Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

samedi 7 mars 2015

SI TU VOIS CE QUE JE VEUX DIRE…

Comment tu voudrais bien savoir « C’est quoi ? »
Facile à décrire, ma foi :
Tu vois, ça ne ressemble pas à quelque chose
Que tu as connu autrefois ;
C’est un machin, ma foi, qui ne vaut pas grand’chose
Dont l’usage est indéfini,
Qui tient un peu du bidule - Pas grandiose ! -
Proche du truc… en plus mini :
En somme une sorte de bazar. Mais en rose.

C’est con, ce fourbi-là me fait rester coi,
Je ne sais même pas pourquoi !
Ça fait un peu gadget et, j’avoue, camelote,
Car c’est une bricole, quoi ! 
Un de ces schmilblicks qu’on voit partout en pelote
Tout à la fois moyen et fin,
D’utilité assez indéterminée : leurre
Qui fait “tendance”, “in” “mode” enfin
Bien que ce soit - et vaut - trois fois rien. C’est gageure !

Ça s’appelle, comment déjà ?!…
Je l’ai pourtant, c’est sûr, sur le bout la langue,
T’ai vraiment tout dit sur ce “ça”,
Cette babiole,… Mais ma mémoire tangue !
As-tu, Bon Dieu, deviné ce que c’est
Cette chose dont le nom, crénom, à maudire,
M’échappe ?… Tu connais ce que j’en sais
Car, trois fois hélas, je ne saurais mieux t’en dire !

jeudi 5 mars 2015

HAÏKU DE VOS CÂBLES

Non : Apanage des grands noms comme des petits cons !

LA VÉRITÉ VRAIE

Petite fable affable

Ça parle plus que ça ne se vautre
Entre bêtes de maison :
L’un pour faire taire l’autre
Fait ample livraison
D’arguments, de raisons et de preuves,
Débordant d’énergie comme un fleuve
Au saint nom de la Raison :

« Le Maître, conclut Toutou, me loge,
Me protège, me nourrit,…
Et, à peine, si devant l’horloge,
Du regard, je l’en prie.
Il m’est assistance, amour ou aide
Et en vérité, je te le dis :
L’Homme, m’est supérieur ; ce bipède
Est un dieu sans perfidie !

- Ton maître, fit le matou, me loge,
Parfois me sort, me nourrit,…
Alors qu’à chaque tour de l’horloge,
Mon regard n’est que mépris ;
Il me sert l’insigne bipède
Et ma vérité, je te la dis :
L’Homme, à la sottise sans remède,
M’a fait dieu… et à crédit ! »

Comme ces bêtes, chacun persiste
À nous imposer ses vues ;
La Vérité point n’existe :
Les faits, passés en revue,
À toutes les sauces s’accommodent
Vous prenant toujours au dépourvu !

mardi 3 mars 2015

HAÏKU’LTE

Les dogmes font de nous des gnomes.

Illustration : David Sanjaume, mars 2015

POUR QU’À LA PARFIN…


Sans être un bec fin,
Attendre sans fin,
En perdre sommeil et faim,
Espérer jusqu’aux confins
D’un espoir non feint
Comme un meurt-de-faim.

Se faire aigrefin
Et, parfois, biffin,
Biffer du papier surfin,
Afin qu’un rêve au couffin
Puisse vivre enfin,
Diable ou séraphin…

dimanche 1 mars 2015

HAÏKU LOCA TERRE

Des boutons de mes rêveries, naissent des fleurs de mots que ma plume fâne.

LE PONEY TOQUÉ DU BONNET

Petite fable affable

Une vieille jument voire, parfois
Une haridelle, une rosse amère, 
Du plus beau des poulains peut être mère.
Pour les poneys ?… C’est tout pareil, ma foi !
Et le nôtre, hélas, de sa génitrice,
Hérita un caractère, une humeur
Fort ingrate, n’étant en rien Jocrisse,
À ce que disait le vent des rumeurs.
Et donc, dans la harde, avec lui ça clashe :
Les forts et fats étant parfois mauvais
Et souvent méchants les faibles et lâches,
On l’aima fort peu : au premier duvet,
Jà, il se pardonnait toujours l’insulte
Qu’il proférait mais pas celle essuyée.
Aussi laver ses affronts ennuyait
Que l’on fut son pair ou, pire, un adulte.

Puis, sans y être vraiment invité,

Rapidement, ce jeunot prit de l’âge,
Aimant être haï par tous les pelages
De la prairie ; mais plus on l’évitait
Et plus, las, il se plaisait à déplaire.
Il récolta, de rancœur partagée,
La haine recuite des moins âgés
Comme des vieux, de façon plus célère.

