Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

mardi 9 août 2011

ROCK DE BRIC & DE BROC

Moi, je suis un roc
Et pas une loque 
Au fond d’son paddock :
Je suis un fils d’Oc,
Un dur de la toque,
Et, comme un auroch,
Je taille et j’estoque…

Parfois, je les vois
 Tous ces gens serviles,
Qui, l’œil aux abois
Et la phrase vile,
Pleine de ferveur,
Qui te complimentent
D’un’ voix véhémente
Pour quelque faveur,
Et qui parlementent
Pour un p’tit honneur ;
Quand tous ces glaneurs
Encore argumentent,

Moi, je reste un roc
Qui aim’ qu’on l’invoque,
Comme un mec des docks
Toujours prêt au choc
Quand d’autres breloquent,
Qui parfois, ad hoc,
Se moque et provoque…

Quelques fois j’entends
Rire des bedaines
Qui, par tous les temps,
Te la jouent mondaines,
Des très fins viveurs
Qui parfois fomentent
Ou qui se lamentent
De divins buveurs
Qui -Dieux ! - s’alimentent
Cerf sauce veneur,
 Pour tous ces dîneurs
Dont l’âme fermente,

Moi, je suis un roc
Un bloc qui débloque,
Saillant’ comme un soc
- Capitaine Haddock ! -
Que, sans équivoque,
Ni coqs ni Shadocks
Jamais ne disloquent…

Si certains tutoient
Divers journalistes
Et, bien mieux, côtoient
De très longues listes
Plein’ d’humains sauveurs
Qui ment’, se démentent,
Sans fin bonnimentent,
Plein’ de flagorneurs
Qui toujours commentent
En vils potineurs.
Pour tous ces chineurs
Qui tout vous pimentent,

Moi, je reste un roc
Fuyant les colloques
De tous ces mastocs
Ces blocs en plastoc’
Vaillants comme vioques
Qui s’font dans le froc
Et puis grandiloquent

Si d’aucun consent
Aux “vrais philosophes”,
Ces « roseaux pensants »
Qui vous apostrophent,
Insatiabl’ baveurs,
Qui enrégimentent,
Les foules démentes
Sans grande saveur,
Ou qui réglementent
Jusqu’à nos bonheurs,
Pour tous ces berneurs
Qui te - nous ! - tourmentent,
Moi, je suis un roc,
 Dans le genr’ baroque
Qu’est fait d’un seul bloc
Que nul ne convoque,
Que rien ne révoque
Qui - « Quoi de neuf, Doc ?! » -
Et fou et loufoque,
Jamais ne s’défroque…
Oui, je reste un roc,
Qui, mêm’ si ça choque
Ceux qui traqu’ et troquent,
S’en battent le bock
Ou fuient à tout’ socques
Dès qu’on les suffoque.
J’suis un fils du rock
Qui aime Bartok !

LA FALAISE DU MALAISE

La mer mord la roche.
L’écume s’accroche,
Dentelles déchirées par le roc
Qu’elle laboure encor’ de son soc,
Qu’elle cogne et casse
Et puis se fracasse…

En manque d’inspiration,
Tout là-haut, sur la falaise,
J’entends la respiration
Murmurante de la mer
Qui meurt, seule et mal à l’aise,
Au pied de l’à-pic amer
Enraciné dans son ventre.
Ses sauts et ses soubresauts,
En violents assauts l’éventrent,
Le réduisent en morceaux.

La mer mord la roche.
L’écume s’accroche
Aux ravines, aux fissures, à l’orée
 D’arêtes luisantes dévorées,
Affûtant les lames
Qui me brisent l’âme…

Les vagues grondant, tonnant,
Lentement, sûrement, sapent
 Cette proue de continent
Et la fureur des rouleaux,
Du sac et du ressac, frappe
La paroi où des sanglots
D’embruns déchirent la craie ;
Comme elle effile l’aiguille
Elle gifle l’arche ocrée,
Bat et fouette ses chevilles.

Depuis le Levant,
Un rêve de vent
Se brise avec fracas dans les brèches
Où les brisants, dans les rochers rêches,
Traînent en langueurs,
Privés de vigueur…

Eaux folles et flots tumultueux
Laissent, ici, éclater leur colère,
Au flux et au reflux torrentueux,
Écument d’une rage moirée…
Pourquoi donc cette ire atrabilaire,
Qu’accroît la male humeur des marées,
Alors, qu’ailleurs, l’océan mourant
En rides sages saigne le sable ?
Le sort est-il si intolérant
À l’homme, falaise périssable ?

Depuis le Levant,
Un rêve de vent
S’écrase sur la craie des falaises,
S’enroule à leurs pieds où, n’en déplaise,
Sur l’estran bruni,
Tout sable est banni.

lundi 8 août 2011

LA PUCE

Un’ puce
Surtout
Nabotte
Beaucoup
Boulotte
Rêvôte
Pauv’ puce
D’époux
Grand’Russe

Cett’ puce
Itou
Tressaute
Et prou
Ell’ trotte
Puis saute 
Sur tout
Se musse

Not’ puce
En tout 
Pas sotte
Partout
Se frotte
Dégote
Astuce
Un poux
De Prusse

dimanche 7 août 2011

HAÏKU MESTIBLE

Qui n'a plus de blé finit sur la paille.

