Petite fable affable
Sa majesté de la grand’ jungle s’ennuie.
À chasser, il n’a plus le goût. Même la nuit.
C’est devenu trop simple et bien trop facile :
Il paraît. Car prend peur toute proie gracile,
Qui se fige. Puis on la croque à grands bruits.
C’est nourrissant mais lassant tous ces dociles !
Notre tigre entend, matin, un cri qui, seul,
Aurait justifié qu’on mît son auteur en linceul.
C’était un âne. Il le prit à son service
Et, honneur, le fit son second pour ses sévices :
Ce cor sonnant dans les fourrés, effrayé
Le gibier fuyait.… Jouer n’est pas du vice !
Donc désormais, quand le fauve est en arrêt
L’hémione qui le suit, à son signal, brait.
S’ensuit alors une folle débandade
Qui transforme les souveraines balades
En mémorables poursuites endiablées. Vrai :
Finies mornes guets et moroses embuscades !
Tuer ainsi redonnait goût à la vie ;
L’âne avait certes emploi, c’est dit sans envie,
Peu reluisant mais situation brillante.
Il allait comme si des feuillées fuyantes
Ses oreilles touchaient le faîte, ravi,
Et parlait à tous d’une façon cinglante.
Lors d’une errance, un daim croisant son chemin,
Le salue de peur qu’on l’occise demain.
« Insolent mortel ! C’est le respect que tu montres ?!
Fait le parvenu : si le roi te rencontre…
Je suis voix du maître, non fils du commun
Comme hélas l’est ici-bas tout-un chacun !
- Bramant moins qu’il ne rugit ! dit sa rencontre.
Tu es la risée des hôtes de ces bois.
Va, suis-le, fais battue pour lui et fais toi
Même nommer vassal très obéissant.
Toi aussi, tu lui seras appétissant ;
Qui aux plus basses besognes se condamne
Par le vouloir et pour le gré des puissants
Finit toujours, un jour, en simple peau d’âne ! »
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