Il fut donc banni ; livré à lui-même,

Il ne s’en pensait que plus fort, par pluie
Ou par vent il restait droit, car celui
Qui court seul se sent, c’est défaut bohême,
Toujours le meilleur, mais il ruminait
Pourtant : “Si l’on m’avait dressé, tout gosse,
Au lieu de se cabrer” et “Moins véloce
À me juger, on m’eût un tantinet
Écouté ou offert une autre chance,…
Il se chanta, ainsi, la scie des “Si
Puis, comme ultime ruade, il trahit
Ceux qu’il avait tant haïs par l’alliance
Qu’il conclut avec un tout jeune Indien : 
Les siens furent saisis, et ô combien ;
Devant leur enclos, il leur fit : « Plus grande
Est la foule, plus aveugle est son cœur* ! »


 * Pindare (-518/-438), poète grec donc forcément un peu philosophe.

samedi 28 février 2015

vendredi 27 février 2015

HAÏKU CHAGE

Être Homme c’est être seul.

Illustration : David Sanjaume, mars 2015

TOUT FAUX !

Petite fable affable

Jadis, notre vieux maître d’école,
Voulant nous poser quelque colle,
Nous demanda de tous gamberger
Au vrai problème de ce berger
Qui avait son loup, son chou et sa chèvre
Et un pont par-dessus la Bièvre
À traverser : « Donc vous raisonnez.
Ne vous fiez pas à votre nez :
C’est logique fort scientifique
Et rigueur toute mathématique ! »

Nous planchâmes tous donc sur le lot
De ce pâtre, ce pauvre ballot,
Qui affrontait un pont bien fragile
Qui ne pouvait supporter, futile,
Qu’hélas deux passagers à la fois.
On savait, en toute bonne foi,
Qu’il ne pouvait pas laisser ensemble
La chèvre et le loup sans que l’on tremble
Pour celle-là, ni chèvre avec chou
Sans qu’elle en croquât tout son bon saoul !

Quand on est enfant un tel problème,
Un dilemme à vous rendre blême,
C’est un casse-tête et un dégoût
Qui vous fait vite passer le goût
De toutes les sciences du monde
Et conduit, au surplus, à la fronde
Contre « la logique » et « la rigueur »
Dont vous sentez, quoique bon blagueur,
Que d’en avoir aussi peu vous condamne
À passer, toujours, pour un bel âne.

Qui peut bâtir un raisonnement,
Sainement et rigoureusement,
Avec un postulat imbécile
Que même un sot aussitôt décille ?
Que pourrait donc bien faire un berger
D’un loup, le pire des vils dangers,
Pour sa vie, ses biens et ses bêtes ?
Et faut-il qu’un loup au bois s’embête
Pour s’acoquiner avec un pâtre
Sans le bouffer tout crû, ce bellâtre !

Donc quand on prétend à « la rigueur »,
Et quand on professe « la logique »,
On ne commet jamais de telles erreurs
N’ayant rien de « pédagogiques » !

jeudi 26 février 2015

mercredi 25 février 2015

SOUS L’HAÏKU VERCLE

« Petite femme » et « grande dame » font des veuves tout aussi détestables.

LE BUSTE & LA STATUE

Petite fable affable

Un buste antique et une statue en toc, 
À la nuit tombée, discutent chez le broc’
Où ils espèrent depuis belle lurrette
Trouver preneur, amateur ou bien chineur.

« Vois, dit la statue, voix aigrelette,
Comment notre marchand, ce baratineur,
M’a martyrisée : je suis les bras cassés
Coups portés au cou et les seins effacés,…

- Ça fait authentique ! soupira le buste.
Tu trouveras peut-être quelque collectionneur
À séduire ainsi : le malheur rend auguste !

- Lui sommes-nous plus chers ? J’avais, par bonheur,
Un corps parfait pouvant plaire à un esthète !


- Moi, il me reste presque toute ma tête
Et comme disait, fit le diminué,
Un de mes contemporains* en sa pinède :
Le bonheur, ma foi, c’est de continuer
À chérir de tout cœur ce que l’on possède”. »

* Il s’agit de St Augustin (354-430)

mardi 24 février 2015

HAÏKU RIEUX !

L’Homme, qui remonte au Déluge et descend du singe,
Depuis ne fait que de la luge sur ses méninges.

lundi 23 février 2015

PLAIDÉ HAÏKU PAS BLEU

L’Homme hait sa mort ; il est souvent la mort d’autrui.

