Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

mercredi 7 août 2019

P'TIT BILLET D'ÉTÉ 4

Comment peut-on vivre,
Même au jour le jour,
Sans ouvrir un livre ?
Ses pages délivrent 
Du mortels séjour,
De certains toujours,…
Et donc de survivre.

lundi 5 août 2019

P'TIT BILLET D'ÉTÉ 3

Écrire ce sont des traits, des ratures,…
Des lignes que l’on casse et fracture,
Des pâtés et des tâches surtout.
Écrire aussi c’est graver partout
Des boucles et quelques traits, en facture
De pleins et de déliés. Et tout
Le reste… n’est que littérature.

samedi 3 août 2019

P'TIT BILLET D'ÉTÉ 2

Qu’est-ce, l’ami(e), que la poésie
Dans un siècle qui anesthésie
Le goût de l’instant au vol saisi ?
C’est, dans notre monde d’amnésie,
Sous cent sons faits sens, la frénésie
Des idées voire une fantaisie
Cachant une authentique hérésie…

jeudi 1 août 2019

P’TIT BILLET D'ÉTÉ 1

Comment donc raconter l’ineffable,
Railler le Grand, le sot ou les mœurs,
Tout en restant courtois et affable ?
Et comment, sans jouer les semeurs
De zizanie, ni sans male humeur
Dénoncer sans paraître blâmeur ?
Mais, Grands Dieux, grâce à quelque fable !

mercredi 31 juillet 2019

HAÏKU DE JEUX

J’ouïs la joie de qui, cheveux de jais, me tenait jà en joue par jeu le jour J au jus… et j’en jouis.

DIZAINS PAS ZENS

Au bout des quais de grandes villes épuisées,
Prises dans les filets du banal, j’ai puisé
Le désir de m’envoler, là-haut, vers d’autres lunes,
De partir seul, toujours plus loin, vers d’autres fortunes,
Au-delà des horizons qu’elles me proposaient,
Des rêves standardisés dont elles arrosaient
Mes nuits et mes espoirs pour qu’y germe encore
Le désir de me lever pour affronter, l’âme hardcore,
Un tout nouveau jour, pourtant pareil aux précédents,
Semblable hélas à ceux qui suivront. Sauf incident.

Au bord de ces routes qui ne mènent nulle part
Tu songes sans fin à des ailleurs sur le départ,
Préfabriqués dans les usines à rêves d’un monde
Aseptisé, privés de sens, de valeurs, immonde
À qui est un conquérant de ces espaces nouveaux
Qui lui font défaut, à qui a vraiment un cerveau,
À qui se sent à l’étroit dans le petit costume 
Qu’on lui taille dès l’enfance et que, par coutume,
L’école ajuste aux besoins d’une société
Qui vampirise sans connaître satiété…

Au fil de ces tarmacs qui vous mèneront d’un bout
Du monde à l’autre, nous tournerons sans vrai tabou,
Mais en rond, autour d’une planète qu’on condamne
À mort pour pouvoir vivre bien, sans cœur ni âme.
Comment échapper à cela sans avoir le tournis ?
S’imaginer un avenir qui ne soit terni ?
La vie est prison sur une Terre forteresse.
Aussi, avouons-nous le sans fard, quelque allégresse
On mette à exister, il n’y aura pas de bout 
À ce tunnel, juste un sursis. Alors vivons debout !

mardi 30 juillet 2019

HAÏ(bri)KU LAGE

Je suis ainsi et n’ai pas l’intention de me refaire car maladroit comme je suis je pourrais me rater.

lundi 29 juillet 2019

HAÏKU DE MASSUE

Le causeur, aussi brillant soit-ils doit-il assumer toujours le fait d’assommer ?

