Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

mercredi 13 octobre 2021

LE FABULISTE D’EN VILLE & LE CONTEUR DE VILLAGE

Petite fable affable

Un marchand de fables vint vivre en nos beaux champs,
Pour puiser dans notre décor champêtre
L’inspiration à de bucoliques contes aux méchants
Penchants dont le public tant aime à se repaître.
Il allait donc par le bourg le port altier,
Daubant l’épicier, morguant le laitier,
Car il descendait d’une quelconque
Cuisse gauche illustre du côté de Conques
Ou de Rochefourchat, et se moquait d’Aristide,
Le vieux conteur qui, en notre basse-cour,
Ne s'enorgueillissait jamais par nos bastides
 De sa haute extraction, avérée de toujours.


Alors on se gaussait fort de ce Ridicule,
Médiocre et ambitieux, deux qualités
Allant, las, de pair chez qui a quelque pécule
Qu’il croit pouvoir, sans aucune ambiguïté,
 Lui ouvrir grand les portes du Parnasse :
Puisque en nos bons lieux, las des nasses,
Même un pêcheur trouve des vers en quantité,
Pourquoi lui, devenu agreste invité,
Ne le pourrait mie ?! Il était après tout
Relativement jeune pour son âge : un chêne
Cède à la patience de la scie. Partout.
Donc même là où, en vain, les saisons s’enchaînent…


En attendant il faisait des mots sur Aristide
Qui égayait jà nos veillées en colportant
Des traditions ailleurs oubliés, fétides
Pour l’oreille policée de l’autre Important.
Il fit tant et si bien que notre bon chantre
Répliqua, un beau jour : « Si tu veux, que diantre,
T’en prendre à tous ceux qui, d’aventure, pourraient
Te faire de l’ombre, Petit, tu n’es pas prêt
À mourir d’insolation en ce bas-monde ! »
Qu’un vain rustique lui tînt la dragée haute
L’interloqua et plus encore quand il ajouta :
« Brisons là : je garde ma verve, si falote
À tant t’ouïr, pour autre chose qu’aoûtat ! »

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