Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

mardi 1 septembre 2020

LE RAT SANS LE SOU

Petite fable affable

Règnent la paix sur de lointaines terres
Qui, quoique pays de landes et de vent,
De pluie et de brouillard, très souvent,
Sont réputées hospitalières.
Ce jour-là, y survient quelque rat 
Dont le désarroi est, ma foi, palpable :
Repas sautés et milles embarras
Suant le sordide d’une pitoyable
Destinée l’avaient, hélas, amaigri
Et, à grand dol pour lui en ce monde,
Il passe pour infréquentable, immonde,… 
Car n’a pas un sol vaillant, l’aigri !
Puisque nul, ici bas mieux qu’elle
Ne peut s’occuper du singulier
Pendard qu’est ce rat, Genette la Belle
Songea donc en son particulier 
À s’offrir de l’aider et oit requêtes
Et doléances de ce pauvret,
Le vulgaire et le graveleux de rêts
Que la vie lui tendit, peu coquette.

Chacun vit dans la proposition
Un motif de crainte pour cette bête,
Et un sujet de satisfaction
Pour soi même : tant qu’elle l’embête,
Elle dont la sève est de fiel
Sous l’écorce de ses bonnes paroles,
Elle oublie et les grands et les drolles
Qu’elle floue de ses mots de miel…
Notre rat traita donc avec la traîtresse
De sa propre importance alors pétrie,
Et l’humilité feinte d’une maîtresse
Et l’hypocrite modestie, j’en ris
L’ami, d’un prêteur sur gage, elle loge
L’infortuné et le nourrit tant qu’il grossit
À vue d’oeil, excitant l’envie aussi
De la genette qu’il couvre d’éloges.

Pour d’aucuns qu’auguraient de tels auspices ?
Quelque festin prochain, et à bon compte,
Pour la bienfaitrice et non l’hospice
Pour le rat venu sénile comme en conte !
Et tous, on comptait les jours qu’il restait
Au rat condamné par la gentillesse
Calculée et aux cent mille largesses
Intéressées d’un prédateur futé.
Mais chacun campa sur ses habitude.
Pourtant un matin : envolé le rat !
Sans flemme et sans flamme. L’ingratitude
Du rongeur au gros ventre de verrat
Fut dénoncée par Genette qui trouve
Ce mot du fugueur : « Crois-tu l’animal
Que j’ai survécu à ma vie, au mal,
Sans avoir un peu d’esprit ?… Sotte louve ! »

Dès lors notre ingénieuse on moqua,
Sa mésaventure devint légende,
Et les vieux offriront, baccara,
Aux petits, l’histoire qui dit qu’offrande
Peut-être un piège et que si tout vient
À point, c’est vrai, à qui saurait attendre 
De ne surtout, ma foi, point trop attendre
Sinon t’es plus nu qu’aux temps diluviens !

lundi 31 août 2020

dimanche 30 août 2020

P'TIT BILLET D’ÉTÉ 31

Non, ce n’est pas plagiat que de s’inspirer.
La Fontaine et Florian l’ont fait sans arrêt.
Et sans s’en cacher. Ni en rougir. Car leurs rimes
Ont enrichi leurs prédécesseurs au jarret
Desquels, tout d’ambition, ils se mesuraient.
Ceux-ci en sortirent fort grandis, et en prime
Moins déconnus qu’avant, car mémoire est marais…

samedi 29 août 2020

vendredi 28 août 2020

P'TIT BILLET D’ÉTÉ 30

Oui da, mon vieux Jo-Bart'*, toi qui fabulais,
Naguère, en ce pays,  pour ton seul bon plaisir,
Comment fis-tu  ?… Pour moi, qui ai pris le relais
Ç’est nécessité de témoigner à loisir,
Plus que de fustiger ou de faire rosir
Mes pairs, de leur ouvrir les yeux sans délai
Sur eux et leur vie et d’un rire les saisir…

