Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques

parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…

vendredi 21 novembre 2014

HAÏKU NU

Le chemin le plus court pour faire entendre raison
à une femme n’est jamais celui que l’on prend !

L’ÉTOURNEAU ÉTOURDI RETOURNÉ

Petite fable affable

Pour le pays des soleils généreux
Où, venue à toute tire d’ailes,
Vient se blottir l’errante hirondelle
Et courent des varans véreux,
Initiative peu heureuse,
Un jeune étourneau des plus étourdis
For sa bourgeoise, à ce qu’ici on m’a dit,
Partit, un matin, courir la gueuse…
Résignée à son sort, la répudiée
Se laissa mourir peu à peu, crédié.
Et lui, de grenadiers en amandiers,
Trompait le temps et la malheureuse
Avec moulte et moulte coureuse,
Vierge, épouse, veuve,… sans mendier
Ni regretter passé ou passades.
Il se lassa - sans défaut, tout se défait ! -
Mesura enfin sa faute et ses effets :
Revenu chez lui, il apprit, roide,
Que celui qui se perd dans sa passion
Perd moins que celui qui perd sa passion.

mercredi 19 novembre 2014

R’HAÏKU R’SIS

Avec un simple filet de voix, il est des sirènes
qui vous hameçonnent l’esprit et harponnent le cœur.

Dessin : David Sanjaume, 19 novembre 2014

DANS MA RUE…

Dans ma rue, le rêve vogue à la voile :
Des êtres y dansent en cadence
Alors que là-haut se balance
Un grand trapèze accroché aux étoiles.
Va au vent, sur ce belvédère,
L’acrobate des lampadaires.
La nuit qui l’absorbe et le dévoile
Habille ses strass de cent ombres,
Déchire, pour lui, sa pénombre,…

Un magicien, tout en jambages,
Fait des bulles de lune,
Jongle avec l’autre et l’une,
Irisées dans leur enrobage
De paillettes et de lumière.
Elles montent comme prières
Aux nues noires, plus légères que plumes,
Promesses faites aux noctambules,
Par ce cirque qui déambule
Sous un ciel obscur que la fête allume.

Une souris au minois de minette
Joue avec des bâtons en flammes,
En avale le feu, Madame,
Le recrache en gerbes longues, nettes,…
On applaudit à la science
De la jeunette ; à sa confiance.
Toujours plus loin le spectacle avance,
Les cœurs et les corps s’y réchauffent ;
On commente, on sourit, s’échauffe,…
Notre vie prend là un bain de jouvence.

Mais, dans ma rue, ce rêve a mis les voiles.
Chacun prend son indépendance
Entre rires et confidences,
Après ce frisson entré dans nos moelles.
Le cirque va plus loi en ville
Donner sa magie incivile
À qui reste toujours l’émotion close,
- Loin des trapèzes et des bulles,
Du feu ou des funambules,… - 
Confit de solos jusqu’à l’overdose.
Illustration : Camille Lesterle, 17 novembre 2014

lundi 17 novembre 2014

HAÏKU’ SKOUSS

Il est des gens qui, présomptueux,
affichent leur bonne mine
alors qu’ils n’ont trouvé qu’un bon filon !

LE COQUELET BAFOUÉ

Petite fable affable

N’ayant pourtant rien d’un béjaune,
Un vrai coquelet, ayant été
Fait coq en sa basse-cour, tonne :
Un vilain chapon, l’air hébété,
Lui a, hélas, piqué son trône
Légalement…
Et sottement !

Jadis plébiscité par la plèbe,
Quand cet audacieux se rêvait
Au plus haut des cieux - Cet “éphèbe”
Nous en rasait tant il se barbait ! -
Le voilà, le cul nu, dans la glèbe,
Mesquinement,
Mais pleinement.

Comment lui, gringalet splendide,
Bien en Cour - l’autre l’est en chair 
Et fut candidat presque candide -
Fut-il éconduit ?… Il est clair,
Qu’il y a, là, manœuvres sordides,
Retournements
Et boniments.

Car le coquelet avait su plaire
Aux oies hier blanches, aux perdreaux
De l’année, jeunes clientélaires, 
Pour pintades et dindes héros,
Complètement,
Mais simplement.

Il s’entendait fort à faire croire
Qu’il chiait dur et pissait dru
À tous vents qui échotaient sa gloire,
Chantaient les hauts faits de ce membru,
Engagements
Et beaux serments.

Mais, hélas, les bavards fils d’Eole
Répétaient aussi et, à l’envi,
Pour enluminer son auréole,
Jusqu’au plus intime de sa vie,
Égarements
Et errements.

