Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

samedi 13 octobre 2018

LE LAURÉAT

Petite fable affable

Un bachelier n’aimait guère labourer
À ses épais opus qui vous sont les mamelles
De tous les savoirs, préférant échauffourées
À l’aride philosophie et, pêle-mêle, 
Les mondanités aux saines Humanités,
Les filles publiques à la sèche rhétorique,…
Baillant attention et assiduité
Aux mots pratiques plus qu’aux maux théoriques.

À l’école de la Raison, il n’apprit
Nulle leçon allant de bordeaux en taverne,
Affairé tant et tant, arborant grand mépris
Pour tous les studieux, ermites en caverne.
Grande vie et petite vertu ainsi décorent
Au quotidien jeux et joies assurément.
Pourquoi donc tant fatiguer un esprit jeune encore ?
Il pourrait, las, s’user fort prématurément !

Il laissait tous les soins pénibles de l’étude
Au glaneurs de lauriers, ces vains lauréats
Impécunieux n’ayant pas sa latitude :
Il offrait, et sans compter, en alinéa
À ses copies de quoi huiler la conscience
De ses correcteurs, diplômés comme doyen.
Graisser le poignet à qui de droit est science
Toutes les fins justifiant quelques moyens.

Ainsi notre escholier eut par son jeu d’épices,
Bien plus que par la valeur de son labeur,
Un examen académique fort propice
À en faire un docteur, honoré du saint sceau
Du ministre, qui se sait sot paré d’un titre
Usurpé. Toujours, il réplique aux commensaux
Curieux de sonder ce cerveau de bélître :

« Pourquoi donc m’interroger plus avant :
Le parchemin ne fait-il pas le savant ? »

vendredi 12 octobre 2018

jeudi 11 octobre 2018

JAMB’HAÏKU

J’ai parfois commis des gestes regrettables que je n’ai, pourtant, jamais regrettés !

SUS CAMIS D’ENFANÇA

Cycle toulousain

Nos Anciens, en leurs vertes années délavées
Par le temps, faisaient sonner au pavé de leur village
Leurs esclops, martelant comme des sabots clavés
De cavale les camis fangueux des verts parages
Menant vers l’école, loin des terres emblavées,
En pèlerine bleue, béret vissé sur la teste
Pleine de la veillée d’hier au soir qui reste !

Là, dès la pique du jour, estéquits et grandets
Blouse grise, culottes courtes, chaussettes basses
Ces drolles allaient, guiboles grafigniées et dos dret, 
Genoux tout rouges ou bien écorchés, mine lasse
Mais nez qui rebique, par carrièras, pauvrets
Se trantolant, s’espatant - car on n’a pas la pète ! -
Jusqu’à ce que l’on voie le régent qui se la pète !

Il fera chouiner les drollettes et les titous,
Punira les goujats picaniers ou farnouse
Qui courent toujours à toute blinde, bestious,
Et les ceusses qui font les piots, celles qui gloussent,
Les galapians qui en classe font entrer un gous,
Pour qu’il fasse du rambal et se pailler de rire
Quand il trifougne partout, pastiche tout… ou pire !

Ces bécuts, vers leur tute, partiront, à fuste, au soir,
Courant, même les grandasses, par les rampaillous,
Jouant à monto-dabalo, il vous faut voir
Comme, ou à roule-barricot, tous plus canaillous.
Au risque, ces mécuts, ces madurs, sans tant surseoir
De s’atchouler, de se péter le caillou, ils dézinguent
Leurs frusques, ces fadas qu’être libres a rendu dingues !

Une fois à l’ostal, mâchés de s’être réchés,
Fallait se parer les paterles car maman rone :
« Boudu con, ils sont tout crottés ! » Et plus, mal léché,
« Mille dious de mille dious ! » papa ruque et tonne.
Esquintés, on a espouti les cluques espanchées,…
Il en a son sadoul de ces gaffets tartignoles :
La tatane vole haut et bas la torniole !

Seule la ménine ne fait pas le mourre : « Pauvrots,
Vous arrêterez de trafiquer avec vos tuffes,
Un de ces jours ? Vaï, on dirait des peilharots :
Pandourel au vent, pantalon pétassé !… Ah puf,
Tous ces traoucas, vous voilà pas fiérots,
Attiffés tout comme des gitous ou des pignouffes ;
Vous n’êtes plus des pitchouns, alors faîtes moins d’esbrouffe ! »

mardi 9 octobre 2018

HAÏKU’N GÉLO

Tous les gens givrés ne sont pas des cons gelés.

