Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

vendredi 5 août 2011

REPAS DE QUARTIER

Cycle toulousain

Alors que là s’endort la ville
Dans un air frais et immobile,
Avec les mangeurs de jambon,
Les jeunes comme les barbons,
Par les rues où ça roule et raisonne,
Arnaud Bernard râle, discute et résonne 
Le temps d’un repas de quartier,
Pour les quenottes, les dentiers.

On goûte, on apprend, on partage,…
On découvre Oran ou le Tage,
On fait sortir le moribond ;
On accueille le vagabond.
On s’attable voisins, à la nappe couverte ;
On se découvre amis même avant la desserte,
Le temps d’un repas de quartier,
À parler astuce et métier.

Sous le feu froid des réverbères,
Accent berbère ou bien ibère,
Au brasier central des idées,
Sur la place au ventre évidé,
Esprit qui virevolte et cœur qui se survolte,
Arnaud Bernard récolte des vents de révoltes,
Le temps d’un repas de quartier,
Alors que tout n’est que chantiers.

Entre pluies et plaies de paroles,
Entre cassole et casseroles, 
Dans une moisson de boissons,
Entre poissons et calissons,
Les murs rose brique, en échos colériques
Et chants oniriques, sonnent d’échos lyriques,
Le temps d’un repas de quartier,
Tinte, verre de l’amitié !
Alors que là s’endort la ville
Dans un air frais et immobile,
On fait sortir le moribond,
On accueille le vagabond,…
Esprit qui virevolte et cœur qui se survolte,
Arnaud Bernard récolte des vents de révoltes,
Le temps d’un repas de quartier,
Pour les quenottes, les dentiers,
Alors que tout n’est que chantiers…
Le temps d’un repas de quartier,
Où parler astuce et métier,
Tinte verre de l’amitié…

jeudi 4 août 2011

LE TEMPS DE L'UTOPIE

Refusant les tutelles
Quand vient l’âge de déraison
Où l’on veut cueillir l’horizon
Envies sans dépit ni répit
 Parfois par trop nous écartèlent
Quand nous arrive la saison
De ces sèves impies
Dont on espère floraison
 Quand l’on déploie en grand nos ailes
Rêves et vœux appellent
Un temps quelque utopie

Au temps de l’utopie,
Plus de craintes ni de contrainte,
Pour nos désirs qui se libèrent…
Au temps de l’utopie,
Finis les peurs, les pleurs, les plaintes
On est roi d’une nouvelle ère
Mais la Parque, harpie qui toujours épie,
Brouille tous les repères
Et met en charpie, éternelle impie,
Les rêves et l’utopie !

Et puis on se prend l’âme
À l’oraison de la raison
On  n’veut plus toucher l’horizon
Le vieux manège des toupies
- Respect et peur du blâme
Autorité, d’voirs à foison -
Nous imposent leur myopie
Et le Bon Droit pour seul blason
Éteignant nos anciennes flammes 
Qui veulent et réclament
Un temps pour l’utopie

Au temps de l’utopie,
Pas de recul, de volte-face
Car l’impossible est notre quête…
Au temps de l’utopie,
La résignation jamais n’efface
Les soifs d’absolu, de conquêtes,
Mais la Parque, tapie, fait œuvre pie
Quand ses crocs déchiquettent,
Réduisent, impies, en tas de charpie,
Rêves et utopie !

Et avant qu’il ne meure
Quand lui vient l’âge d’oraison
Qui fait épouser l’horizon
Devenu vieux et décrépi
Tout seul dans sa demeure
Devenu noble et vieux grison
L’Homme parfois pépie
Qu’il n’est pire prison
Que les rêveries et les leurres 
Qu’enfin voyons il n’est plus l’heure
Du temps de l’utopie

Ce temps de l’utopie,
Cette terre toujours promise
Dont, déjà, ont rêvé nos pères ;
Ce temps de l’utopie
Dont la venue toujours remise
Fait pleurer celui qui l’espère…
La Parque, assoupie, encore tapie,
Sort de son repaire
Pour que le pépi à la fin expie 
Ce temps de l’utopie !

mercredi 3 août 2011

HAÏKU R'D'ALCHIMIE

Si la parole est d’argent, comment un silence de plomb peut-il être d’or ?

LA JARRE FÊLÉE

Petite fable affable


Un brave paysan, du pays des Brahmanes,
N’ayant pas les moyens d’avoir un buffle, un âne,
Allait tous les matins jusqu’à une rivière,
En portant deux jarres en terre suspendues 
Après une pièce de bois particulière
 Épousant la forme de ses épaules nues.
Notre fermier allait, par les couverts, par les clairières.

L’une des amphores avait une blessure ;
Il fuyait des filets d’eau par cette fissure.
C’est pour cette raison que l’homme s’obligeait,
Tous les levers du jour, à deux ou trois voyages,
Perdant, à chacun d’eux, beaucoup. Sans ménager
Son temps ni ses efforts, malgré le temps et l’âge,
Il abreuvait ainsi maison et potager.

Bien au frais, une fois achevé leur office,
En jouant de l’anse, en béant de l’orifice,
Comme on se dispute, les vases discutaient.
Celui qui remplissait sa fonction, et sans faille,
Sa sœur, très abîmée pourtant, asticotait.
Être intact mais sans tact, oui, sans cesse il l’assaille 
Si sûr et fier de lui, dans la pluie, dans l’été,…
« Il n’y a de place, ici, que pour qui travaille
Bien et beaucoup. Pas pour qui est bon à jeter ! »
De tels propos blessent alors qu’on vous les baille
À dessein de meurtrir. Mais quand c’est un parent
Qui vous les sert ainsi, c’est plus que déchirant !

