Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

lundi 7 novembre 2011

CHANSON À BOIRE

Buvons de façon opportune
À ces bonheurs qui se pétunent
Et aux revers de la fortune
Jusqu’à n’avoir plus une tune
Le cœur tout endurci
De s’être tout farci
Mais tout m'indiffère pourvu que j’aie un verre
Des Dieux qui s’affairent jusques aux lois sévères
Moi je noie les ennuis les questions les soucis
Les jours emplis de bruits et mes amours aussi

Buvons aux enfants de la troupe
Dont sans cesse on botte la croupe
Pour qu’entière ils boivent la coupe
Qui les fera mourir en groupe
Pour un drapeau ranci
Sans le moindre merci
Moi tout m'indiffère pourvu que j’aie un verre
Des Dieux qui s’affairent jusques aux lois sévères
Et je noie les ennuis les questions les soucis
Les jours emplis de bruits et mes amours aussi

Des colchiques aux primevères
Buvons à même l’alambic
Au fric que le fisc trouve à pic
Aux flics à leurs petits trafics
Aux loustics et à ces gens chics
Qui nous voudraient larvaires
Moi je noie les ennuis les questions les soucis
Les jours emplis de bruits et mes amours aussi
Car tout m'indiffère pourvu que j’aie un verre
Des Dieux qui s’affairent jusques aux lois sévères

Buvons dans l’allégresse
À nos femmes à nos maîtresses
Ces infâmes et ces traîtresses
Jusqu’à ce que nuit cesse
Et qu’au ciel éclairci
J’aille seul et noirci
Car tout m'indiffère pourvu que j’aie un verre
Des Dieux qui s’affairent jusques aux lois sévères
Moi je noie les ennuis les questions les soucis
Les jours emplis de bruits et mes amours aussi

Buvons sous l’œil froid des notables
Qui auront toujours bonne table
Train de vie et mœurs supportables
Métiers et maison confortables
Avec l’âme étréci
Des esprits obscurcis
Oui tout m'indiffère pourvu que j’aie un verre
Des Dieux qui s’affairent jusques aux lois sévères
Moi je noie les ennuis les questions les soucis
Les jours emplis de bruits et mes amours aussi

Pour supporter notre calvaire
Buvons avec ostentation
Aux curés tout en componction
Qui nous refusent leur onction
Ayant d’autres occupations
Moins saines et y persévèrent
Moi je noie les ennuis les questions les soucis
Les jours emplis de bruits et mes amours aussi
Car tout m'indiffère pourvu que j’aie un verre
Des Dieux qui s’affairent jusques aux lois sévères
Pourvu que j’aie un verre…

AMOURS OCÉANES

La marée montante m’offre amère rumeur
Et la marée mourante, une éphémère humeur…

 Sous la sueur des cieux, sur le satin du sable
Qu’il lèche, l’océan, soupirant inlassable
Aux pudeurs d’écume, couche, sur une plage
Prude que caresse - chaud et serein - un souffle,
Son envie de l’aimer en tout heur, à toute heure.

De ses saveurs salées, sensuel, il essouffle
La vertu obstinée de la grève sauvage
Qui, lasse, se laisse submerger, quelques heures,
Par les marées qui offrent aux embruns inlassables
La morsure du sel aux blessures du sable…

La marée montante m’offre amère rumeur
Et la marée mourante, une éphémère humeur…

 Sous la lueur des cieux, sur le giron du sable
Qui sèche, l’océan, cet amant inlassable
Aux affronts d’écume, s’échoue, sur une plage
Pure que câline - tendre et tactile - un souffle ;
Il s’en vient pour l’aimer sans un heurt, à cette heure.

De ses sueurs salées, lascif, il essouffle
Le refus obstiné de la grève sauvage
Qui se laisse couvrir, de guerre lasse, à l’heure
Où flux et reflux donnent, en embruns inlassables,
La froissure du sel aux fissures du sable…

La marée montante m’offre amère rumeur
Et la marée mourante, une éphémère humeur…

QUESTIONS ANGOISSÉES D'UN GÉOGRAPHE DÉBOUSSOLÉ

L’Orne (61) est-il un département décoratif ?
A-t-on du Pau (64) d’habiter le Béarn ?
Allô, Lourdes (65) ?!…
Les Basses-Pyrénées (64) manquaient-elles d’altitude à ce point qu’on les disent aujourd’hui "maritimes" ?
Le Bas-Dijonnais (21) est-il haut en couleurs ?
Peut-on se pelotonner au fil de l’Aisne ?
Quel est le relief de la Creuse (23) ?
Peut-on encore considérer l’Indre (36) comme sous-développée ?
Que peut-on faire s’il n’y a Pas-de-Calais (62) ?
Est-il aisé de trouver des bêtes de Somme en Picardie ?

samedi 5 novembre 2011

HAÏKU FATAL

Un homme qui meurt, s’éteint. S’il est mort, il est “feu” !

