Un bar vide finira rempli de gens pleins !
Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques
parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…
mercredi 1 avril 2026
DEHORS !
Le chant de philomèle aux bourgeons qui reviennent,
Le frisson du buisson sont mes antiennes…
Je ne suis pas le poète des fleurs
Je suis le rimeur d’un monde qui meurt
Qui aux blancs nuages arracha les ailes,
Mit notre Eden en voies et venelles
Pour, sans vergogne, les veines lui vider
Et son sang, sans répit, dilapider.
On vit une époque de catastrophes,
Je vis, les joues toutes gonflées de strophes,
La plume toujours encombrée de vers
Pour chanter vert et vents mis en hiver,
Une nature qu’on ne sait qu’écrire
- Quand le temps est, las, à la circonscrire -
Pour en louer les ultimes beautés
Simples et sublimes… ou les ressusciter.
Pour un filet d’eau vive resté libre,
Un pré oublié je me sens félibre
Devrais-je dès lors rester coi ? muet ?
Le parfum des violettes, le bleuet
Tout en nuances méritent un hommage
Mon rôle est de colorer leur image
De leur redonner la parole un peu
Quand Vanité et Vain ont libre jeu.
Je prends du champ comme d’autres la mouche,
Au milieu des forêts aux feuilles farouches,
Sans fin, me douche aux rayons du soleil
Et me lave de pluie dès leur réveil,
Vous ne me jetterez jamais, gens prestes,
Dehors : j’y suis !… Et, malgré vous, j’y reste !
Pour amasser des plaisirs, des émois,…
Qui ne resteront pas longtemps en moi…
mardi 31 mars 2026
LE TEMPS D’UN INSTANT
Ça chahute en mon cœur
Fors la ville tranquille ;
Ni peine ni rancœur
N’y ont trouvé leur île.
Pourtant, il fait grand pluie
Et ma vie va sans toit,
Ignorant les patois
Des passants et du bruit.
Faut-il une raison
Quand un plaisir enchante
La vie si trébuchante
D’une arrière-saison ?
Doit-on errer en peine,
De pourtant en pourquoi,
Et surtout rester coi
Si explosent les pênes ?
lundi 30 mars 2026
dimanche 29 mars 2026
À JAMAIS PARTI…
Cycle toulousain
Je ne savais en te disant au-revoir
Que c’était un adieu, mon pays
Que je te disais. Quitte à te décevoir
Hélas, à jamais, je suis parti…
J’ai quitté ta plaine pour un piémont
Et j’y ai fait mon nid, à lui converti.
Hélas, à jamais, je suis parti
Trop loin de ton généreux limon.
Je voulais te revoir une fois mort
Pour te retrouver, toi et tous les miens,
Mais ici reposera mon corps
N’ayant gardé un toit chez les tiens.
Bien sûr, je te reviens parfois, mon pays,
Car, Ōc !, on n’est pas de si loin séparés
Mais las, à jamais, je suis parti ;
Revenu, je me sens égaré…
Quand tu pars tous les bleus de ton ciel t’oublie
Ils ne te reconnaissent mie, bons chrétiens,
Malgré les souvenirs qui nous lient,
N’ayant gardé un toit chez les tiens.
Alors ma mémoire te chante dans mes vers,
Surtout que j’approche de la porte de sortie,
Car las, à jamais, je suis parti…
Et ça me met le cœur en hiver.
Oui las, à jamais, je suis parti,
Mais jamais ne t’ai trahi…
samedi 28 mars 2026
vendredi 27 mars 2026
MA PLAINE
Là où las gîtait ma plaine,
Riche d’arbres et de grains
Et en gros bestiaux qui broutent,
Ne courent plus que des routes.
Longues comme des chagrins,
Elles vont, à perdre haleine,
Vers d’improbables lointains,
Vers d’indicibles destins.
