Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

lundi 25 juillet 2011

À CEUX DU PAYS TOMBÉS POUR LA PATRIE

Cycle toulousain


Ô Combien sont partis, paysans et savants,
Au son des cuivres et des tambours, en fanfare,
Comme sergents, simples soldats ou bien servants,
Ahuris d’être là, le regard qui s’effare.
Oui, tous, hommes partis et bêtes devenus,
Assourdis de mitraille, engourdis de fatigues
Dans la nuit obombrée en peurs et pleurs prodigue
Et dans des jours aux ciels couleur de linceul nu.

Combien de fils d’ici, nos arrière-grands-pères, 
Se réchauffaient autour du feu tout en patois,
Parlant prou de leur terre et des troupeaux prospères.
Tous ont connu la boue, celle qui noie, qui broie ;
Les blessures qui puent, le vin rougi qui saigne
Quand l’aurore s’ébroue et, quand la Mort la baigne,
La faim, l’effroi, la fin, le froid, le feint, la foi,…

Jours sans soleil, nuits sans sommeil, c’était leur lot :
 Quand il fallait monter, sous la ruée d’étoiles,
Combien pleuraient de sang autant que de sanglots ?
On se cramait le nez sous la nuées de toiles 
Au gris-papier maïs alors que les obus
Pilonnaient ces tranchées, ces trous, tombes ouvertes 
Pour des droles qu’avaient une vraie trouille verte
D’être touchés, tranchés, par un éclat obtus.

Combien de fils d’ici, nos arrière-grands-pères, 
Sont restés de faction - Oc, aquo es atal ! -
Privés de permission - Es qu’es a lenc l’oustal ! -
N’ont revu ni terre ni bêtes, Mon Compère !
Ils sont partis, aquel, aqueste, sur un front
Qui les a avalés. Il reste, en capitales,
Juste un nom, une arche immense, monumentale,
Pour ceux qui ont lavé, de sang sué, l’affront.

Combien retournèrent, paysans et savants,
Sans les cuivres ni les tambours, et sans fanfare,
Anciens sergents, simples soldats ou bien servants,
Abrutis, êtres las, les yeux comme des phares.
Oui, tous, hommes partis et bêtes revenus,
Sourds, aveugles à tout, avec pour seule gloire
D’avoir, eux, survécu, à la nuit la plus noire,
Mutilés et cassés, l’âme bue, le cœur nu.

samedi 23 juillet 2011

HAÏKU DE JEUNE

Il n’est pas normal d’être envieux quand on a vingt ans ?

LES BIENHEUREUX DU BIEN PUBLIC

Sur « Les amoureux des bancs publics » de et par G. Brassens

Les voyous bandits pervers
Qu’on r’garde de travers
Et mène à l’abattoir
De la honte à prix coûtant du mépris insultant
Pass’ pour rebuts d’société
Alors qu’en vérité
Ils n’ont eu c’est notoire
Qu’ambition de débutants au risqué passe-temps

Les fâcheux qui s’engraissent sur le bien public
Bien public bien public
En s’foutant pas mal de tout’ les critiques
De ceux qui rouspètent
Les fâcheux qui s’engraissent sur le bien public
Bien public bien public
En s’foutant de ta fiole et de l’éthique
Ignorent du jug’ la pratique

Pas besoin de coups de main
De casse surhumain
Il faut quelque envergure
Et des amis qu’on n’osera jamais toucher
Et vous voilà tous recevant
Escroquant se servant
Dans des charges-sinécure
Et des fonctions d’État où l’on peut s’augmenter

Les fâcheux qui s’engraissent sur le bien public
Bien public bien public
En s’foutant pas mal des semonc’ civiques
Des journaux pas bêtes
Les fâcheux qui s’engraissent sur le bien public
Bien public bien public
En s’foutant de ta fiole et de l’éthique
Ignorent du jug’ la pratique

Eh, il n’est pas bien malin
L’électeur qui s’en plaint
Celui qu’a pas compris
Qu’un serviteur de l’État se serve à qui mieux-mieux
Que ses pairs en cheville
L’amnistient aux morilles 
Le blanchissent à tout prix
Et qu’à ce bonneteau-là on peut se faire vieux

Les fâcheux qui s’engraissent sur le bien public
Bien public bien public
En s’foutant pas mal de toute la clique
Qui les veut honnêtes
Les fâcheux qui s’engraissent sur le bien public
Bien public bien public
En s’foutant de ta fiole et de l’éthique
Ignorent du jug’ la pratique

Locataire à l’Élysée
Ou ministre blasé
On fait dans le flambant
Styl’ magouille et tape-à-l’œil… Tant pis pour les balourds
Qui voient qu’on est pas ému
Des manifs du chôm’du
De qui dort sur un banc
Du pouvoir d’achat des acquis qui n’pèsent plus très lourd…

Les fâcheux qui s’engraissent sur le bien public
Bien public bien public
En s’foutant pas mal des têt’ qui rebiquent
De ceux qui s’entêtent
Les fâcheux qui s’engraissent sur le bien public
Bien public bien public
En s’accrochant au pouvoir com’ des tiques
Ont de belles geul’s d’hypocrites !

