Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

samedi 7 juillet 2012

DIALOGUE VIVANT

 « Alors c’est donc ça la vie :
Un miroir aux alouettes,
Des vents en vain poursuivis,
Un horizon fait girouette ?
Une succession de deuils,
Ce, dès la fin de l’enfance,
Quand se meurt l’insouciance,
Alors que l’on est, seuls, qu’au seuil
Des choses, plein d’ignorances ?

- Eh oui, c’est bien ça la vie :
Tout, sauf ce que tu souhaites,
Soucis sans cesse servis,
Ennuis pour lit et couette,…
Ceci, dès après l’accueil,
Où tes rêves d’abondance
Se heurtent aux circonstances,
Jusqu’à l’heure du cercueil
Ou, pis, de ta déchéance !

- Alors c’est donc ça la vie :
Plein de doutes qui vous fouettent,
Et rien qui ne soit obvie,
Et ça, pour des cacahouètes ?
Une succession de deuils,
De peurs et de défaillances
De craintes, de convenances,
Entre faux et trompe-l'œil,
D’espoir, pleurs et délivrances ?

- Eh oui c’est bien ça la vie :
La sagesse des chouettes
Qui garantit la survie
Non le vol libre des mouettes !
Une succession de deuils,
De nuits de sourdes souffrances
Et de journées sans substance,
Des heures de larme à l’œil
Et des secondes de chance !

- Alors, c’est donc ça la vie
Un monde tout en silhouettes,
Un sillon d’inassouvis
Que tu traces à la serfouette ?
Jamais rien dans un fauteuil,
Quelles que soient tes croyances
C’est une très longue errance,
Dont on ne tire d’orgueil
Qu’au terme, à son échéance ?

- Et oui, c’est bien ça la vie :
Regrets à pleines brouettes
Et frustration des envies
Dès l’âge fou des pirouettes !
Une succession de deuils,
De départs, de pleurs, d’absences
Dans un monde d’apparences
De questions,… autant d’écueils
À ce qu’on nomme existence ! »

jeudi 5 juillet 2012

HAÏKU DE DÉ

Vous avez de l’étoffe lorsque,
dans le fil de la conversation décousue
l’envie vous aiguille
d’ourler d’un revers la face d’autrui,
mais que vous savez rester bouche cousue !

LE CHAT CHASSÉ

Petite fable affable

Est-ce incertitude de conduite
Ou alors un caprice du cœur
Un chat, grand traqueur et gros croqueur
De rats, mettant les souris en fuite
À cent lieues de l’huis où, à sa suite,
Un couple logeait, non sans rancœur,
Voit sa maîtresse qui, là, s’entiche
D’une espèce de petit caniche,
Animal de tête mais sans cœur ?!


Oui, ce-dernier, en effet, pour plaire
À ses nouveaux hôtes dénigrait
Le chat qu’il accusait à son gré
De tout malheur et de toute affaire
- Bris, vols et des choses similaires -
Dont le pauvre félin ignorait
Tout. Mais pas le chien. Bien au contraire.
Las, il est, sur notre vieille terre,
Des Exécrables dont chaque trait
Nous pousse à espérer, d’aventure,
Que leur mort ne soit pas trop future.
Le chat le pensait, tant il souffrait.


L’autre avait si bien fait que le maître,
Oyant sa femme, épousait ses cris.
Avec force coups, la voix aigrie,
Il loue, sans rien savoir ni connaître,
Celui qu’elle encense, le chien traître,
Et non l’estimable mistigri.
Le chat, hier si beau, maigrit et pèle,
Ce grief s’ajoute à la coupelle
Des reproches faits au rabougri.


Finies les faveurs. Bête splendide
Surnommée « Perd-ses-poils-le-Galeux »
Désormais par les époux bileux
Et le toutou chéri et perfide,
Moins estimé de ces cœurs arides,
Il s'croyait moins estimable qu’eux.
Il partit donc sous d’autres égides
Sournois, le chien lui lance, placide :
« Ami, sache que pour vivre heureux
Chez eux, la bête doit être seule :
Si tu dois partager : nuis, bégueule,
Aux uns ; défends-toi des autr',  fielleux ! »

EN ROUTE POUR… LA FRIME


Lunettes de soleil et bronzage,
Il joue l’habitué du bar.
Jeune con vieilli, il se targue,
Là et las, d'être une vrai star
Roulant en jaguar.
Lui, il traque, en roi de la drague,
Quelque cougar,
Tout en fringues, bagues et blagues.


