Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

dimanche 11 septembre 2011

PROVERBES IRRÉGULIERS

Rien ne sert de mourir, il faut partir à point.

*

Qui vivra mourra !

**

Béni soit qui Mali panse.

***

Loin des Dieux, loin du leurre.

LA LOI DE LA MEUTE

Petite fable affable

À l’heure où l’herbe se mouille, au matin,
Où la sève monte dans la branche,
Un jeune curé, sachant latin
Et tout son missel doré sur tranche,
Se baguenaudait dans la forêt.
Marchant bon train depuis son orée,
Le vent léger gonflant sa soutane,
En attendant d’aller fleureter
Avec sa mie, pour l’heur apprêtée,
Il herborisait, boue aux tatanes.

Au détour du sentier, il se fige.
Là, face à lui, tous crocs et tous crins,
Un loup le fixe et, cruel vertige,
Sa meute, à l’entour, lui fait écrin.
Le tartuffe se sait pris au piège :
Les males bêtes, partout, l’assiègent.
Il se jette à genoux, prie son Dieu,
Quand le Sire Loup prend la parole :
« Tu vas passer à la casserole ;
Tu as raison de faire tes adieux. »

Le prêtre demande qu’on l’épargne,
Leur dit que va venir son amie,
Gironde, que lui n’a pas de hargne
Envers les loups, offre salami,
Pain et provisions de sa besace,
Promet prière et action de grâce,…
Il parle tant que le loup s’assoit.
Notre pleutre croit que le vent tourne,
Qu’au Ciel, le Grand Barbu ajourne
Son divin décret, qu’Il y sursoit.

« Tu me rappelles un séminariste
Qui prit, jadis, un grand soin de moi
Un piège m’ayant, la chose est triste,
Grippé la patte. Durant des mois,
Il m’a veillé. Je lui dois vie sauve
À lui l’Homme, moi la bête fauve :
Il m’a nourri, aimé et pansé.
C’était en Avignon, il faut dire…
Mieux, et cela peut prêter à rire,
Il m’instruisit dans sa foi. Pensez !

- C’était moi, j’en ai bonne souvenance ! »
Mais ce loup-là savait son métier :
« Je n’agis pas à ma convenance.
Seul, sûr, je ne t’aurais pas châtié
Car, comme toi, j’ai bonne mémoire.
Et aime à contrarier les Moires.
Mais ma meute n’a pas pu curer
D’os depuis longtemps, mon cher apôtre.
 Ta chair sans doute en vaut bien une autre.
Ils iront, curé, à la curée…

Je dois, il faut que tu le comprennes,
Aux miens gîte et couvert, chaque jour,
Sous peine, qu’ensemble, ils me reprennent
Mon autorité et pour toujours.
Sur mes vues, ma vie, prime ma troupe :
Mon intérêt est celui du groupe !
Mais j’ai bien retenu tes leçons »
Il se signe puis, d’un coup, l’éventre,
Et dit aux restes sanglants du chantre :
« Je n’ai jamais mis patte en Avignon ! »

Comme l’habit ne fait pas le moine,
Ne jugeons pas l’acte mais sa fin ;
Et quoiqu’en disent les aigrefins,
Pour le bien commun tout est idoine.

C'EST L'HAÏKU TUE MEUH

Certains ont du talent. Les autres en parlent…

UN COURANT D'HAIR

Crois-moi,
’Faut pas que tu t’attaches :
Je ne peux être tien…
Crois-moi,
De tout je me détache
Et rien ne me retient

Car un horizon toujours m’appelle,
Un espoir ou un rêve me hèle,…
C’est pourquoi tant que je suis vivant
Je suis comme le vent,
Je change souvent…
Aussi,
Partout où je me porte,
Je ne fais que passer ;
Aussi,
Ce qui parfois transporte
Ne sait que me lasser…
Moi, je n’ai pas de toit ni chapelle,
Et aucun regret ne me scalpelle
D’être le précédent, le suivant : 
Je suis comme le vent,
Je change souvent…
Pardon
Si, un matin, ta route
A croisé mon chemin.
Pardon
’Faut pas que je m’encroûte,
Je m’en irai demain

Car, sans cesse, un souffle me rappelle
Des bises et des brises à la pelle
Qui ne font de moi qu’un survivant
Me poussent toujours plus loin devant ;
Je suis comme ces vents,
Se levant et crevant,
Qui changent souvent…

AU HASARD DES SAISONS

S’il se trouvait pécor’ pour parer mon décor
Qui put constituer un sevrage de toi
Quelque fruit de saison, hasard de venaison,…
S’il se pouvait encor’ qu’il se trouva un corps
Qui sut faire oublier ce servage de toi
Plus beau que de raison, plus grand que déraison,…
- Puisqu’est jeté le dé des idées rejetées ! -
La triste défection, la pendable abjection
Ne serait pas passion, tout juste une pulsion
Du plaisir acheté, immonde lâcheté,
Du cœur l’abdication, éternelle affliction…

vendredi 9 septembre 2011

LES VIEUX AMANTS

Que sont, pour les nues,
Nos amours
Devenues ?
Quand s’éteint le jour,
Baiser fugace
Qu’on se doit,
Quelque agace
De mes doigts.
Mon cœur au redoux.
Que peut-il t’offrir ?
Que veux-tu souffrir ?
Des mots doux ?
Un sourire à ton adresse ?
Ma tendresse ?

