Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

mercredi 7 mars 2012

EN MODE BLUES

C’est dur d’être un perdant
Qui n’a plus de mordant,
Un vrai paumé qui foire
Et rate tout, toujours à croire
Qu’il est né pour l’échec
Et n’est qu’un pauvre mec.
C’est dur d’espérer et d’attendre
Un rire, un regard tendre
Et n’avoir que pitié
Sur son sentier
Quand, la guitare
En main, on gueule son tartare
Et chante, entre deux loos’,
En mode blues

Un maudit blues
De tous ces jours sans flouze,
Ni grouse, tout hargnouse,
À bouffer des arbouses,
Pas plus gros que farlouse !
Un maudit blues
De ces nuits de bouse,
Le cul sur la pelouse,
La rosées qui perlouse,
Sans fille ni épouse !
Oh, maudit blues !

Né par hasard et par erreur
Dans un monde de peurs
Où la moindre sébile
Vous vaut ennuis, craintes et bile,
J’attends sur ce trottoir
Mes six cordes en sautoir.
Je chante ma vie, ma tristesse,
Sans cette politesse
De feindre quelque espoir.
Matin et soir
Encor’, je chante
Les rêv’ qui me fuient et vous hantent,
Du gris-clair au gris-noir,
En mode blues

Un maudit blues
De tous ces jours sans flouze,
Ni grouse, tout hargnouse,
À bouffer des arbouss,
Pas plus gros que farlouse !
Un maudit blues
De ces nuits de bouse,
Le cul sur la pelouse,
La rosées qui perlouse,
Sans fille ni épouse !
Oh, maudit blues !

Une bouteille vide aux côtés,
Jeune, hirsute et crotté
Je ne suis qu’une tâche,
Avec son vieux chien à l’attache,
Une épave, un perdu
D’la graine de pendu.
Sous la pluie, dans le froid qui pèle
Ma guitare vous hèle,
Vous ne l’entendez pas,
N’me voyez pas,
Peur de connaître
Mon sort d’errances, un jour, peut-être,
De chanter, votre loos’,
En mode blues

Un maudit blues
De tous ces jours sans flouze,
Ni grouse, tout hargnouse,
À bouffer des arbouses,
Pas plus gros que farlouse !
Un maudit blues
De ces nuits de bouse,
Le cul sur la pelouse,
La rosées qui perlouse,
Sans fille ni épouse !
Oh, maudit blues !

QUESTIONS ANGOISSÉES D'UN GÉOGRAPHE DÉBOUSSOLÉ

Qu’advient-il de la Basse-Bretagne à marée haute ?
Est-on plus ponctuel sur l’Eure (27) ?
Doit-on se fermer comme une huître sous prétexte que l’on a une marraine à Oloron (64) ?
Est-on inconvenant lorsque l’on évoque le Grau-du-Roi (30) ?
Les Bavarois sont-ils tous nés entre Hyères (83) et Fréjus (83) ?
Peut-on se fier à un ami de l’Allier (03) ?
Peut-on voir en Alsace de belles chutes du Rhin ?
Un bon Républicain habite-t-il Bourg-la-reine (92) ou Choisy-le-Roi (94) ?
Vaut-il mieux faire l’amour à Troyes (10) qu’à Sète (34) ?
Les Bigorneaux sont-ils les habitants de la Bigorre ?

LA CLAQUE DES CLICS

      Penchée à quelque fenêtre ouverte sur un site imprenable, derrière son écran protecteur, attendant du serveur le menu, elle joue au chat’ et à la souris car de Babel-web elle cause la langue. Assise face à son bureau, palette et micro bien en main, appuyée sur ses dossiers, cette icône boutonneuse des temps modernes s’lâche et pianote à l’envi ou se fichier de bits en virus sans sortir de sa bogue sauf si, dans un accès de colère,  ses e-mails s’emmêlent ; alors elle copie ses colles ou colle ses copies puis frappe sur son clavier ; d’un déclic qui claque, elle y tape quelque clé magique et enregistre toutes ses impressions, ravie d’être enlevée de la rationalité du monde réel pour la virtuosité d’un univers virtuel, tout en surveillant une police pas assez policée pour se justifier elle-même quand elle intégre des cellules formatées à force d’outils manipulés du bout du doigts, d’accents qu’elle ne prononcera jamais et de raccourcis qui font durer son travail… à moins qu’elle n’espère un renvoi à quelque blog opératoire. Un site imprenable
   Le logiciel en soit loué et le forfait vendu, cette abeille infatigable (Buz, Buz,…) est ma déesse, elle, et quoiqu’isolée, elle reste en lien avec le monde, et surfe, à nouveau, vague en vogue, sur une toile que d’autres - appelés à régner - ont tissé pour elle pour que tout soit plus au Net. Des C.D. bien vifs, des C.D-Rom d’Europe centrale, des contacts sans franche connexion - en tout homme il y a un port… USB ! -… c’est la modem solitude où seule est vive la mémoire, gonflé à blogs, et où l’on ne sauvegarde que ce que l’on édite soi-même à force d’un corps-à-corps où les caractères, pris au pied de la lettre voire de la page, se justifient quand ils s’alignent ou n’en font qu’à leur en-tête en donnant qu’un relief standard au gras souligné !

