Tour bâtie haut, au sol aussi tombera !
Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques
parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…
samedi 18 mars 2023
vendredi 17 mars 2023
L’APPÉTIT LE MOINS PETIT
Petite fable affable
L’ingratitude m’est un vrai dégoût.
Or bouchée avalée n’a plus de goût
Chez beaucoup de bêtes qui, pourtant, chantent
Les valeurs humaines qui tant les hantent.
Ces mêmes animaux ont des secrets
Cachés dans leur esprit fort acéré,
Quand il s’agit d’ourdir un stratagème
Ou de savoir les plus belles gemmes
Que leurs pairs ne veulent, las, dévoiler
Mais qui valent d’être, au jour, étalées.
C’est vrai surtout chez ces bons oiseaux-lyre,
Chantres du médire, hérauts du délire.
Car plus vous vous taisez, plus ces rustauds
Insisteront pensant que, bientôt,
Voire plus tard, par vaine bouffissure,
Vous causerez de choses dont ils assurent,
Sans les savoir, qu’elles valent détour
Ou qu’on se joue de vous par quelque tour.
Or, les causeurs cacatoès, victimes
Souvent des ménures fouilleurs d’intime,
Traqueurs de ces obscures cachotteries
Ou, pis, d’inavouables conneries
En eurent, sous leur vert couvert de feuilles,
Assez de ces vains dégustateurs de breuille…
« Pourquoi, chers curieux, quérir aveux ?
Soupçons, inquisition,… nul n’en veut !
L’oiseau le plus fin sait, mes chers faux-frères,
Fit une huppe des plus altières,
(Perroquet n’aimant guère pérorer
Pourtant avec ces avides niais)
Que, souvent, silence fait transparaître
Ce que l’on veut taire sans y paraître :
Observez plutôt que de harceler
Et vous saurez ce que l’on veut celer ! »
jeudi 16 mars 2023
mercredi 15 mars 2023
VA
Si tu vas et viens au vent
Du noir couchant au gris levant,
Lève donc le nez et regarde
Le ciel de lit de l’été…
Et quand il n’est plus sur ses gardes,
Plonge y comme en un Léthé,
Oublie ce qui bouffe ta moelle
Alors que brillent les étoiles…
Si tu erres au creux des chemins
Sans plus avoir peur de demain
Et sans nul souci de la veille,
Poursuis ta route, l’Ami,
Pour trouver à voir des merveilles
Dans l’air de l’aube qui s’émie,
Dans la rosée aux toits de toile.
Laisse le vain gonfler ta voile !
Alors que brillent les étoiles,
Oublie les escales et leurs squales
Qui font d’une vie un labeur
Serpentant, las, de leurre en heurts…
Laisse le vain gonfler ta voile !
Quand la chaleur du poêle
N’est plus pour toi, faute de toit,
Pars loin des chafouins matois…
mardi 14 mars 2023
lundi 13 mars 2023
AH, LES DEUX CHEVAUX D'ANTAN. !
Petite fable affable d’après le cheval de ferme et le cheval de bataille
de G.-A. Lemonnier, Fables, contes & épîtres (1773, fable 32)
Le fort fringant coursier d’un tout jeune officier
Et le souffreteux limonier d’un vieux fermier
Partagèrent, d’aventure, la même étable,
Comme, à l’auberge, leurs maitres la même table.
Le pied au pailler, le nez dans le râtelier,
L’étalon altier se goberge, familier,
Morguant la rosse vouée à l’art aratoire :
« Demain, je volerai de victoire en victoire,
Moissonnerai les médailles et, couvert de gloire,
Ramenant un prince, un conquérant sur mon dos
On me couvrira, lors, de baisers, de cadeaux…
Et tout ça pendant que les ploucs suent et travaillent,
Labourent au lieu de livrer d’autres batailles !