LE LOUP SOUVERAIN

Petite fable affable
Cycle pyrénéen

Un loup régnait sur des vaux et des monts
Où paissaient bêtes à cornes et à laine
Payant tribut à ce cruel démon
Douze fois l’an, comme d’usage en plaine,
En chair fraîche. Et de son piémont,
Jusqu’aux plus hauts et lointains amonts,
Sa loi s’exerçait sans aucun partage
Sur les habitués du vain broutage
Comme sur les animaux sauvages
Qu’aucun homme ne mit aux pâturages.

La devise du sanguinaire glouton,
Qu’il demandait à ses émissaires
D’appliquer, était : « Tondez le mouton
Sans l’écorcher : on n’est pas des corsaires  ! »
Ce que faisaient fort bien ces Tontons
Macoute-là, même les faux-jetons,
Leur maître étant aussi intraitable
Avec eux qu’avec ce bon gibier d’étable
Qui finirait un jour à l’autre à sa table
Et pas comme convive. Inévitable !

Or, un matin, notre terrible roi
Décida d’aller visiter un parent proche,
Habitant de lointaines roches, en proie
À une révolte de ses sujets, des gavroches
Sans feu ni lieu n’ayant plus effroi
À s’opposer à un souverain fort froid
Pourtant, impiteux et non moins tyrannique.
Pour s’éviter une pareille panique,
Notre garou laissa là sa meute à triques
Pour surveiller sa si paisible clique.

Alors tout ce bon peuple de valets,
Avec emportement, la mâle bête
Étant enfin loin, s’en prit, sans délai,
À ses sicaires, ses fils en tête,
Prêts toutefois à revenir vils agnelets
Et simples veaux, si son rocheux palais
La voyait, un beau matin, reparaître.
On eut de la Liberté le paraître,
Elle n’allait de sitôt disparaître
Débarrassé du lupin et de ses reîtres.

Si l’Ysengrin ne reparut jamais.
Un ours s’en avisa. Ce bon compère,
Avec ses pairs, mit lors prés et ramées
En coupe réglée pour un règne prospère
Au cri de : « Rasez de près le mouton
Puis le dépecez, c’est de bon ton ! »
On comprit dans ces verdureux parages
Que du Succès on se méfie : l’adage
Veut qu’on perde souvent son avantage
À ne voir qu’il peut apporter dommages !

dimanche 7 octobre 2018

HAÏKU DANS L’RÉTRO

Les gens vraiment remarquables se font rarement remarquer.

DÉSORMAIS

D’après Désormais de  Georges Garvarentz & Charles Aznavour

Désormais
Nous ne pourrons plus t’entendre
Désormais
Tu ne seras plus qu’une ombre
La Mama pouvait bien attendre 
La bohême en est dévastée

Désormais
Ta voix ne dira plus je t’aime

Désormais
Rue Sarasate i’y a pénombre
Et chez nombre de pigeons même
On pleur’ « les belles à regarder »

Jamais plus
Le haut d’l’affiche ne t’reverra
Emm’né au loin des caméras
N’as-tu pas oublié qu’on rest’ra ?

Jamais plus
Ami ou amours n' te feront heurts
Et pour les emmerd’ c’est plus l’heur

Car tu restes
À jamais

Désormais
Dans des chansons qu’on a fait nôtres

Désormais
Nous fredon’rons com’ d’habitude
Mais un peu plus triste l’apôtre
Que tu ne sois plus ici-bas

Désormais
Il rest’ra de toi quelque chose
Désormais
Pour meubler nos turpitudes
Habiller la solitud’ de rose
Tout’ ces choses étant de toi 

Car tu restes
Désormais
Même si on peut plus t’entendre
Ou s’il faut l’oreille plus tendre
Tu aurais pu un peu attendre

vendredi 5 octobre 2018

ÉTRANGEMENT HAÏKU TRÉS

Les gens qui se disent « cash » sont souvent « trash » !

LE POULET GRILLÉ

Petite fable affable

Chacun le sait : « Mieux vaut poule d’aujourd’hui
Qu’œufs de demain ! » C’est d’avoir oublié, un soir,
Cette maxime qu’un poulet en fut réduit
À voir le ciel tomber sur sa crête, houssoir
Déplumé depuis, quoiqu’il ait gardé l’ego
Plus tranchant et plus piquant que ses deux ergots.

