Pour sortir des sentiers battus affrontez-les en vainqueur !
Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques
parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…
jeudi 19 décembre 2024
L’HÔTEL BORGNE
Quelques pièces aveugles
Pour l’intimité
Avec peu de meubles
Par commodité.
Des filles qui traînent,
Payées au forfait,
Qu’ont pas la migraine,
Prêtes à tout méfait,…
Jamais de pouacres,
Que de bons bourgeois
Vomis des fiacres
Pour trouver des joies.
Et la maquerelle
Dessous ses faux tifs
Qui, d’un coup d’ombrelle,
Fait couples et tarifs.
C’est toute la faune
D’un petit hôtel,
Non loin de la Zone,
Qui fait le bordel.
Derrières ses portes,
Client satisfaits,
Et de toutes sortes,
Côtoient le préfet.
mercredi 18 décembre 2024
LES FLOTS DU CIEL
D’après une photo de Marc-Yvan Custeau, 26 juin 2024
Entre ombres bleues et lueurs oranges,
Les cieux lèvent le voile sur le jour,
Ocre et ambre, dessus le toit des granges,
Entre ombres bleues et lueurs oranges.
mardi 17 décembre 2024
LES RIVAUX
Petite fable affable
L’Honneur et l’Orgueil se prirent, hélas, le bec,
Le premier assurant valoir mieux que l’autre,
Le second, avec mépris et d’un ton sec,
Qu’il était, pour sûr, l’égal de cet apôtre.
L’Honneur, voulant rester digne, refusait
D’en venir aux mains avec ce fat. Fusaient
Les noms d’oiseaux : ils ne manquaient pas de verbe,
Nos deux querelleurs, non plus que de superbe !
On disputait de « Grandeur », « Morgue », « Arrogance »,…
On dissertait sur « Bouffissure » et « Fierté »,…
L’Honneur coupa court avec cette élégance :
« Mon cher, pour être mon pair, il vous faudrait
Juste avoir à défendre des valeurs vraies ! »
lundi 16 décembre 2024
HIBERNATION
Sur une photo de Marc-Yvan Custeau, 19 février 2024
Le ciel immobile s’est éteint.
Il reste, hélas, sans voix et austère
Quand notre bois, dormant, lui, se teint
Du blanc qui habille jà la terre.
La vie semble, ici bas, arrêtée
Pour s’être d’hiver toute apprêtée.
Dans une clarté triste et blâfarde,
L’horizon nous paraît plus lointain.
Bouché, il se roule dans ses hardes
Et peine à nous faire un matin
En jouant avec le bleu des ombres
Ou en s’attardant dans les coins sombres.
Notre été indien, déraciné,
Gîte parfois en nos souvenances
À voir le manteau illuminé
D’un décor sans vaine dissonance
Car il se cache au cœur des sapins
Sur qui le froid lança son grappin.
dimanche 15 décembre 2024
TOUT NOUVEAU, TOUT BIO !
« Honte à vous, les générations passées ! »
Notre Jeunesse nous montre l’exemple
Des efforts qu’il faut faire, tout nouveaux, bien amples,
Pour sauver la planète que « les vieux »
Ont mis en péril… pour dire les choses au mieux.
Ces fous qui cuisinaient les restes de la veille,
Consignaient leurs bouteilles
- Toutes en verre - sans souci d’environnement,
Sans nulle conscience du réchauffement.
Ces pélots allant à pied, à vélo, avares !
Oui, l’auto était, lors, un luxe rare !
Ces sots ignoraient les produits jetables, des couches
Aux mouchoirs, étaient amateurs de douches,
Réparaient le cassé au lieu de jeter, itou ;
Il se chauffaient au bois et se vêtaient plus - c’est tout -
L’hiver, dedans comme au dehors, ma mère.
Voir êtres aussi insensés exaspère !
Ces vils inconscients faisaient sécher au vent
Et au soleil leur linge très souvent,
Écoutant la seule radio d’une maison
Sans écran mais où le journal, avec raison,
Une fois lu, connaissait mille autres usages,
Ma foi, des plus sérieux aux moins sages.