Là où poussaient le blé, l’orge,…
Par des brouillards alourdis,
Il ne germe que taudis
Et banlieues coupe-gorges…
Là où le ciel épousait
La terre, où les nues épaisses
Traînaient sur les toits des bourgs
Ne sont qu’insolentes tours ;
Y survit l’humaine espèce.
Elle y pousse, sclérosée,
Dans un monde hélas fini
Mais qui rêve d’infinis.
Petite Arcadie naguère,
Ma plaine au soleil perdu,
Et aux souffles éperdus,
Te voilà terre vulgaire…
jeudi 26 mars 2026
HAÏKU’NSCIENT
Vu l’état des choses, y compris de la moindre d’entre elles, vaudrait mieux en inventer d’autres.
mercredi 25 mars 2026
UNE VIEILLE AVENTURE
Petite fable affable
Servir autrui n’est point sinécure ;
Et vieillir à le faire est gageure.
De toi, alors, hélas, nul n’a cure,
Ignorant le blanc en ta coiffure.
Pourtant, bien volontiers, on murmure,
Gaussant la lenteur de ton allure
Ou les rides dans ton encolure,
Tes flétrissures, feue ta denture.
Aussi il se faut faire une armure
Contre ces blessures et ses injures
Et qui les propage en belle enflure !
Or vécurent, en pays ligure
Quelques-unes de ces vraies crevures
Encore à l’âge où on se figure
Que dure sa beauté de gravure,
Ne songeant guère à sa vie future,
Aux arrêts de moires ou des augures.
Donc certaines, avec désinvolture
Harcelaient une vieille et sa hure.
Leurs mots n’étaient que morsures, ordures,…
Les mauvais tours de vraies flétrissures
Et leurs allusions des meurtrissures
Un jour ils l’envoient en cave obscure,
Connue de chacun pour sa froidure
Et ses marchés toutes en salissures,
- Éclaboussures ou bien vomissures ? -
Là, notre vieille à quelque bordure
De serrure ou alors de ferrure,
Se fit blessure. Une vraie coupure.
Car, dans ce noir, une créature
Lui fit piqûre aux dures brûlures.
Pour cacher aux maîtres la bavure
On prit une louable posture,
Malgré les marbrures et boursoufflures :
C’était juste éraflure… ou griffure.
Et oui, quoique jouant les pointures,
Belle carrure ou bonne charnure,
Certains ne sont pas plus que raclures !
On jure aux dieux que c’est là biffure
Et même, sans honte, on se parfure
Malgré son grand âge et sa courbure
Cette vieille fuyait la verdure,
Continuant toute procédure
Qui fait vire maison sans fumure
Ni jamais réduire la voilure.
Jour et nuit. Dia ! Toujours en chaussures.
Ça, oui ça, c’est une chose sûre !
Elle ne guérit point de l’imposture.
En mourant, elle dit d’une voix pure :
« Amies, quelle que que soit ta nature,
Saches que les petites fêlures,
Simples craquelures ou bien fissures,
Sont pires à nos vies que les cassures
Que ne peut réparer la soudure ! »
mardi 24 mars 2026
lundi 23 mars 2026
J’AI DEVANT MOI LE JOUR…
À l'occasion de la la journée mondiale de la poésie, 21 mars 2026
Sur un ver de Victor Hugo (1846) & une photo de Marc-Yvan Custeau, 3 janvier 2026
J’ai devant moi le jour et la nuit derrière,
La nuit qui fait sa mue alors que Râ étreint les nues,
Embrassant l’horizon, à l’heure des prières
Suspendues dans cet air léger qu’est devenu
Loin des gazons fleuris, de tapis de bruyères,
Le matin qui, enfin, se réveille avec toi,
Instant courtois compris entre deux temps matois.
J’ai devant moi le jour et la nuit derrière,
Déjà mes voiles volent au vent de l’avenir,
Pour goûter, loin de l’adversité altière
L’humeur des saisons dès lors, ma foi, à bénir
Quand, ailleurs, un ciel las noir, aux moeurs meurtrières,
Saigne sa pluie d’acier ou sa grêle de fer
Pour faire sur notre terre, un fol feu d’enfer.
dimanche 22 mars 2026
HAÏKU DU CHARPENTIER
Pourquoi chercher à avoir un toit ?
