Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

vendredi 11 avril 2014

HAÏKU QUILLE

Rome n’est plus… Tu m'étonnes.
Depuis le temps que sa langue déclinait,
sa chute était inévitable.

EN ROUTE POUR… UNE CHANSON D'HIER


À vous savoir mon cœur bat tant…
Amie, il vous chante en tes grâces
Se dilatant ou éclatant
De cet amour que rien ne lasse,
Ne casse, n'encrasse, n'efface,…
Mon cœur battant,
Est prêt à toutes les audaces,
Oserait tant…

Et à vous voir mon cœur bat tant…
Ma mie, il s'enchante avec grâce,
Éclatant ou se dilatant
De cet amour qui tant embrasse,
Vorace, vous veut, coriace,…
Mon cœur battant
Attend nos tendres face-à-face,
Espère tant.

À vous savoir mon cœur bat tant
Et ne s'harasse
Mais vous, ce cœur qui va battant…
Vous embarrasse.

L'ORANG DÉGOÛTÉ

Petite fable affable

Frasques et farces, continûment,
Un jeune orang, de ceux que l’on tance,
Vivait tout seul dans le dénuement.
Du dépit en toute circonstance,
Du déplaisir le reste du temps,
Voilà, de ces jours, tout le constant.

Car, quoi que n’ayant rien pour cagnotte,
Notre singe aimait une mignotte,
Garcelette vivant par ses bois,
Qui, elle, ma foi, n’adorait plaire
Qu’à son miroir toujours aux abois
Et toujours s’en rinçait les molaires.

Elle fuyait les fiers muscadins
Qui, en flatteries, étaient radins,
Mais pas les coquardeaux si loquaces,
Bien que n’étant que coquecigrues,
Fureurs et folies pour les bécasses
Goûtant aux jeux et joies incongrus.
Il voulait lui avouer sa flamme,
Lui dire qu’il la voulait pour femme.
L’insensible courait le goujat
Comme ribaude moquant ce singe
Qui dépérissait par elle, jà
Pour elle torturant ses méninges.

Il devint risée de la tribu,
Qui, sous les quolibets de l’imbue,
Le moquait et lui faisait sévices :
Ces gens sont, pour se faire valoir,
Sans indulgence pour tous les vices
Qu’ils n’ont pas… ou croient ne pas avoir !

Pourtant la jeune sœur de la Belle,
Plus douce et pure que colombelle,
En pinçait pour le pauvre éconduit.
Elle dont le reflet dans la glace
N’égalera l’éclat que produit
Son aînée, lui dit avec des grâces :

« Qui n’aime pas qui l’adore, ami,
Et se voue jusqu’à l’idolâtrie
À qui ne l’aime, est deux fois meurtri ! »

jeudi 10 avril 2014

mercredi 9 avril 2014

HAÏKU PINAGE

Le froc faisait le moine, le frac les douanes et le fric la couenne.

LE CREDO DE L’INCRÉDULE

Petite fable affable

« C’était un temps à plein déconnu de nous,
Un de ceux pour qui nul n’a de nostalgie,
Où l’amour vous faisait tomber à genoux,
Où tout gaillard était paillard assagi,
À moins d’être un peu marmot à la mamelle
Ou un goujat à la balourde bêtise.
Bref, ce n’était pas comme ogre à gamelle
Qu’on coqueliquait mais… avec friandise ! »

Ainsi causait un bouc un peu renardier

À un beau parti qu’il avait entrepris,
Fleur qui ne se voulait pas cueillir, pardié,
Ni butiner, sans qu’on y mit un bon prix.
Il y allait à la franche marguerite,
Et contait fleurette jouant l’être épris
Avec la belle se disant plus ou moins vierge,
Lui faisant la cour comme un prince émérite
La fait quand il veut qu’à la sienne on s’héberge !

Elle n’était que fourrure et frous-frous, 

Fou-rires, foutaises, mais côté amour
Restait, las, sur ses positions,… peu ou prou
Trois-cent soixante cinq. Soit une par jour !
Or cette petite souillon de souillarde,
Plus propre à défaire les lits qu’à les faire,
Jouait la chaste et la prude, babillarde
Pourtant, comme si elle était une affaire.

Le jeune barbichu se disait niais.

