Petite fable affable d’après Les deux éventails de J.-F. Guichard
(Contes & fables…, tome 1, 1808,V-6)
Dans l’univers feutré de ces galants salons
Où un geste ou un mot peuvent en dire très long,
Deux éventails reposent au bord d’un guéridon.
Et ils jasent à l’envie.
L’un, brillant et poli, semble n’avoir, pardon,
Au grand jamais servi ;
Triste figure, l’autre est à demi cassé,
Ayant donc trop servi,
Froissé un peu, aussi, las, déchiré assez.
Ainsi va notre vie !
« Ta maîtresse est vieille, Ami, et peu fortunée,
Lance le tout premier.
- Elle est jeune, fraîche et toujours fort bien lunée,
Fait lors sans sourciller
L’autre. Mais elle est, las, tellement courtisée
Qu’il lui faut les galants
Battre pour préserver sa vertu si prisée.
- J’en reste, Ami, ballant :
A-t-elle coquettes façons ? dit notre intact.
Car parfois qui dit « non »
Éventerait un « oui » qui mène au contact.
Pour garder son renom
Pas besoin d’en venir à un cassant impact.
Maîtresse, d’un regard
Les éconduit avec le plus courtois des tacts
Sans un mot, sans égard
Car elle sait qu’une vraie dénégation
Ne doit sous-entendre quelque invitation
Et il est des mots qui font, véritable poudrion,
Plus de mal et dol à leur ego qu’horions ! »
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