LOIN DE TOI

Assis aux bords ombrés de la nuit,
Cet enclos tout étoilé où traînent
Les cheveux des comètes, je fuis
Les heures qui, longuement, s'égrènent,
Chacune voulant rester pérenne.

J'ai l'âme et le cœur indifférents
Au dessein qui vient, là-haut, d'éclore
En constellations dont le torrent
Écrit ton nom, une fois encore,
Ce doux nom qu'aucun écho n'ignore

Les astres, désastre, ici s’ennuient.
L’écho de ma voix sourde s’y brise.
Mes mots, ma voix, lentement, s’enfuient,
Se noient dans l'ennui, lasses et grises,
L'ennui que des vents d'espoir irisent.

Dans l’écume amère du sommeil,
Des larmes de lune perlent, gouttent.
Elles teintent mon âme au vermeil
De ces nuits que, jamais, je ne goûte,
Ces nuits toute en doutes et déroutes.

La paix en mon cœur revient alors
Dans l’ombre qui, soudain, s’évapore 
Quand point un soleil froid drapé d'ors,
Quand Vénus s'endort et se mordore,
Vénus qu'embrasse doucement l’aurore.

Ces deux jours sont pour moi de longs mois.
Deux jours, autant de nuits qui m’affligent
Car il me manque une part de moi,
Cette part qui est Toi, qui m'obligent
Moi, qui t'ai prêté l'hommage lige.

JE SUIS…

Je suis de cette plèbe,
Attachée à sa glèbe,
Ayant plus de caquet
Que le dernier laquais.
J’ai chaussé des semelles
De sable que le vent
Entraîne, trop souvent,
Où sons et sens s’emmêlent
En entrelacs savants ;
Dans son râle et ses voiles,
Je pêche les étoiles,
Chasse l’ombre d’ormeaux
En chemineau des mots.

Je suis d’un populaire,
Qui aime la voix claire
Des sources au levant,
Celle, voilée, des vents.
Aux ciels griffés d’éclairs,
Aux ciels giflés de brume,
Je mets le nez en l’air,
J’écume le temps, hume
Sans fiel, mais tout en flair.
Moi qui ai cru sans craindre,
J’ai tenté de dépeindre
D’innocents ressentis,
Sensations reparties,…

Je suis un simple, un être
Comme il en vient à naître,
Sans horizon, sans espoir
Que de choir ou de déchoir.
Comme un oiseau en cage,
Dont l’incarcération
A terni le plumage,
Éteint l’inspiration,
Muselé le ramage,
Ma vie est castration.
Alors j’écris, pérore,
Quand susurre l’aurore,
Couchant des vers méchants
Dans chacun de mes chants.

LE TROU DU HIBOU

Petite fable affable

Dans un trou,
Réputé fort sage,
Un hibou
D’un grand âge.
Sans le sou,
Dans son voisinage,
Un voyou,
As du braconnage.
Sans tabou,
Plus prompt au carnage,
Mauvais coups,
Et autres pillages
- Peu ou prou ! -
Qu’aux vains copinages
Et bagou :
Un autour à gages.
Ça dit tout 
Du Garou !

L’autour envisage
Le vieux trou,
Et pour cet usage,
Le hibou,
Finira potage
Ou ragoût.
Sans plus de battage,
Le hibou,
Reçoit un branchage
Sur le cou ;
L’autour tout en rage,
Le découd.
Mais Morne Plumage
A du chou,
C’est un avantage
Chez les mous :
Il feint le claquage,
D’être dans le cirage.

Pour le coup,
Sans le mouchardage
D’un coucou
Sis dans les parages,
Le hibou
Serait mort, je gage.
Ce coucou,
Et son copinage,
 Le filou
Fit fuir sans partage.
Mais surtout
Le prit comme otage,
Et ce pou
Jugé au passage,
Fut, itou,
Pendu au faîtage
Par le cou.
Foin d’écrous !


Après l’arbitrage,
Le hibou
Est en ravaudage.
Un grigou
De son voisinage,
Rat d’égoût,
Se voit en ménage
Dans son trou.
Il offre au vieux sage
Quelques coups
D’alcool qui ravage,
Met à g’noux ;
L’autre, vu son âge,
Donn’ du mou… 
Le rat le soulage
De ses sous
Sans le moindre tapage,
Au bois comme au village.

Près du trou,
Pleurs et caquetages.
Le hibou
Est mort. Quel dommage !
Le grigou,
Dit : « Il aimait, ce Sage,
Boire un coup
De bon cépage !
Ça c’est fou :
Ce travers ravage
Pour le coup !
Pis, écourte votre âge,
Ruine tout
De votre héritage.
C’est dégoût ! »
Puis il emménage.
Dans le trou.
Pour quel coût ?

On se débarrasse bien mieux 
D’un gêneur, ou d’un autre,
En flattant ses penchants, mon vieux, 
Qu’en cultivant les nôtres !