Ce n’est que des tuiles à venir ou des ardoises à payer !
samedi 21 mars 2026
LAVEZ CES ARTS !
Petite fable affable
La savane accueille un nouveau roi,
L’ancien souverain, fort maladroit,
Mangeant désormais par la racine
Malvacées et plantes d’officine.
On fait donc grand ménage partout
Pour que le jeune monarque, en tout
Lieu et en tout temps, dans son domaine,
Ne voit que le bon, le beau et le bien.
Ça va de soi !… Ça, on se démène
Pour qu’il ne lâche jamais les siens,
Parce qu’on l’aurait, las, mis en boule,
Sur ses bons sujets venus en foule.
Sur rocs, écrits violents de hyènes
Et de bien impudents dessins de haine,
Signés de babouins, attestent hélas
Du désamour pour leur ex-Atlas.
On gratte, on nettoie et on efface
Sur ordre d’un fort vieux gnou
Qui avait garder la vie et la face
En se préférant vivre à genoux.
La royale parade s’annonce.
Sûr, nul, alors, ne moufte d’une once.
‘Faut savoir révérence garder…
Donc moins brocarder que bobarder !
Au jeune souverain qui promène
Sa suffisance, jà peu amène,
Un lycaon lance :« Eh, on t’a fait
Grande lessive du mal qu’on pense
Des tiens et de tous leurs vils méfaits !
- Bien, jeune insolent, c’est une chance :
“Ce que je ne sais pas ne saurait
Me nuire” m’a dit mère adorée.
- Et même si ça peut te détruire ?
Répliqua l’autre à faire fort bruire
L’assemblée béate. C’est risqué !
- Oh, bien moins, malingre freluquet
Que de me montrer mépris ou rage.
C’est ce qu’on me fait sur le moment,
Même si on appelle ça “courage”,
Qui vaut toujours un prompt châtiment ! »
vendredi 20 mars 2026
jeudi 19 mars 2026
NOTRE AUTOMNE
Librement inspiré de J. Prévert
Oh, mon Dieu, je voudrais tant que nous reviennent
Tous ces jours heureux où nous étions amants,
Ces vertes années, faut-il qu’il m’en souvienne,
Où nous étions herbes folles mêmement…
Mais notre automne à mes yeux te rend plus belle
Quoique, non je n’ai rien oublié,
Si nos feuilles mortes font payer leur gabelle
Les vents n’ont su nous faire plier.
Chênes parmi roseaux que le temps emporte
Alors que les frimas frappent à notre porte,
Puisque non l’on n’a rien oublié
Et restons lierres entreliés
Des abimes où meurent les amours enfuies
Nous savions hélas, qu’ils existent ;
Les précipices où les souvenirs sont enfouis,
Chaque jour qui vient, on les évite.
Naguère, nous sommes allés tous deux ensemble,
Toi qui m’aimais et moi qui t’aimais,
Par ces sables mouvants qui sous les pas tremblent,
Moi qui t’aimais et toi qui m’aimais.
Et aujourd’hui, nous allons encore à l’amble,
Ensemble, aux heures qui encore s’assemblent
Face à l’amer des beaux sentiments
Quand écume le ressentiment…
mercredi 18 mars 2026
mardi 17 mars 2026
REBELLION CONTRE LE TALION
Petite fable affable
Un célèbre chinois, un vieux sage
Avait, nous dit-on, l’étrange usage
De ne s’énerver mie au grand jour.
Un fidèle, membre de sa cour,
Demanda : « Si je puis me permettre :
Pourquoi ne te venges tu pas, Maître,
De tous ceux qui te veulent du mal
Par actes ou par mots. C’est pas normal !
