Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

lundi 17 mars 2025

HAÏKU D’AILES

C’est fou comme ceux qui nous pompent l’air ont tendance à nous vendre du vent !

DEUIL POUR DEUIL…

Petite fable affable d’après L’aigle & le Renard de Ch. Perrault (1628-1703)

Voici un conte gravé, jadis, dans le marbre :

Une pie fraternisa avec un blaireau
Qui avait fait son trou au pied du vieil arbre
 Où était son nid, au faîte le plus haut.
La pie eut faim, une année de canicule.
Elle se régala des petits du voisin.

 Lui, volant le feu aux mangeurs de fécule,
Brûla l'arbre, à la fois juge et argousin.
Alors les oisillons, tout rôtis, churent
Dans sa gueule. Il en creva d’indigestion
Tandis que la pie, bien qu’elle eût la dents dure
Comme un roc, de chagrin périt à la Saint Yon.

À prôner le Tallion, on ne gagne guère
Que peines redoublées, éternelles guerres.

samedi 15 mars 2025

HAÏKU BIEN PENDU

Certains, vaincus, se retrouvent, dit-on, « la queue entre les jambes ».
Mais où pourraient-ils se la mettre ?!

À LA SAINT-MARTIN

L’été indien a pris un coup de froid.
Pas de crainte et encore moins d’effroi,
Sur la plaine, avant qu’il ne soit lurette
Dans leur robe que le soleil apprête
Les beaux jours nous reviendront
Bien que soit venu le temps de marrons,
Des noix, des potimarons et des pommes,
Prémices aux frissons des frimas en somme.

Oui, l’automne a gardé quelques chaleurs
Donnant, aux feuillées roussies, des couleurs.
Une lumière ambrée qui papillonne
Des parfums de sous-bois qui champignonnent
Nous disent qu’arrive le temps indolent
Où les heures, alenties, seront sans allant,
Que dans un dernier tournis d’hirondelles
Il faudra rallumer cheminée, chandelles,…

Puis les vents froidis déshabilleront,
Dans l’air fraîchi aux piques d’éperon,
Des feuillus s’effeuillant dessus des treilles
De lierre au vert insolent. Sans pareille,
À la croisée d’une trouée ocrée,
Sous l’arceau de la ramée mordorée,
Une biche fait chuchoter les feuilles mortes
Que nos pas font murmurer en escorte.

Les taillis débuissonnés, éclairés,
Ne gardent plus ce chemin égaré
Que je prends, aux heures encore sombres,
Mariant ombres nées et feue la pénombre,
Pour voir éclore encor’ la fleur rosie 
De l’aube sur vos sommeils d’ambroisie,
Juste quand elle offre, aux nues qui s’éveillent,
Un jour qui fait s’envoler les corneilles.













Illustration : Elisa Satgé (novembre 2023)

vendredi 14 mars 2025

jeudi 13 mars 2025

HAÏKU D’ÉCRITS

Il avait une écriture bien soignée malgré une grammaire souffrante et une orthographe malade !

À CAUSE D’UNE CAUSETTE

Petite fable affable

Un bourdon que rien, en ce monde, n’apoltronne,
Offrait lors son bombillement aux ipomées.
Sans vraie faim, ces fleurs nivéennes il biberonne,
Affectant contemption aux bêtes désarmées
Qui l’avoisinent, à ses yeux, coquefredouilles
Et dignes de rester, dans leur quête, bredouilles.

Un pinson qui aime autant triller qu’étriller,
Gobeur l’interpelle : « Te faut-il grenouiller
En lac de suffisance pour croire briller
En morguant ainsi ton monde, ocieux gibier ? »

Le marmiteux l’oit : « Eh, c’est à moi que tu jases ?
Vrombit l’insecte. Voudrais-tu donc me causer
Quelque avanie ou, pire, hourvari par tes phrases ?
Que les cieux te patafiolent, couperosé
Laisse-moi labourer tout mon saoul et dégoise
Sardanapale de ton espèce, emprosé !

- Ça, pour saouler avec tes bruits tu nous soules !
Ne pourrais-tu pas tintinnabuler, bouboule,
Ou voleter en silence au lieu de faire houle,
Vil être chétif, comme la pire des foules ?

- Veux-tu que je te pique pour mieux ravaler
Ta langue et tes persiflages… Gare à ma rage !

- Va zinzinuler plus loin ! Ouste, du balai !
Toi si petit et moi si grand, quel vain courage
Faudrait-il pour faire combat ? Mais c’est fort laid,
Je te le cède, voire impardonnable outrage,
Que bouder ce que Nature va nous offrant,
Et ce matin où le soleil, las, n’est point franc
Elle me fait présent de toi, bruyant safran ! »
L’oiseau le goba sans trop de honte souffrant…

Ne discutons pas avec les puissants, ma mère
Car quels que soient nos atouts et nos arguments
Ils nous rendront raison, par une mort amère,
Et que nous ayons tort ou raison. Mêmement.

mardi 11 mars 2025

HAÏKU À VUE

Voir loin n’est pas difficile à qui sait regarder vers le bas.

PREMIÈRE SAISON

Le printemps ravive, ce matin, ses couleurs,
Nos rêves et nos espoirs d’une douceur nouvelle,
De jours enfin plus beaux, de civets, de civelles,…

Fraîche à peine partie, remisées les douleurs
Dans le vol d’un bourdon ou le nez d’un bourgeon.
Le ciel fait refleurir un azur sans pâleur
Aux vrilles revenues pour verdir les donjons,…

Et ça bruisse de vie sous les souffles frôleurs
Des rus crus aux champs nus, sans veau ni velle,
En passant par les bois qui de vert se tavellent.

