Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

jeudi 21 mars 2019

TROP D’HAÏ(n)KU

La mère espère face à l’expert amer.

LE RENARD D’HUMEUR ESCALABREUSE

Petite fable affable

Alors que le feu des étoiles se lasse
Que l’eau de l’aube les éteint, les proscrit,
Un renard roux fait le guet, c’était écrit,
Le regard envieux et la mine basse.
Il lorgne un pré qui lui est moquerie.
Là gitent tendres agnelets et brebis grasses,
Mais aussi, las, vivent, tous crins et tous cris
Deux molosses fort vigilants à l’humeur crasse,
Qui lui firent la chasse avec maniaquerie.

Bientôt âpres gelées, puis froid austère,
La Mort tapie en son terrier inscrit
Déjà son nom au nombre de ses conscrits
S’il ne trouve à manger vite en cette terre.
Finies course au cotillon, loufoquerie,…
Dépit et cafard gâtent son caractère
Car les barbelés ont causé son décri,
Les chiens n’ont été, quel triste inventaire !,
Que chicaneries et piqueries.

Passe alors, tout près, un furet solitaire 
Qui voit le roué chagrin et là s’écrie :
« Allons compère, lance une jacquerie
Ou pars au loin. Ce sera plus salutaire !
Se lamenter n’apporte pas de plaisir… »

L’autre fait hautain : « Ne suis-je que goule ?
Je médite sans attiser de vains désirs :
Renard prend plaisir à voir passer  une poule
Même s’il sait qu’il ne pourra s’en saisir ! »

mardi 19 mars 2019

HAÏK(r)U STADE

D'aucuns se rongent les ongles jusqu’à s’en mordre les doigts.

AMIS… POUR L’AVIS ?

À Françoise

Je voulais rendre un fervent hommage
À celle qui connaît le mieux mes écrits,
Annote et corrige mes humbles manuscrits,
Amie qui fait que ma plume a quelque ramage…

À celle qui connaît le mieux mes écrits,
Je dois quelques vers faits, ce jour, à la chandelle ;
À qui, sans faillir ni trembler, reste fidèle,
Annote et corrige mes humbles manuscrits

Je dois quelques vers faits, ce jour, à la chandelle
À sa patience aimable, à nos facéties.
Je lui sais gré, lui redis mille mercis 
À qui, sans faillir ni trembler, reste fidèle.

À sa patience aimable, à nos facéties,
Je voulais rendre un fervent hommage,
Amie qui fait que ma plume a quelque ramage
Je lui sais gré, lui redis mille mercis !

dimanche 17 mars 2019

HAÏK(R)U ZILLE

À eaux troubles, reflet flou.

LE VIEUX TIGRE & SES SUJETS

Petite fable affable
D'après H. Cachau, l'Altesse vieillissant…

Sa mort approchant, sa majesté le Tigre 
S’en fut vivre en sainteté de charité
Au plus loin des fastes de sa Cour et, bigre,
Des tentations du monde. Hilarité
Chez ses anciens courtisans ; escorte
Hier flagorneuse, ils lui fermaient la porte.

Espérait-il se racheter ainsi ?… Quelle leçon !
On le fuyait comme s’il eût la pellagre ;
Pire, on lui riait au nez et sans façon.
Le roi est nu, vive le roi ! Au podagre,
On disait  : « On a déjà - et trop - donné ! »
« Votre altesse a-t-elle jamais pardonné ? »

Le souverain déchu cassait peu sa croûte :
Le menu peuple qui lui payait son écot
Le lapidait pour qu’il passe outre sa route,
Aux clabaudages de Grands faisant écho.
Il  ne recueillait plus que refus voire insultes
 Parmi ceux qui lui livraient naguère un culte.

Les huées succédaient aux vivats d’autrefois,
Le monarque n’ayant plus ni croc ni griffe.
Ni chemineaux ni manants ne s’apitoient
Sur qui, dés lors, aurait été escogriffe :
Le grand âge est un naufrage et un fardeau
Qui fait rire godelureaux et coquardeaux.

Le corps vieillit dans la souffrance
Même si l'esprit en sagesse forcit.
Pourquoi y ajouter brocards et offenses
À l’encontre de celui qui, même endurci,
 Voit venir une Mort qui est, las, sans merci ?

vendredi 15 mars 2019

HAÏK(r)U PION

Est toujours bien reçu qui tombe bien.

