Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

mercredi 11 janvier 2012

PERDU DE VUE…

Où se niche l’Humanisme ?
Ce mot s’est perdu…
Lui qui fut un lien, un isthme,
L’espoir d’un œcuménisme,
Aux limbes pendu,
Était le fils de l’hellénisme.

Où se cache l’Humanisme,
Cet anachronisme
Serait un malentendu,
Paumé dans le mécanisme
Qui sert d’organisme
À notre course éperdue,
Au monde d’antagonismes,
De déterminismes,
Dans lequel on est rendu.
On vit donc entre cynisme
Et illusionnisme.

Où se niche l’Humanisme
Au temps du hooliganisme,
De votre traque à l’indu
Ou de la quête des dus,
Teintées de puritanisme
Ou de nouveaux paganismes ?

Où se cache l’Humanisme,
Ce vieux crétinisme
Aux yeux des charlatanismes
Chaque jour plus étendus ?
Ils mènent, en -ismes,
L’esprit et l’âme au nanisme
Comme de bien entendu !
Entre hédonisme,
Chauvinisme, crétinisme,
Nous voilà tous éperdus ;
Entre déviationnisme
Et négationnisme…

Où se niche l’Humanisme,
Dans l’opportunisme
D’un temps suspendu,
Fendu et fondu,
Inscrivant le darwinisme
Dans notre urbanisme ?

BUBULLE

Seul dans sa bulle, le clown déambule,
L’œil songeur, avec au nez une boule.
L’autre le bouscule quand il déboule,
Lui avance d’un pas de somnambule ;
Les yeux clos sur ses rêves, il affabule,
Il conciliabule ou tintinnabule,
Alors que tout s’écroule ou bien s’éboule
Autour de lui. Le public noctambule
En oublie qu’il a mal aux mandibules
Et que, plus que lui, le monde est maboule…

Coinçant la bulle, le clown déambule,
Paupière basse, il jongle avec trois boules.
Soudain, sans préambule, il tourneboule.
Et avance d’un pas de funambule ;
Bouche bée, comme lui, on baye aux bulles,
Nées d’un tube long comme un vestibule.
On rêve… Et un brouhaha le blackboule,
Ses bulles, soudain, se démantibulent
Com’ piquées au vif par quelque fibule
En gerbes irisées de petites boules…

lundi 9 janvier 2012

FAÎTES HAÏ(s)KU' ZE

Pourquoi dit-on « Fort comme un Turc » ?…
Parce qu'ils bossent fort ?!

QUESTIONS ANGOISSÉES D'UN GÉOGRAPHE DÉBOUSSOLÉ

Saint-Prix (03) n’est-il plus à prendre ?
Les-Sièges (89) valent-il Bonrepos (65) ?
Pourquoi La Réole (33) n’est-elle pas sise sur l’île de Sein (Finistère) ?
À Chize (79) produit-on de souriants fromages anglais ?
Existe-t-il une bande de Connaux (30) moins redoutable que celle de Comps (30) ?
Hantay (59) est-ce si lugubre que cela ?
On s’invite à St Vite (47) ?
Vaut-il mieux Gripp (65) ou Thoux (32) ?
Est-on sceptique à Foce (20) ?
Ne devrait-on pas, dans le cadre de « la politique du regroupement familial », rapprocher Jars (18) d’Oison (45) ?

PENSÉES DE PIES

Petite fable affable
Une jeune pie se plaignait de n’être une aigle :
« C’est vrai, ce rapace inspire le respect
Chez la bête brute et chez le semeur de seigle !
Tout lui est beau, de son vol jsuqu’à son aspect,
Il inspire à tous l’admiration et la crainte :
Nul ne le chasse et, mieux, si aucun ne l’absout
Contre lui, personne n’ose ici porter plainte
Alors qu’il ravage bien pis et plus que nous
Qui avons droit aux cris, aux pièges et aux pierres,… !
Pourquoi ne suis-je des plus hauts cieux l’héritière ! » 


Sa mère l’entend, et tendrement la reprend :
« Ah ça oui, quel sort affreux est le tien, ma fille,
Quand tu aurais pu être un de ces pinsons qu’on prend
Pour les mettre en cage ou un moineau qui sautille
Finissant à la broche d’un vieux chemineau !
Plaignons-nous de la destinée qui nous fit naître
Pie, plus grosse et forte que tous les passereaux
Qui nous abandonnent, avant de disparaître,
Par peur, une pitance chèrement acquise.
Des reines sont moins bien loties que des marquises !


Toujours, Petite, qui, quoi et où qu’on soit,
Est vraiment pauvre qui pense, et ce n’est pas rare,
À tous ceux qui vivent, parfois, drapés de soie ;
On est, pourtant, bien riche si l’on se compare
À ce qui est sis, là, juste au-dessous de soi. »

DOULEUR IMMENSE

Il est, parfois, des maux intenses :
Maladies d’importance,
Ou blessures de circonstance…
Là, on se sent sans consistance,
Faible, sans résistance
Et on attend de l’assistance…
Avec de la distance !
Alors, sans la moindre constance,
On refuse d’amis l’instance
Et le secours des stances
En espérant, non sans sentences,
De l’insistance ; on crie, on tance,…
On est seul, en partance,
Pour vivre son inexistence
Jours sans joie et nuits sans substance,
Pour fuir toute existence
En éternelle pénitence…

PARTIR

« Il n’y a pas d’ailleurs où guérir d’ici »
E. Guillevic (1907-1997), Du domaine, 1977

Partir au loin, sans s’émouvoir,
Avant que de n’en plus pouvoir,
Et à l’arbre du savoir
Cueillir l’espoir ou bien son ombre ;
Partir pour vendanger du vent
Aux vignes du temps qui, souvent,
Offre un vin âpre et décevant
À qui s’encombre de décombres…

Partir sur les chevaux du vent
Pour les Échelles du Levant,
Les comptoirs de l’Inde en suivant
Le pas compté des caravanes ;
Partir, au delà des détroits,
Pour ces pays qui vous font roi,
Ces routes assoiffées qui poudroient
Vers des souvenirs de savanes…

Partir pour fuir le désarroi
Des hiers perdus - à ce qu’on croit ! - 
D’un aujourd’hui qui se fait croix,
Des demains qui jamais ne viennent ;
Partir pour des rêves icariens,
Suivre les courants aériens,
Refuser d’être un galérien
Du quotidien, quoi qu’il advienne !