Partout l’air s’agite d'insectes persiffleurs,
De trilles de siffleurs vaquant en sauvageons
Goûtant à la tiédeur comme aux tendres surgeons,
Au vert couvert de joncs, au soleil des ajoncs,…

dimanche 9 mars 2025

HAÏKU DE LA VIE

Vive la montre qui, au lieu de vous donner l’heure, vous donnera  du temps !

VAUT-IL MIEUX ÊTRE SEUL QUE MAL ACCOMPAGNÉ ?

Petite fable affable
 
Tout va toujours mieux lorsque l’on s’accorde :
Dans un même vert pâtis,
Placés sous le sceau de la concorde,
Un âne et un bœuf, à moitié parti,
Ne craignaient le loup. Ni seul ni en horde.

Pour des chardons, cette entente pâtit 
Peu à peu et finit, donc, en discorde :
D’embrouilles en brouille, notre décati

Tout esseulé, vit, sur ses abattis
Fondre Lupin… Et sans miséricorde !

vendredi 7 mars 2025

HAÏKU DE RÉVEIL

Ce n’est pas parce que le jour se lève qu’il faut se coucher devant lui !

ELLE AVAIT…

Elle avait ses voiles au vent
Et, vrai, ce qu’on vit…
Valait d’ère vu ;
Or, c était lors, pas souvent.

Nos fervents moulins à vent
Ont été servis :
À perdre la vue !
Vieux vantards qui vont crevant,
Veufs redevenus vivants,
Les voilà d’avis,
Comme m’as-tu-vu
Rêveurs, qu’i’faut, qu’avant l’avent,
Qu'l’entrevu soit à l’évent !

Elle avait ses voiles au vent
Volant à l’envi.
Vive l’imprévu,
Fût-on devant ou suivant…

Elle avait ses voiles au vent
Et ceux qui ont vu
N’avaient qu’une envie,
Les vents ravis les servant :
C’est qu’on revit
Ce qu’ils avaient vu
Eux, un peu auparavant,
Sous les volants de l’auvent.

Elle avait ses voiles au vent…
Préférant mauvis,
Je fus d’la revue,
C’mouvant valant cent divans !

mercredi 5 mars 2025

HAÏKU'ILLES

Contrairement à ce d’aucuns croient, pour regarder les choses en face, il ne faut pas nécessairement être à genoux !

LE LIMAÇON & LES ABEILLES

Petite fable affable d’après Nicolas Grozelier (1692-1778)

Compère escargot, ce chaland si débonnaire,
Trouvait sa chère bien maigre et bien ordinaire.

Il veut dans une ruche se sucrer le bec
Et y ripailler comme on le fait à Balbeck.


Il s’y glisse, comptant bien que sa maison, close,
Le mettrait bien à couvert des traits de ces choses
Qu’on nomme abeilles et dont il ne savait ni l’art
Ni l’adresse quand il s’agit d’user du dard,
Surtout quand on force et envahit leur asile
Qu’elles défendent alors comme des crocodiles.

Dès le larron dans la place, on le pique et le bat,
En vain ; On le tire ou le pousse mais ce bât
Lourd, pour s'en défaire, on ne semble pas de force…
C’est là que l’esprit, enfin, du muscle divorce :

Les avettes ceignent ce triste sire, et puis
L’enduisent de bonne cire ; lors son appui
Colle au plancher dont mie il ne peut, catastrophe,
Se détacher. Et, le temps de faire une strophe,
Mourut de faim celui qui, la mine rieuse,
Voulait réduire à rien ces humbles travailleuses.

L’autre n’est pas toujours, quoi qu’on en croie, un veau :
Car qui joue des biceps a aussi un cerveau !

lundi 3 mars 2025

HAÏKU PERSO'

Quand on est entier on ne fait pas les choses à moitié.

APERÇUES

D’après une photo de  Marc-Yvan Custeau, 23 janvier 2025

L’âge apaise-t-il l’âme
Des nobles et vieilles dames
Qui sur nos tumultes jettent un regard ?
Leurs rideaux veillent-ils, par quelque hasard,
Sur nos troubles et nos trames ?

Depuis leurs croisées, dame !,
Et non sans vague-à-l’âme,
Elles voient le cours d’un temps, sans égard,
Filer vite, à laisser tout être hagard,
Sans que nul ne le blâme.

Par ces carreaux, Madame,
Elles qui furent femmes,
Ont vue sur une vie qui, las, sans fard,
Les oublie, mises à l’écart, au placard,
Comme l’est quelque infâme.

Leur fenêtre, à l’entame
Du jour, déjà, réclame
À contempler ce monde de cauchemar
Qui se fait sans elles et, d’où leur cafard,
Sans que ça fasse un drame.



samedi 1 mars 2025

HAÏKU’PE AU BOL

Les vacances sont les permissions du salarié ; la retraite sa libération.

FAISONS DES ÉCONOMIES

Petite fable affable

Au pays des rats, un rongeur avait bonne presse
Tant la réussite financière l’intéresse.
Lui, il la devait la sienne à son habileté
À tromper le fisc pourquoi donc vous l’occulter.
Le gouvernement ratier plus prompt, et ce sans vergogne,
À se servir de l’État qu’à bien le servir,
Le promut Grand Ministre, malgré quelque grogne ;
Ce qui obligea donc sa police à sévir.

Pour faire des deniers publics un bon usage,
Notre officier légiféra donc, au passage,
Contre tous les vils gueux qui osaient profiter
D’un trône fort fécond en libéralités,
Oubliant tous ses pairs qui, dans ces mêmes caisses,
Font, hélas, d’amples moissons que l’on amnistie.
Pour le bien de tous? Ainsi, et avec rudesse
Fit-il, usant de la justice comme outil.

Ceci prouve qu’en tout temps, en toute espèce,

Ce sont grands voleurs qui pendent les petits.