- À quoi bon, disciple, mordre un chien
Qui t’a blessé, comme un béotien
Qui ne sait pas que si tu l’ignores
Ton ennemi souffre plus encore ! »
lundi 16 mars 2026
dimanche 15 mars 2026
RÉVEILS
Sur une photo de Marc-Yvan Custeau, 7 octobre 2025
Le soleil, ce matin, joue les bretteurs
Avec les sombres ténèbres qui s’escriment
À rester dans l’ombre et, provocateur,
Joue de la taille et de l’estoc mêmement
Pour chasser la pénombre, inspirateur
Du recommencement de tout un monde,
D’une renaissance pleine de faconde.
Il fait éclore quelques roses au vair
De la mousse comme il pare le revers
De nos pierres les moins précieuses
D’éclats de cristaux, éveille les couleurs
D’une aurore jamais capricieuse
Quand il s’git d’éteindre nos douleurs.
Tombé d’un ciel serein, le vent soupire,
Pour évaporer mes soucis aux nues
Et la rosée qui a établit son empire
Au pied des taillis et des blés grenus,
À l’heure où, jà, le jour se fait vampire
Non loin des grands bois sourds du père Hugo
Tirés du sommeil et déjà tout ragots.
Un oiseau se gonfle de chants qui mettent
Du miel dans mon encre, et comme allumette,
Ils éclairent mon âme et font mûrir
Mes mots mus en vers à leur lumière,
Embaumant des pages promptes à mourir,
Et ma verve devient verbe, altière.
samedi 14 mars 2026
HAÏKU DANS LE FROC
Il y a tellement de superstitions dans nos religions que je me demande si elle ne sont pas elles-mêmes que superstitions.
vendredi 13 mars 2026
QUAND ON A L’AMOUR DES VIEUX C… !
Petite fable affable / 23 janvier 2024
Un jeune monarque eut bonne presse
D’avoir épousé vieille maîtresse…
Puis, dès qu’il sortait on le huait
Le raillait ou bien le conspuait.
Ce roi qui se voulait démocrate,
Imbu de lui jusqu’à la rate,
Voulut que son peuple l’aime enfin.
Or, il haïssait jusqu’à plus faim
Ce souverain qui tant le méprise
Et le lui dit à plusieurs reprises.
Il dissout sans raison l’Assemblée
Mais, hélas, prend alors une assez
Belle déculottée. Mémorable.
Ne goûtant guère coups sur le râble,
Par quelque royale lubie
Le roi fit chancelier un zombie
Pris non dans majorité gagnante
Mais chez perdants, tiques trépignantes.
Le vizir voulut équipe. V’là
Que peu acceptent : honnêtes ou bien las
Refusant fourberie, mascarade,…
Le ministre, pour ne pas être en rade,
Ne racla point les fonds de tiroirs
Pour trouver des gens à son miroir,
Mais bien le fond des pires poubelles…
Y trouvant ratés en ribambelle.
La révolte reprit à bon droit :
Il n’est de bons sujets sans bon roi !
jeudi 12 mars 2026
mercredi 11 mars 2026
GAZA
Gaza se meurt, abandonnée, sous ses décombres.
Étouffée par le silence, elle n’est qu’ombres.
Non ce n’est pas guerre celle faite aux civils
Ou d’interdire à chacun toute aide humanitaire ?
Comment peux-tu ne pas te sentir lâche et vil,
Israël, quand tu enterres vivants, sur leur terre,
Des enfants ? Quand il n’est avenir que pénombre ?
Et tout ça, paria, parce « Tu encombres » ?!
Étouffée par le silence, elle n’est qu’ombres.
Non ce n’est pas guerre celle faite aux civils
Ou d’interdire à chacun toute aide humanitaire ?
Comment peux-tu ne pas te sentir lâche et vil,
Israël, quand tu enterres vivants, sur leur terre,
Des enfants ? Quand il n’est avenir que pénombre ?