Ruminant l’amère rebuffade,
Il peste contre ces souffles, hier
Amis, qui l’ont ruiné - cagade ! -
Aidé l’Autre, pas lui, si fier,
Résolument
Sans argument.

Cachés sous ses bonnes manières,
Sa haine et ses mauvais sentiments,
Las, nuisent moins qu’altières
Bourrasques frappant continûment.
Acharnement ?
Harcèlement ?

Ne savait-il pas, ce fils d’écume
Qui tempête, qu’à se mettre au vent
On ne prend que forts mauvais rhumes
Et qu'on doit se moucher, très souvent,
Bruyamment
Et longuement ?

samedi 15 novembre 2014

HAÏKU PET

Il est plus facile de retirer ce qu'on a dit,
que de donner du sens à son silence.

PRINTEMPS 1915

Dans le boyau tout n’est qu’ombre et boue,
Regards froids, fiévreux ou hagards,
Mutisme dans le calme ou la mitraille,
Nerfs tendus qui vous tiennent debout…
Qu’on s’appelle Edgard ou qu’on soit sagard,
Notre tombe est hors, et dans ces murailles…

Dans le boyau, sachant notre avenir
Inscrit aux trous du sol, au gris du ciel,
Comme au cœur des coquelicots plus rouges
Que notre sang, tout n’est que souvenirs
Car rêver devient pêcher véniel
Pour l’instit’ ou le manieur de gouge…

La tranchée a pris notre Humanité
Comme, un soir, elle prendra notre vie
Après avoir tué l’Espoir, l’Envie,…
Et rendu jusqu’au plus croyant athée.

Dans le boyau, chacun mange sans goût
Et boit sans joie se sachant condamné :
Après la fumée de la cigarette,
Au milieu des rats de cet égoût,
Viendra le canon qui va glaner
Sa moisson de corps par-dessus la crête.

Dans le boyau, c’est silence : on écrit ;
La bête brute, pour un temps, n’est plus
Bien qu’au dehors ça tonne, explose et gronde.
Au loin, noyé de bruits, s’entend un cri :
Pluie et poussière, au revers du talus
Mais « Marche et crève ! » partout à la ronde.

La tranchée a pris notre Humanité
Comme, un soir, elle prendra notre vie
Après avoir tué l’Espoir, l’Envie,…
Et rendu jusqu’au plus croyant athée.

Dans le boyau, on attend feu et fer,
On craint la blessure plus que la mort ;
Cette dernière heure viendra sans larme :
Elle nous délivrera de cet enfer
Qui nous fait bêtes brutes et simple corps
Sans âme, seuls, accrochés à notre arme.

Dans le boyau, on patauge et ça pue,
On s’englue dans le bran, la peur, le sang,…
Mêlés de boue sale et d’ombres vampires.
Dans le boyau, vivre est mot corrompu
Mais le quitter est dur, chacun le sent,
Car, là, hors du boyau, crois-moi, c’est pire !

jeudi 13 novembre 2014

HAÏKU DUR À AVALER

Plus je le lis plus je me dis : « Quelle peau de vache, Allais ! »

DUELS AU SOLEIL

Petite fable affable

Alors que dans le ciel,
Volaient les noirs vautours…

Il y a bien longtemps,
L’espace d’un instant,
Bout de temps en suspens,
Au-delà de Campan,
Les mouflons, les isards
Et puis les bouquetins
Mirent tout en bazar,
Jusque dans le lointain,
Pour savoir qui, d’entre eux,
Régnerait aux sommets
De nos monts si venteux.
Cela vous assommait
De les voir s’attraper,
Pour un peu s’écharper,
En toute impunité
Et sans aménité.

Pendant ce temps, au ciel,
Coups bas et mauvais tours,
Glissaient les noirs vautours,
Faisant de tout leur miel.

Les doux mouflons, cornus
De façon biscornue,
On les diabolisa,
Les ridiculisa.
Les isards, gracieux
Mais sots comme l’Humain,
Courant jusques aux cieux
Et en un tournemain,
Se divisèrent, Dieu !,
Entre eux et leur combat
Fit plus de malheureux
Et de navrés, c'est bas !,
Que cornes ennemies.
Les bouquetins, amis
Du double-jeu, pardi !,
Perdirent tout crédit.

Et pourtant dans le ciel,
Planaient les noirs vautours
Qui attendent leur tour
Et que sert tout ce fiel.

