Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

dimanche 1 janvier 2017

ET L’AMORALE DANS L’HISTOIRE ?

Édito pour RuedesFables, septembre 2016

Vous êtes arrivés « RuedesFables » où ruent des fables. Et de rudes fables !

Ici, autour du ver de l’amitié, on vous propose d’affables fabulateurs, sans ego ni égaux, qui vous narrent des bluettes que peut-être vous raconterez en ces lieux de sociabilité où le commerce des hommes a ceci de lassant que certains ont de l’esprit quand d’autres en font. Ces auteurs, sans hauteur, évoquent sans équivoque celui qui accepte de s’abaisser pour s’élever, celle qui monte sur ses grands chevaux en oubliant qu'elle est parfois obligée d’enjamber un petit bidet voire le quidam qui apprend, à son corps défendant et à coups redoublés, que souffleté n’est pas enjoué,…
Tout concourt dans ces anecdotes à une fin édifiante venant clore à dessein une histoire d’animaux pas si bêtes. Car « lorsqu’on fait une fable, il est avant tout préférable d’avoir quelque chose à y raconter ! » (F. Blanche, Mon oursin et moi, 1972) et ce “quelque chose” est la fameuse “morale”, enseignement pour contemporains comptant pour rien et postérité tout en prospérité. Mais si « j’aime les fables des philosophes, je ris de celles des enfants, et je hais celles des imposteurs. » (Voltaire, L’Ingénu, 1767) et se croire plus vertueux que son prochain est tartuferie qui confond, souvent, fabuliste et moraliste. Le conteur sur ce point ne s’en laisse pas compter…
Fin affinée et coda codée, le précepte final est une vérité née d’une fausseté. Il est tout sauf insipide sagesse de gamin ou morne philosophie de vieillard qui ne sont que repentirs sans lendemain ou résignation d’habitué du lave-mains. Rien qui tienne du bon mot de dévot, du préjugé vermifugé, du dévidoir d’évidences ou de l’éthique étriquée… La meilleure preuve est qu’en 1693, J. de La Fontaine, se croyant perdu - quoiqu’il ne décédât pas de si tôt - renia publiquement son œuvre comme l’en convainquit son confesseur : « Il est de notoriété qui n’est que trop publique que j’ai eu le malheur de composer un livre de contes infâmes. En le composant, je n’ai pas cru que ce fût un ouvrage aussi pernicieux qu’il est. On m’a sur cela ouvert les yeux, et je conviens que c’est un livre abominable. Je suis très fâché de l’avoir écrit et publié. J’en demande pardon à Dieu, à l’Église, (…) à vous Messieurs de l’Académie, et à tous ceux qui sont ici présents. » Ses maximes étaient-elles été moins convenues et conventionnelles qu’on ne le croie ?! Ce facteur de fables que l’on voit en courtisan jamais à court de courbettes, toujours civil et urbain, chargeait-il comme militaire en campagne ?! Son enseignement est moins sermon que plume portée dans la plaie…
Pourtant, je sais de ces gens goûtant ce genre et pensant cela, de ceux qui aiment le café frais parce qu’il est chaud, citant sans excitant des queues d’apologues déconnectées de leurs valeurs humanistes pour illustrer un siècle sans lustre ou rendre l’hommage du vice à la vertu. Ne souffrant guère de ne souffrir personne, ils nous abreuvent sans fin ni soif de ces bons mots devenus proverbiaux à tout propos alors qu’un conteur est un roseau pensant - parfois pesant - qui raisonne quand les autres, tambours creux ou cloches fêlées, résonnent comme nos causeurs de tout bout de champ. Ces raseurs barbants, dont l’entêtement tient lieu d’entendement, préfèrent la volée de marches de l’évidence à l’escalier dérobé de la réflexion. Chez eux, la bêtise est un passe-droit à la parole qu’ils accaparent et un coupe-file à leur intelligence nullipare. Cette sottise d’exégètes revenus de tout sans être allés nulle part qui végètent à rien n’est pas le propre des grands âges qui donnent dans l’axiome à défaut de l’action… à moins qu’elle ne soit cotée en Bourse. Je connais des jeunes gens, envieux alors qu’ils ont vingt ans, qui jouent eux aussi parfois au jeu de ces citations sans origine ni auteur faites aphorismes obsolètes et risée déguisée.
Or, la parabole d’une fable traduit l’âme orale des peuples ou devient cette sagesse populaire décriée à la criée, faite dictons populaires, formules sentencieuses ou adages qui se veulent règles immémoriales autant qu’universelles car rien de plus simple ni de plus vrai que ces quelques mots terminaux ; sous tous les cieux, même ocieux, et sous tous les climats, quel qu’en soit le climax, ait-on oublié le conte et son rédacteur. Florian en est la meilleure preuve, qui écrivit ces fortes paroles que j’ai souvent entendues dans la bouche de petites gens comme au bec de grands esprits sans qu’il fût rendu à ce César les lauriers qui lui appartiennent à bon droit : « Pour vivre heureux, vivons cachés » ; « Nous convenons de nos défauts, mais c’est pour que l’on nous démente » ; « Rira bien qui rira le dernier » ; « Il vaut encore mieux souffrir le mal que de le faire » ; « Chacun son métier, les vaches seront bien gardées » ; « La vanité nous rend aussi dupes que sots » ; etc.
Toujours d’actualité, jamais réactionnaire ni gnan-gnan, une “morale” n’est pas mort alité - il est vrai que plus d’un mort râle ! - ni mors à liter sous la poussière de notre condescendante indifférence, mais vers à savourer entre amis de l’Humain et amants de l’humour. Vous en prendrez bien une petite dernière pour la route qui fait votre chemin en sentiers comme en allées ?!
Fabuleusement & amicalement vôtre !

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