Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

mardi 31 août 2021

QUATRAIN D’ENFER

L'Eden est une invention diabolique :

Nous offrir le Paradis pour mieux

Nous le retirer c’est très machiavélique.

Dieu est plus pervers que vétilleux !

lundi 30 août 2021

P’TIT BILLET D’ÉTÉ 39

En philanthrope sincère et monarchiste ouvert,
Tu voulais, tel l’été au cœur de l’hiver,
Réformer les abus au-delà des mots
Mais connus milles traverses et tous les maux.
Hérissant fort tes geôliers si grimaux,
Tu gardas toujours ce calme et ces souris
Qu’on retrouve en tes fables*. Sacré pari !

* Fables de Louis-Jules Mancini-Mazarini publiées par l’auteur, 1796.

dimanche 29 août 2021

QUATRAIN EN RETARD

Je marque le pas tout au long de ma journée

Je n’atermoie pas, moi. Non : je fais des calculs

Pour, sans délai, mieux ma nuit ajourner,

La remettre à demain… Et prendre du recul.

vendredi 27 août 2021

QUATRAIN QUI EN CACHE UN AUTRE

Sur la page noire d’une nocturne,

À l’encre trop blanche de mes nuits,

J’écris le monde qui tant m’ennuie,

Je chante Vénus, et Mars, et Saturne…

jeudi 26 août 2021

P’TIT BILLET D’ÉTÉ 38

À Nicolas Grozelier* (1692-1778)

Tu voulais, l’ami, donner de l'agrément 
À qui s’arrêtait un instant, un moment,
Sur tes fables simples, oui, mais pas simplistes.
Tu n’avais que cette prétention.
Fabuliste a-t-il autre ambition
Sans s’exposer aux railleurs polémistes
Ou aux jalouses condamnations ?!

* Fables nouvelles, divisées en six livres et dédiées à Monseigneur le Duc de Bourgogne, 1740

mercredi 25 août 2021

QUATRAIN DE SÉNATEUR

Tu en fais tellement pour garder ton siège

Que tu nous montres, l’Ami, combien ton cul

T’importe plus que tes idées… C’est le piège

Qui attend tes pairs qui nous font ainsi cocus !

lundi 23 août 2021

QUATRAIN RÉGIONAL

J’habite un archipel de terres en ton pays,

Là où j’ai semé des amis au gré des heures

Ou planté des bouts de cœur au creux de taillis

Et se font fleurs, me donnent fruits à demeure…

dimanche 22 août 2021

P’TIT BILLET D’ÉTÉ 37

Bon abbé, tu te voulais un conteur
Et fabulais tout d’abord pour l’enfance
Que tu voulais édifier. Par chance,
Elle ne fit pas, avec ou sans heurt, 
Procès à qui avec belle éloquence
Dit aux « Méchants, envieux et jaloux »
Que ses apologues étaient faits « pour vous.* »

* Le chien & les cochons de l’Abbé Guillaume-Antoine Le Monnier, Fables, contes & épîtres (1773, I, 38)

samedi 21 août 2021

jeudi 19 août 2021

QUATRAIN CATH’RINE

L’envie va son train quand notre vie va en trombe ;

Bientôt « le Terminus ».

En fin de lignes plus de vers, juste la tombe

Et l’ombre de Vénus.


mercredi 18 août 2021

P'TIT BILLET D'ÉTÉ 36

Audacieux et novateur,
L’apologue parfois ulcère :
« Qui montre un visage imposteur
A rarement un cœur sincère* » ! 
Fit se retourner les viscères
D’un fripon jouant les flatteurs ;
Et la Censure ouvrit ses serres…

* Le singe & la guenon d’Antoine-Louis Lebrun, Fables en cinq livres, 1722 (II, 5).

mardi 17 août 2021

QUATRAIN ARRIÈRE

La nostalgie souvent est un poison
Qui s’insinue aux veines vieillies
De ce qu’il reste de belle saison
Nous la faisant, las, taillis et fouillis,…

dimanche 15 août 2021

QUATRAIN FANTÔME

Des ombres, des bruits, un cri qui là te frôlent

Se mêlent rire et peurs

Ici, quelques ensanglantés sachant leur rôle,

S’agite la torpeur…


samedi 14 août 2021

P’TIT BILLET D’ÉTÉ 35

Tu fus le plus prolifique des fabulistes !
Fi donc, plus de mille et une allongeaient ta liste
Et Voltaire te fit même éloges… en privé
Bien sûr ; louer chagrine qui tant s’agite.
Et las, à t’oublier on en est arrivé :
La mémoire des Hommes tient plus des gîtes 
Du lièvre que carapace de tortue*, Vé !

