Flirtant avec le diable, des baveux, un jour,
Convièrent à leur table des enfers le Grand Maître
Pour savoir, ici-bas, comment saper l’amour
Du prochain et la confiance, sans y paraître.
Flatté, Satan, entre deux toasts, leur dit alors :
« Ce n’est pas par mes pompes et œuvres qu’on règne
Mais par de doux discours qui, à tous, semblent d’or,
Paraissent bon sens et Raison que Sages enseignent.
- Soyez plus clairs, s’il vous plaît, Votre Majesté.
- Faites que mensonges soient vrais et vérités
Fausses. Puis assénez-les avec cette force
Que l’on prêtait jadis aux forcenés, usez
De la conviction de celui qui, lui seul, oui, sait
Face au monde. Ensuite faites que sots divorcent
Des sages, ignorants des savants,… et que plus rien
Ne soit interdit ou sacré,… Invoquez censure
Ou complot si on vous contredit. Les vauriens
Ne sachant à quel saint se vouer, chose sûre,
Croient qui crie le plus fort. Que rien ne soit plus sain
Aux yeux de qui vous suit. Vous avez une carte
De presse cela vous rend légitime à dessein.
Tant pis pour dupes et sensibles ou bien tartes n!
Jouez du buzz, du scoop et, mieux, de l’émotion
Commentez tout, surtout vos dires, avec passion ;
Les gens aiment qu’on dise et non pas qu’on démontre
Ou qu’on enquête : il suffit, souvent, qu’on leur montre.
- Cela va à l’encontre de ce qu’on nous apprit
En nos écoles, osa l’un, et de toute éthique.
- Pour dominer, ici-bas, c’est un fort bon prix
Ma foi. Ils l’ont compris vos si chers “politiques”.
Je suis Lucifer et sais toute la vertu
De la bassesse pour tuer tout espérance
En l’Homme et faire de sa vie, las, ce fétu
De paille où demain est mort avant d’être, rance. »
C’est ainsi qu’est né le journalisme actuel,
Qui fait spectacle du Mal, et de la Bêtise
Un grand événement, de scies du factuel,
Du « sociétal » quand il n’y a qu’incident,…
Invitant un fascisme banal à notre table,
Reléguant l’esprit et la pensée à l’étable.
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