LA FENÊTRE AVEUGLE

Petite fable affable
librement inspirée d’un proverbe yiddish

Dans une école de fourmis, la maîtresse
Évoque et dit l’importance d’amasser
Afin d’approvisionner la forteresse.
La plus petite des élèves massés
Lui demande pourquoi, alors que les Hommes
N’ont d’yeux que pour ce qui brille, or ou argent,
Et que le stocker semble le plus urgent,
Son peuple amasse des prunes et des pommes.
« Cette fable répondra à ta question
Dit-elle, bien mieux que cours ou suggestions :

Un jour, au pays des Hommes,
Un jeune Prince qui vivait, insouciant
Du monde et de ses arômes,
Demanda à un très vieux sage officiant
- Sur les ordres de son père -
À sa formation et son éducation : 
« L’argent, mon bon Théophraste,
Nous est des plus utiles pour toute action.
Mais est-il parfois néfaste ? »

Le vieil homme conduisit le Prince aux baies
Vitrées de sa vaste chambre.
Ces fenêtres, toujours closes, surplombaient
La ville aux toits couleur d’ambre
Et sa grand-place toujours si animée. 
« Que vois-tu donc, ô mon Prince ? 
- Des enfants qui jouent sous un ciel embrumé ;
Des goujats dont l’œil se rince
Aux appats des filles venues au lavoir ;
Ici, des hommes qui triment :
Tailleur de pierres, forgeron, porte-faix,…
Une femme qu’on opprime ;
Un vieux qui mendie, tout en haillons, défait,… »

Mais pendant qu’il énumère,
Le sage s’est éclipsé quelques instants.
Quand il revient, Bonne mère,
Il a un seau et un pinceau dégouttant.
« Qu’est-ce ? demande le Prince.
- Un vernis que j’ai fait, à base d’argent. »

L’homme, dans le froid qui pince,
Sort sur le balcon et couvre, diligent,
Tous les carreaux d’une couche
De son vernis, affairé et appliqué.
Mais le Prince prend la mouche
Lorsqu’il rentre, le labeur fini, chiquer.
« Ah, par ta faute il fait sombre !
Toi tu mâches, là, et moi je ne vois rien :
Ni silhouette ni ombre !
- Mais, mon Prince, mon tabac n’y est pour rien.
Allumez donc des chandelles !…
- Et à présent, que voyez-vous, Majesté ? 
- Mais ni ciel ni hirondelle,
Rien de la ville,… je peux t’en attester !
Je ne vois que mon image, 
Et rien d’autre,… Moi, moi, jusqu’à l’obsession ! 
- Alors, lui dit le vieux sage,
Tu as enfin la réponse à ta question ! »
Dans notre école de fourmis, la maîtresse
Rajoute : « La fable est-elle claire assez ? »
Là, le doigt de la plus petite se dresse :
« Je crois qu’elle dit que fortune amassée
Peut rendre l’Homme aveugle, ou bien c’est tout comme,
Qu’il n’a plus d’yeux que pour lui, et son argent,
- À ce qui l’entoure et des siens négligent -
Qu’il n’est plus un animal social, en somme. »

samedi 6 août 2011

LE PURGATOIRE DES ÉCRITS VAINS

« Ci-gît Piron, qui ne fut rien,
Pas même académicien? »
A. Piron (1689 - 1773)


      Notre pays aime les ruines et l’Antique. Mieux que Rome et bien plus que l’Attique, il aréopage ses obsédés textuels et autres sucreurs de phrases qui n’ont rien sous la coupole et guère plus au-dessus. La République vénère ces Verts séniles aux vers sévères, métaphysiciens de la particule et prolixes prosateurs scolastiques. Elle préserve le prestige de ces vestiges, éminents monuments sans nom, reliques saliques sans renom, et leur vésicule des canicules majuscules mais pas du ridicule de leurs propres opuscules. Le cénacle aux doctes oracles de ces alezans patinés par les ans, moins bruyants que gâteux, plus pâteux que brillants, radote et méduse en ratiocinant la fresque vénitienne de ses frasques vénériennes, le stylo empaonné et le style ampoulé.
  Chez ces Lumières déjà éteintes, être muet est désuet, mais l’ennui est mortel chez les Immortels que guette la Nuit alors ces révolutionnaires révolus, adorateurs de syntaxe, grammairiens à voir et orthographeurs urbains se comptent en leur respectable assemblée : Apollon apoplectique, Aphrodite arthritique, Adonis prostatique, Vénus cataractique,… et tant d’Hercule éculés fuyant le commerce des commères, peu vêtues ou fort vétustes.
  Gloire et prospérité à l’Agagadémie française, cet hospice propice aux malitornes maritornes qui - supplice - en sus plissent, aux ganaches sans panache complices qui dessus se pissent comme aux bedaines des badernes conservatrices, périmées de la plume et de l’esprit, durs de la feuille quadrillée, autographes laborieux d’un « milieu » négrier, débris décrépits de l’Écrit dont le talent est latent et le neurone atone ; « tous ces noms illustres dont pas un ne mourra » que la postérité toujours honorera dans de si beaux livres que personne plus n’ouvre si, d’aventure, un quidam sait où ils se trouvent…

vendredi 5 août 2011

HAÏKU COUCOU RIT COU

Ceux qui ont une cervelle d’oiseau
comme ceux qui ont un estomac de moineau
prennent la mouche facilement.