* Le lièvre & la tortue de Jacques-François Marin Boisard (Fables par M. Boisard, de l’Académie des Belles-Lettres de Caen, secrétaire du Conseil & des Finances de M. Frère du Roy, 1776, I, 7)

vendredi 13 août 2021

QUATRAIN POST ALE

Sur la voie de la Vie je me suis enferré,

Embrumé de fumées ;

De suées parfumé,

J’y déraille y roulant, comme aux fers, affairé.


mercredi 11 août 2021

QUATRAIN BLEU

À l’azur s’accroche du bleu en tâches.

Le ciel a yeux pers et cheveux pastels

Pour qui se perd dans son indigo sans attache,

Voguant au gré du cobalt teignant son mantel.


mardi 10 août 2021

P’TIT BILLET D’ÉTÉ 34

Tu te voulus disciple de Jean. Au taquet.
Se modeler sur le plus grand est une heureuse
Volonté mais fait causer tous les tyranneaux
De la critique : tu glosais, las, en jacquet
Du maître, sans originalité !… Sans cri,
Tu rétorquas : « Apprenez que votre caquet
Vaut beaucoup moins que mon silence* ! »… et tes écrits !

* Henri Richer, Le perroquet, le geai & le hibou (Fables nouvelles, 1792, I, 12)

samedi 7 août 2021

QUATRAIN DE NUIT

Ici, le noir fut éclaboussé au charroi

De mille et une étoiles,

Et là, déchiré au mât invisible et froid

D’une lune grand’voile…


vendredi 6 août 2021

P’TIT BILLET D’ÉTÉ 33

L’Abbé Aubert disait, quoiqu’au Collège de France :
« Que de maux  peut d’un seul produire l’ignorance
Quand il a le pouvoir en mains !
Rois, vos intérêts sont les nôtres :
Ne confiez aux sots vos droits ni nos destins ;
Un mauvais choix toujours en entraîne mille autres.* »
Rien n’y a changé notre âge républicain !

* Jean-Louis Aubert (1731-1814), L’âne ministre, Fables nouvelles (VII, 19, 4é édition, 1773)

jeudi 5 août 2021

QUATRAIN DE VIE

Goutte à goutte,  sans fin, mes heures se noient
Dans l’âcre mare de mes jours plats et sages
N’y laissant qu’encyclies, souvenirs sournois,
Orbes furtives signalant leur passage.

mardi 3 août 2021

QUATRAIN À QUAI

Le quai est plein de « Quoi ? » et de « Qu’est-ce ? »

Il y a encore eu patacaissse

Sur les horaires : ils vont passer au tiroir-caisse.

Mais pas d’quoi en faire des caisses !


lundi 2 août 2021

P’TIT BILLET D’ÉTÉ 32

Tu as traversé, en philosophe patient,
Des heures de sang, disant, à bon escient :
« Si je fais peu, je le fais bien* » et aux regrettables :
« À quoi bon vous mettre en courroux,
Si vous reconnaissez vos traits dans une fable ?
En pareil cas, il n’est qu’un parti raisonnable,
Ne dîtes mot. Corrigez-vous.** »

* L’araignée et le ver à soie, 
Antoine-François Le Bailly (1756-1832), Fables suivies du Choix d’Alcide, apologue grec, 1811.
** Le tableau allégorique ou Le peintre, le nouvelliste, le capitaine corsaire et le médecin d’A.-Fr. Le Bailly (1756-1832), Fables nouvelles divisées en quatre livres et faisant suite au volume publié en 1811, 1823 (III, 15)

dimanche 1 août 2021

samedi 31 juillet 2021

HAÏKU’EUR EN DEUX

 Les couples entendent que leurs amours aillent alors que les célibataires espèrent qu’elles viennent !