À l’aurore, enfin, il dégage,
Plus gris à force de cafard,
Revenu de tout, l'oeil au vague.
Dans un froid sec qui vous élague,
Un matin hagard,
Il cause aux poubelles du vague-
À-l’âme, d’art,
De l’amour qui est une dague,…


Dans une nuit de feux, de fards,
Où il zigzague
Extravagant, sûr de son art,
seul, Il divague…

SALOPARDS, BONSOIR !

À Marina… et à ses frères et sœurs d’infortune


Ça ne peut qu’émouvoir
Que, seul, au seuil de ce soir
Un pauvre moutard,
Traînard et froussard.
Mais l’on ne veut pas voir,
Encore moins savoir
Même par hasard,
 - Pas plus tôt que tard ! -
Que pleurent ses yeux noirs
Car la main en battoir
D’un sombre gueulard,
Toujours en pétard,
Va encore pleuvoir
Selon son bon vouloir,
Celui de son pinard
Qui le rend hagard.

Qu’est-ce qu’il peut valoir
Celui qui, sans déchoir,
En père peinard,
Dans son p’tit plumard,
Ne veut apercevoir,
Le cœur à l’éteignoir,
L’enfant peu bavard,
Apeuré sans fard,
Qu’on mure dans le noir
Et dans le désespoir
Un fond d’un placard,
Sur un lit de foulards,
Dans un coin de couloir,
Sans remords ni mouchoir,
Sans même un regard
Ni peur d’un mouchard ?!

Qui regarde au miroir
Celui qui croit devoir
Punir le geignard,
L’roublard ou l’tocard,
Affirmer son pouvoir,
Brillant comme un bougeoir,
Rosser le bâtard,
L’fuyard ou l’pendard,
Et dont la main-heurtoir
Va bientôt se mouvoir
- Il s’en sent gaillard ! -
Contre le rempart
De bras prompts à prévoir
Les coups et les revoir,
Tout blafards et faiblards ?!…
Il prend son panard ?

Mais comment concevoir
Qu’on puisse recevoir,
Sans se faire cafard,
Pochards et potards,
Tous gibiers d’abattoir
Et fils de dépotoir,
Ces parents fouettards,
Vantards et poissards,
Sans qu’on les fasse choir
Et, cela, sans surseoir,
Leur offrant sans égard
Ni art, et sans fard,
La prison pour boudoir
La cage pour dortoir ?!
Oui, tous au rancard
Sans plus de chambard !

PARESSE DANS LA PRESSE

Ne rien faire, ne plus penser…
Après d’être posé là, attendre
Et de tout effort se dispenser,
Au milieu d’anonymes s’étendre.
Ne plus stresser et ne plus courir
Face à ces flots venus, las, mourir.
Ne rien vouloir, un temps, entreprendre,
Laisser l’été nous récompenser
Et ne plus chercher à tout comprendre
Sous un ciel de nues ensemencé.

Ne rien faire, ne plus penser ;
Le regard vide, ne rien entendre,
La tête en friche ne recenser
Que les mouettes qu’on peut surprendre.
Cesser quelques jours de concourir,
De se dépenser, de discourir.
Fuir les doutes et les maux qu’engendrent
Les coups bas censés vous offenser,
Tous les mots que l’on a cru comprendre.
Et finir d’y toujours repenser.

Ne rien faire, ne plus penser :
Aux souffles chauds ses rêves suspendre
Pour, qu’un jour, le rythme cadencé
Des aiguilles du temps puissent tendre
À broder une heure à parcourir,
Non pas à subir, pour nous nourrir
De dentelle blanche et de soies tendres
Comme cette écume qui dansait
À mes pieds qui vont tout réapprendre…
Mes congés viennent de commencer !

mardi 3 juillet 2012

HAÏKU PERDANT

D’aucuns n’aiment personne…
et il le leur rend bien !

FUNAMBULE NOCTAMBULE

Équilibriste en déséquilibre
J’avance sur la corde d’une vie
Droite et dure où je crois bien marcher libre,
Fil de vie suivie, fil de vie subie,…
- Une vie, quoi ! - où je joue les félibres
De pieds mal assurés en vers boiteux.
Composant, pas à pas, quelques poèmes
Je passe, ni fiévreux, ni vaniteux,
De nuits de blasphème en jours à problèmes.