C’est ainsi que ces sots,
Qui jouent bien du cuissot,
Laissèrent tout le champ
À de bien plus méchants :
Les oiseaux charognards,
Qui restaient aux aguets
Ces fachos montagnards,
Régnèrent, l’âme gaie
Parce que ces ongulés
Étaient trop occupés
À s’entrestranguler,
Se nuire ou se duper.
Ils laissèrent venir
Des matins bruns et froids
À trop se désunir,
À se vouloir tous, rois !

Mais désormais du ciel,
Règnent les noirs vautours…

mardi 11 novembre 2014

HAÏKU TAPÉ

Quand on ne se prend pas le premier venu,
on a la décence d’arriver en retard !

BOULET ENCELLULÉ

Je suis incarcéré dans cette forteresse
Que l’on baptise « ville » : un dédale de rues,
De barres serviles écrasant tout intrus
Et de tours acérées où court notre détresse.

Le bitume affairé, le béton qui oppresse,…
On vit à l’incivile, aveugles, sourds, recrus,
Un triste vaudeville en jours montant à crû
Sur l’horizon barré où la nuée se presse.

La prison du rêve égoïste et ventru
Nous tient, et son glaive, la solitude accrue,
Fait carcan à l’espoir, teints gris que rien n’enlève.

Empoussiérés au soir et enfumés sans trêve,
Au pilori infâme, on se meut, enrênés,
Sans pouvoir libérer âme ou cœur enchaînés.

lundi 10 novembre 2014

HAÏK(r)U AROUGE

Bien que nous fussions du même sang, nos destinés
furent différentes car j’avais plus de veine que lui !

dimanche 9 novembre 2014

HAÏKU DANS LES PARTIES

Existe-t-il un sale gosse bon enfant ?

Dessin : David Sanjaume,19  novembre 2014

L’AIGLE & LE MILAN

Petite fable affable

Quoiqu’étant de race et de lieu famés,
Un grand aigle, quelque peu affamé,
S’abattit sur la faune des estives
Pour y carnager, et à récidive.
Un milan qui vint à passer lui dit :
« Dia, comment Votre Majesté peut-elle,
Sans craindre ridicule ou discrédit,
Accepter de souiller ses si mortelles
Serres, son noble bec avec ces rats
De hautes prairies et, pis, ces vipères ?
- Dans ma situation, point d’embarras !
Tout fait ventre qui peut nourrir mon aire.
- Mais vous êtes le monarque des airs !
- Pour être de mon rang tout à fait digne 
Dois-je mourir de faim dans mon désert ?
Comme toi, certains arguent par leurs lignes
Ce que Bon Sang ne doit pas accepter
Mais comme moi, ils devront s’adapter :
Quand, pour manger, il n'est que des marmottes
Même l’Aigle s’abaisse au rase-mottes ! »

vendredi 7 novembre 2014

TIROIR HAÏKU’ESSE

Somme toute, faire tous les frais de la conversation
coûte moins que d’être payé de mots…

PAS DE POSE…

De peur qu’on me dépose
Quoi que l’on me propose
Ou bien que l’on m’expose,
Quiconque s’interpose,
Je m’oppose et m’impose 
Si un autre antépose :
De moi, nul ne dispose !

Et puis, las, je compose,
Quoi que l’on me propose,
Non, sans prendre la pose,
Vouloir qu’on recompose
Décompose ou transpose
En cent hypotyposes.
Enfin rien qui repose !

Ainsi je contrapose,
Réécrit me prépose,
Et donc me surexpose
Pour que ma griffe appose
Ma patte, superpose
Juxtapose et postpose
Ce, quoi que l’on suppose,
Et jusqu’à l’adipose.

jeudi 6 novembre 2014

JE VOUS SÈME B’HAÏKU

« La plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a » dit-on ;
 mais la plus laide aussi, et si on a plus à perdre, on a moins à craindre ! 

mercredi 5 novembre 2014

HAÏKU RBINE

J’ai tellement peur qu’on me jette un sort
que je fuis les harengs… et autres poissons !
Dessin : David Sanjaume, 19 novembre 2014

UN CAMPAGNOL TARTIGNOLE ?

Petite fable affable

Vivant comme un moine escouillé en sa cellule,
Un rat des moissons fuyait la compagnie
Des siens, préférant le vol des libellules
À la saillie de ses pareilles. Donc, haï
De sa race, il vivait au loin de celle-ci,
Versatile engeance, veule et vindicative,
Vénérant le premier veau d’or survenu si
Celui-ci était grains en provende hâtive.

Pourtant on le craignait car ce sage était mots

À double - mais bon - sens ; aussi devint-il juge
De nos prés et des champs, résolut bien des maux,
Tranchant les différends, évitant le grabuge,…
On s’étonnait qu’un être, ma foi, aveuglé
Au point de refuser, au grand jour, la Croyance
Permît à la vie de tous d’être bien réglée
Et que Dieu lui donnât pareille clairvoyance.