POINT COMMUN


Ah mon Dieu quel doux délice
Quand c’est vraiment de l’Amour
Qui en nos cœur entre en lice
Mêlé parfois à l’humour
Pour faire résonner l’orgue
D'un plaisir venu sans morgue

Oui Grands dieux, quels doux délices
Quand au for de nos amours
Entre nos corps là se glissent
La tendresse et le glamour
Pour sonner jouer les orgues
De joies jouant de la sorgue

samedi 21 février 2015

HAÏKU RONNEMENT

Si l’on se mariait avec soi tout serait parfait.
Mais comme « la perfection n’est pas de ce monde »,
on est bien obligé de le faire avec un(e) autre.
Et c’est là que l’on mesure - et regrette - toute la portée de cette maxime…

L’ÂNIER SANS CONDESCENDANCE

Petite fable affable

Le Roger est tourneboulé : son seul fils,
N’aime pas sa ferme, riche de maïs,
Ni les durs travaux des champs, pourquoi le nier.
Il s’en ouvre à son père, qui fut ânier,
Homme des plus sages qui l’a fait prospère.
L’Ancien qui vit sous son toit toujours tempère
Et rassure son rejeton ; il se joint
Et sans tintouin, à son labeur, si besoin.
Deux semaines plus tard, Roger interpelle
Son géniteur : son fils, prenant pioche et pelle,
En bleu de chauffe, avec aux lèvres un chant,
Lui dit reprendre exploitation, champs
Et bêtes, plus tard. Son humeur si changeante
Ne peut, seule, expliquer parole obligeante
Et revirement. L’ânier a-t-il agi
Pour que son fils se soit ainsi assagi ?

« Se peut !… fit l’Ancien avec un air de mystère.

- Comment ? Moi je lui ai parlé très terre-à-terre,
Puis l’ai menacé et même, un jour, puni
D’une obstination valant pour moi déni.

- Et tu n’as rien obtenu de cette mule !

- Rien que mots durs et fort blessantes formules.

- J’ai vu, à la fête, que ton sarrasin
De fils en pinçait pour la fille au voisin.
Elle n’était pas insensible à son charme
Et je crois qu’elle lui a rendu les armes…
Dans ces festivités, les hommes boivent trop,
Les femmes ont la langue qui va au trot,
Les vieux, eux, regardent s’amuser ce monde,
Apprenant tout sans demander à la ronde.
Il y a cinq jours, je suis allé causer
Au grincheux d’à côté. Hélas, j’ai osé
Lâcher ce que j’avais vu et su : ce pingre
S’est emporté mais si sa garce, malingre,
Marie ton fils il arrondira son bien,
Comme elle son ventre… Alors pense combien
Il a dû sermonner sa progéniture…
Elle a dû dire à son aimé la nature
Des propos de son vieux si bien renseigné.
Et voilà ton fils prompt, dès lors, à régner.

- Mais papa, c’est odieux, machiavélique,…

- Ce n’est pas moi qui ai fauté ! dit, angélique,
Le vieillard dans un rire : “À cheval donné,
On ne regarde ni les dents ni le nez” ! »

Bien que par ce tour, ses affaires s’arrangent,
Le coup joué par son père le dérange.
Ce dernier l’interrompt : « Comment mène-t-on
Un âne, fiston ?! - Par la voix et le ton,
Répliqua-t-il, en colère, au patriarche.

- Parfois, pour les dociles, j’avoue, ça marche !

                                                - Avec une carotte ! 

                                                                                    - Oui, le plus souvent !

                                               - Par le bâton.

                                                                                   - Rarement ! C’est énervant
Mais, tu peux m’en croire, les plus fortes têtes
Ne sont pas les plus solides, chez les bêtes,
Las, comme chez l’Homme ! ajouta notre ânier

- Mais tout ça n’a rien à voir, sans picanier,
Avec le vice de ta ruse chouanne ?!

- À voir ? Fit l’autre avec le regard qui luit :
On ne fait jamais mieux avancer un âne
Qu’en plaçant une belle ânesse devant lui ! »

vendredi 20 février 2015

HAÏKU VERNAIL

Un livre c’est une encre solitaire jetée sur une mer de pages blanches qui devient une bouée salutaire ou un bateau solidaire.

jeudi 19 février 2015

HAÏKU DE ROUGE

L’Homme se croit tout.
La vie lui rappelle qu’il est peu, la mort qu’il n’est rien.

TENDREMENT

Sur Tenderly (W. Gross & J. Lawrence)

Le soir, sourd, descend
Et la nuit s’étend,
Tendrement.
Le vent innocent
Fait durer l’instant,
Tendrement

Le pas sans entrain,
D’oublis empreints,
Lentement,
On va à ce train
Si seul mais serein.