Je marche, toujours, d’un pas qui hésite,
Si seul, prisonnier de ce que je suis,
De ce que je joue ou qui me visite,
Étranger à ce qui vient, ou qui suit.
Soustrait à ces autres tout en névroses,
Au dessus du néant que mon fil suit ;
Ce trait distrait qui parfois se nécrose
Quand ma voix, sur sa voie, par trop se pose

Fildefériste en déséquilibre
J’avance sur la corde d’une vie
Sèche et rêche qui, dessous mes pas, vibre,
De peurs qui ne seront jamais phobies,
D’espoirs qui s’effilochent fibre à fibre
Alors que trotte le tic-tac honteux,
Irrémédiable comme un anathème,
D’heures enfuies sur un rythme douteux,
Lent et bohème ou rapide à l’extrême.

Attiré par l’abîme qui ne quitte
Pas ma foulée qu’un seul soleil essuie,
Par le vide qui guette ma faillite,
Happe mon ombre, toujours, je poursuis,
Vais en vain, parfois gai, souvent morose
Vers la nuit qui m’attend, couleur de suie ;
Une nuit sans aurore rouge ou rose
Où par moi, ou malgré moi, je compose.

Équilibriste en déséquilibre
Je viens à vous sur ma corde de vie
Avec un balancier de bon calibre,
Oscillant entre bon et mauvais, lubies
Et passions, barre trop lourde et trop libre
D’un bord, au risque de choir, clown miteux,
D’un bord qui n’est jamais vraiment le même,
Quoi qu’en veuillent tous les souffles venteux,
Et pourtant jamais différent quand même…

Illustration : Camille Lesterle, 22 décembre 2014

LE HOMARD & L'ÉCREVISSE

Petite fable affable


Un homard, une écrevisse,
Chez un poissonnier,
Étaient prisonniers
Pour que l’on vît - Quel service ! -
Ces bêtes rougir
De honte et tressaillir :
Qui viendra les élargir
Les faire bouillir
Et les amollir !


Lui, inquiétude 
De l’âme et d’esprit,
Brillait par son prix,
Dans sa servitude
Elle, agilité,
Inégalité 
D’humeur, mitée,
Sans civilité,
N’avait qualité
Qu’en vitalité.


Chacun d’eux passe
Son temps à nuire à
L’autre. Il lui sabra,
Dans leur sombre nasse,
Une pince au moins ;
Elle, sans témoin,
Abîma sans soin
Sa queue en un coin…
Et un bout du groin.


Devant le carnage,
Le marchand solda
Pour en faire accras
Homard à la nage
Écrevisse crue.
Mais nul, dans sa rue,
Ne veut des bourrus : 
C’est mieux, la morue
Et moins incongru !


Alors l’écrevisse
Dit sans embarras
« Gratuit et pas gras
- Elle n’était que vice -
Bisque de homard,
Pour tous les flemmards
Comme les trimards
Et les zygomars »


Venus à la pelle,
Plus de cent clients,
S’arrachent, riant
 - L’exploit interpelle -
L’animal parlant
Vendu dans l’élan
Au prix de l’or blanc ;
C’était un bon plan :
L’affaire de l’an !


La bête vilaine
Finit, ce soir-là,
Lors d’un grand gala,
À l’armoricaine,
Disant, en suée
Et toute engluée,
Sans plus remuer :
« Homard m’a tuer ! »
Sous cris et huées.


L’autre encore habite
Dans leur vieux vivier.
Comme un cénobite
Il se tait sans dévier,
Mais la nuit marmonne :
« Le docte, Ma Bonne,
À moins qu’on le sonne,
Se défie, s’étonne
D’être savant. Conne ! »

MERCI POUR L'ÉCLAIRCIE

Merci pour l’éclaircie et ce soleil qui luit,
Après un jour de pluie, au miroir dépoli
D’une mer qui, sans bruit, déplie ses flots, les plie,
Sous un ciel obscurci, de gris, de blancs, enduit.

Merci pour l’éclaircie, petit clin d’œil fortuit
D’un été éconduit qui, toujours, nous oublie
Sans même avoir séduit nos pauvres mélancolies
Lassées de cette scie que joue l’azur détruit.

Merci pour l’éclaircie qui, chaque jour, réduit  
Le plaisir d’être ici, en repos, hors-circuit,
Surtout qu’on nous instruit qu’il fait beau sur Orly !

Merci pour l’éclaircie qui, peu à peu, s’enfuit
À l’horizon bleui, à l’orée de la nuit,
Et vient rompre l’ennui d’un jour sans embellie.