Ce bon gallinacé s’ennuyant dans sa cour
Et se croyant belle et bonne plume, ma foi,
Avait contacté en masse, pour faire court,
Tout ce que l’édition comptait autrefois
De rapaces et de buses. Et tous, malins,
Lui promirent d’être coq, le verbe câlin,
 Du jour au lendemain, qu’il règnerait bientôt
Sur un gras et bon tas de fumier fumant,
Contre une des plus maigres parts de ce gâteau
Que seraient ses droits de hauteur du moment.
Et ce temps glorieux lui viendrait au plus tôt…
On n’attendait que le talent de ses romans !

Les plus filous lui firent débourser son bien
Car seuls les vrais fous, hélas, ignorent qu’il faut
Donner un peu pour gagner beaucoup et ô combien.
Ce fil à la patte était coutumière faux
De ces renards emplumés ayant si bon bec
Que le plus prudent croit en leurs bons salamalecs.
Et c’est ainsi que juchés sur un petit tas
De bouquins achetés à prix d’or par ses soins,
Ignorés même du plus érudit des rats
De bibliothèque, se morfond, dans le besoin
Jeté par ses rêves, notre poulet peu gras,
Risée de sa cour, de sa défaite témoin.

Combien, comme lui, sacrifient, un jour,
À leur simple mais avérée tranquillité
Une possible et fumeuse prospérité
Dont ils se mordront, hélas, les doigts pour toujours  ?

mercredi 3 octobre 2018

TOUCHÉ HAÏKU’LÉ

Les gens débordés nous inondent !

IL FERAIT BEAU SE RAMENTEVOIR…

Mon passé gît dans l’ornière
En haillons, comme pauvre hère.
Ma mémoire vit entre oubli
Et lacunes comme affaiblie.
Entre absences et carences.
S’abandonne ma remembrance ;
Tout n’est plus que ruines et trous,
Échos restées sous le verrou,…

Mes souvenirs meurent en fondrières,
Débris épars ou poudrières,
Photos voilées, histoires ombrées,
Restes, vestiges pénombrés,…
Au mémorial d’un passage
Sur Terre qui ne fut si sage.
Ma chronique qui l’écrira ?
Mes annales qui en rira ?

Me fuient mes réminiscences,
Et me quitte ma souvenance…
Et les reliques de mon temps
S’effacent par instants, pour longtemps,…
Omissions devenues manques,
Absences. Dans la bonne planque,
Tout n’est plus que ruines et trous,
Images restées sous verrou,…

lundi 1 octobre 2018

HAÏKU’ILLON

Souvent, « On » est un con censé !

L’HONNEUR DU PAON

Petite fable affable

Dans le bourgeon de son âge, insoucieux,
Un jeune paon paradait sous les cieux
Avec du gibier de gibet, petit 
Bois de bûcher et autres grands abêtis,
Pour la plupart plus miros que vraiment louches
Et l’esprit plus tortilleux que tortueux.
Vanteries et jaserie toujours en bouche,
Ce n’était pas là concours de vertueux !

Notre oiseau de Vénus, tout à sa piaffe, 
Maillotinier, riant moins qu’il ne s’esclaffe, 
Haut à la main, crête jamais rabattue,
Cherchait noise comme chasseur en battue,
Trouvant qu’on le toisait ou qu’un vain murmure
L’offensait, son fol orgueil pour toute armure :
La modestie n’entrant en sa complexion
Il ne rêvait que pugilat coups et gnons.

Tant que notre morveux morguait la volaille
Et tant qu’il ne s’en prenait qu’à la poulaille,
À bon compte il lavait, céans, son honneur,
Sans trop besogner essuyait tout affront.
Le chien du coin voulut à son jeu le prendre :
« Trop jeune pour savoir mais pas pour apprendre 
Tu vas de la retraite te faire sonneur,
Et savoir quel fumier est ton “honneur” ! »

Le cerbère lui sauta sus, asséna
Insulte et offense devant le sénat
De la basse-cour. Le paon n’y voyant goutte,
Ne comprit miette à son dessein sans doute :
Il provoqua tantôt Médor en duel,
Quoique  fort griffu et réputé cruel.
À voir cela, les bêtes se faisaient fête
Pariant sur la prompte et paonne défaite.

