Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

samedi 3 mars 2012

ENTREVUE & MOI

« Un poète est un monde enfermé dans un homme. »
V. Hugo (1802-1885), La légende des siècles, 1859-1883

« Décrivez-nous, cher poète,
Côté physique s’entend,
Ce bel homme que vous êtes,
Vous qui défiez le temps
Sans nous jouer les prophètes ?
- En un mot ?… “Joufflu” !
Mais à en croire les Muses
Moins fessues que mamelues
Qui souvent, de moi, s’amusent :
“Velu et lippu, 
Trapu et dodu,
Charnu… mieux ventru”
- Car jamais repu -
C’est ça : “Pansu et poilu…
Et toujours moins chevelu”
Bien sûr, ma Chère, à mon insu…
La vie est bien mal fichue ! »

« Et dîtes-nous, grand poète,
Quelles sont les qualités,
Qui font de vous ce que vous êtes,
 Ce mafflu sans vanité
Qui nous met le cœur en fête ?
- Pour fair’ bref : “Têtu” !…
Mais pour tout mon entourage,
Cette tribu incongrue
Qui parfois, par moi, enrage :
“Malotru obtus,
Bourru et grinchu,
Imbu comme abstrus…”
- C’est un point de vue -
Mieux qu’ça : “Un Ubu,
Tordu et fondu
Qu’a tout lu, vu, su ou bu” :
L’hurluberlu absolu ! »

« Enfin, estimé poète,
Égal de Prévert et Char,
Beaucoup disent que vous êtes
“Bon pour Lagarde & Michard”
Mais la chose n’est pas faite ?
- La gloir’ m’est cornue !
J’ai le désir dérisoire,
Saugrenu, déçu,
De ces lauriers illusoires 
Telle une sangsue
Griffue à l’affût
Quand plus d’un vendu
- La chose est connue ! -
Est courru, cossu,…
Maudit, inconnu,
Je suis au rebut, exclu,…
Sur ça, l’Ingénue, Salut  ! »

LUBUMBASHI

Bois de briques, forêt de cheminées
Ma ville n’est qu’une vaste fabrique
Qui boit ces richesses acheminées
Depuis nos terres qu’a parcheminées
Le soleil impitoyable d’Afrique.

Autour de tours, se sont agglutinées
Les courées où nous sommes confinés.
Non loin, la forêt, par coulées, s’imbrique
Au bois de briques.

Le règne de l’usine a dominé
Notre Katanga, a déraciné
Tous ceux venus écrire la rubrique
D’un développement fuyant, lubrique,
Le bois de briques…

QUESTIONS ANGOISSÉES D'UN GÉOGRAPHE DÉBOUSSOLÉ

Qui a gagné la bataille de Sallaumines (62) ?
Irons-nous à Thors (17) ou à Rezonvile (57) ?
Avez-vous un violon d’Ingre (45) ?
Est-ce bien Peigney (52) ?
Est-ce que Parly (89) vaut bien Messe (79), comme on le prétend ?
Quel est le bon Halloy, celui de l’Oise ou celui du Pas-de-Calais ?
Est-ce si humide que cela Saussey (50) ?
Vieillit-on si mal que cela à Sénille (86) ?
Est-il préférable d’avoir un frère à Nonette (63) qu’une sœur à Moineville (54) ?
Giron (01), est-ce confortable ?

jeudi 1 mars 2012

HAÏKU PAIX HUN CHEVEU AN QUATRE

Pourquoi, quoiqu’effacée, ma femme souhaite-t-elle faire un gommage  ?

L'OASIS NÉMÉSIS

Cycle historique


Les qânats prédisent là un asile, enfin,
Pour tous ceux qui, comme moi, sont de cette race,
Qui aspire à laisser, ici-bas, une trace ;
Hier y vit toujours, demain y est sans fin…
Veneurs et vanneurs de vent, les caravaniers,
Dans la nuit noire et nue que les regrets empierrent,
Sillonnent l’océan de sable de l’oubli,
Où la lune trace ou efface des frontières.
Dans le simoun sec et cinglant, lents, routiniers,
Ils suivent des pistes floues qui résistent, fières…
Ils reposent, parfois, leurs pas, où s’est établi
Quelque souvenir dont l’ombre n’a pas faibli.
Dans ce refuge aux reflets d’eau et d’émeraudes,
Cette solitude qu’irrigue la noria
D’une mémoire toujours partie en maraude,
Ils posent les couffins que le désert tria.

Dans l’éther éternel imprégné de silence,
Face à l’hostilité des nues, miroirs muets,
Némésis, comme le vent du Temps, va et vient,
Sans destin ni dessein. Et ces souffles s’élancent,
Pour marquer ce havre toujours prêt à muer,
Quand le vieux chadouf à images vous balance
À l’esprit, assoiffé, tout ce qui lui revient,
Arrosant d’un filet ou de flots diluviens
Pensées et idées, au long des canaux de l’âme.
Source de sensations et puits de sentiments,
Cet abri, qui rassure en offrant cette manne,
Rafraîchit nos cœurs, loin de tout ressentiment.
Les qânats prédisaient là un asile, enfin,
Pour tous ceux qui, comme moi, sont de cette race
Qui aspire à laisser, ici-bas, une trace ;
Hier est un toujours, demain paraît sans fin.