EN ROUTE POUR… LAS VEGAS


De monuments en carton-pâte
En hôtels au luxe choquant,
L’oasis perdue vous appâte,
Dans les cliquetis du clinquant
Pour les croquants,
Foule des gogos, de touristes,
Se rêvant Khans,
De chanceux que leur sort attriste,…

Mets piquants, filles diplomates,
Décors et sons s’entrechoquant,
- Air sec, soif de l’or déshydratent -
Vous convient, en trinquant,
Joueur craquant
Qui désespère en humoriste,
- T'arrêtes quand ? -
Et traque le sort, les yeux tristes,…

Babylone aux désirs piquants
Et futuristes,
Ni faux ni farce ne manquant,
Mirage en piste !

dimanche 1 juillet 2012

HAÏKU(ille) DU BAC'

Je suis venu, j'ai tout lu et…
j'ai pas eu d'cul !

EN ROUTE POUR… PORT-AU-PRINCE


Pleins feux sur notre pauvreté :
Ici-bas, le monde ne bouge
Que si le sol, sans tendreté,
Tremble et fauche comme une vouge,
La terre rouge
Où poussent, en se bousculant,
Misère et bouges,…
Au long d’un jour, au gré d’un an.


Images de cris arrêtés
D’amas tourmentés à la gouge,
De pleurs, de peurs, de saleté,
De morts mutilés,… et corps rouges,
Dans l’air qui bouge
Sous un ciel de linges ballants,
Nourris de rouge,
Pour de longs jours et autant d’ans.


Oui, nos vie valent moins que pouges :
Rire et allant !
La terre, ici, jamais ne bouge
Au fil de l’an !

LE FURET & LA BELETTE

Petite fable affable


Un furet, confit en foi,
Troubadour de tabernacle,
Fut surpris plus d’une fois
À confier, hors cénacle :
« Charité bien ordonnée
Commence par soi », « Donner
Est le propre du fidèle
Qui a le Christ pour modèle »,
« Chacun pour soi, Dieu pour tous »,
Et autres bons mots mahous
Prompts à moucher les chandelles
Et engranger des rondelles.


Lui, le bedeau bedonnant
D’un très vieux corbeau austère,
Radotant et ânonnant,
Lassé de son ministère,
Administrait, régentait
Seul, tout, d’une main gantée.
Au nom du prêtre, son maître,
Qui envoyait toujours tout paître,
Il amassait dîmes et droits,
À bon et mauvais endroit,
Taxes sur qui vient de naître
Ou va, devant Dieu, paraître,…


On accusait le vieux cagot
Des méfaits mais la belette,
Qui voulait part au magot
- Or, pour Furet, la galette 
N’était pas à partager -
Sans sa peine ménager
Ouvrit les yeux de la ville
Sur les machinations viles
De ce voleur, ce menteur,…
Honni, le prévaricateur
Déchu à l’état servile,
Serré en prison civile.


Le vilain, qu’un pilori
Accueillit, vit la belette
 Le remplacer et chéri
D’un corbeau, toujours plus blette,
Qui dit comme on vomit :
« Qui croit pouvoir faire, Ami,
Seul, sans les autres s’égare
Dans un pénible Tartare
Autant, ma foi, que celui,
Tout de lui-même encrassé,
Qui penserait que, de lui,
On ne pourrait se passer ! »

TEXTE CON DANS SON CONTEXTE

« Un con est un imbécile qui n'a,
de cet organe, ni la profondeur ni la saveur »
Léo Campion