DU PALPITANT AU PAL PITEUX

Authentique fausse ballade médiévale

Matin, m’en allant au bois, d’un bon pas
Sur mon palefroi, raide et droit j’avance,
Affrontant les frimas qui font repas
Du miséreux sans lard qui n’a pas ma chance.
Là, je trouvai lors bergère à mon goût.
La fillette collée, comme un cagou,
À son chien et sa chaude haleine
Grelottait de froid. Alors, pas par jeu,
J’offre fourrure pour couvrir sa laine
« Et une fois fourrée, que vous serai-je ? »

La petite, qui sautait tant de repas,
Ne voulait pas l'faire du pas, jouvence
Ne préserve pas du frileux trépas…
Pas plus que vertu reçue en chevance.
Je m’devais de réchauffer, sans dégoût,
Ce si bon bec à l’insolent bagou.
« Se blottir sous ma pelisse, Vilaine,
Vaut mieux qu’avec dogue peu partageux !

- Qu’en penserait la Dame châtelaine ?!…
Et une fois fourrée, que vous serai-je ?

- Rose épanouie n’a pas tes appâts
Ni, Fillette, tes charmes en connivence.
Mieux, n’oublie mie, qu’en cette pampa,
J’ai sur toi quelque droit en survivance !
- Je le sais fort bien, Vieux Grigou,

Vous qui trouvâtes mère à votre goût,
À la hâte, un jour d’août, plus bas, en plaine,
Par les verts fourrés, toujours ombrageux.
Elle n’a su dire, faute d’allène,
Et une fois fourrée, que vous serai-je ? »

Filles, quand la coupe ainsi vous est pleine
D’être traitées par Rancis comme glaines,
À ces seigneurs mal dégrossis, franc-jeu,
Dîtes ces mots qui les met hors d’haleine :
« Et une fois fourrée, que vous serai-je ? »

vendredi 30 juillet 2021

jeudi 29 juillet 2021

HAÏKU DANS LE VIDE

Rêver éveillé revient souvent à dormir debout.

CHAMAILLE EN RIMAILLES

Petite fable affable

Dans l’ombrée qu’offre canopée, tout en presse,
Allant, venant et virevoltant sans cesse
Un colibri, aux corolles colorées,
En bon bec, compte fleurette sans arrêt.

Trônant dans une alcôve de lumière,
La queue en traîne de reine douairière,
Plus calme et donc se croyant sage, un quetzal.
À peine plus gros. Bien moins cordial.

Voilà donc nos deux causeurs du jour, mes Frères,
Indigènes de l’autre bout de la Terre.
« Être agité ne me sied !… Mon destin
N’est pas de finir feu follet indistinct,
Dit le quetzal. Je suis trop brillant, trop noble
Pour jouer les lampistes ou les escobles,
Comme toi qui tant t’épuises à collecter
Un nectar dont tu ne sauras profiter.

- Pourquoi songer à changer ? Moi, j’accepte
Servitude et joies de mon état, préceptes…

- Pauvret, tu te refuses à les abdiquer
Mais ne vas pas jusqu’à les revendiquer !
Le coupa son cousin perché, dans un rire.

- L’Ami, tu vois les choses, à vraiment le dire,
 Comme tu les veux ! » reprit lors l’empressé
Tout en s’affairant, les ailes frénétiques.

« Point de résignation, Oiseau Sceptique,
À qui a “un”destin”, viendra moment
Où il se réalisera. Et surement.
Je l’attends, là, quand toi en vain tu t’excites.

- L’Avenir est moins sur marbre qu’en calcite !
Dit l’oiseau-mouche. Advienne que pourra
Nous vienne qui voudra, arrivera
Toujours autre jour, encens ou belladone :
Le Destin, las, ne veut pas plus qu’il ne donne !

- Tu gères l’urgence en lampiste agité.
Ce n’est pas vie digne de notre beauté ! »

Ne sachant se contenir, l’autre réplique :
« L’espoir est imposteur dans la république
De ceux qui, ailes basses et crête activant,
Ne savent qu’attendre que tourne le vent ! »

















Illustration : Élisa Satgé, été 2019

mardi 27 juillet 2021

HAÏKU’M PARATIF

Tout ce qui est partiel est partial !

ÇA NE VAUT PAS UN PET DE LAPIN

Cycle toulousain

Ainsi parlait le ritou qui ne disait pas 
Deux fois la messe, sauf autour d’un bon repas.

