Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

jeudi 7 juillet 2011

RESTER À FLOTS ?

C’est le vent, bien plus que mon doigt,
Qui a tourné, l’une après l’autre,
Les pages du livre où se doit
Lire mon destin ; où se vautrent
Mes heures passées, à venir,
Des choix qu’il m’aurait fallu faire.
Car j’ai toujours laissé venir
Aussi, j’ai su m’en satisfaire.

Pourquoi rester à flot
Quand on n'est plus le maître
Du bateau, matelot
Rêvant de disparaître ?

Ce sont les courants, non mon cap,
Qui m’ont porté d’îlots en îles,
Traçant, avec le handicap
D’affronter souvent vagues viles,
Vents contraires ou rugissants,
Une route si incertaine.
Et le ciel, en s’obscurcissant,
Ne m’offrait d’étoile certaine.

Pourquoi rester à flot
Quand on n'est plus le maître
Du bateau, matelot
Rêvant de disparaître ?

Ballottée par les flots du temps,
Proie des marées et des tourmentes, 
Ma vie s’échoue, même au printemps,
Quand les lames se font clémentes.
Sans cesse l’horizon est noir
Et, toujours dans l’œil du cyclone,
Je crains Hurlants et Pot-au-noir,
Et, face à tout, me déballonne…

Pourquoi rester à flot
Quand on n'est plus le maître
Du bateau, matelot
Rêvant de disparaître ?

Posée sur des sables mouvants,
J’ai l’âme encore à marée basse ;
Je chavire dès le levant,
Le cœur à fond de cale, lasse.
Au couchant, je touche le fond.
Pour moi, point de port ni de havre.
Les embruns qui baignent mon front
Sont nés de ces pleurs qui vous navrent.


Illustration : Camille Lesterle, 23 juillet 2014

ET TOUT HAÏKU

Pourquoi la plupart des potiches sont-elles aussi cruches ?

LA BELLE PAULE

Cycle toulousain

Un jour, le jeune et galant roi François,
En visite au pays de nos ancêtres,
Lui dit qu’elle était fort belle en ses soies.
Une légende, ainsi, venait de naître :
La ville abritait le plus fins des êtres !
L’histoire excita la curiosité.
Chacun voulut en juger, commenter
Ses courbes ou souligner, par exemple,
Sa fraîche blancheur de décolleté,…
La grâce est plus un calvaire qu’un temple !

Candide et restant sur son quant à soi,
La polida,  surveillée par les prêtres,
Dut se cloîtrer dans son petit chez-soi.
Les consuls l’obligèrent à paraître,
Deux fois dans la semaine, à sa fenêtre
Pour satisfaire la curiosité
De tous ceux qui ignoraient sa beauté,
Pour que ceux qui la savaient, la contemplent :
Sagesse affichée mais charmes chantés ;
La grâce est plus un calvaire qu’un temple.

Quand la sage popeluda reçoit,
Une épaule elle ne laisse apparaître,
Gênée d’attirer jusqu’aux Aixois.
Elle avoue avoir voulu disparaître
Quand elle a vu des regards se repaître
De ses courbes jusqu’à la cécité,
Entendu des fielleuses la traiter
De poule, déparler sur ses trop amples
Agréments, l’atisser l’hiver, l’été…
La grâce est plus un calvaire qu’un temple !

Majestés ou manants, par charité,
Plaignez les Vénus qu’on montre en exemple
Car, comme Paule ameutant ma Cité,
Leur grâce est plus un calvaire qu’un temple !

AU PAYS DES OISEAUX

Petite fable affable

Les vautours se prenant las pour des aigles,
Établirent leur règne et donc leurs règles
Pour régenter, de leur aire, les airs.
Sévères jusqu’à l’austère en l’éther,
Se réservant les plus hautes altitudes,
Pour faire de la jungle un vrai zoo,
Ils mirent en cage ou à la servitude
Tous les peuples du pays des oiseaux.

Voulu des cieux, donc d’essence divine,
Cet ordre charognard, on le devine,
Mit tout son monde à son pas cadencé.
Cogiter ? Mieux valait ne pas y penser !
Pris entre cimetière et cimeterre,
Lois sans foi et, pis, piété sans pitié,
Le mieux, pour tous, était de se taire
Et de craindre jusqu’à ses amitiés.

Pour mieux parachever leur dictature,
Ces rapaces, méchantes créatures,
Qui jalousent aussi les dons des chanteurs,
Main sur le cœur et doigt accusateur,
Pour leurs ciels nouveaux apaiser, bannirent
Toute musique. Fors leurs cris, bien sûr.
Et mieux valait ne pas encourir leur ire :
L’exil ou la mort frappait à coup sûr.