Prêchant aux générations passées
Buvant l’eau du robinet et, sans se lasser,
Mangeant produits du jardinet, notre Jeunesse
Ramène sans vergogne gueule et fesses,
Mais ne goûte guère, la bande de dadais,
Qu’habit d’aîné puisse passer à son cadet…
samedi 14 décembre 2024
DIVINE APPARITION
Sur une photo de Marc-Yvan Custeau, 13 juillet 2023
Alors que, des nues, l’air dénoue l’écheveau,
L’eau placide, que l’aube étreint et aurore,
Invite aux agapes d’un jour tout nouveau
Un matin mal réveillé qui se mordore.
vendredi 13 décembre 2024
LE FAUTEUIL, LE CANAPÉ & LE LIT
Petite fable affable
« Vaï, lorsque le maître de céans
Veut se reposer, que lui importe
Le moment, c'est sur moi seul, cloportes,
Qu’il pose mollement son séant !
Faisait le fauteuil à ses compères.
- Alors nous faisons, Ami, la paire !
Répliqua le moelleux canapé.
Mais à moi il offre aussi ses jambes
Toute la soirée si, moins ingambe,
Son labeur l’a…
- Mais sans le draper !
Car il s’assoupit avec délice
Sur moi, les coupe le lit en lice…
Et toute la nuit !… Et sans répit !
Vous ne faites pas le poids, Assises !
- Querelles de nabots ! Leur précise
La lampe. Vous me voyez dépit
Que vous ne compreniez pas, Bois Rances,
Qu’entre vous il est moins concurrence
Qu’utile complémentarité ?!…
Valez-vous mieux que l’Humanité
A ainsi mesurer vos mérites
Comme le font sottes favorites ? »
jeudi 12 décembre 2024
PRODIGE HABITUEL
Sur une photo de Marc-Yvan Custeau, 14 juillet 2023
C’est un bref moment d’incertitude
Où l’ombre devrait donc basculer
Dans l’aube neuve, par lassitude…
Ou bien parce qu’hélas bousculée.
La nuit, qui avait vêtu les terres,
Jette enfin ses haillons aux buissons
Et tait, pour un jour, tous ses mystères,
Qui appellent en nous peurs et frissons.
Des arbres, silhouettes illusoires,
Libèrent les sillons des labours
De leur étreinte froide et moins noire,
Dessinant de sombres brandebourgs.
La lune, pâlie, a pris la fuite ;
Les étoiles se sont effacées.
Déjà l’aurore marche à leur suite,
Pour le petit matin délacer.
mercredi 11 décembre 2024
HAÏKU LOIR
Souvent quand j’arrive quelque part on me dit que je tombe très bien… mais côté réception, parfois, ça fait très mal.
PAR LES GALETS POLIS…
Sur une toile de Michelle Michaud (Montréal, avril 2021)
Par les galets polis
De nos jours si remplis,
Quelques couleurs gambillent
Sur la toile tourdille…
Tout y est suggéré :
Mouvement en goguette
Et reflets éthérés
Dans l’eau et ses alguettes
Au gré de cent vaguettes.
Comme ondoyants poissons
Vont frayant dans l’eau claire,
Frétillant, sans façon,
Le pinceau va, célère,
En estompant les tons,
En esquissant les touches,
Pour que, sans retouche
Là, vibre, à tâtons,
Nos vies de vains tritons.
mardi 10 décembre 2024
TEMPS D’HIVER
Sur une photo de Marc-Yvan Custeau, 27 janvier 2024
Grelotte la forêt où de frileux frissons
Animent la cape toute d’hermine blanche,
Font craquer, soupirer les bois et les buissons
Devenus chausse-trappes, à chacune des branches.
Les voies de blanc se vêtent. Et les bois nus se gantent.
L’aube se lève enfin, pâle et glacée d’effroi.
Ce breuil semble inhabité alors que le hante
L’hiver, vieil aigrefin, brutal, cruel et droit.
On vient là tout botté d’une neige collante.
Le givre se fait crêts. Le verglas paillasson.
Le temps est arrêté, La glace scintillante
Est dure comme grès. C'est un caparaçon.
L’air figé par le gel, aux ramilles raidies,
Se froisse aux coups d’ailes d’une chouette froidie.
lundi 9 décembre 2024
LE VŒU DU VER
Petite fable affable
Un ver de terre s’agite et gigote
Au bec d’une poule d’un roux fané
Qui faisait de la boue une gargote :
Tout ce qu’on y trouve est, las, condamné.