À BON CHAT BON RAT

Édito’ de février pour RuedesFables


          Un poète de haut vol commit une ode, excellente au demeurant aux yeux du Ratapoil que je suis, caressant à rebrousse-poil le Maître de Château Thierry au prétexte qu’en son « Rat qui s'est retiré du monde » (référence), il mettait en scène un rongeur « mahométan » peu enclin à la charité. Blasphème quant à la foi d’Allah et insulte quant au choix de la bête comme au fait qu’il fût rapiat comme pas deux alors qu’il vivait comme un rat en fromage… Ici, de Hollande. Moi qui n’aime pas jouer au chat et à la souris et goûte fort la fable comme l’édam, en jupes comme en pantalons, je me devais de réagir. Non, La Fontaine (1621-1695) ne puait pas comme un rat anti-musulman : il y avait de toute évidence contresens dans cette analyse rasibus du texte.
Ayant en mon jeune temps, avant de devenir rat-de-cave je veux dire, fort côtoyé des petits rats de l’opéra et être devenu, quoique gueux comme un rat d’église,  un vrai rat de bibliothèque, je me trouvais donc, par ces propos marri. Ce troubadour à la plume de mauvais poil n’avait pas compris, à mon sens, que la religion choisie par le fabuliste est une métaphore, comme dans tout apologue qui se respecte quand son auteur ne peut attaquer frontalement ce qu’il veut dénoncer. L’époque où il écrit n’est pas défavorable à la religion de Mahomet ni aux peuples qui la pratiquent (quelques fables sont des adaptations des Mille et une nuits qui fascinent ce temps) même si on s’amuse parfois - sans s’en moquer - de l’exotisme de leurs mœurs (Cf. Molière dans Le bourgeois gentilhomme ou, plus tard, Montesquieu et ses Lettres persanes). Jean La Fontaine, moins consensuel qu’on ne le croit, critique ici les religieux français – que la censure de l’époque empêche de fustiger et il en sait quelque chose (cf. Contes, 1665, 1666, 1671, 1674) – à travers une autre croyance qui lui posera moins, alors, de souci. L’allusion est transparente pour ses contemporains, elle peut paraître moins claire pour les idées et préjugés du XXIe siècle. Ici, il critique les ordres mendiants qui font vœu de pauvreté mais fournissent les moines les plus gras de la Création et dénonce dans une intrigue inventée de toutes pièces - ce qui est rare chez lui -, le refus du clergé régulier en 1675 d’apporter une contribution financière (on appelle cela alors sans souris le « Don gratuit » !) aux dépenses de « la Guerre de Hollande » voulue par un souverain toujours prêt et prompt à se battre. C’est donc une satire qui caresse dans le sens du poil un souverain qu’il a écorné, lui aussi, dans ses « Contes », et qui, tout monarque absolu qu’il se proclame, ne peut faire entendre raison à ces clercs si peu clairs. Il faut donc « recontextualiser » l’œuvre - comme on dit aujourd'hui - avant de la fustiger et d’en donner une interprétation qui ne peut être qu’erronée sans cela : quand le chantre n’est pas las, les souris tancent !
     À bon chat bon rat, je croyais défendre avec courtoisie et simplicité mon digne prédécesseur et maître (soixante-cinq, paraît-il !) car je ne suis pas de ces rats qui quittent le navire même si je ne suis pas comme un rat en paille au jeu de la polémique. Hélas trois fois hélas, notre chantre qui cherchait des poux dans la tête du bon Jeannot, avait des rats dans la sienne ou s'ennuyait comme un rat mort dans son nid : mon commentaire, au contraire, aiguisa sa colère. En effet, il argua qu’attaquer, au-delà de sa foi, une des Religions du Livre, était blasphème aux yeux de ses coreligionnaires (sic) et donc que son ire était aussi légitime que fondée. Que répliquer alors ? Sinon que la fable, sans donner de leçon à quiconque, par principe, met le doigts sur travers, défauts et tares de notre quotidien que ce soit dans le domaine social, politique ou culturel… donc religieux. Si l’on ne veut pas voir en face l’animal qui sommeille en nous, on s’abstient d’en lire !
     Le sieur de La Fontaine, auteur du XVIIe - pas l'arrondissement mais le siècle - je le rappelle, de sa vie n’a sans doute jamais vu un « Mahométan » (il n’y a pas masse de musulmans en France alors !), et donc ne saurait être accusé d’attaquer les disciples du Prophète, même s’il a choisi un rat pour incarner l’un d’eux, image traditionnelle de l’avare, du pingre, du radin,…. de tous poils. Et si les mots importent tant à notre aède courroucé, le rongeur est, ici, moins musulman que chrétien et le dernier vers, en soi, est preuve irréfutable. Ce n’est qu’ironie, laquelle est contenue toute entière dans le verbe “supposer” qu'il emploie à dessein : « Je suppose qu’un moine est toujours charitable » revient à dire « il parait qu’un moine est toujours charitable » ; chose alors considérée comme évidence et dogme dans la Chrétienté toute entière. Cela est choquant – pour ne pas dire insultant – pour le temps où il rédige son œuvre et donne tout le sel de la fable… Son humour est grinçant, je le concède, et l’on est fait comme un rat, à moins de vouloir se dilater la rate, si on le trouve « conservateur » voire « réactionnaire ». Allez tamiser les grains les moins encensés de son fablier, vous en serez édifiés…
     Je n’ai pas réussi à convaincre l’auteur iconoclaste ou mal inspiré qui accoucha de cette souris (point chauve !) et n’en fut payé qu’en chats et en rats : comment s’en étonner à l’heure où les magasins Marks & Spencer sont obligés de retirer de la vente du papier toilette où l’on voit, en légère surimpression filigranée le dessin d’un aloé vera, que certains ont pris, peut-être à dessein, pour la calligraphie arabe du nom d’Allah ? Notre monde et notre temps qui me mettent souvent la rate au court bouillon me paraissent parfois… être une vraie fable !
     Fabuleusement vôtre quand même…