DANS LA CENDRÉE DES ANNÉES

« Plus je vieillis et plus je trouve qu’on ne peut vivre
qu’avec des êtres qui vous libèrent et qui vous aiment
d’une affection aussi légère à porter que forte à éprouver. »
Albert Camus, lettre à René Char

Le temps va, égrène son long chapelet d’heures.
Dans ce dédale, sous les serpents des néons, 
Comme un simple péon,
Sans toi, j’erre las sans feu ni foi mais sans leurre…

Pour échapper aux constants appétits du temps
Il n’est ma foi que tes regards charmants, Ma Belle,
Ma douce colombelle,
Ma maîtresse d’âme comme égérie d’antan

Le paraitre est ici voué à disparaître
Mais jamais notre amour sans remords ni regret,
Dont je te suis tant gré,
Et qui fait mes riches heures et mes belles lettres.

En mêlant, sans fin, élans du corps et du cœur,
Je m’éveille, matin, à l’aube de ton sourire 
Et, au soir, vais m’inscrire,
Avant de m’endormir, dans tes parfums vainqueurs.

Ainsi passent nos années, ma si tendre épouse
Avec toi, qui sais la poésie d’horizons
Où, en toute saison,
Soupirent les alizés sur de vertes pelouses.

Tu guéris mon art chagrin, sauves ma lyre usée
De sensations et sentiments, par la chaîne
De soie qui nous entraîne :
L’oubli de soi qui attache sans nous lier…

Tu m’as fait des souvenirs, donné une histoire
Au fil des nos ans, cent trésors où puiser,
Jamais épuisés…
Merci pour ce bout de commune trajectoire.

Ce voyage de nos jours où tu rassasies
Mon âme et, qui mieux est, mon esprit apaises,
N’a pas de prix et m’aise
En ces temps troubles, en ce monde d’hypocrisies…

mercredi 13 mars 2019

HAÏK(r)U TON

Pour que te quitte une dette, il faut l’acquitter.

TANCER MAINTENANT

Petite fable affable

Deux animalcules se disputant, sans cesse,
Dans le chaud du moment disaient mauvaisetés,
Une fois le vent de l’oubli passé, regrettées.
Rien n’en vaut de ces extrémités ou bassesses
Où conduisent la lèvre pulsante et le coeur 
Trémulant une ire vaine, toute en rancœurs.

Le premier était grillon de son état.
Poupelet assez, ayant l’œil goguelu et l’âme
Aussi noire que sa livrée, cet excrétat
Était de ceux qui entreprennent, folles flammes,
À peu près tout mais n’achèvent presque rien,
Son faillir étant causé par quelque vaurien.
L’autre était une bondissante sauterelle
Abhorrant tout ce que l’on adorait alors.
C’est raison pour laquelle, prompte à la querelle,
Des plus exagitées, elle prenait milords
Ou ploucs très à rebrousse-cœur, n’ayant en bouche
Que grièvre offense poussant à prendre mouche !

Ces deux-là, détestés de tous et de chacun,
Peut-être plus chattemites, moins opiniâtres
En leur méchantise, sans nul complexe aucun
S’entendaient comme foireux larrons, prou folâtres,
Leur nauséeuse misanthropie fuyant l’ennui
En chattonnies ou vilenie jour comme nuit.

Leur pays étouffé de verts et tout fait d’ombres,
Accueillit un escargot chassé par la faim
De lieux circonvoisins comme un bon nombre
Des siens ; il portait sur ses épaules, sans fin,
Tout le malheur de la Terre en plus des misères
De ses pairs, avec l’air las qu’ont les pauvres hères.
Tout œil et toute ouïe, la sauterelle et le grillon
Eurent le bon goût de lui souhaiter de prime,
Avec leurs mots faits banderilles à barbillons,
« La bienvenue ». Alors on cria au crime,
Chez tous les autres insectes, pour une fois
Outrés de concert du fiel de ces sans foi.

La sauterelle le prit de haut et, d’un enthymème,
Répliqua à qui cherchait noise à grand bruit :
« Un être vain qui est si mauvais pour lui-même
Comment pourrait-il être bon pour autrui ? »
On les chassa au cri de : « Qui nuit aux autres
Ne saurait rester longtemps, ici-bas, des nôtres ! »

Illustration : Élisa Satgé, été 2019

lundi 11 mars 2019

HAÏK(r)U LENT

Pensée marrante ne fait pas ma rente.