Partir glaner ces petits riens
Qui font un destin césarien
Au dernier de tous les vauriens
Hantant les livres ou nos mémoires ;
Partir pour chercher, dans l’instant,
Le trésor caché d’un sultan,
Enfoui sous les tessons du temps
Par l’habile labeur des Moires…

Partir comme on faisant antan,
À la boussole et au sextant,
Pour l’Amazone ou le Bhoutan,
Pour ces pays aux pluies brûlantes ;
Partir, oui, sans un au-revoir
- Qui donc va s’en apercevoir ?
Qui ai-je encore à décevoir ?! -
Et qu’importe si je me plante…


Illustration : Camille Lesterle, 02 janvier 2014

samedi 7 janvier 2012

HAÏKU N'TINE

« Comparaison n’est pas raison »
pas plus que “voir” n’est “savoir”.

LE MOINE & LE POÈTE

Petite fable affable

Tout Porto accourait aux trois offices
D’un moine qu’on croyait intelligent,
Dur pour le faible, avec le grand diligent
Mais des choses du monde négligent.
Il portait sous sa bure, le cilice,
Refusait les dons, quête et bénéfice.
Ce frère savait par chœur son latin
Et tançait son prochain dès le matin.
Mais le saint, avec tout être complice,
Se livrait aux délices de cent vices.


Un jour, en coulisse, entre deux services,
On le fit inquisiteur du pays,
Car il pestait et priait comme Isaïe.
Ses vertus connues, qui aurait haï
L’élévation du lustreur de calice ?
Jugeant sans artifice ni caprice
Le blasphème, l’erreur, l’apostasie,
Il traqua le marane et l’hérésie
Et, pour Dieu, fit de flambants sacrifices
Aux saines vertus purificatrices.


Par malheur, des rimes calomniatrices
Dévoilèrent au grand jour ses penchants.
Le prêcheur pécheur se fit plus méchant
Afin qu’insensés, cessent, séant, ces chants.
À force de plaies et de cicatrices,
On lui avoua que ces immondices
Étaient d’un jeune poète indécent,
Un lisboète aux trop libres accents.
Le procès fut bref, malgré les épices,
Et longues furent douleurs et supplices.


On sut par l’indiscrétion d’un novice,
Qu’en fait, le brûlé était un parent
De même sang que l’apôtre célébrant.
Pour d’aucuns, flamber son frère, au demeurant,
Prouve que droite est la divine justice
Et vertueux qui en fait l’exercice !
Si, jouant de ses amis ou d’appâts,
L’un s’élève haut et son frère pas,
Le premier ignore l’autre et, en Suisse,
 Il renie jusqu’à son père et sa nourrice.

LE CLIENT EST ROI !

D'après le poème "Réponse à tout"
de P. H. Robbé de Beauveset (1714-1792)

Dans l’eau d’un réverbère,
Au halo d’un néon,
Une fille, une Ibère,
Comme on parle au péon,
Me propose en trois langues,
Ses pratiques et prix.
Insensible aux harangues,
Je passe. Elle reprit.

« Si les vieilles te branchent,
Ma mère est au premier. »
Gêné, je me retranche
Derrière un non. « Fumier,
Tu préfères les gosses !
Ma pucelle de sœur
Aime bien qu’on la rosse…
Et le prouve avec cœur ! »

Piteux, pour fuir ses serres,
Je prétexte mes mœurs.
Elle dit avoir un frère 
Trottant dans le secteur !
Je perds pied, je bredouille
Je ne sais pas pourquoi :
« Moi, j’aime les arsouilles…
Le cuir, les chaînes, quoi ! »

Elle m’observe et puis siffle.
Un gars, genr’ cammioneur,
Sort de l’ombre et la gifle.
« Léon, mon souteneur ! »
Fit-elle, sans broncher.
Elle me montre et ajoute :
« Gay SM à troncher ! »
Il sourit à l’écoute.

Dans l’eau d’un réverbère,
Au halo d’un néon,
Ce maq’, un vrai cerbère,
Une voix d’orphéon,
Me donne dans ma langue,
Ses pratiques et prix…
Et je fuis cette gangue
Avant qu’ils aient compris !

QUESTIONS ANGOISSÉES D'UN GÉOGRAPHE DÉBOUSSOLÉ

Si je fais Montmalin (39),  peut-il y avoir Pitres (27) ?
Peut-on avoir une glace à Cornay (08) ?
C’est beau Coux (07) ?
À Culey (55) faut-il se rendre ?
Doit-on prendre un savon à Jax (43) avec du talent à Chille (39) ?
Pourquoi vendre Singrit (67) ?
Bari (Italie), sera doujours Bari (Italie) ?
Connaissez-vous un Paul de Vallery (89), un René de Descartes (37), un Jules de Verne (25), une Louise de Vilmorin (12), un Alfred de Vrigny (61) ou un François de Villon (89) ?
Voulez-vous pousser jusqu’à Lescar (64), Paulette ?
Pourquoi certains méprisent-ils le théâtre de Vaudeville (88) ?