Elle le crut et s’offrit à l’éduquer.
Tant promis, tant tenu. Dans les blancs gaillets
Et les bleuets, les voilà à s’énuquer.
« Je vous croyais pure ! dit-il hors de souffle
Fleureter ne semble pas vous ensuquer !
- Vous vous disiez puceau, Don Pourceau ! fit-elle
- Eh, c’est que, ma chère, ajouta le maroufle,
À un mot de mon père je suis fidèle :

“Puisque vérité est nue, et savoir gai,

Mon fils, prêche le faux pour avoir le vrai !” »

EN ROUTE POUR… NOUAKCHOTT

Cela tient vraiment du prodige.
Le muezzin lance sa voix :
Tout s'arrête et tout se fige.
Finis tous les propos grivois,
L'agitation des rues et voies,
Les marchandages,…
Suspendu le pas des convois,
Le chapardage,…

La rumeur donne le vertige.
À l'unisson du porte-voix
Les voilà tous, des hommes liges,
La ferveur, envol et envoi,
Résonne au ciel et nous renvoie
À un autre âge,
Quand la foi était, sans pavois,
Plus que bridages.

Sous des cieux bleus à claire voie,
Sans bavardage,
On prie ici, chacun le voit,
Sans nul fardage…

lundi 7 avril 2014

HAÏKU : PEUR ?

La frivolité n’est pas mon genre.
Par contre, la frivole…

LES GRENOUILLES VOULANT SE FAIRE UNE RELIGION

Petite fable affable

Ayant l’esprit carré, un vieil héron
Boudait sans honte la marche du monde,
Qui, las, ne tournait plus vraiment très rond.
De pieuses grenouilles, à la ronde,
Voulurent traquer l’hérésie, bouter
L’impie, le païen, le frileux du zèle
Religieux et… la bête qui doutait,
Même celle ayant nageoires ou ailes.

Le Héron, tout occupé à ses joies

Et à ses quelques chagrins domestiques,
Ignorait les abus des rabat-joie
Qui inquisitaient, ma foi, jusqu’aux tiques.
Civil, toujours plus prompt à voussoyer
Qu’à rudoyer ses voisins et voisines,
Il allait son train-train que fossoyaient
Ces batraciens collants comme résine.

Or donc, des rainettes qu’il connaissait

Peu ou pas, un beau matin l’accusèrent
Du péché de paillardise, lassées
De sa vertu d’être fécond. Austère,
Choyant bien moins les vivants que les morts,
Prônant haut l’ignorance crasse et noire,
Le culte inculte de ces croque-morts
Disait qu’il fallait plus craindre que croire !

La justice de celles qui croyaient

Croire et, las, pour en apporter la preuve
Tuaient qui, à leurs yeux, trop y faillait,
Convoqua l’oiseau, le mit à l’épreuve.
« Lis-tu le Livre saint, vieux rassoté ?
- Ayant dans vos actes et sur vos faces,
Vu sa préface, juges frisottés,
J’augure mal de lui ! » fit le sagace.

Force faisait droit pour le tribunal.

Pour le héron, religion était une
Langue à baragouiner mieux que mal.
Les autres faisaient fond des vieilles lunes,
Moins dévots aux textes qu’à leurs pulsions :
Leur foi n’était que folies et fallace  ;
Pardon et tolérance étaient notions
 Bien trop hautes pour des âmes si basses !

Dans un débat, l’oiseau aurait vaincu.

Aussi les nobles juges, vains brailleurs
Qui au bal des faux-culs, menaient la danse,
Alors que la mort faisait ripaille ailleurs,
Finirent de cuisiner l’intrépide
Pour qu'il passe à table… et à la leur.
Plus un être, ici bas, est stupide
Plus il est insolent… et querelleur !

TU VEUX MA PHOTO ?

          Je sais que tu ne peux pas me voir en peinture ni m'encadrer, mais regarde un peu le tableau !
     Tu ne peux pas dire que je fasse cliché avec mes couleurs, pour le moins pas académiques, qui flashent. J'ai du style, quoi !… Dans une vie toute en instantané et dégradés, quoi qu'en pensent et disent les huiles qui amusent la galerie, je ne suis que poses et pauses même quand j'esquisse un de mes fameux sourires à faire peur. N'y a t-il plus bel objectif quand tant d'autres s'exposent, ou se surexposent ? Ah oui, c'est dur lavis quand personne, même dans l'ombre (manque d'écran, sans doute !), ne vous ébauche à la fin de votre étude ! Et pourtant j'ai une sacrée touche ainsi tiré, non ?!… Une « sacrée bobine » !… Je suis un peu flou sur film - il paraît que j'ai un grain - je l'avoue, mais pas besoin de retouche : un gars comme moi, sage comme une image ça sait pimenter sa grisaille de pigments comme d'autres de leur simple appareil !
     Je n'ai rien d'un petit saint de vitrail avec des cheveux pleins de pellicules ni d'une sage gravure avec ma bobine de comics troupier, je fais même un peu pompier avec ma silhouette des moins conformes à la mode. Je ne crains pas qu'on me plaque ni les coups de projecteurs. Allez-y : armez…  Tirez !
     C'est un reflex chez moi, si sensible, que l'on paparrazite comme l'album, la brute et le truand, alors que mes shoots à moi ne sont que photographiques : ce n'est pas une épreuve d'aller au contact pour exploser les poncifs de ceux qui avants-gardistes d'hier ne sont plus que croûtes !
     T'as compris ma mise au point… ou tu veux que je te fasse un croquis, Gribouille ?

samedi 5 avril 2014

HAÏKU DE FORCE

Ils avaient des bricks, les Goths ?