MA CAMPAGNE

La campagne t’accompagne
Dans tes vers et dans tes chants
Tout est nostalgie des champs
Ta campagne est ma compagne
Sans mélancolie des fleurs, 
Sans verser de pleurs
La campagne t’accompagne

La campagne est compagnie
Pour ceux qui ont eu la chance
De ne la voir qu’en vacances
Leur campagne est du Vigny
Elle est labeur la mienne,
Pas hippie, bohémienne
Ecolo’ et compagnie…

Celle qui est ma compagne
Par destin, sans choix usant,
Et pas par goût paysan
Et c’est pas toujours « Champagne ! »
Avec son « bon vieux temps »
Qui m’entrave à chaque instant
Pas plus qu’château en Espagne !

dimanche 10 mars 2019

HAÏK(s)U’TET

Si une potiche te laisse en carafe parce qu’elle s’est cassée - sur le ton de : « Allez mon broc, laisse pichet ! » - lequel des deux est le plus cruche ?

samedi 9 mars 2019

HAÏK(r)U PIED

Les regards de braise sont pour ceux qui n’ont pas froid aux yeux.

LA FIN DES CIEUX

Petite fable affable

Jupin, sans ménager ses méninges
Offrait à foison à tous ces singes
Imparfaits qu’on appelle les Hommes,
Comme tout bon souverain en somme,
Dons, pensions, gratifications
En échange d’ostentation
Dans leurs courtisanes courbettes
Et leurs hommages appuyés.
On a tous, des cieux à l’herbette
Faille ou faiblesse qui font ciller !

Avec déférence et révérence,
Chaque jour qu’Il levait, bon ou rance,
Les Hommes faisaient leurs civilités
Et selon les formes habilitées,
Mais sans divine reconnaissance.
Cela fit noise et donna naissance
À riots qui, renversant ce tuteur
Ingrat, fit crier donc à la Fronde :
« Combien comme Toi, las, confondent
La grandeur avec de la hauteur ! »

vendredi 8 mars 2019

jeudi 7 mars 2019

HAÏK(r)U TEUX

J’ai horreur des verres à pied, il pourraient se casser avant que j’en ai fini avec eux !

LA MAISON OÙ J’AI GRANDI

D’après La maison où j’ai grandi (F. Hardy)

Elle ne sera plus lors qu’un souvenir,
La petite maison où j'ai grandi ;
Celle où j’ai vécu des tas de choses
Parmi les roses, dans un jardin.
Là où vivait mon passé, maintenant,
Un autre est là,
Et la maison, les fleurs que j'aimais tant
Ne nous sont plus…
On aimait rire, famille, amis,
On savait tous bien partager nos jeux
Dans ces murs bâtis par papa pour nos vies.
Les voilà vendus, une fois nos vieux
Partis, alors, mon gars, pourquoi pleurer ?
T’es parti au loin au lieu de rester !
Maman les avait abandonnés, puis ce fut papa ;
Ils étaient hélas destinés à devenir poussières…
Quand j'ai quitté cette part de l’enfance,
J’y avais déjà laissé un bout du cœur,
Mes souvenirs,… pour courir ma chance,
Pour construire ailleurs un nouveau bonheur,
Loin de l'insouciance et de ces rires
Que je retrouvais, y retournant, au pire…
Je ne reviendrai pas, un beau matin
Parmi ces dires ;
Je ne prendrai plus jamais le vieux train
Du souvenir.
La temps a passé et, puis, voilà
Qu’on a changé la maison que j’aimais.
Où est le jardin et où sont les roses
Auxquelles maman, jadis, tenait ?
D'elle et de tout ça plus une trace,
Un quidam a mis autre chose à la place…
Là où vivait mon passé, maintenant,
Un autre est là,
Et la maison, comment est la maison
Où j'ai grandi ?
Je ne reconnais plus ma maison,
La maison où j'ai grandi
Qui a ma maison ?
Qui a touché ma maison ?
Ma maison, c'était ma maison ?
Qui nous a pris la maison ?

mardi 5 mars 2019

HAÏK(r)U PEU

Qui a des poches sous les yeux ferait mieux d’avoir les seconds dedans les premières !

L’IMPERTINENT & LES CARABINS

Petite fable affable

Un pauvre loupiot, quelque peu morpion,
Jouant plus des méninges que des arpions,
Se morfondait de voir tomber en sa famille
Tant de parents, non à cause des banderilles
Des Hommes, mais à cause de ces maladies
Qui mordaient plus de morceaux, même refroidis,
Qu’elles n’en pouvaient gloutir mais qui, las sans faute,
Après vous avoir fait subir mal de mort,
Vous menaient, tambour battant, vers la malemort.
La Faucheuse ne se terrant guère en sa grotte
On avait beau parler promesse et succès,
Tuaient toujours abcès ou fiévreux accès !