Un jour, on apporta devant son tribunal

Un beau cas d’école : une jeune musaraigne,
Contre la Tradition et, bien moins banal,
Contre ce que les lois de la Nature enseignent,
Aima un vieux mulot et fugua avec lui
Pour vivre leur amour interdit aux estives.
On les reprit. D’aucuns voulaient qu’avant la nuit,
On les pendît tous deux. Justice expéditive.

Notre campagnol, lui, écouta les amants.

Rien ne le choqua : ils étaient de deux races
Mais de la même espèce et rien d’infamant
Non plus à leurs âges différents, car la grâce
De l’Amour n’y voit pas malice ou perversion ;
Quant à leur fuite, elle était compréhensible
Et, face aux us du temps, fort sage solution
Qui évitait rancœurs et ragots impossibles.

Le jour où il rendit, devant tous, son arrêt

Il dit qu’eurent tort le vieillard et la jeunette
Autant que ceux qui les avaient contrecarrés.
Il les gracia disant que : « Sur cette planète,
Si les vérités du cœur sont plus intangibles 
Que celles nées de la Raison, tout bien compris,
Les faiblesses du cœur doivent être admissibles
Et plus pardonnables que celles de l’Esprit ! »

lundi 3 novembre 2014

HAÏKU KURON

Un petit rien n’est certes pas grand chose
mais Le Petit Chose n’est pas un vaurien !

AUTOMNE 2014

Ayant déserté août comme juillet,
L’été s’est invité jusqu’en novembre :
Il azure un ciel d’ordinaire inquiet,
Baume aux cimes des arbres effeuillés
Et nous offre sa douceur sans vaciller 
Ou nous fait des matins de sang et d’ambre.

Ayant déserté août comme juillet,
L’été s’est invité jusqu’en novembre.
L’ordre des saisons est-il embrouillé ?
Froid et brumes se sont ensommeillés
Loin de nos sens, au soleil, réveillés…
Et on l’espère ainsi jusqu’à décembre.

Ayant déserté août comme juillet,
L’été s’est invité jusqu’en novembre…

dimanche 2 novembre 2014

HAÏKU GNITO

Il était très vivant, bon vivant même. Aussi quand il s'est éteint, on lui donnait encore du "feu" quand on l'évoquait !

samedi 1 novembre 2014

HAÏKU INTENSE

Un enfant, c’est un adulte en devenir ;
Un adulte, c'est un enfant sans avenir !

INTERMÈDE SANS REMÈDE ?

Petite fable affable

Au pays de ces mufles de mouflons,
Très loin des si parisiens flonflons,
Vit un vieux couple de lagopèdes,
Oiseaux dont le chant résonne en écho
Quand l’été, là-haut, se fait plus tiède
Et que les monts s’inventent tout un dico
De teintes vertes, ocres et brunes
Qu’aucun peintre ne rendra sans lacune.

Ce couple eut un petit, depuis grandi,
Peu pressé de fuir son nid, comme on dit.
Se dépensant en blagues de potache,
Humour carabin, rires de bossu,…
Il vit donc de l’air du temps, l’air bravache,
Ayant, sans rien vivre, tout vu, tout su
Paillepoutrant autrui et le monde,
Trouvant ci hypocrite ou ça immonde.

Ils lasse ses parents, bien patients
Avec ce fils ingrat, inconscient.
Lui, souvent, il les trouve acariâtres
Et vindicatifs quand ils le secouent
Car toujours fort critique ce bellâtre,
Oiseux, oisif, se monte un peu le cou :
Nourri, logé et blanchi sans négoce,
Il a pour les siens le mot fort féroce.

On lui parle et il répond d’un « Je sais ! »,
Excédé ; on veut son aide et, vexé,
C’est toujours de la plus mauvaise grâce
Qu’il y vient, trouvant chacun stressé
Et speedé. Lui n’est pas de cette race
De vains fébriles ni d’oiseaux pressés :
On finit, tous, par la foudre ou la poudre !
Son père lui fit, prêt à en découdre :

« Dia, passe donc de “Je sais !” à “Je fais !”
Sinon, ta paresse aura pour effet
De te priver de tout ce dont tu rêves :
Bouge au lieu de jouer l’ici-gît ;
Chez toi l’effort est, chaque jour, en grève
Et quand tu gémis, nous deux on agit
Et, pour toi, on fait et défait sans trêve :
Nous juge qui vit de sa propre sève ! »