- Tâche simplement de rapporter ta peau
Avant de tant pavoiser, cher porte-drapeau ! »
dimanche 12 mars 2023
samedi 11 mars 2023
PAUVRE MATIN
D’après Pauvre Martin (Georges Brassens)
Avec une aube qui s'engage,
Avec, dans le ciel, un levant, (bis)
Avec, au cœur, au peu de rage
Il faut remettre le nez au vent.
C’est le matin… pour nos misères,
C’est un terrain très excitant !
Pour se gagner un peu la vie,
De l'aurore jusqu'au couchant, (bis)
Faut perdre son temps sans envie,
À bosser dur, par tous les temps
Et dès matin, ce sont misères
Qui nous viendront en s’agitant…
Faudra s’lever, s’laver le visage,
Se composer un air av’nant (bis)
Pour être, comme l’veut l’usage,
Toujours content, toujours riant,
Dès le matin, face aux misères,
Dont on crèv'ra, en végétant…
Et quand la nuit nous fera signe,
Qu’il est grand temps d’foutre le camp, (bis)
On r’tour’n’ra dormir, indignes,
Seul dans un lit froid et grinçant,
Jusqu’au matin, jusqu’aux misères
Qui reviendront en un instant…
Et c’est com’ça qu’on vit en nombre,
Quittant nos lits froids et grinçants, (bis)
Dès que s’en va cette pénombre
Et que nos vies s’en vont passant
Dès ces matins, tout en misères,
Qui nous assaill’ à tout instant…
vendredi 10 mars 2023
jeudi 9 mars 2023
L’ALOUETTE & LA TAUPE
Petite fable affable librement inspirée de de Guillaume-Antoine Lemonnier
L’alouette & la taupe in Fables, contes & épîtres (éd. de 1773, fable XXVIII)
Naguère, dans un champ de sainfoin
Une alouette prenait grand soin
De couver près d’une taupinière
Où commère taupe a sa rabouillère.
Ces voisines jasaient, jabotaient
En vraies causeuses aimant radoter,
Elles babillaient du beau temps et des choses
Qui font, ou ne font pas, une vie en rose :
« Si tu voyais, l’Aveugle, l’azur
Du ciel et savais l’air pur
Où rêver, où chanter est un délice…
Rester enterrée doit t’être un vrai supplice !
- Ton ciel met à la merci
De l’autour, du loup,… de l’Homme aussi.
Il t’offre un ramage qui fait qu’on t’encage.
Quant à voir, ne plus le faire fait qu’on enrage ;
Mais moi qui n’ai, de ma vie, vu,
Je m’en accommode, Ma Dodue :
On est plus en sûreté sous la terre,
Que lorsque comme toi, par trop, on s’aère.
- Mais j’ai mes ailes pour voler haut
Et échapper au rets, aux corbeaux,… »
Le temps, passant, mit d’accord nos raisonneuses :
La chasse tua l’oiselle un peu crâneuse ;
Un soc de charrue trancha, plus tard,
La fouisseuse et tous ses moutards.
Pour survive en ce monde, je ne le farde
Point, restons toujours, mes amis, sur nos gardes :
Aucun lieu, ici-bas, n’est sûr
Soit-il ouvert ou clos de hauts murs !
mercredi 8 mars 2023
mardi 7 mars 2023
HAÏKU À CREUSER
Pour faire mon trou, en tête de pioche mais pas sot, je multiplie les appels… et pas que du pied !
LES QUESTIONS ANGOISSÉES D’UN GÉOGRAPHE DÉBOUSSOLÉ
Si en tenir une couche n’est pas flatteur qu’en est-il d’habiter Couches (71) sans chercher la fuite ?
Peut-on jumeler Jette (Belgique), Lens (62) et Lancé (41) ?
Mettre un pied dans La Tombe (77) est-ce si dangereux que cela ?
Pourquoi les chinois investissent-ils tant pour visiter Mars alors que c’est une commune du département de la Loire (42) qui ne doit pas être si difficile que ça à trouver ?
Sallespisses (64) vaut-il mieux que roupie de sansonnet ou pipi de chat ?