Le jeunot s’enquit auprès d’une maigrelette
Corneille et d’un corbeau grasselu, la doublette
De doctes médecins de sa bonne forêt,
Qui faisaient payer à prix pansus les arrêts
Nés de leur maigre savoir sans nulle tristesse 
Et pas plus de contrition car… c’est la vie !
« N’avez-vous pas l’impression que vos avis
Hâtent plus de fins que flèche scélératesse ?

- Ce sont là, fait l’une, de forts fâcheux propos !

- Malgré nos bons soins certains, las, manquent d’pot !
Rajoute l’autre, l’éthique nous fait défense
D’nuire à la santé ou d’lui faire offense !

- Pourtant nos cimetières sont prou bossus,
Et elles n’y sont pas pour rien vos sangsues
Vos saignées, vos clisthères et votre science !

- C’est qu’la médecin’, vois-tu, fait des pas d’géants…

- Aux yeux des biens portants, sot mécréant ! »
Conclurent l’un, puis l’autre, à bout de patience.

dimanche 3 mars 2019

HAÏKU À PEU

Noyés de chagrin, d'aucuns se laissent couler…

TANT DE TOURMENTS

D’après Anne Cailloux

J'étais la source de vos tourments,
Mais je l'ignorais à ce moment.

Vos doux yeux sont tombés sur ma face
S’abandonnant à courir sa surface.
Et vous n’avez pas fait volteface.
Alors, mon regard a caressé
Votre ombre, glissant sur la blesser,
Sur ses secrets qu’un tissu n’habille
Que pour mieux titiller nos papilles.
Nos pupilles se sont rencontrées
S'invitant à voir d’autres contrées
Elles voulaient qu’une seule estocade
Brise convenantes estacades
Et offre une nuit à la tocade.

Au vu de votre bouche, ardeur est née,
Sans un mot murmuré, amenée
À poser sur le rouge de vos lèvres
Les miennes déjà en fièvre.

Alors nous nous sommes écartés
Du monde pour un tendre aparté.
Ajours et broderies de dentelles,
Et toutes vos fines bagatelles,
Fil à fil, jusqu’à vos jarretelles,
Se sont lors découvertes à mes yeux,
Présageant qu’on me mène aux cieux.
Ma main découvrit vos courbes douces,
Voilées, dérobées, pouce après pouce.
Vos atours gisant à vos pieds
Seins, reins, saint des saints… sans pépier
Plus ce ne furent que des tendresses
Dites du bout du doigt, mais sans presse,
Ou d’un chaud souffle court qui paresse
Et du bon de l’arc de cupidon…
Là, soudain, s’acheva votre don.

Depuis que s’interrompit cette course,
De mes tourments vous êtes la source…

samedi 2 mars 2019

vendredi 1 mars 2019

HAÏKU DE BONS MOTS

Il n’est de parole en l’air qui ne risque de vous retomber sur le coin du nez !

LE KOALA CHAGRIN

Petite fable affable

Un koala, plus doux qu’un simple ours en peluche
Plus lent qu’un aï et placide qu’un panda,
Hantait des eucalyptus avec une greluche
Voulant marier ce doux citoyen lambda
Des forêts. Mais elle savait les gais rouages
De l’Amour quand lui, pauvre fol, ne cherchait
Que la paix du cœur dans le plaisir du corps. Sage
Précaution qui allait tout vif l’écorcher…

La belle jouait, en effet, les délicates
Étant d’un peu délicieux commerce :
Face au bec fort toujours insolent de la perverse,
Notre ourson ne pipait mot, regardant Hécate
Pour se consoler, alors que les clabaudeurs,
Tous avides, avec cette curiosité
Qu’ont les vains bavards et les futiles baveurs,
Et quelle que soit la parladure usitée.
Ayant l’œil assoiffé, prompt à s’abreuver 
De ragots, et l’oreille toute affamée propre
À nourrir la moindre rumeur pour l'heur, œuvraient
À leur basse besogne, sans plus d’amour-propre,
De murmures, de chuchotis et de vils bruits,
Koala goûtant à l’amer de ces fruits…

Mais à bien juger l’orient de sa perle,
Tout en grimaces et simagrées, notre bon ami,
De prime, se jugea plus laid ou noir que merle,
Indigne de bonheur puis, quelle infamie,
Que l’aimée était pis et sale que truie.
Mais,  pensant cela, las, il errait par deux fois :
Il n’est remède dans le blâme d’autrui
Ni, dit-on en forêt, dans la plainte sur soi !