lundi 5 mars 2012

TIRONS HAÏKU

Lorsque quelqu’un, affairé, vous dit qu’il est « sur la brèche »
n’en déduisez pas qu’il lutine quelqu’une !

LE RENARD & LE CORBEAU

Petite fable affable
Maître Renard, sous l’arbre que l’on sait,
Croquait à grand bruit son fromage ;
Il se pourléchait, se gaussait.
C’était, à sa victoire, hommage
Qui vexait Monsieur du Corbeau
Dont l’honneur déjà gît, en quelque obscur tombeau.
« Pour tout vous dire, et sans ambages,
Fit notre oiseau au noir plumage,
Vous êtes le pire des hôtes de ces bois ! »
Sous l’insulte, Renard veut punir le matois
Et pour mieux répliquer, ma foi,
Il ouvre grand ses crocs vers cette espèce d’oie.
Le Corbeau, sur eux, chie et dit  : « Ah, Monseigneur,
Vaincre à une vraie saveur,
Qui se suffit à elle-même. Il coûte
Cher à qui l’humiliation y ajoute ! »
Goupil, dont la langue s’englue,
Un peu tard, fila loin du sombre individu.

DANS L'ESPOIR DU GRAND SOIR

« Ceux qui vivent ce sont qui luttent » V. Hugo (1802-1885)

Au printemps, quand fleurissent les banderoles
Pour braver le vent mauvais,  les quolibets,
Le défilé crie sa rage d’un chant drôle
Qui ébaudit plus d’un badaud bouche bée.

La rue veut raisonner et prend la parole.
Elle persifle, elle qu’on voulait courbée,
Et refuse de se laisser embourber,
Au printemps, quand fleurissent les banderoles.

Car la farandole va tenir son rôle :
Siffler l’oraison du plus fort, regimber,
Croquer des fioles et casser des casseroles,
Faire tituber ceux qu’elle a adoubé,
Au printemps, quand fleurissent les banderoles…

À L'OMBRE DES LUMIÈRES

Cycle historique

Comme ce mécréant que fut d’Holbach
Être athée, à l’adret comme à l’ubac,
Ou comme l’inestimable Voltaire 
Refuser de plier et de se taire
Et vouloir, toujours, comme Beccaria
Que jamais la justice ne variât…
Comme ces fils de Hobbes et de Locke
Ne jamais se conduire comme loque 
Et, à l’image du pauvre Rousseau,
N’avoir que des rêves dans son trousseau…
Si nous vivions, demain, à l’ombre des Lumières
Il n’y aurait plus de château ni de chaumière ;
Nous serions libres, Mes Frères, à part entière
Et nous aurions, enfin, la conscience altière
D’avoir permis qu’un jour - c’est une vraie première ! -
La Raison ne mène personne au cimetière.
Vouloir tout savoir comme d’Alembert
Et tout lire, syllabaires comme libers ;
Comme Kant rester encore critique
Pour garder intacte morale, éthique
Et puis écrire comme Diderot
Pour une postérité sans héros
Nourrie à l’humanisme du vieux Bayle,
Aux idées subversives, aux libelles
Et aux pamphlets d’un certain Condorcet
Pour faire, enfin, le monde progresser…
Si nous vivions, demain, à l’ombre des Lumières
Finie et l’arbitraire et les lois coutumières
Nous serions tolérants, oui, en toute matière
Et nous aurions, enfin, la conscience altière
D’avoir fait mener - ce serait une première ! -
L’injustice et tous ses valets au cimetière !
Comme le solitaire Montesquieu
Refuser d’être servile, obséquieux,
Ou bien, curieux comme le jeune Goethe
Se tenir loin des foules et des meutes ;
Comme Helvetius éduquer les enfants,
Sans transformer en loups ces jeunes faons
Sans jamais renier René Descartes,
Loin de l’idéologie qui encarte
Les pensées, les dires et les écrits
Et muselle l’espoir ou vous proscrit…
Si nous vivions, demain, à l’ombre des Lumières,
Pour goûter aux doux fruits qu’offrirait Vendémiaire,
Nous chasserions messies, héros et condottiere
Et nous aurions, enfin, la conscience altière
D’avoir fait ici-bas, pour tous - une première ! -
Qu’on ne condamne plus l’Esprit au cimetière !