LE VIEUX POULAILLER EN RÉVOLUTION

Petite fable affable
Sur une idée de Marielle

Par un trou du grillage,
Commencé par Renard
Que les chiens du village
Ont pris en traquenard,
Entra un volatile
Dans un vieux poulailler.
La volaille futile
Se mit à criailler
Et à crier haro
Sur cette clandestine,
 - Sans doute serpentine ! -
Inconnue des perdreaux,
Ayant roulé sa bosse
Bien plutôt que carrosse.

Il y eut un débat.
« Faut-i’ donc qu’on la garde
Sans craindre de coups bas ?
La chose nous regarde !
On a du intégrer
Poules rousses et noires,
Pas vraiment de bon gré ;
Ça a fait des histoires ! »
Disait un gros chapon
Que l’on savait capon.

Dindes comme pintades
Voulaient chasser ce mal :
On risquait l’algarade
D’accueillir l’animal !
« Cet oiseau - ou oiselle -
Mangera notre grain,
Fera comme chez elle !
Que les esprits chagrins
Cessent d’être tenaces :
Il y a là menace ! »

Une oie résuma tout :
« Cette bête à clapier
Venue d’on ne sait où,
Écoutez-la pépier ! »
Les poulets en alerte
L’avaient cadenassée
Et le coq, sur son tertre,
Parlait de l’expulser :
« Cette porte entrouverte
Nous mènera à perte ! »

Le fermier mit un terme
À cette agitation.
Un - Le trou, il referme ;
Deux - Foin d’excitation :
La basse-cour est grande
Assez, pour ce faisan
Qui avait fui sa lande.
Il devint, ce faisant
Malgré les cris, le zèle,
Le plus bel ornement
Du lieu, tout bêtement.
Bête, avec ou sans ailes,
Tout sol, tout ciel est tien
Si tu y as soutien !

CHRONIQUE D'UN QUARTIER

Cycle toulousain

Le quartier où vous étiez,
Où vous viviez, existiez,
Avait bottiers, savetiers,
Boutiquiers, cabaretiers,
Un facteur de coquetiers,
Un commerce de gantier
Et un de passementier
À côté d’un gargotier
Sans portier et sans liftier,…
Ce quartier, aux rues-sentiers,
Ne vivait pas à moitié
Avec tous ses petits métiers.
Le quartier où vous étiez,
Où vous viviez, existiez,
Au bon temps des canotiers
Des jupes et des bustiers,
Sillonné de muletiers,
N’était pas ce grand chantier
Qui n’accueille que rentiers
Ou banquiers banqueroutiers,
Bijoutiers griffés Cartier
Et argentiers cachottiers
Ne rêvant qu’aux cocotiers
D’îles aux climats entiers.

Le quartier où vous étiez,
Où vous viviez, existiez,
Quand jadis vous le chantiez
Ma foi, comptait un luthier,
Un menuisier-miroitier,
Un sculpteur de bénitier
Jurant comme un charretier,
Non loin du vieux grainetier
Et des gâcheurs de mortier
Qui, dès l’heure du laitier,
Causaient avec le potier,
Le corsetier-culottier.

Le quartier où vous étiez,
Où vous viviez, existiez,
Est, aujourd’hui, sans postier
Et sans lustreur de boîtiers.
Il n’a plus de cafetier,
Ni d’artisan-bonnetier,…
Il abrite courtiers,
Échotier et gazetiers,
Tous des fils, des héritiers,
Autant de gâte-métiers,
De flibustiers sans pitié,
Volontiers boursicotiers.

Le quartier où vous étiez,
Où vous viviez, existiez,
Avant l’âge du dentier,
N’était pas aussi altier
Et moins encor’ chipotier ;
Sentant suif, arbre fruitier
Et sueur du p’tit puisatier,
Y criaient un pelletier
Et son putain de ratier,
Le primeur, un bouquetier,
Y chantaient le ferblantier,
Et l’enclume du cloutier.

Le quartier où vous étiez,
Où vous viviez, existiez,
Compte encore un panetier
Qui cuit - c’est ça, son métier ! -
Un grossiste papetier,
Deux paires de lunetiers, 
Plus un vrai chocolatier,
L’épicier fin-charcutier,
L’automate-guichetier,…
Oui, ce quartier tout entier
Vit, désormais, à moitié
Sans tous ces petits métiers.