Lentement,
Encor' plein d’égards
Se fuient nos regards.
Doucement,
Survient le départ :
Tu montes. Tu pars,
Sans même un baiser
Et l’âme apaisée.

Évidemment
Pour nous, c’est le glas :
Moi, je reste là,
Le cœur punaisé,
Le corps enniaisé,…
Évidemment,
Tu veux plus me voir
Donc pas d’au-revoir,
D’effleurement,…

mercredi 18 février 2015

HAÏKU DE NOCES TALGIE

Le mariage c’est un peu comme nos anciennes “provinces perdues” :
« Y penser toujours ; n’en parler jamais. »

mardi 17 février 2015

HAÏKU RANT

Celui qui n’est rien ne devient quelqu’un
qu’après avoir fait quelque chose… même un peu.

LES CHORISTES

Petite fable affable

Pourquoi les gens qui se font trop chier
Viennent-ils toujours nous emmerder ?

Un couple de cigales, désemployé,
 Aimant autant chanter que cacarder,
Cherchaient à intégrer une chorale
Bien qu’un rien leur amenât ire ou râle,
Car c’étaient des animaux exigeants,
Ayant toujours un « Je veux ! » sur la langue.
Malheur ! Rien n’était, pour ces “indulgents”,
Jamais assez bien au ras de la fangue.
Ils nomadisaient donc, de chœur en chœur,
Connus comme loup blanc, laissant rancœurs
Et rancunes après leur bref passage :
Partout, on les chassait dès qu’ils lassaient,
Ces “sympathiques” ayant pour message :
« “Peu” est insuffisant ; “trop” juste assez ! »

Lui, chanteur se pensant incontournable,

Était un raseur, barbant à l’extrême ;
Chanteuse se croyant indispensable,
Sa potiche était pis que cruche même.
Et, ne supportant pas d’être crottés,
Ils étronnaient comme pour saboter.
Or, dans l’herbe, une affirmation gratuite
Est rarement payante et se paie cher.
C’est donc pour cela qu’ils prenaient la fuite
Prétextant qu’il leur en coûtait bien trop
De se donner autant, partaient au trot,
Ou étaient exclus, de forte manière,
Les autres prétendant bien haut et fort
Que ces vantards de maquis sans bruyère
Étaient trop bien pour qui ne fait qu’efforts !

Toujours plus loin, partaient nos sautillants

Se croyant brillants, n’étant que bruyants. 
Les insectes suffisants ont, pour eux,
 Oc, de ne jamais être nécessaires, 
Ils ne manquèrent, après leurs adieux,
À personne : on chanta sans ces faussaires
De la convivialité autant
Et aussi bien - voire mieux - qu’au bon temps
Où on ne les connaissait pas, Madame,
Car la vanité corrompt notre allant
Et, n’affectant pas seulement notre âme,
Elle atténue, en nous, tous nos talents.

lundi 16 février 2015

HAÏKU PERFIDE

Détourner la conversation pour faire exploser son ego,
c’est le début du terrorisme intellectuel.

dimanche 15 février 2015

HAÏKU PLEUT PARFAIT

« Vieille fille » et « jeune femme » ne font pas les épouses les plus accommodantes.

CRIME EN MOTS SANS RIMES… NI RAISON

Une fort grosse larve,
Sur quelque autre larve
Qu'on disait cuistre
Commit un meurtre.
Un sale meurtre,
Violent, abrupt ;
Crime de monstre,
D’un odieux monstre :
Pour sépulcre, la goinfre,
La mange et, pis, s’en goinfre,
Ah, foutre et fichtre !,
Comme au triomphe.
Quoi un « triomphe »
Presque un tertre,
Pour un tel monstre,
Un odieux monstre ?

L’assassinat eut quinze

Témoins, je dis bien quinze,
Dans la pampre,
Tous des vers belges.
On craint les Belges
Pires que dioptres
- Même à quatorze ?
 Moins de quatorze 
Et sans gros muscles ! -
Surtout chez les vrais monstres ;
Alors les larves monstres
Qui sont sans sceptre !
Le monde est jungle,
Horrible jungle,
Pleine de monstres
Et d'odieux monstres !

Notre bête, la pauvre

Fit une chère pauvre,
Mesquine, humble,…
De ce vil meurtre,
Terrible meurtre,
Abject même puisque
Crime de simple
À l’horreur simple 
Sentant le chanvre.
La larve, mauvais bougre,
De sa sœur, pauvre bougre,
Comme d'une huître,
Fait d'un repas, un cirque,
Et de cet odieux cirque,
Crime de monstre,
D’un odieux monstre !