* Joseph-Barthélémy Féraudy, Quelques fables ou Mes loisirs (1821)

jeudi 27 août 2020

HAÏKU HELL

Mon vieux chat n’aime pas les croquettes au saumon.
Ça sent trop le poisson.
Il leur préfère les miettes de thon !

mercredi 26 août 2020

P'TIT BILLET D’ÉTÉ 29

Oui, Perrault, Grimm et Andersen sont nos cousins,
Car leurs récits, sur ma foi, ne sont que des fables
En prose comme l'apologue est conte en douzain…
Ou guère plus. Pas de souci ni de bousin,
Nous ne sommes pas concurrents ou ineffables
Rivaux, à devoir faire appel aux argousins
Mais bien aussi complémentaires qu’affables…

lundi 24 août 2020

P'TIT BILLET D’ÉTÉ 28

Comment définir le travail du fabuliste ?
Le génial Albert Londres prônait jadis, 
À propos de sa fonction de journaliste
Dans laquelle, comme disait Père, “Il valait dix !” :
 « Notre vrai rôle, n’est pas d’être pour ou contre
Mais il est de porter plume dans la plaie. »
Je ne saurais dire mieux de nos couplets
Et par ces modestes mots, là, je vous le montre.

samedi 22 août 2020

P'TIT BILLET D’ÉTÉ 27

Il y a tant d’univers dans ce beau monde
Qu’est celui des fables, autant que d’auteurs,
Mais tous tendent à philosopher sans hauteur,
À témoigner sur  les tares qui abondent
Et les vertus qui résistent aux vils fauteurs
De troubles aux vains facteurs d’ennuis, sauteurs
De ruisseaux qui rendent, las, tout immonde…

jeudi 20 août 2020

P'TIT BILLET D’ÉTÉ 26

D’Ésope à Phèdre, d’Abstémius à Pilpay,
Les fables voyagent dans le temps et l’espace,
Naissent ici, renaissent là, jamais trahies
Dans leur esprit. Et lors, le lecteur ébahi,
Touche à l’Universel et voit l’Homme, ce rapace
À la vie d’impasses, sous toute carapace, 
Toujours égal à lui-même et pourtant pas haï.


mardi 18 août 2020

P'TIT BILLET D’ÉTÉ 25

Chaque grain d’un bon fablier
Compte tout autant qu’un long conte.
Ses bêtes aimant bien à babiller
Ses humains laissés-pour-compte
De fausses vertus habillés
Et de vrais vices offrant acompte,
Nous racontent sans maquiller…

lundi 17 août 2020

REPAS HAÏKU’MPLET

C’est parce que j’ai un bon coup de fourchette que je n’y vais pas avec le dos de la cuillère !

dimanche 16 août 2020

P'TIT BILLET D’ÉTÉ 24

Oc, les fabliaux médiévaux sont tout :
Traduction d’un politique mal-être
Et d’un vrai malaise social. Partout,
Ils disent, dans un rire, un monde où le maître
Ne vaut pas le valet, où c’est un atout
D’avoir un sac de ruses contre le paraître
Et mauvais esprit pour jouer son vatout.

vendredi 14 août 2020

P'TIT BILLET D’ÉTÉ 23

« Mes défauts sont connus : pourquoi m'en affliger ?
 Mieux vaudrait les mettre à la mode », Antoine*,
Nous disais-tu, «  je ne saurais les corriger,
 Affichons-les ; c’est si commode !** », folle-avoine
Que tu étais. Comme  toi, l’âme chouanne,
« J’aime mieux un franc ennemi - mal idoine ! -
Qu'un bon ami qui m’égratigne*** » la couenne !