« Vraiment quelle malchance : une cocotte !
J’aurais aimé un coq, un paon… un dindon
Même !… Mais pas une bête aussi sotte.
Dit le prisonnier dans son rigodon.
- Que t’importe, vermisseau, qui te mange
Puisque ton destin et rien, las, n’y change
Est de finir festin !
- Vie fut de peu,
Que mort vaille mieux ! » fit le gadouilleux.
dimanche 8 décembre 2024
LEVER DE RIDEAU
Sur une photo de Marc-Yvan Custeau, 31 août 2023
L’aube lève un voile prude sur une aurore
Adossée à la nuit, adoucie de pastels,
Chassant les langueurs d'une brume qui déflore
De fugaces moments, des instants immortels.
samedi 7 décembre 2024
BELLE SAISON ?
Le feu du soleil brûle les nues
Et trempe l’eau au bord du malaise ;
L’air n’est qu’étuve le soir venu
Quand le jour a l’ardeur des fournaises.
Dans l’haleine enfiévrée de l’été
L'ombre est pourpre comme les roses
Par la rosée de l’aube allaitées,
À qui nul ne contera sa prose.
Oui, la canicule est revenue
Hier encor’ on la disait fadaise ;
La sécheresse l’a maintenue
Pour qu’elle prenne, chez nous, ses aises.
Pas de répit et point de repos,
Le corps est lourd, au bord de la tombe ;
Le souffle est court et rouge est la peau
Sous cet éther bouillant qui nous plombe.
Nul ne sort. Chacun est retenu
Par la trompeuse moiteur d'alèses
Ou un courant d’air entretenu
Qui peine à fraîchir les murs de glaise.
vendredi 6 décembre 2024
AUBE AU LAC
D’après une photo de Marc-Yvan Custeau, 29 mai 2024
Contre le noir de la nuit à peine endormi
Il pleut de l’or sur le lac qui encor’ sommeille
Né du creuset de ce matin il ensoleille
Une aube qui peine à vaincre son ennemi
Ce n’est pas toujours que les nues nous émerveillent
Ocres et bronzes frappant comme un vrai tsunami
Les rives de nos rêves où la vie fait semis
Le vent glisse sur ce ciel lisse qui vermeille
Jusqu’à la sombre forêt aux fûts affermis,
Ombrages insoumis et sentes sans compromis
Dont les locataires à ces beautés crues s’éveillent
jeudi 5 décembre 2024
LE PHILOSOPHE & LA POPULACE
Petite fable affable
Un songe-creux aimait à méditer en paix
Pour s’entretenir au mieux avec lui-même.
Il se fit ermite au gré d’un bois épais.
Jamais d’anathème ni mie de blasphème,
L’humeur égale et sereine, épanoui
Il menait une vie simple et réglée, calme,
Loin du monde, de ses bruits et de ses louis,
Vivant de peu en cabane à toit de palmes.
On vit en lui un saint ; il n’en demandait
Pas tant. On accourut à lui pour une bonne parole,
Un conseil qu’il offrait sans rien quémander,
Une onction - qu’il refusait - ce n’était pas rôle
À sa mesure,… Cette modestie-là
Lui attira des foules, ce qui le lasse,
Et il se renfrogne de ce vain brouhaha.
« Comment ? dit un notable tout en audace,
Depuis notre venue tu ne t’abîmes plus
Dans ce mortel ennui qu’est la solitude !
- Depuis votre venue, malgré votre afflux,
Je me sens, las, bien plus seul qu’à mon habitude ! »
mercredi 4 décembre 2024
PREMIÈRE HEURE
D’après une photo de Marc-Yvan Custeau (17 septembre 2024)
Le pourpre saluait dès avant son réveil
Un jour rubis tout de feux sans fard et de sang,
Alors que l’incarnat de l’aube, languissant,
Tirait lumière enfin de son froid sommeil.
Trouées d’or et amas grenat resplendissant,
Nues lilas aux moutons safran sans fin glissant :
Si tout matin fait de même, aucun n’est pareil !
Loin des secousses du monde je vis l’éveil
Du ciel qui accueille un matin blond rougissant
Comme un enfant pris en faute et gémissant.
De cuivre et de corail se pare le soleil.
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