samedi 27 juillet 2019

HAÏKU LEUR

Blanc comme un linge, il est entré dans une colère noire dès que lui monta le rouge au front. 
Et je ne vous raconte pas marrons - et bleus qu’ils firent - quand il fut vert de rage !

LA CHORALE

d’après Les croisades (P. Delanoë, Cl. Lemesle & J. Dassin)
chanté par Carlos réécrite pour le 28 décembre 2018


Les choristes qui étaient las en galère,
Et qu’la galère s’entendait dans leurs chants,
Causaient “beaux jours” distraitement com’ naguère
Et se précipitèr’ sur Sophie en hurlant :

« Qu’est-ce qu’on s’ennuie dans not’ chorale !…
Viens Sophie, nous on en peut plus :
Les bass’ qui tonnent, les haut’ qui râlent,
Les ténors qu’on entend plus,… n’enchantent plus.
Viens nous sauver, c’est ta gageure !
Millediou, on va travailler,
Sous les ramures, dans les W.C.,…
Pour chantouiller com’ les artist’ de la télé ! »

Les choristes que not’ Sophie accompagne
Désormais te font feu de tout bois :
Ils battent fêtes, foires, vaux et montagnes,…
En claironnant, partout, et tous, à plein’ voix :

« Qu’est-ce qu’on s’amuse dans ta chorale
Ah Sophie, nous on en veut plus :
Les bass’ qui sonnent, les haut’ astrales,
Les ténors qu’on n'arrête plus,… tous chantent plus !
On pourrait chanter d’autres choses :
Mozart, Haendel ou Lavilliers
Qu’bergers, bergères, beth chevalher,…
Maintenant que toutes nos voix sont décoincées ! »

Les faussets d’aujourd’hui, les bel canto aussi,
Ont adopté ce chant heureux qui nous ravit :
« Qu’est-ce qu’on s’amus’ dans not’ chorale
Quand on est en répétition…
Pour bass’ qui donnent et haut’ lustrales,
Com’ ténors toujours dans l’ton,… C’est création !
Toutes tes histoires de tessiture
C’est utile et c’est compliqué,
Not’ vie est dure à tant chanter
Mais avec toi, on est tout l’temp à rigoler…

Qu’est-ce qu’on s’amus’ dans not’ chorale
Ah Sophie, nous en veut plus :
Des bass’ qui sonnent, des haut’ astrales,
Des ténors qu’on n’arrête plus,… Qu’veux-tu d’plus ? »

- partie sifflée -

jeudi 25 juillet 2019

HAÏKU DEUX CENTS

Les gens qui ne peuvent plus se sentir se bouffent le nez.

L’OISEAU BLESSANT PEUT ÊTRE BLESSÉ

Petite fable affable

Un geai, à paresser, engraissait.
Il faisait envie à ceux de son arbre,
Éloges ne le laissant de marbre.
Mais qui le moquait très vite lassait :
Qui le rébéquait ainsi des plumes
Y perdrait même s’il en laissait 
Ça et là dans la rixe, l’enclume !

Or le hibou qui trônait tout près
Lui dit, un jour, que la violence
Était danger, comme l’indolence.
Il faillit finir charpie au pré
Pour ces quelques mots pleins de sagesse
Que le geai, las, prit sans plus d’apprêt
Pour une autre insulte à son adresse.

Hors de danger notre sage ailé
Lui prédit un vrai destin horrible
Sous fort peu, étant incorrigible,
Car il serait la cause zélée
De son propre trépas, sans grand doute,
Car selon dicton de ces fêlés
De moineaux qui, toujours, tout redoutent :

« Quand un oiseau regarde bien la flèche 
Qui l’a frappé en vol sans vraiment peiner
Il comprend, trop tard, qu’elle fut empennée
Avec l’une de ses plumes chue en laîche ! »

mardi 23 juillet 2019

HAÏKU’VERTS EN ARGENT

Entrer dans le vif du sujet coupe souvent l’appétit.