Aujourd’hui, rendons hommage aux cons, cubains ou autres, capables de concourir au titre du roi d’entre eux et qui nous entourent : cons forts et cons nus, cons pressés et cons sommés de se rendre à l’évidence, cons notés et cons primés, cons fessés et cons gelés, princes qu’on sort, cons sus mais tus,… Notre monde balance entre ceux qui le sont un peu ou parfois, comme si on pouvait l’être à mi-temps ou à moitié, et ceux qui le sont vraiment, comme la lune, leurs pieds ou un manche à balai (ces-derniers, ayant pourtant, eux, leur utilité même si les cons servent) mais se sentent cons cernés de cons, osant tout pour qu’on puisse mieux les reconnaître, comme disait Audiard. Vivent les cons tractés par leur bêtise, cons trouvés par hasard ou cons tournant court, cons voyeurs qui, cons, viennent, à vous, cons volés et cons fins, s’il en est… !
La plupart du temps, on les pense sacrés ou consacrés, vrais, sales, pauvres, petits, complètement,… Entre les vieux cons, qui sont les pires car on ne peut rien contre l’expérience selon Pierrot même si le vieux con fait rance, et les jeunes, même à peine sortis du cocon, qui ne sont pas mieux, selon le même auteur, car ils ont l’avenir - et donc le pire - devant eux ; et quoi de plus inquiétant qu’une con descendance car même un bon con formé, devenu con disciple voire frère, est avant tout un con génital. Tonton Georges l’avait dit, en la matière, quoi qu’on pense « le temps ne fait rien à l’affaire », qu’ils aillent seuls et énervés - gare aux cons sanguins ! - ou par paire, s’ils sont toujours, à nos yeux, en bandes qui jamais ne se débandent : les cons tenus se lâchent à tout propos. Essayez donc de converser voire de contrer un très con, con vaincu ou con trop versé, qu’on vexe ! Messieurs, vous qui en avez l’air, vous vous dîtes : « Il est con c’type, eh : à prétendre qu’un raté intelligent vaut mieux qu’un con efficace, il va finir seul comme un con ! ». Sans doute, car ce texte à la con n’oublie pas que, sans déconne, la moitié des cons sont des connes pour qui le con sert tôt car, selon Coluche, « À con promis… bite due ! »

« On est toujours le con de quelqu'un, et tant pis pour lui. » (Jean Dion)

RÉGÉNÉRATION (Carrés rouges & casseroles)

Librement inspiré de Dégénération (Mes Aïeux)

Oui, ton arrière-arrière grand-père
Est venu seul jusqu’à cette terre
Et, Christi, ton arrièr’ grand-père
N’avait que ses os et pas de terre,
‘S’est sacrifié pour que ton grand-père,
Il fasse l’école élémentaire !
P’is ton père eut quelques droits en dus,
Collège, acquis sociaux sans r’en faire
Mais toi, aujourd’hui, p’tit gars, qu’as-tu
Pour vivre et pour te tirer d’affaires ?
Sans fric, ici, t’es nu comme un ver :

Pas qualifié : y’a pas d’job à faire !
C’est la dèche au Pays de l’Hiver,
L’arbitraire vient d’y revenir,
L’saint nom de Charest est à bénir !

Eh, ton arrière-arrière grand-mère
Ne fit qu’des enfants, parfois par paire,
Et que, Tabernac’, l’arrièr’ grand-mère 
En fit autant ; un peu plus prospère,
Elle offrit à tes grand-mère et mère 
D’être secrétaire et fonctionnaire !
Mais toi, ma fille, tu joues du rictus :
Sauf si t’épouses un vieil actionnaire
Plus d’études ; tu s’ras en surplus,
Soumise par les flics, prolétaire.
Jeun’ pousse qu’on abandonne aux vers,
Lois arbitrair’ et iniques espèrent
Tarir ta sève et faner ton vert.
L’avenir du Québec va dev’nir
Proie de patrons à entretenir !


Mais tes arrières-arrièr’ grands-pères
Étaient libr’ quoique dans la misère
Et même tes arrières grands-pères
Savaient Locke et Rousseau, quoique hères ;
Rappell’-toi, tes grands-pères et pères
Ont quitté réserves et repaires,
Pour des plus, des mieux se sont battus.
Ils voulaient qu’vous viviez une autre ère
Qu’celle où, Jeunes, ils se sont débattus
Mais les gens, aujourd’hui aux affaires,
La boîte de Pandore ont rouvert,
Rêvant d’un monde inégalitaire
Où, eux seuls, auraient gîte et couvert.
« L’Printemps Érable » à de qui tenir :
La rue s’enfle d’espoirs, d’souvenirs,…


Vos arrières-arrières grands-mères
Savaient faire valser, ces commères,
Les colons. Vos arrières grands-mères
Savaient jeter ceux qui exaspèrent
Et p’is vos grands-mères et mères
Savaient faire taire les vipères.
Alors, Bell’ Jeunesse, prends la rue
Sous le nez de qui te veux pépère
Nue, résignée ! Gonfl’-toi de recrues
D’chez ces vieill’ branch’ que tu désespères,
Fils et fille d’un pays ouvert,
Quand t’oublies ton passé, tes repères,
Jette aux oubliettes ou mets au vert
 La langue qu’ils ont su maintenir,
Les valeurs qu’elle dit soutenir…