Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

mercredi 9 février 2022

D’UN COUP DE VENT D’AVANT

Petite fable affable sur une citation que m’a fait connaître Geno…

C’était en ces temps anciens, laborieux
Où nos aïeux semblaient, malgré tout, heureux
 Quoique prou pauvres et, pis, otages des cieux,
Et de devoirs parfois lourds, souvent douloureux.

À cette époque donc, un faisan épousa
 Pour le mauvais et pour le pire, peut-on dire,
Une donzelle qu’il traitait, à la maudire,
 De “gourgandine” qu’elle sourît ou jasât,
De “bonnet de nuit” si elle préférait se taire,
De “feignasse” quand, hélas, elle s’asseyait
 Et de “lente” quand elle s’activait sans ciller,…
Bref, notre oiseau était de ces verrues plantaires
Que l’on enverrait fort bien paître, et au plus loin,
Chez les Grecs, au diable,… Plus, pour ce rabouin
« Qui discute recule ; et abdique qui recule ! »
Mais elle aimait son violent, cette crédule :
Pourquoi palabrer quand point perdu vaut gain en poings ?

Or matin, le ciel aux incertaines couleurs, 
Hésitait entre nuit humblement finissante 
Et neuve journée modestement commençante, 
Frémissant sous ses esquisses de nuages en pâleur…
Une bourrasque révéla la male humeur de l’aube :
Un grain arrivait en rafales, avec des accès
De colère inattendus qui, cruel succès,
Effrayèrent la faisane qu’encor' son époux daube :
« Sotte pécore, ce ne sont là que vent et eau !
Mais que tourmente et tumulte réveillent oiseaux
Est inadmissible. Je vais causer à l’Olympe ! 
Ils vont se calmer dans leurs toges et leurs guimpes…»
Il sortit en trombe… et l’une d’elles l’emporta.
Ce malfaisant quitta ainsi sa vie avec son galetas
Sans que cela n’émût ses bons voisins… ni l’Olympe !

L’oiselle pleura le cher disparu mais sa voisine,
Chouette qui ne l’était pas vraiment à son goût,
Pour la consoler, lui montra avec son bagou,
Ce qu’elle gagnait en l’occurrence : « Mais Cousine,
Malheur des uns ne devrait-il faire Douleur
Des autres ? » répliqua vertement la jeune veuve.
L’autre lui fit part d’idée autrement neuve :
« Toutes les tempêtes ne gâchent notre vie ;
Certaines nettoient la route par nous suivie ! »

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