ÉPITAPHE DE LA PROF’ DE FRANÇAIS

Tu n’étais qu’une chiffe et des lettres.
Si ta décomplexée complexion
Nous offrait compassée compassion,
Tu n'étais que mensonge et paraître :
L’ingratitude était ton seul monde
Tes amitiés utiles réseaux
Et tes idées futiles oiseaux…
Te voilà, amie, enfin profonde.

LE SALE PLEUREUR

Petite fable affable

Ce loup-là, Messieurs, impudent, imprudent,
Vivait dans l’antre où il avait mis les dents,
Tranquille, saignant la bourse de son père,
Éviscérant l’aumônière de sa mère.
Si la Vie, jusqu’ici, l’avait graffigné,
Il se disait écorché vif, résigné
À la vindicte de la malchance
Et au courroux de la Mort qui vite avance,
Comme ces gens qui, à l’arbre de leurs jours,
Ont effeuillé plus de malheurs qu’à leur tour.
Il courait par son val, fort de sa jeunesse,
Pour affronter maints dangers, avec simplesse,
Puis, en tristes pensées, dépensait ses nuits,
Et, en mots creux et vers, chantait son ennui :
Qui a tout, las, se plaint du peu qui lui nuit
Ou, pire, lui fault… et souvent à grand bruit !

Il n’était qu’insouciance et parlait souffrance ;
Il n’avait qu’aisance et vous peignait, fat, les transes
Nées de la misère et filles de la faim.
Lui qui rentrait au logis pour gloutir, sans fin,
Les fruits juteux de la chasse parentale !
Jour après jour, il voguait sur mer étale.
Mais l’hiver arriva, avec un gel fort
Propre à pierre fendre et donner malemort.
Le vent glacial vous pelait la couenne.
Le gibier s’encachotta comme un moine.
Il neigea tant et tant qu’on ne distinguait
Plus le chemin des labours, alors que gués
Et passes furent prisonniers de la glace.
Le deuil et le silence avaient toute place
Par les bois qui n’étaient qu’une blanche masse.
Oui, il faisait vraiment un temps dégueulasse !

Lors de cette saison, on dit qu’au saloir
On mit des enfants chez ceux qui font valoir
Qu’étant des Hommes, ils sont meilleurs que les bêtes.
Notre loup quitta, la queue comme la crête
Fort basse, le douillet terrier familial
Ayant jà abrégé, par amour filial,
La douleur de vivre de ses père et mère.
Il allait donc, ventre creux et lippe amère,
Par les monts et les vaux blancs sous leur manteau.
Il rencontra, matin, un ours peu pataud
« Ah fi ! dit le loup, la vie est une ordure !
- Elle vaut, fit l’autre, par ce qu’elle dure.
Ton expérience fait un tout, mais pour toi
Qui es plus lourd que moi qui suis gros, crois-moi !
Ton sort n’est point généralité, ma foi. »
Puis il le goba sans guère plus d’émoi.

jeudi 3 avril 2014

HAÏKU FOIREUX

L’homme qui vit avec son temps goûte,
serein, en sa jeunesse, au jeûne
et, dans sa vieillesse, serin, n’est plus qu’envieux.

EN ROUTE POUR… LE MONDE DU TRAVAIL

Encor' courir. Toujours courir.
Pour prendre la place du vieux,
Courir et jusqu'à en mourir,
Pour avoir plus, pour faire mieux.
Courir en ayant l'air radieux,
Pour faire croire
Que bosser comme, et mieux, qu'un dieu,
C'est ça ma gloire !

Toujours courir. Encor' courir.
Pour garder son boulot, pardieu,
Car les jeunes, sans coup férir,
Tous des feignants, tous des envieux,
Veulent ta place à toi, studieux
Vieil accessoire,
Qu'ils voudraient bien à mille lieues,
Au purgatoire,…

Le bureau est, triste milieu,
Crocs ou mâchoires
Et nous met, combat insidieux,
Nerfs en bouilloire…

LE TOUTOU DÉLAISSÉ

Petite fable affable

Médor était corniaud. “Un chien deux races”,
Un bon corniaud, sans allure et sans grâce,
Souvent mal’engroin, parfois mal content
Du mauvais sort que font l’Homme et le temps
À sa fidélité et sa tendresse,
À coups de bâtons, au bout de la laisse.

