grain que sont tous nos ennuis 
S’est glissé une lueur d’éclaircie,
Un frêle espoir d’azur et de merci
Déchirant des nues entre noir et gris,
Désembrumant l’horizon obscurci,
Des jours s’acharnant à être affadis.
Et nous voilà de bleu comme étourdis.

Ce rai a chassé, sans bruit et sans cri,
La grêle que le crabe par sentes et lacis
Nous envoie, âme rancie, coeur rassis.
Les averses de nos traverses, endurcies,
Les orages qui valent tant de récris,
 Ne nous seront plus que bruines aussi :
Comme dit Victor, depuis ce jeudi,
« Le cercle de famille s’agrandît » !

jeudi 21 mai 2026

HAÏKU DE VERS

Les lunettes à double foyer sont faites pour ceux qui ne peuvent pas voir les choses simplement.

TEL VA LE DELTA, TELS VONT NOS PETONS…

Petite fable affable

Dans la province de Camargue d’antan,
Au ramage des guêpiers, tout en nuances,
Un groupe de flamants fait ses révérences
Et ses danses, dans la douceur du beau temps
Et, pis, l’indifférence de la Nature.
Nul ne vient voir ces gracieuses créatures
Pour qui un vent voleur fredonne sans fin…

Nul n’écoute les chants, ne goûte aux parfums.


Soudain, naseaux au vent, quelque cheval passe.
Sauvage. Hennissant et piétinant l’eau.
Tout s’arrête et, là, chacun devient badaud.
On se croit au champ de bataille, l’espace
D’un instant. Ensuite, l’oreille aux aguets
Et l’œil où luit la frayeur, comme sagaie,
On file et fuit loin de ces éclats terribles
Dont les éclairs pourraient vous choisir pour cible.


Il vaut toujours mieux le bruit et la fureur,
Soit-on seul, pour se faire écouter du monde
Quand la beauté et la douceur, ses deux sœurs,
Restent inconnues, hélas, de tous, à la ronde.

mardi 19 mai 2026

HAÏKU DE LIGNES SUPPLÉMENTAIRES

Ce n’est pas parce qu’on lit en vous comme en un livre ouvert qu’on est obligé de s’arrêter sur toutes les pages.

NOSTALGIE

Souvenirs, vous qui emplissez mes jours
Et revenez à moi, à contre-jour,
Vous hantez mes nuits, souventes fois,
Témoignant que j’ai été. Parfois.

Car vous êtes ce qui reste de moi,
Rappels de joies, stigmates d’émois,
Je vous invoque comme des reliques
Et je vous évoque, boulimique.

Souvenirs, je reviens vers vous toujours
Pour donner à la solitude ajours.
Passé qui ne passe, quoi qu’on fasse,
Laisse ses traces et mie ne nous lasse.

Que vous soyez cendre ou bien débris,
Peu m’importe, vous m’êtes tant ris
Que pleurs, regret, remords, cicatrices,…
Certes ombres mais jamais, non, caprices.

dimanche 17 mai 2026

HAÏKU DE FROMAGES

Avis aux amateurs : Le véritable emmenthal râpé se reconnait à ses trous.

AU CHANT DES CHAMPS

Petite fable affable

La campagne se vêtait de verdure,

Les ruisseaux n’étaient plus que doux murmure.

Mai parfumé, sur le déclin du jour,

Boutait le feu aux cieux pour son retour.

Des rossignols, sous un épais bocage,

Conversaient en un charmant ramage.


Corbeau, qui non loin passait,

Avisant le bosquet, veut donc placer 
Son grain de sel dans ce concert sauvage.

L’air retentit lors de son fameux cri,
Et lugubre, et funeste de tout âge,

S’imaginant mieux chanter, sans décri,
Que quiconque chez les braves gens d’ailes
Et se posant même comme un modèle.

Il crut victoire emporter quand, soudain,
S’envolent au loin nos chantres bavardins

« Je le savais, fit l’intrus, trop on vante
Ces piètres mélodistes qu’épouvante
Le vrai talent ; celui des miens. Ils fuient

Ne pouvant lutter… et même à grand bruit ! »

Si, las, un son plus fort se fait entendre
À ses raisons on aime oreilles tendre ?

samedi 16 mai 2026

vendredi 15 mai 2026

HAÏKU VENU DE NULLE PART

Allez comprendre : quand je suis ici on me dit d’aller voir ailleurs. C’est comme ça que je me retrouve là et non à l’endroit où l’on escomptait me trouver !

AUTODAFÉ

D’après une photo de Marc-Yvan Custeau, 23 avril 2025

Les flammes du levant lèchent l’horizon,
Incendient plaine et prés, brûlent l’air comme la terre,
Embrassent d’un brasier fou jusqu’aux toits des maisons
Où les dernières ombres de la pénombre se terrent.

Fournaise sans fumée, tout à sa déraison
Tu salues la feue nuit qui étouffe ultimes étincelles,
Chaudes braises de rêves qui ne sont mie de saison.
L’aube l’avive d’un jour dont on sait les ficelles,
Vouant au vieux bûcher des vanités ces envies
Et envols qui devraient faire notre vie.
La lumière semble souffler sur rangs et parcelles
Qui se colorent de tons cendrés au diapason
Des frondaisons dont les ramées harassées chancellent,
Ternes comme l’est le ras paletot des grisons.

Ces flammes d’enfer se font sans brandons ni tisons 
Un foyer d’un bosquet, d’une haies un âtre austère
Rappelant que vient bientôt l’ardeur des jours,
Incandescence et chaleur seront les cieux locataires.