Notre emplumé comprit, mais un peu trop tard
Que le champs clos scellait sa vie de vantard,
Il s’enfuit vite au loin d’un pas plus leste
Qu’il n’en avait, hier, appétit, du reste.
« Qu’il départe s’il veut, ce prétentieux
Et à sa sécurité pourvoie, ocieux,
Et combien aurait-il été moins sage 
Que ça ne changeait rien à son “courage”.
Il en est ainsi quand l’Honneur, mot à révérer, 
Est un anneau d’or passé au groin d’un goret. »

dimanche 30 septembre 2018

HAÏKU DE FEEL

L’enfance s’extasie au mythe d’Anastasie comme la jeunesse s’anesthésie vite au rite d’ecstasy.

samedi 29 septembre 2018

HAÏKU’R MET

Mieux vaut faire avis que piété !

FOLLE JEUNESSE ?

Petite fable affable

Un galapian de mes amis,
Si menteur qu’on ne le croyait mie 
Quand il disait le vrai, sans largesses,
Mais sans non plus de petitesse,
Oscillait entre sage folie
Et folle sagesse. Cette lie
Était pourtant un fin philosophe,
Qui me plaisait dans ses apostrophes.

La vie n’avait posé de licou
Sur son col qu’elle roua de coups.
Il aimait à la franche marguerite,
Maudissant soutanes, guérites,…
Allant son pas, à l’étourdie,
Du samedi au samedi
Parmi vivandiers en grappe
Agrippés, au bon gré d’agapes
Tant grivoises, à un triste sort
Leur brisant toujours tout ressort.

« Cornedebœuf et vin en quarte !
Si la Vie distribue les cartes, 
C’est toi, et toi seul, qui les joues !
Alors cesse de gonfler tes bajoues
Pour hucher ou pour huer contre
Et préfère l’agir au subir,
Trêve de mots et de sabir ! »

C’était là, pour l’entour, son dire
Mais rajoutait-il sans tant médire :
« Ne clochons avec les boîteux,
Ne bavons avec les piteux :
Si naître homme est des plus faciles
Être Homme est plus que difficile
Alors mène ta barque vers ailleurs,
Vis en espérant le meilleur
 Et en te préparant au pire*…
Mais surtout vis comme on respire ! »
 * D’après Fernando Pessoa.

vendredi 28 septembre 2018

jeudi 27 septembre 2018

HAÏKU AU CŒUR

Je ne suis pas d’une nature anxieuse mais tout ce qui ne m’inquiète pas me porte soucis !

DES HALLIERS AUX CLAPIERS

Petite fable affable
« L'homme est comme le lapin, 
il s'attrape par les oreilles » (Mirabeau)

Des lapins las voulaient changer de vie,
Gouvernés qu’ils étaient, en leur garenne,
Par la peur et, pis, le manque, la reine
Et le roi de leurs malheurs. C’est l’avis
Général donc certitude pérenne.

Et comme on aime assez le changement,
Chez les rongeurs de nos vertes campagnes,
Mais que l’on y craint le dérangement
On ne s’enquit point de ce que compagnes
Ou marmots cuidaient. Étrangement.

Arrivés de loin et groupés en horde, 
Il y avait peu, des nouveaux venants,
Gens de peu, voire de sac et de corde,
Assurément tous de vils vaunéants,
Troublèrent leur paix et, las, leur concorde.

C’était trop, il fallait quitter guérets
Et forêts pour, colombine simplesse,
Des clapiers où toujours les denrées
Sont assurées où, malgré l’étroitesse,
Le calme offre sureté sans arrêt.

Finie la peur du chasseur et des chasses,
Voici luzerne, plantain et sainfoin !
Fi de fuite et donc foin d’angoisse,
Vive donc l’éleveur - et ses bons soins -
Pas moins assassin que qui vous pourchasse !

Or nous Hommes, comme ce gibier,
En votant, un matin, pour que tout change
Pour, ainsi, du pire nous délier
Nous n’avons de nouveau que qui nous mange…

mercredi 26 septembre 2018

mardi 25 septembre 2018

HAÏKU L’AIR

Les ignorants paupérisés font de la démocratie la dictature des sots argentés.

L’ESCAMOTEUR & LE SERVITEUR DE L’ÉTAT

Petite fable affable

Un magicien un brin manipulateur,
Las claquemuré dans la conviction
D’être le meilleur de sa profession,
Rencontre un ministre prévaricateur
Vivant tout cadenassé dans la croyance
D’être le plus truand et profiteur
De son espèce. Question d’expérience !

Narrant leurs exploits et mérites ici-bas, 
Nos escamoteurs se vantent à tous vents
Non sans user, sur ce point fort connivents,
D’offenses, d’insultes et d’huants « À bas ! »
Contre les naïfs et autres proies pitoyables
Devenues victimes de leur mine ou tabac,
Et donc, en cela, tous pleinement coupables.