CES EAUX-LÀ

Des coques de noix nées de l’enfance
Aux gabares de la sénescence,
La vie nous mène tous en bateau.
Tu quittes monts et coteaux,
Pour des plateaux et des plaines, 
Direction l’océan de néant
Vers lequel tout courant nous entraîne.
Là, le temps se fait béant,
Et, le cœur à marée basse,
Fini de croiser, de caboter,
On se contente au mieux de flotter.
Plus de voie, de chenal ni de passe.
Ce voyage, casquette à visière,
N’est pas toujours une croisière !
Jouant, bossant, marchant ou cuisant,
Lisant ou bien s’épuisant,
Quand certains sont aux turbines,
Craignant de couler, de chavirer,
D’autres sont en transat, en cabine,
À désirer, délirer
En oubliant que l’escale,
Son sable blanc et ses cocotiers,
Qu’on navigue au long cours ou côtier,
N’est pas pour qui reste à fond de cale.
À toute vapeur ou bien à voile,
On rame tous, l’œil sur les étoiles ;
Que tu aies pris ou non ton ticket,
Personne ne reste à quai.
Malgré les grains, les sirènes,
Qu’on supporte ou non la traversée,
Rare est l’iceberg qui vous fait verser,
Vous abîmer sur l’arène.
Pourtant roulis et tangages
Font se jeter à l’eau, capitaines
Et matelots, croyant quarantaine
 L’estuaire ouvrant sur le grand âge.

ARÈNE AU KALÉIDOSCOPE

Une arabesque sur un petit coin de sable,
Remous oubliés à la mémoire arrimés,
Même très raisonnée, l’envie est haïssable…
Un rameau, quelques fleurs,… ça fait des souvenirs,
Des carreaux épars et des douleurs imprimées,
Des nuages la nuit, l’esquisse d’une sente,
Un remords, quelques pleurs pour  peupler l’avenir,
Une arabesque sur un petit coin de sable,
Matières à toucher, façons évanescentes,
Même très raisonnée, l’envie est haïssable…
Un motif textile sur un recoin de sable,
Une vague échouée, de l’écume restée,
Même ordonnée, rangée, la vie est périssable…
Au rythme des marées toujours incontrôlées,
Une alliance perdue, par les vents molestée,
Une étoile égarée dans la nuit silencieuse,
Des formes bien carrées, des lignes enrôlées,
Un motif textile sur un recoin de sable
Sur la plage soudain devenue plus spacieuse,
Même ordonnée, rangée, ma vie est périssable…

LE COQ DÉFIANT LES LIONS

Petite fable affable
Un coq versé dans les sciences,
Membre de l’Académie de la Gadoue,
Passait pour la vraie conscience
De la Basse-Cour, hautain comme un nandou.
À la face de ce monde,
Il accusa les lions d’usurpation
Avec conviction et faconde :
Il affirma, cris et vitupérations,
Que les grandes théories scientifiques
Offrant aux fauves respect,
Monnaie et considération spécifique,
Étaient en fait le succès
Oublié d’un de ses plus nobles ancêtres.
Une lettre l’attestait.
Chez les lions, les délires de ce Maître,
Firent rire ou protester.
Il prit à partie tout le monde, oeufs et ailes,
Il ranima la rancœur
De la poulaille pour l’ardeur criminelle
De ces prédateurs sans cœur.

Cabale et intrigues, la polémique enfle
À la Une du journal.
Crêtes qui rougissent, crinières qui renflent,
Le moindre mot fait signal :
On sort dents, becs, ergots, griffes ;
On se dresse ou on rugit ;
On bat de l’aile, on se traite d’escogriffe
Ou d’escroc,… Ça réagit !
« Cette missive, Messieurs, est une preuve ! »
Le coq, tout en vanité,
Dresse la Cour avec lui, dans son épreuve,
Face à l’immoralité
Des lions, terreurs de toutes les volières.
On était dans un guêpier.
Ô Temps ! Ô mœurs ! On risquait donc la guerre
Pour un vieux bout de papier !

Un vieux sage, au pays des lions, suspecte
Que cette lettre est un faux,
Par son aspect comme par son dialecte.
Il prit le coq en défaut,
Non de vain mensonge, mais de vraie bêtise :
Dupé par un vieux faisan,
Chateclerc avait acquis, sans expertise,
Des manuscrits fort plaisants
Attribuant à quelque auguste volaille
La culture et le savoir
Du monde depuis que carpe a des écailles ;
L’érudit put les avoir
Contre force florins faisant sa fortune.
Entre rire et pâmoison,
On dauba le coq qui, suprême infortune,
Perdit honneur et raison,
Plus les doublons et ducats de son pactole.
Le docte gallinacé,
Futile fût-il, abandonna l’étole
Et sa chaire aussi, lassé…

Combien de pédants, de cuistres,
Qui se disent et se croient intelligents,
Séduits par le premier cistre
Propageant des vérités, jouant les régents
Du peuple et de leurs ministres,
Sont plus naïfs que gens d’esprit indigent !