UN FAUVE DANGEREUX EST DE SORTIE…

Rapace nuisible, un prédateur rôde
Tout autour de ma maison et des miens,
Il corrode nos jours, nos nuits érode
Et donc, jamais, nulle part, on n’est bien…
Bien plus carnassier que carnivore,
Charognard par goût et par facilité,
Il se nourrit d’un rien, cet omnivore,
Et fait ventre de tout jusqu’à s’empâter…

Cherchant toujours, ici ou là, quelque chose
À se mettre sous la dent, griffe et crocs hors,
Il s’abreuve de sang jusqu’à l’overdose
Et bâfre viande fraîche de tous bords…

Pour ce viandard, il faut que cela saigne
Et souffre chez ses proies, las jamais lâchées,
Jamais repue, jamais calée, cette teigne
Aux aguets voudrait notre peau arracher…

Bon pas ou faux pas, là, désormais on erre,
Sans merci épiés, traqués, acculés,…,
Sachant que rien n’est pardonné aux hères
Qu’on est tous devenus sans affabuler…

Fuyez pour n’être déchirés par cette bête
Pour ne pas être par elle dévorés,
Broyés jusqu’à l’os et laissés sur l’herbette
Car elle ne se contente pas de navrer :
Elle nous poursuit et nul n’y échappe,
Nul n’en réchappe c’est las dans son humeur ;
Un rien nourrit cette renarde qui frappe,
Rien non plus ne la pourrit… la Rumeur !

dimanche 21 juillet 2019

BON HAÏKU DEUIL

On accueille toujours les grosses pointures en grande pompe.

LA PAROLE DU MINISTRE

Petite fable affable

Au pays des blaireaux, un ministre avait semé
Des graines de violence pour résoudre 
Les problèmes d’une plèbe qu’il aimait
Soumise et muette sous peine de foudres.
Qu’importaient mépris, mensonges et oublis
‘Fallait que face à lui toujours on plie.
Il accusait les mécontents, jusqu’aux fourmis,
Des coups que ses butors, bons Tontons Macoutes,
À la volée, offraient - et pas à demi ! -
À ces grognons qui voulaient qu’on les écoute.
Ça ne faisait qu’accroitre, en réaction,
Longs cortèges et manifestations.

« C’est la seule façon de ramener calme
Et sécurité face à ces factieux !
Clamait ce faraud, la stature noble, alme.
Il faut lutter contre les séditieux ! »

Leur colère étant, las, des plus légitimes
À défaut d’être légale, les fâchés
Se mirent au pacifisme, affront ultime
Pour les forces de l’ordre qui ne cachaient
Pas leur envie de châtier, pour l’occase,
Cette témérité de nos kamikazes…

Sur les protestataires les coups pleuvaient,
Plaies et sang faisaient bien mauvaise presse
Mais excitaient les butors à l’air mauvais
Et discréditaient leur maître à bonne adresse.
Aux médias il offrait un front serein
Une lippe amère et un moral d’airain :
« C’est la seule façon de ramener calme
Et sécurité face à ces factieux ! »

Ce blaireau gardait la stature noble, alme :
« Il faut lutter contre les séditieux ! »

Ainsi « la loi du plus fort », même à notre heure,
Est encore et toujours, hélas, « la meilleure » !

samedi 20 juillet 2019

vendredi 19 juillet 2019

HAÏKU CHEZ PRÈS DEUX TOITS

À quoi sert de s’éveiller à l’amour puisqu’on s’endort juste après l’avoir connu ?

MA MÉLANCOLIE

Ma vie n’est qu’un lac de pénombre d’où émerge
Bruissement de longues heures de gamberge,
Craquement d’interminables jours d’ennui,…
Qui me font regretter jusqu’au plus noir des nuits,…
Il ne m’est plus désormais de rive onirique :
Je vis à l’ombre de moi, le désarroi lyrique.

Cette tristesse qui a un accent anglais,
Que Baudelaire a embrassé jusqu’à l’étrangler,
Devient mienne : j’ai le cœur qui s’engraisse,
Et, orphelin de moi, j’ai l’âme qui paresse
Fatiguée de ses je et, plus, lassée d’émois :
Je voudrais lors périr pour me guérir de moi…

Je marche avec mon ombre, parle à mon silence,
La mine des plus sombres, envahi  par l’absence.
Je songe que je n’ai plus grand chose à rêver
Pour me sauver, plus loin encor' dériver,
Balançant jà entre le dégoût du provisoire
Et l’horreur, alors revenue, de l’illusoire…

La désespérance réveille mes nuits,
Endort des jours dont je n’ai que l’usufruit,
Me laissant le goût amer d’un oubli coupable.
Et demain qui ne m’invite plus à sa table
A pactisé avec des hiers magistraux
Qui me rendent honteux d’exister, me font en trop…