* Antoine-Vincent Arnault (1766-1834) auteur de Fables (1802) et Fables nouvelles (1834)

** Secret de Polichinelle (A.V. Arnault, Fables, I, 7) 
*** Le chat (A.V. Arnault, Fables, I, 5)

mercredi 12 août 2020

P'TIT BILLET D’ÉTÉ 22

Cycle toulousain

Pierrot*, mon pays, mon poteau, 
Mon copain au sang chaud, Pierrot,
Ton nom résonne dans la vallée, par coteaux.
Verve de Garonne et esprit de Cambronne
Tu fis des fables folles comme personne.
À les lire on se sent entre soi, à l’apéro’,
Communiant loin des rites sacerdotaux,
Causant comme on rigole, à la mode rétro…

* Pierre Gamarra (1919-2009) auteur, entre autres des recueils La Mandarine et le Mandarin (1970) et de Salut, Monsieur de la Fontaine : Fables nouvelles (2005).

lundi 10 août 2020

P'TIT BILLET D’ÉTÉ 21

Bel esprit, bonne plume, pas assez pieuse
Pour des temps dévots mais instruite par trop
Pour des temps incultes qui les suivirent au trot,
Anne-Marie* comtesse et conteuse, railleuse
De ton, libre de corps et de cœur, en vitraux
Tu ne finiras pas. Mais nos bons bourgs castraux
Ont besoin d’aristo’ comme toi : chamailleuses !

* Anne-Marie de Montgeroult, comtesse de Beaufort d’Hautpoul (1763-1837), auteures entre autres, de Poésies diverses (dédiées au Roi, 1820) et Contes et nouvelles de la grand’mère, sous-titrés « le séjour au château pendant la neige » (2 vol., 1822 et 1823).

samedi 8 août 2020

P'TIT BILLET D’ÉTÉ 20

À Romain Nicolas du Houllay

Avec tes fables en vers français, mon bon Nicolas,
Tu nous as réjoui le cœur et apaisé l’âme,
En offrant surtout aux oiseaux meilleure fame.
Tu donnais tort d’un mot , d’un trait aux ingrats,
Aux envieux qui, tout et toujours, amalgament,
Toi qui disais que sans cesse s’affliger, Dame,
« C’est offenser les dieux* » de nous tous si las.

* La tourterelle & la pie, Fables en vers français (1804)

jeudi 6 août 2020

P'TIT BILLET D’ÉTÉ 19

« Quelle erreur fait compter la beauté pour un bien ?* »
Chanta Antoine que Florian éclipsa
En un temps trouble et troublé où le vaurien
Voulut fonder « la Républque du Tigre »
For l’avis et la vie du peuple des bêtes. Bigre !
Ami, il faudrait dépoussiérer tout ça,
L’exhumer et nous le rendre enfin. Et fissa !

*Antoine Vitallis, Le papillon & la rose (XXVII), Fables (1794)

mardi 4 août 2020

P'TIT BILLET D’ÉTÉ 18

Tes fables et contes moraux ont chu dans l’oubli,
Barthélémy* : la mémoire est maîtresse traîtresse.
Où est passée la plume de ton bel esprit ?
Le lièvre toisant un fusil, tout mépris ?
L’habit causant à l’oreiller, un incompris ?
La girouette morguant le moulin, en prétresse ?
Et ce fat cerf-volant à l’esprit affaibli ?

* Barthélémy Imbert (1747-1790) : Fables nouvelles (dédiées à Madame la Dauphine, 1773), Choix de fabliaux mis en vers (2 vol., 1788) et  Contes moraux (2 vol., 1806).

dimanche 2 août 2020

P'TIT BILLET D’ÉTÉ 17

Tu finis aveugle en un siècle de Lumières,
Mon pauvre Antoine, toi qui, las, partais toujours
La plume au clair dans la mêlée, frappant œillères
Et battant préjugés. Mais en nos si beaux jours.
Qui se souvient donc que, pour toi, « l’ennui
Naquit un jour de l’uniformité* », Mon Frère,
Et que tu fus pour l’opéra père avant ta nuit ?

* Les amis trop d’accord (XV), Antoine Houdart de la Motte (1672-1732), Fables nouvelles, 1719.