Nous nous n’étions lors que des gosses,
Des ninous acaprissats et tant amaïrits,
Même peilharots. Oc, sans craque. Ça ditz !
On n’était pas mouflets geignards aux larmes grosses,
Pleurards et lamenteurs au premier « Avisa-té ! »
Ou au second « Malfisa-té ! », figura-té :
Non pas, l’était pas né qui nous la baillerait belle
Car pignes et bignes nous avait faits, jà, rebelles :
Les nôtres savaient que l’enfance n’a qu’un temps.
Mais, siouplet, n’allez pas penser, Bonnes Dames,
Qu’on allait jamais s’en croire pour autant :
La vie ne nous épargnait peine ni drame.

On vivait tout à trac et ça, ça valait dix,
Graillant a rigofi, riant comme jadis…
Puis nous viendrait, hélas, l’âge de la gnaque,
Et de la gagne. Seront abandonnées 
Les pentes usées et râpées par le cul tanné
Des gafets gâtés-pourris, ces pas maniaques
- Pardon “estafignous ” ! - qui testuts, mais pas trop,
Pour un rasclet, un quignon de pain vous iront - hop !-
Ici éclaircir les radis, là les carottes
Démarier ; castrer le maïs, tout en bottes,
Sous le cagnard, ou vendanger et ramasser
Les patanes, passé l’été et sa sécade.
Puis pour ces chaspaïres, il sera l’heure assez
De se marier une belle, une tocade…

Ainsi vivaient mes pères qui ne disaient pas 
Deux fois la messe, sauf autour d’un bon repas.

dimanche 25 juillet 2021

HAÏKU DE CAS MAIS RAT

Pourquoi Maurice Bunio a-t-il appelé son film « Les enfants de Lascaux » (1990) et pas, tout simplement, « Les papooses » ?


LES BATRACIENS BÂTISSEURS

Petite fable affable

Sur quelque terre d’Afrique où, impérial,
 Le Soleil règne sans partage dès Prairial,
Au sortir d’un marigot, était une sorte
De marécage tenant, à la saison morte,
Plus du bourbier que de l’étang, qu’arrosait,
De loin en loin le Nil, et toujours la rosée.

Mais c’était assez pour que vive en cette fange
Un peuple qui,  juste pour donner le change,
Coassait sans cesse sous l’œil gourmand d’oiseaux
Qui croassaient d’aise en ces populeux roseaux :
On s’agitait fort et bruissait prou à l’approche
De ces harpies voraces qui perchaient sur roche.

Hélas aussi, quand le très grand fleuve daignait
Le brouhaha fou de cette bauge baigner,
Un crocodile, terreur des eaux et des rives,
Par tous ces bruits attirés, comme à la dérive,
Arrivait. C’était lors carnage à faire rougir
De verte honte Romains à Carthage. « Agir
Plutôt que subir… ! Voilà ce qu’il faudrait faire ;
Voilà comment éviter les affres de l’affaire !
Barytona leur roi. Nous allons bâtir un mur
Pour rendre notre Eden plus quiet, plus sûr ! »

Et voila nos batraciens qui se font vite 
Chantres du pisé salvateur sans plus d’invite,
Avec  de la boue gâchée, du bois un peu, 
Liés à la bourbe en causant prou, l’air pompeux.
Là-bas, dans ces pays, leur peu d’eau vaut fortune
Et l’aisance rend superbe sous toute lune.

Et ainsi s’éleva un semblant de muret
Que l’on chanta haut, plutôt que de murmurer,
Car finie la peur du saurien, ce vandale,
Ce vaurien. 
Et tout ça, ma foi, pour que dalle !
Donc les choeurs des amphibiens rassérénés
Reprirent à la grande joie d'oiseaux attirés.

Mais qu’importe : c’était là ce que de Nature
On peut tolérer plutôt qu’être la pâture
D’un monstre. Cette terreuse muraille tint
Bon ses promesses : le Nil ne vint plus, matin,
Grossir le palud… lequel peu à peu s’assèche.
On réagit à grands cris : mur sec, point de brèche !
En grand silence, on mourut tous, avant longtemps,
D’avoir voulu la vie sauve et le cœur content.