Mais il ne pouvait rugir sans rougir,
Ni gronder sans s’excuser de mal agir
Tant il était doux avec son bon maître.
Quiet et coi, sachant toujours où se mettre
Pour être discret et prompt à servir
Ses desseins ou ses désirs assouvir.

Mais hélas le temps passe, casse et lasse :
Les meilleurs sentiments se font de glace.
On vendit pour moins de trente deniers
Ce croisé-bâtard aux crocs rognés
Par l’âge et au cul devenu trop large.
Il quitta l’antre dont il avait la charge,
- Peu heureux dedans… mais malheureux dehors -
Et, loin du maître ingrat, erra dès lors.

Il vécut de hasard et de rapine,
Jamais repu, toujours recru. « Câline
N’est pas la vie à l’ombre des cyprès !
Depuis que je prends du champ dans les prés,
Elle m’est rude et roide, sans vergogne,
Me traitant comme rebut ou charogne !

- Se peut ! dit une corneille perchée.
- Mais c’est ! fit le clebs, la tête penchée.
M’usant, jamais musant, j’étais docile
Compagnon, serviteur au domicile ! »
Et il raconta sa vie à l’oiseau
Qui l’écouta sous les branches en réseau.

Puis le chien se tut car tout était dit.
La corneille aussi mais elle, pardi, 
Parce qu’il y aurait beaucoup à dire
À qui croit, aujourd’hui, vivre le pire
De sa si pauvre vie, la larme à l’œil,
Et n’est, pas lent et las, que dol et deuil.
« Pardonne-moi de faire ma pédante,
Dit-elle, mais “il n’est pire douleur
Que de se rappeler, dans le malheur,
Les temps heureux” comme l’écrivait Dante ! »

mardi 1 avril 2014

HAÏ(ke)KU KU

Trouver un responsable puis en faire un coupable
dispense l’incapable de remédier au problème posé.

LA RECETTE POUR FAIRE BATTRE LE PAVÉ DÈS MATINES

Cycle historique
D'après la recette des tartelettes amandines,
Cyrano de Bergerac, Acte II

Février trent’ quatre a vu amants des reliques
Et factieux tenter un putsch avec leurs appuis ;
Ils voulaient renverser, non moins, la République. 
Paris résonna donc, ce matin-là, du bruit
Des souliers vernis, des escarpins, des bottines.

« Comment fait-on battre le pavé dès matines ? 
Prenez, pour faire, un fâcheux, 
Bourgeois, vieux,… 
Instillez-lui une frousse 
- Tiens, le Rouge qui rugit - 
Mettez-y 
La haine du juif en douce ; 
Ajoutez rumeurs et flans 
- Complots, Plan 
Ou histoires de mallettes - 
D'un mot leste, asticotez 
Députés, 
Gouvernants sur la sellette 
Et l’étranger qui meurtrit 
La patrie. 
Mettez-le en foul’ crétine ; 
Agitez - hourras, fouchtras,… - 
Il ira 
Battr’ le pavé dès matines ! »

L’Assemblée plus que le pays fut en danger.
Pour ramener la paix, on allait s’arranger
Avec ces dérangés plutôt que de circonscrire
Un péril qui pourrait, demain, faire moins rire.

LE MARAUD MARRON

Petite fable affable


Cet honnête coquin,
Qui tenait du faquin,
Avait fort mal acquis,
Non sans mal, ce maki,
Tout ce qu’il possédait.
Mais ce vil farfadet
Jouait au bonneteau
Avec un vieux larron
De foire et de tréteaux
Qui lui prenait ses ronds.

Tous ses gains faits enjeux
Fondaient toujours au jeu.
En effet, ce vaurien,
Ne sachant rien sur rien
 Croyait tout et chacun,
Sans, Dieu, tirer aucun
Profit de ses tracas,
Ses échecs, ses revers,…
C’était sans doute un cas
Aux yeux de plus pervers.

Ils espérait pourtant
Ainsi, gagner un tant
Qui permettrait,
Jà, de se retirer
Et rester quoi et quiet,
Riche de gros billets,
Sans plus larronner ci
Ni escamoter çà
C’était rêve ranci 
Pour ce futur forçat.

Tire-laine, il perdit
La tête, à ce qu’on dit
Légère, en picorant,
Des dames de haut rang.
Le filou carotté
Termina garrotté !
Il comprit, à cette heur,
Que, toujours, le désir,
Qui nourrit le plaisir,
Éloigne du bonheur…