Au fil d’ans brodant
Notre amour,
Érodant
Glamour et humour,
J’accompagne
Tes années :
Pleurs, champagne,
Joies fanées,…
Tes heures, tes jours,
M’ont souvent offert
Du velours, du fer,…
Et, toujours,
Un sourire à mon adresse ;
Ta tendresse !

Parfois cafardeux,
Mais encore à deux,
Ta main menue dans ma main,
Pour affronter des demains
Sans incertitudes,
Mais pleins d’habitudes
Et de souvenirs,
Pour nous soutenir,
Jusqu’à l’heure
Où l’un pleure.
En attendant, viens
Ma tendresse,
Unir ô combien,
Nos tendresses.

ÉTRANGE HAÏKU TUME

Les gens n’ont aucun respect pour leur cul
La preuve ? Sans cesse, ils s’assoient dessus !

PROVERBES IRRÉGULIERS

Caleçon qui gratte, morpions qui squattent.

*

Bière qui soûle ne laisse pas de mousse.

**

Qui pisse loin ménage ses chaussures.

***

Il vaut mieux un vice qui aide à vivre qu’une vertu qui tue !

L'ÂNE DU FERMIER

Petite fable affable

Un âne, en son pré, gambadait
Mufle au vent et yeux aux nuages.
Le Malheur veut que ce dadais
Tombe en un puits profond, sans âge,
Devenu sec depuis longtemps
Et donc oublié tout autant,
Même par les vieux du village.
Blessé, il brait au secours
Si fort qu’on l’entend à la ferme.
À ces cris, son bon maître accourt,
Sentant bien qu’un drame est en germe.
Conscient de la situation,
Il décide, sans compassion,
Que l’histoire doit avoir un terme.

Pour ce vieux trou abandonné,
Il faut le reboucher sur l’heure.
L’âne blessé est condamné,
Sûr, tant il geint, tant il pleure.
En plus, il est vieux et mal allant,
Et le sortir, bon an mal an,
Sera exploit plus que gageure.
Le fermier hèle ses enfants
« Comblons ce puits, enterrons l’âne ! »
Et tous de pelleter, triomphants,
Quels que soient les sons qui émanent
Du trou : l’animal a compris,
Il braille, entre rage et mépris,
Quand la glèbe son poil profane.

Et tous croient en avoir fini
Quand la bête cesse de geindre.
Le puits se bouche et se garnit.
Or quand je jour allait s’éteindre,
On vit deux oreilles pointer.
Le fermier, tout désappointé,
Vit l’âne sortir sans se plaindre.
Vite, la bête s’est aperçue
Qu’en s’ébrouant, avec colère ,
Pour ôter la terre reçue
Puis en montant le tas… La lère !
La vie nous est souvent un puits
Dans lequel pleuvent les ennuis,
Soyons des ânes exemplaires !

Illustration : Camille Lesterle, 19 février 2015

RIEN N'A CHANGÉ…

En écho au rondeau LXVI de Roger Collerye

Je perds mon temps : Dame Calliope est chiche ;
Je rime au vent et n’en suis pas plus riche !
D’autres l’aguichent, de moins méritants
À longues ratiches, quand moi, luttant,
J’y gagne niches et nèfles. Godiche.

Le succès plus me bêche que me biche
Alors que je m’évertue et défriche
Plus que ces potiches qui trichent tant.
Je perds mon temps.

La mode est fétiche dont on s’entiche.
L’hémistiche,… tout le monde s’en fiche :
Moi, hélas, composant à contretemps,
Je passe pour une vieille barbiche
Et quiche qui pastiche, tout autant.
Je perds mon temps !

mercredi 7 septembre 2011

PROVERBES IRRÉGULIERS

Ne dîtes jamais La Fontaine, je ne broierais pas tes vieux os.

*

L’occasion fait l’antiquaire.

**

Qui trop embrase mal éteint.

***

Il ne faut pas quitter la lamproie pour l’omble.

HAÏKU RIRE

Affirmation gratuite est rarement payante.