Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

samedi 25 mars 2017

L’ÉTRANGE ÉTRANGER

Petite fable affable

Ras de poil mais pas à court d’idées,
Pour être accepté en notre monde,
Un rastaquouère tout bridé
Décida d’apprendre, avec sa blonde,
Notre langue et en fit un sabir,
Un baragouin prompt à ébaubir,
Que d’aucuns décriaient à la ronde.
C’était un cocasse patois
Dans sa bouche que cette onde
De sons, dégouttant comme eau d’un toit,
Avec cet accent d’ailleurs qu’on remarque
Et qui, encore et toujours, le marque.

« Salmigondis » et « Amphigouri »
Disaient, en fronçant leur nez, les bonnes
Âmes du pays, cachant leurs ris.
Ceux qui n’avaient pas fait la Sorbonne
Y votaient « charabia » et « jargon »
Digne de quelque obscur Patagon.
Rouge comme un souffleur de trombone,
Notre apprenti faisait bon travail,
Tournait ses phrases comme à Lisbonne,
Mais son galimatias, aïe-aïe,
Faisait rire ou fuir. C’est facile !
Il restait « l’inculte », « l’imbécile »,…

Mais plutôt qu’à railler ses essais
De ce bon « métèque », et sans vergogne,
On aurait du le louer : il sait
Sa langue et, là, il apprend, sans grogne,
La nôtre, besogne malaisée
Fût-on un érudit avisé.
Déçu, il partit aux cigognes
En disant à ses détracteurs,
Habitués du percolateur,
Qui en firent une drôle de trogne :
« En toute chose jaugez l’effort
Et jugez des progrès en renfort :
Le chemin plus que le but importe…
Avec les étapes qu’il comporte ! »

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