Donc pour pinsons, grives et alouettes,
Finies chansons, poésies ou bluettes,…
En ce monde d’ombres plus rien n’est dit
Que l’écume des choses, par maint édits.
Tout était morceaux choisis, saines lectures
Ou odes sirupeuses,… Rien d’amer.
Nul, chez les laboureurs de littérature
N’ensemençait plus le vent ni la mer.

Pourtant, et malgré cette conjoncture,
En passant outre avis et conjectures
Rossignol, au lieu de rester clos et coi
Comme chacun, sortit. Sait-on pourquoi,
Sur une haute branche, voilà qu’il chante,
Modulant, trillant et puis trémolant,…
Le sol s’émeut et le ciel s’en enchante.
Et vite, on lapida ce turbulent.

Cet incident devait servir d’exemple.
Mais Canari, de sa voix simple, ample,
Rend hommage à l’effronté trucidé.
Il fut châtié d’avoir eu pareille idée.
Un merle siffleur, du plus haut d’un tremble,
Lors, prit le relais de feu son parent.
Il meurt. Puis un autre. Puis un ensemble.
Jusqu’à ce que l’on chassât ces tyrans…

Partout où furent interdits, muselés,
Les arts, les mots ou, pire, la musique,
Résistance et révolte ont ciselé
Le tombeau de qui ne voulait qu’aphasiques.

mardi 5 juillet 2011

PROVERBES IRRÉGULIERS

Les papillons s’en vont, leurs écrins restent.

*

Un bon bailleur en fait payer deux.

**

On ne peut naître et avoir tété.

***

De deux mots, il faut toujours choisir celui qu’on sait écrire.

DESTINS MONTAGNARDS

Cycle pyrénéen


La nuit s’adosse à la montagne.
Un champ d’étoiles l’accompagne.
Les jeunes, tombant leur plastron,
Craignent, des larmes pour compagnes,
D’être de ceux qui partiront.

La langue se fait bistrotière. 
Elle n’est pas loin la frontière.
Les jeunes, entre deux jurons,
Préféreraient le cimetière
Qu’être de ceux qui partiront.

On reste au pays : on s’enterre !
Sans avenir et,  pis, sans terre.
Les jeunes, quelque jour, devront,
Personne, ici, n’en fait mystère,
Être de ceux qui partiront.

 Il faudra partir pour la plaine.
Sur les chantiers ou sur les chaînes.
Les jeunes, futurs tâcherons,
Devront pour se gagner leur graine,
Partir au loin gagner des ronds.

Entre eux, ils parleront des terres
Où courut leur enfance austère.
Ils veulent, loin de ce goudron
Dont ils ont déjà la hartère,
Être de ceux qui rentreront.

Accent marqué et langue altière,
Le cœur brisé mais l’âme entière,
Ils ne peuvent, pas de mouron
Pour ces capbouruts de première,
Qu’être de ceux qui rentreront.

Ils retrouveront leur montagne.
Quand les beaux jours vous accompagnent.
Moins jeunes, disant aux poltrons,
Qu’ils sont sûrs, à la fin du bagne,
D’être de ceux qui rentreront.

L'ARRÊT NET

Petite fable affable

Dans la mare, c’est l’heure de la sieste,
Dans un nasillard ballet babillard
Un moustique bavard se manifeste,
Un raseur effronté, un brin braillard.
La bestiole verbeuse et volubile,
En scie incessante, en lassant ballet,
Vient agacer, puis échauffer, la bile
D’une placide grenouille affalée.

Chatouillant les naseaux de la rainette
Dans sa ronde, le diptère jaseur
Ne vit pas que l’amphibienne binette
Prenait du courroux les sombres roseurs.
Menuet cancanier, polka piquée,
Valse vrombissante, quadrille en trilles,
Le lancinant insecte, un paltoquet,
A tout essayé dans son vol, dans ses vrilles.

Pierre impassible, notre batracien,
Comme s’il voulait, les yeux en amandes,
Donner un mot d’accord au musicien
De cette exténuante sarabande
Qui aurait saoulé une sauterelle,
Ouvrit sa gueule, jusque là, crispée.
Sans un mot, le danseur de tarentelle
Il happa tout sec, retrouvant la paix.

Pour calmer les casse-pieds qui vous chauffent
Point de branle et pas d’air déconfit,
Comme ils sont tous fait de la même étoffe,
Un coup de gueule, un seul, souvent suffit !
   Illustration : David Sanjaume, 12 octobre 2009

C'N'EST PAS HAÏKU NOMIQUE !

Écrire pour la postérité
Ne fait guère ma prospérité !