Or l’amphore fêlée s’en ouvrit à son maître :
« Il faudrait me briser ou bien m’envoyer paître,
Je me sens coupable et te prie de m’excuser.
- Pourquoi pleurer, amie, c’est chose singulière !
- Je suis toute honte : Vieille et bien usée,
Je fuis comme un panier. Et, des heures entières,
Par ma faute, tu vas et viens, à t’en user,
Doublant toute course jusqu’à cette rivière…
- Tu es bien abîmée, certes, reprit notre homme.
Avec moi tu n’as pu multiplier tes sommes
Car, depuis tant d’années, je ne t’épargne pas…
Amie pansue, il est bien vrai que tu ruisselles.
Cela mérite-t-il, pour autant, le trépas ?
Non. Tu ne serviras pas, non plus, de faisselle.
L’eau que tu sues, qui pleut, à chacun de mes pas,
Fait pousser tant de fleurs sur ton côté de route !
Oh, ni toi, ni ta sœur, ne les ont vues, sans doute.
Ma fille aujourd’hui, et feu ma femme avant elle,
Allant, matin, faire, au cours d’eau, ses ablutions
En cueille des brassées. De ces humbles mortelles,
Elle égaye sa vie, en toute discrétion
Embaume ma maison, Toutes ces bagatelles,
Qui nous font tant de bien, soit dit en confession,
Et, pourtant, ne coûtent presque rien comme telles…
Mon labeur, seul, ne peut lui offrir ces cadeaux.
Aussi que m’importent mes pas, mes bras, mon dos,… »

mardi 2 août 2011

VEILLE NOCTURNE D'UN POÈTE TACITURNE

« Toutes les choses ont leur mystère, et la poésie, 
c'est le mystère de toutes les choses. » F. Garcia Lorca (1898-1936)


Et l’œil impavide d’une lune livide,
À la toile noircie qui s’étoile, s’arrime
Quand le temps avide égraine ses heures à vide…
Enfin seul, mon cithare embarque pour Cythère ;
Ma lyre délire et s’escrime sur des rimes
À la flamme, aux larmes d’une bougie austère.

L’herbier de mes pensers se refuse à vous taire,
En ses pages arrachées où mon âme s’exprime,
Ces roses du Bengale et dahlias de parterres
Que le temps jette à terre. Et ma plume dévide
Ses fleurs pour cueillir les violettes qui dépriment,
Pour effeuiller les marguerites jusqu’au vide.
Sous l’œil impavide de la lune livide,
J’amuse les muses, fleurette jusqu’à prime,
Espérant l’amarante ou les lauriers d’Ovide…
Sur les rives du lac où mes rêves se terrent,
Je perçois le frisson que ce miroir imprime
À l’astre qui s’y noie avec tous ses mystères.

Sur l’eau couleur d’encre que sa caresse altère,
La brise ilunée court jouer sa pantomime :
Elle file en forêt, bat les bosquets pour se taire
Dans un paysage de gros nuages avides,
Non sans avoir, auparavant, commis le crime
D’effeuiller bien des marguerites jusqu’au vide.

lundi 1 août 2011

HAÏKU DE GUEULE

Je me plais à déplaire, aime qu’on me haïsse !

MA VILLE CHANTE…

Cycle toulousain

Pour moi ma ville chante
Au son des Fabulous
Ces troubadours tinhous
Qui avec Deffès hantent
Ma ville et ses chouchous
Sandoval à la gratte
Marie boîte à cachous
Et rythmes qui dératent

Partout ma ville chante
Gold les Seff Art Mengo
Cabrel à Marengo
Aux puces en brocante
Ma ville chante en moi
Même quand elle parle
Avec Jehann d’émoi
Des mois ou bien déparle

Toujours ma ville chante
Avec Moss et Hakim,
Madgyd tout le toutim
Ce qui la désenchante
Ma ville sans renier
Mesplé Plasson l’orchestre
Des caves au Grenier
Loue notre Éden terrestre

Ma ville se trantole
Avec les Bombs 2 bal 
Qui te font du rambal
Place du Capitole
Ma ville chante enfin
Une ode à notre Claude
Qui résonne sans fin
De laudes jusqu’à l’Aude

Souvent ma ville chante
D’avoir conquis Brennus
Et pour fêter Bacchus
N’i a mai que gats que cante
Elle chante les refrains
Du piano de Juliette
Qui plie la Halle aux grains
Met le Pavé en miettes
Car ma ville chantonne
L’hiver comme l’été
Toulouse avec Trois T
Les Mazades à l’automne
Elle chante pour toi
La poésie en cave
« Le violon sur le toit »
Et le vin qui rend brave
Des fois, ma ville chante
Sur un air de Gardel
Le vieux gardien des ciels
Que le soir ensanglante
Et elle chante encor
Quand soir et nuit s’épousent
Sur d’étranges accords
Que dansent les Femmouzes

Alors toi aussi chante
Des chansons oubliées
De ce passé qu’enchante
Notre esprit d’escalier
Murmurant ou sifflant
Reprend les opérettes
Les opéras ronflants
Et en Oc nos bluettes