Illustration : Elisa Satgé, 2016-2017

FIÈRE D'ÊTRE MÈRE

À Cécile


Un beau soir ton cœur saura
Que se sont enfuies les craintes,
Que sont finis l’embarras,
Les peurs, les pleurs et les plaintes,
Qu’enfin maman tu seras…

Oui, un beau jour, sans qu’on te le dise,
Ton esprit cessera d’errer,
D’attendre en vain, d’autant espérer.
Tu verras les signes qui prédisent
Qu’il t’arrive, enfin, qui tu attends
Depuis, te semble-t-il, tant de temps.
Tes yeux auront cette gourmandise
Qu’a le regard d’un enfant auquel
On offre son tout premier noël,
Que le pied du sapin hypnotise.

Une nuit ton corps saura
Qu’il se fait son nid, se berce
Des rêves enfouis en toi,
Qu’un rien en tout bouleverse ;
Maman tu te sentiras…

Alors, foin d’ennuis sous son emprise
Mais quelques soucis où patauger
Car tout n’est pas que joies partagées
Quand vous vient la divine surprise.
Ton âme dira au presque né
Qu’il n’est de bonheur que de donner,
Et qu’à vos amours, qu’il avalise,
Il offre plus de force et de foi,
Un côté “il était une fois”,
Que par lui, tant de braises s’attisent.

Tout doucement, tu verras
Que l’aube est toujours nouvelle
Quand s’écartent un peu plus tes bras,
Qu’elle se lèvera, tendre et belle,
Quand sa maman tu seras…

L’espoir est un étai qui vous brise
Quand l’horizon si loin, paraît vain,
Mais c’est de là que point, au matin,
L’aurore et la douceur de sa brise.
Aussi par les obstacles affermie,
Bats-toi, crois-y… et pas à demi.
Printemps parfumés ambre et cytise,
Ta route sera bientôt fleurie
Même à ses bas-côtés assombris ;
Oui, luttes,… même si ça t’épuise

Car un soir ton cœur saura
Qu’ont fui, au plus loin, les craintes,
Que sont finis l’embarras,
Les peurs, les pleurs et les plaintes,…
Qu’enfin maman tu seras !

samedi 3 mars 2012

QUEL HAÏKU'N

Ce n’est pas parce que certaines personnes sont moins gauches que moi 
qu’elles sont, pour autant, plus à droite !

L'EAU DE LÀ

C’est drôle comme il pleut dessus mes lèvres bleues ! 
J’ai, je ne le cèle, quand les nues s’amoncellent,
L’air d’une pucelle dont le gros cœur chancelle.
Pour trois fois rien se peut. C’est vrai qu’un rien m’émeut.
C’est drôle comme il pleut dessus mes lèvres bleues !
Pas de sauve-qui-peut, c’est que de l’eau morbleu !
Le sel y étincelle en gouttes qui morcellent
Le ciel qui me harcèle et ma bouche ruisselle.
Ça sent le sirupeux et l’eau de rose un peu.
Pas de sauve-qui-peut, c’est que de l’eau morbleu !
Sur mes joues, il coule des rus qui bientôt roulent.
Je ne les refoule ni quand ils se font foule,
Ni quand ils sont houle. J’ai en gorge une boule ;
Sur mes joues, il coule des rus qui bientôt roulent…
Oui, il pleut de mes yeux, c’est pas là l’eau des cieux,
Je sais c’est disgracieux que ce regard pluvieux :
Tu m’as fuit, c’est curieux, nous, c’était pas sérieux
Mais il pleut de mes yeux. C’est pas là l’eau des cieux !