Notre illusionniste et l’autre galeux
Ne sont que fâcheries qu’on leur en voulût,
 À eux. Certes, ils étaient d’or, tous deux, goulus
Mais ce qui était le plus scandaleux
Pour eux, c’était d’être bête et, le drame,
Sot à se faire plumer ou bilieux
Idiot à se laisser piper au trou-madame,…

Nos deux prestidigitateurs en riraient
Sans qu’un pesteux qui, matin, vint à eux,
Culotté, quémandant obole au creux
De sa sébile. Ils partirent comme un trait
Songeant dans leur particulier, compères,
Qu’il était de ces gens au sans gêne outré,
Insufférables et à fuir comme épeires.

La scène se passa Place du foirail.
Une plèbe de gueux, muets, mal-contents,
Faisant piteuse pitance tout le temps
Sans rechigner, ce n’est pas un détail,
Au travail, faillit écharper ces comparses
Causant sans vergogne voleries à bail
Noulant aider qui savait des traverses.

Contre le mal acquis l’on est sans rancune
Si qui s’enrichit par d’odieux méfaits
Veut, un beau jour, par quelque bienfaits
Faire pardonner son injuste fortune.

dimanche 23 septembre 2018

HAUTE HAÏKU’TURE

Quand le tailleur est ailleurs, la modiste n’est plus modeste.

DE L’AUTRE CÔTÉ DE LA RUE

D’après De l’autre côté de la rue (Michel Emer) chanté par E. Piaf

Au chômeur qui musarde,
Au gars en fin de droit,
Le Président hasarde
Que du boulot y’en a
Pourvu qu’on se trantole
Pas, et pas plus qu’on soit
Un guignol tartignole ;
Il faut sortir d’chez soi
Car du taf y’en a au kilomètre,
Mais que ce turf, si c’est pas malheureux,
Trouv’ pas preneur et s’il peut se permettre,
Qu’on est fainéant, Grand dieux !

Quand d’l’aut’ côté d’la rue,
On travaille,
- Ça’t’la baille ? -
En chantier, au resto’,…
Et mêm’ qu’on en peut plus.
D’l’autre côté d’la rue,
On a d’l’argent, une maison, des voitures,
Du respect, des amis,… loin d’la dure
Car d’l’aut’ côté d’la rue
Oui on travaille,
L’heureus' trouvaille !

Boug’toi donc les miches, et fais un pas de plus
Vers l’aut’ côté d’la rue.
Fais plus ta moue chagrine,
Tu vas bosser, crois-moi,
Et bas courber l’échine,
Qu’il pleuve ou fasse froid,
- Ne rêve pas d’avantages ! -
Où, sans rouler sur l’or,
T’apprendras à êt’ sage
Et docile com’ Médor
Parce qu’on t’aura donné ta chance !
Fini d’tendre la main, d’coasser,
C’est com’ça que l’éco’ on relance :
Tes droits ? C’est du passé…

Car d’l’aut’ côté d’la rue
On travaille,
On s’boug’, canaille !
Ton diplôm’ vaut misère :
Saut’ donc dans l’inconnu !
D'l'autre côté d'la rue
Tu vas bosser, payé au lanc’-pierres,
Puis on t’jet’ra, comme une serpillère
Car d’l’aut’ côté d’la rue
Tu s’ras val’taille,
L’temps qu’on t’us’, bleusaille !
Car d’l’aut’ côté d’la rue
Et oui on travaille,
Jusqu’à ses funérailles !

Vivre un jour cett’vie, qui en rêve Glandu ?
Car l’aut' côté d'la rue
Tu le connais à peine
Moins qu’t’en causes, ma foi,
Mais va y fair’ ta s’maine
T’en parleras mieux je crois.
En tout cas, pas de même
Que t’as fait, Matador
Et Jeteur d’anathèmes !
Ne l’ouvre plus à tort
Et à travers, sinon c’seront tes fesses
Qui vont traverser la rue, au ras
Le bol des « Gaulois » que tes promesses
Ont floué, mis à bas :

Et d’l’aut’ côté de la rue,
Tu compteras tes cliquailles,
Viré par la pagaille
Que tu auras causée,
À forc’ de nous caser
D’l’autre côté de la rue.
Un Président, Cher Monsieur, ben ça œuvre
Et pas qu’à faire avaler des couleuvres
Du côté de sa rue
Ça travaille,
Pour ceux aussi qui s’caillent,
Qui compt’ le peu qu’ils ont, s’ils ont pas tout perdu,
De leur côté de la rue…