Et tout ça, paria, parce « Tu encombres » ?!
mardi 10 mars 2026
HAÏKU DE CROIX
Tout est secte, hérésie ou sorcellerie aux yeux du dogme qui, hier, n’était que secte, hérésie ou sorcellerie.
lundi 9 mars 2026
C’EST DISCUTABLE ?
Petite fable affable
Un macaque insolent essaya,
Bien plus en sabots qu’en espadrilles,
Las, de discuter le bout de gras
Avec le plus taiseux des gorilles.
Celui-ci, dans les airs, sur un mot,
- Vlan, au désert, les diserts marmots ! -
Lui fit danser macabre quadrille.
Plus tard, un sage et vieux chimpanzé
Voulut pour jouer les joyeux drilles,
Discuter le coup, sans pavoiser.
Notre mal embouché de service,
Lors, le caressa comme on étrille
Et lui laissa donc le dos, en vrille,
Sans y voir là le moindre sévices.
Puis, un bonobo mal inspiré,
Plus désagréable qu’un zorille,
À son tour, vint dans cette forêt
Pour discuter du sexe des anges.
Ses « Ça s’discute… ! » étaient banderilles
Qui finirent en douloureuses trilles.
Avec le mastoc qu'un rien dérange.
Depuis sous ces tropiques apaisés
Où que se l’on se cache ou que l’on perche,
On apprend à qui aime à causer :
« Sois-tu trublion ou tabellion
Ne te mets jamais à la recherche,
Si tu tiens à la peau de ton derche,
De poux dans la crinière d’un lion ! »
dimanche 8 mars 2026
samedi 7 mars 2026
IL PLEUT…
Sur une photo de Marc-Yvan Custeau, 17 février 2026
Oui il pleut comme une averse d’or
Sur le flot de ces nouvelles immondes
Contant l’ordure de ce bas monde
Alors qu’encore partout l’on dort
Et il pleut comme une averse d’or
Alors que verbe haut crête hautaine
On va faire des guerres lointaines
Contre le vil règne des tchadors
Mais il pleut comme une averses d’or
Sur des enfants nus que l’on enterre
Sous des bombes au vain nom du veau d’or
Car il pleut comme une averses d’or
Des nues que tant et plus on invoque
Pour justifier ces morts l’âme en loques
vendredi 6 mars 2026
jeudi 5 mars 2026
LE GRILLON & LA CIGALE
Petite fable affable
Un grillon se veut l’élu du peuple de l’herbe.
Fort vaniteux, ce bonimenteur plein de superbe
Pensait que la fin, en tout, justifiait les moyens.
Aussi fallaces et piperies l’ont fait citoyen
D’honneur du si vaste et sournois pays des salades
Où fanfaronnade, escobarderie se baladent.
Or une cigale se mit sur le droit chemin
D’une élection qu’il pensait gagner de haute main.
Pire, l’insolente dénonçait à dessein ses mensonges,
Ses menteries, tromperies, impostures à rallonges
Malgré la fourberie du marchand de fumées
Que le discrédit stimulait à tout assumer.
Ses fables éventées, comme ses calomnies lassantes
Lui firent perdre la face et l’élection. Glaçante
Déconvenue pour lui qui était, disait-il, sûr
De vaincre tous les obstacles et casser tous les murs…
On dit qu’on l’entendit auprès de dames rainettes
Se lamenter comme le ferait une nonette :
« Que de faussaires et de tricheurs sur cette planète
Vrai : C’est à vous désespérer d’être malhonnête ! »
mercredi 4 mars 2026
mardi 3 mars 2026
ENFANCES DISPARUES
Librement inspiré de Maurice Fombeurre
Alors que la lune s’en va faire ses colles,
Les enfants ont repris le chemin de l’école ;
Dans l’air odeur affadie des foins et du grain.
Les tableaux d’honneur, les passables ou bien les cancres
Auront vite, au bout des doigts, le violet de l’encre
Mais pour l’heure ils traînent la patte, un peu bourrins.