Doit-on avoir peur des bandes de Saligos (65) que de celles de Salau (09) ?
Sainte-Verge (79) pliez pour nous ?!
Atteindre Termes (11) signifie-t-il la fin du voyage ?
Recevoir une carte de Voeu (36) signifie-t-il qu’il existe plus paumé que nous ?!
lundi 6 mars 2023
HAÏKU DE GRIS
Le pire dans les jours les plus noirs c’est le nombre de nuits blanches qu’ils comptent !
dimanche 5 mars 2023
VOULOIR AIMER
Petite fable affable à Félix Lope de Vega Carpio (1562-1635 )
De bas en haut du baobab ça babille,
Ça dispute et bataille entre les filles.
Des oiselles trouvant pesant leur trésor,
Veulent trouver amant ou mari en or.
Et donc on s’arrache les beaux mâles disponibles
En se déchirant de la griffe et du bec,
D’un nid à l’autre, en jouant fort les pénibles,
Pour tel vil béjaune ou quelque autre blanc-bec.
Un vieux vautour veut mettre de l’ordre
À cette foire d’empoigne, à ce désordre.
Bien mal lui en prit car il devint
La cible des sottes guerroyant en vain
Mais qui ont, las, bon bec quand il faut répondre
À qui veut leur apprendre à couver ou pondre.
L’une de ces oies blanches, moins dinde en fait
Que ses cent rivales ou ses cent sœurs, rappelle
À ce déplumé dont le discours est faix
Que les chiens, chez les Hommes, interpellent
Qui veut voler des choux alors qu’un cabot
N’en mange pas, d’ordinaire, lui-même :
« Cou pelé, plus usé que rusé, c’est beau
Mais remballez médires et anathèmes :
Vous êtes des êtres qui ne sachant aimer
Ne tolèrent qu’autour d’eux on veuille aimer ! »
Illustration : Elisa Satgé, été 2019
samedi 4 mars 2023
vendredi 3 mars 2023
PLEINS FEUX SUR L’IVOIRE
L'aurore s’habille de rose et de pastel.
Ses tons chauds dansent dans l'air trop froid qui se fige,
Fardent les restes blafards du vieux castel
Auquel la neige tombée a rendu son prestige.
Attisant les ailes de ces rêves restés
Cloîtrés dans la nuit qui meurt sans s’attrister,
Ce décor blême, empesé, tient du prodige.
Ce paysage-là, d’ordinaire accidentel,
N’est que douces estompes et courbes à l’esquisse.
Ébauchées par cet hiver au linceul mortel,
Ces formes se nuancent aux teintes des nues lisses.
L’aube appelle un jour qui, matin, va exister.
Les arbres grelottent et les sapins frémissent
Donnant du relief au ciel contrasté.
jeudi 2 mars 2023
mercredi 1 mars 2023
AMÈNES PROPOS FILIAUX
Petite fable affable
« Telle extravagance conduit au tourment !
Chantait un drôle d’oiseau à son père.
Vous allez souffrir forcément, inutilement.
Pensez donc : épouser après feue mère
Une donzelle !… Vit-on à rebrousse-chemin ?
- Pourquoi, Fiston?!… Je suis fort prospère ;
J’ai encor’ de beaux ans à vivre, sûrement.
Je ne veux plus de ces heures amères
Entre regrets et souvenirs des bons moments.
- Mais ces oiselles sont comme le lierre
Qui ne prospèrent sur l’arbre qu’en l’étouffant !
- Aurais-tu, en la matière, mon enfant,
Là, quelques insoupçonnées lumières ?!…
Oiseau de mauvais augure, je crois infiniment
Plus qu'un vieil amant, fors ses prières,
Est le gui qui épuise très lentement
La belle branche qu’est sa chambrière ;
À elle indifférent, voire égoïstement
Culpabilisateur et sans apitoiement :
Souvent à corps de boue, cœur de pierre ! »
Illustration : Elisa Satgé, décembre 2021
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