Sur le dos cartable noir, courte blouse grise,
Mais un cerf-volant en tête qui encor’ grise,
Les gars s’en allaient à godasses que veux-tu,
Bien pourvus en poil à gratter, herbes-à-têtu,
En attendant les glands, les marrons pour les frondes.
Ils semblent porter, à eux seuls, le poids du monde
Mais paresse et ruses, malgré l’air abattu,
Brillent quand leur œil se perd sur la mappemonde.
Alors souffrons billevesées, coquecigrues,
Pour s’éviter le vin bourru et la charrue
Salive crachée et mégots mâchés, verrues,…
Quitte à planter, l’humeur drue, au coin froid des rues…
Cartable en main et blouse grise, sur la robe
Mais en poche quelques fleurs qu’à l’herbe on dérobe,
Un mouchoir, allaient donc à tresses que voilà,
Les filles avec en tête des chants, l’échalas
Comme la boulotte, rêvant marelles et rondes.
À leur âge, innocente fraîcheur, le monde
S’ouvre et s’offre à elles, sans époux ni prêlats,
En opportunités, en lendemain fécondes.
Et donc viendront coquecigrues, billevesées,
Pour ne pas avoir beurre et levain à doser,
Torcher, briquer, laver recoudre ou empeser
Ni planter sa vertu en rues pour l’exposer…
Alors que la lune a fui comme on caracole,
Les enfants reprenaient les chemins de l’école.
Dans l’air, l’odeur chancie des foins. Demain du vin.
Les tableaux d’honneur, les passables ou bien les cancres
Vont se mettre, au bout des doigts, les tâches de l’encre
Qui, jà, joue avec eux, les Moires et les devins.
lundi 2 mars 2026
HAÏKU’RONNEMENT
Contrairement à nos écoles, en politique, ce sont souvent les derniers de la classe que l’on retrouve au premier rang !
dimanche 1 mars 2026
LES HÂBLEUSES
Petite fable affable
Pies péroraient pis s’invectivaient
Au petit jour à peine levé…
« Dieu, peut-on faillir plus à l’honneur
Qu’en robant la repue de sa soeur ?!
Fit l’épaisse toute à sa fureur.
- Peut-on manquer à ce point de coeur :
De verte faim, l’amie, je me meurs ?! »
Répliqua l’autre non sans aigreur.
« Viles breloques que tout cela !
Lança le hibou de querelles las.
Vous employez, mesdames, grands mots
Provoquant moins de bien que de maux.
Laissez ces hochets, totons frottés,
Aux humains les plus mal décrottés ! »
Les pies allaient répliquer en choeur
À cet antique oiseau de malheur
Leur façon de voir au risque de heurts
Quand chut de son nid un oisillon.
Nos bavardes comme d’un grillon,
Hélas, le becquetèrent à grand cris
Sans qu’aucune mie ne se récrie.
Maître hibou, de leçon donneur,
Fit : « Je vois : que de “coeur” !, Que d’ “honneur” !
Qui parle par trop de ces deux valeurs
Est le premier à n’agir avec qu’en parleur ! »
samedi 28 février 2026
vendredi 27 février 2026
FOI IN CARNÉ
Sur une photo de Marc-Yvan Custeau, 22 février 2026
J’ai prié dans la neuve église du Matin
Dont les murs célestes de rose s’étaient teints,
Sous l’œil nu d’une rosace de lumière
Qui faisait résonner les lueurs premières.
Que m’importent ris et cris des impies moqueurs.
La nuit lors n’était pas encore que décombres
Mais l'âme du jour venant prit corps dans ce chœur
D’opale où l’esprit communie avec le coeur,
Erre dans sa nef aux colonnes d’arbres sombres,
Aux chapiteaux sobres encore. J’y ai vu l’ombre
Nue, crucifiée, sans remords et sans rancoeur
Heureuse d’un éther qu’aucune nue n’encombre.
jeudi 26 février 2026
mercredi 25 février 2026
CHAT EN IMPOSE !
Petite fable affable d’après Sénèque, ni cynique ni sinoque
Ah, le minois des minettes végétant,
La mine des minets s’impatientant
C’est le vrai filon des félines bébêtes ;
Tous ces beaux minous minots sur nos réseaux,
C’est si mignon. Et de la queue au museau.
Sur la moquette ou bien dans l’herbette.
Mais qu’en croient des doux sentiments ces bijoux
Qui nous prennent pour des laquais, des joujoux ?
« Restant toujours fort fidèle à moi-même,
En amour, miaulait l’un, je suis croyant
Mais pas pratiquant car je suis clairvoyant :
Espérer plus que folie des sens est blasphème !
- Et moi, ronronna l’autre, les “à jamais”
Me lassent ; les “pour toujours” des mois de mai
Me fatiguent aussi. Et plus qu’on ne le pense.
Chaleurs qui les font toutes fort frétiller
Ne sont que caprices pour émoustiller ? »
Et nos fauves fourrés firent sans suspense :
« Que sont ces religions où on perd le jour
Dans l'attente angoissée de la nuit, toujours ?!
- Est-ce offense aux us ou abus de le dire ?!…
Craignant le jour, on se défie de la nuit
Jusqu’à nous faire, parfois, mourir d’ennui ?! »
Mais ils n’en croient rien, il va sans le dire…
mardi 24 février 2026
lundi 23 février 2026
LE RETOUR DE SÉRAPHIN
Angélique & Séraphin, Acte II, scène 1
Ouvre ton huis, ma mie jolie,
Aux nuits sans mélancolie
Et à l’ennui enfin rebelles ;
C’est des sentiments la gabelle.
Allez fuis le froid de ton lit ;
Ne sois par craintes saisie,
C’est moi, ton amoureux transi,
Qui vient te faire faire la belle,
Ouvre ton huis.
Certes je suis, las, un proscrit
Mais sans bruit je te reste ami,
Pour t’offrir le vin de mirabelles
De souvenirs en ribambelle,…
Mon amour n’est pas infamie ;
Ouvre ton huis.
dimanche 22 février 2026
samedi 21 février 2026
HAÏKU DE BLUFF
Celui qui ne veut rien faire ne s’abaisse jamais à faire semblant.
Ce serait déjà trop fatiguant quoi qu’il y paraisse !
LE COQUIN & LA COQUETTE
Petite fable affable
Raie sur le coté, des oursins dans les poches,
Filou en affaires et frileux en amour,
Car sensible aux douleurs de coeur, sans humour,
Un requin se fit hameçonner en roche.
Regard de sardine cuite, une morue
Le prit, malgré elle, en ses filets. La Belle,
Plate comme une limande et le ton dru,
Était aux maquereaux devenue rebelle.
Car je ne vous parle point là gros poisson
Ni menu fretin, Fidèles Bécassons !
J’évoque un financier qu’un bon porte-feuilles
Intéresse plus que sentiments qui endeuillent
En chœur parfois et d’une sirène, un peu catin,
Qui ne dormait jamais avant le matin ;
« Faut ça pour taquiner l’goujon tout en gueule
Ou quand, com’ du poisson pourri, on t’engueule.
Ainsi est l’homme, libre ou mari mâtin ! »
Donc, mon fieffé fripon point trop chaleureux
Car trop peureux, ma foi, pour être trop heureux,
Lui déclara pourtant sans flemme sa flamme.
Même un grand pécheur, mes amis, a une âme !,
Se sentit-il comme un poisson hors de l’eau.
Ses yeux de merlan frits n’étaient pas cadeau !
N’ayant pas la cervelle d’un poisson rouge
Sachant trop bien le coût des coups, notre gouge
L’arrête gentiment : « Mec, descends des rideaux !
Avec vous, petites gloses, grandes querelles :
J’veux pas qu’ça finisse en queue de poisson, Brêle !,
Com’ dit mon pauv’ chien : “Les humains sont méchants,
Parfois malfaisants ; ceux qui n’ont pas ce penchant
Sont aux premiers complaisants." Donc, j’laiss’ la nasse
À celles à qui ne suffirait pas la passe. »
vendredi 20 février 2026
jeudi 19 février 2026
CHEZ VOUS, IL A NEIGÉ…
« La dernière année où Montréal a eu tant de neige c'est il y a 127 ans. »
(Mado Lamothe, commentaire F.B., 19 février 2025)
Oui, la neige est tombée, et sans coup de semonce
Elle aurait tiré, là, sa dernière bordée ;
Vous, vous savez bien que l’hiver mie ne renonce
À ses bourrasques aux cris fort désaccordées.
Oui, les cieux ont sorti la grosse artillerie :
Le pilonnage de flocons girouettes,
Valait tir à boulets blancs et feu nourri ;
Sous cette mitraille, rafales en plus fouettent,…
mercredi 18 février 2026
HAÏKU’R DES CHOSES
Pour nos jeunes têtes approximativement blondes, brunes et rousses, de façon indicative, les sciences physiques sont relatives et les mathématiques à peu près exactes.
mardi 17 février 2026
HAÏKU À LA PAGE
Pourquoi parle-t-on de « rat de bibliothèque » alors qu’en ces lieux on trouve plus sûrement des chats que des rongeurs ?
LES DEUX MOINEAUX
Petite fable affable
Deux moineaux richets, copains comme bonhommes,
Vont par le monde. Or l’un des d’eux se surnomme,
Tant l’accablent mâle chance et noir destin,
Du soir au matin comme en vrai purotin,
« Le pauvret ». Car, hélas, il n’a que la guigne,
La cerise,… Lui qui déteste les fruits,
Plus encore à pépins, il n’avait que pignes.
La vie lui est épines, infortune et suies.
« Je ne vis que d’échecs !… Ouais, j’ai la débine.
Dans mes déveines c’est la fatalité,
Mêlée de mélasse, qui coule. Bibine
De ceux à qui mauvais sort on a jeté !
Même en amour, j’ai la poisse : avec Moumoune,
Pour mon plus grand malheur, j’ai eu la scoumoune
Car elle m’a quitté, quel manque de pot,
Pour un goujat qu’était lui un torchepot !
- Je sais aussi mouscaille et mésaventures.
La vie est rude pour qui vit en nature.
J’ai chance d’avoir de la veine, par cas,
Mais très rarement, crois-moi, la baraka ;
- Disgrâce passagère. Revers bénins
Ou malédiction d’une heure. Ouais, tu parles !
Ça n’a rien à voir avec le vil venin
Qui me ronge, cette adversité si marle.
Comment donc, compagnon, ferais-tu sinon
Pour, comme tu le fais là, toujours sourire ?
- Mon père jadis, que bénit soit son nom,
Que la vie n’épargna guère aimait à dire :
“Avance sans reluquer derrière toi
Et puis vole sans te demander “Pourquoi ?”
Va donc, regarde bien toujours en avant
Et dis-toi “Pourquoi pas !” comme fait le vent.” »
lundi 16 février 2026
dimanche 15 février 2026
L’ÉPHÉMÈRE
Papillon fou valant pas un clou,
Je suis né à la fleur de l’aurore
Et mourrai, flottant filou tout fou,
Au crépuscule qui tout dore.
J’aurai glissé sur le fil du temps,
Au long de ma courte vie d’un jour,
Celui de mon terrestre séjour.
Caressé, par les ailes du vent,
J’aurai frôlé milles et une roses,
Goûté autant de fort belles choses,
À peine posé, jà envolé,
Nageant au ciel à l’eau pure,
Qu’en vos ternes existences affolées,
Vous effleurerez. C’est chose sûre.
Papillon fou au vol qu’on dit flou,
Ivre de parfums et de lumière,
Je mourrai quand hurlera le loup
Sans regretter mes heures en mouillère.
Inscription à :
Commentaires (Atom)

