J’ai de nouvelles lunettes : verres anti-tout, monture en titane.
Mosaïque de poésies prosaïques & de proses poétiques
parfois sous forme d'aphorismes, de chansons et surtout de fables…
vendredi 21 septembre 2018
JUDICIEUX FIL À LA PATTE ?
Édito’ pour RuedesFables, juin 2018
Les dés à coudre sur le tapis Feutré sont jetés : cela fait deux ans au jus (est-ce pour autant un jubilé ?), de juillet à juin, que je bâtis et broche des édito’ jubilatoires pour la passante ou le chaland de cette accueillante RuedesFables. Deux années qu’elle, ou lui, veut bien jeter un œil distrait à cette vitrine-là avant que d’entrer plus avant dans l’une des échoppes - en toute franchise, point de grande chaîne chez nous - qui s’y pressent pour admirer cotonnades de jadis ou textiles d’aujourd’hui proposés, en un libre service de bon aloi, à un temps tout aussi libre, plus à gagner qu’à perdre, par nos cousettes et habilleurs, tous tailleurs de haut vol. Si vous êtes à la recherche du string minimum ou d’une strie de strass qui stresse vous vous êtes trompés de boutique et ne serez pas à votre affaire : ici, point de jute en fibres. Que du sur-mesure ou perles rares et pierres précieuses juxtaposées, par Saint Burda ; le tout confectionné ou surfilé par les stylistes du vers d’antan ou les modistes du verbe de naguère. Sans prétention, vous ne trouverez, là, que de la haute écriture… et à prix modique puisqu’en partage au fil de l’eau à l’heure pressée des jumbo-jets, tentante des justaucorps et bruyante des juke-box.
Ainsi, et fort justement d’ailleurs, de fil en aiguille, nous, humbles façonniers d’aujourd’hui, avons tissé des liens avec celle-ci, noué d’autres avec celui-là, à travers la parabole et la métaphore, auxquelles nous sommes très attachés. Ainsi nous lui offrons, saine ambition, une échappatoire au prêt-à-penser de notre temps car, comme le prophétisait John Steinbeck (À l'est d'Éden, 1952) : « Lorsque notre nourriture, nos vêtements, nos toits ne seront plus que le fruit exclusif de la production standardisée, ce sera le tour de notre pensée ». Point de cela en nos magasins !
Oui la fable, à la craie dessinée, au ciseau découpée et patiemment assemblée avant que de, sous vos yeux, défiler, moins bon enfant que mauvais drole et en cela aussi peu « convenue » que « convenable » dans ses ressorts, est désormais le refuge des valeurs qu’on ne peut coter en bourse et qui, par la rébellion de mots qui ne se veulent pas cousus de fil blanc, rêvent de porter remède à nos maux et suturer les plaies de ce temps. C’est devenu le foisonnant maquis de la résistance d’un (mauvais ?) esprit juste et justifié dans le droit fil des moralistes comme Boileau, fil à plomb de nos cervelles embrumées : l’apologue, jamais embéguiné n’a pas le jus vénal quoique puisant aussi chez Juvenal, tançant le jurant Jupiter, le Judas enjuponné ou la Junon sans jugeote comme le cotillon de la pastourelle, soit-elle jument, et le surin du Julot, soit-il junior. Et ce n’est que justice, n’en déplaise aux jusqu’au-boutistes d’une toile sur le fil du rasoir car la frange des conteurs-rimeurs et autres prosaïques écriveurs n’a qu’un credo pour tirer son épingle du “je” : « Contentons-nous de faire réfléchir. N’essayons pas de convaincre » (G. Brayne) !
Néanmoins comme aurait dit Cléopâtre, à priser cet exercice, fil conducteur d’une vie, on apprend, devenu chantre du monde, à repriser du bon sens sur des mauvais sons au canevas de vie, à boutonner dessus la trame usée de notre société de sages idées sur des actes fous, à coudre et assembler des Hommes qui ont oublié qu’ils sont faites d’une seule et même étoffe car ainsi ne va plus la mode qui trotte qui préfère la fermeture - éclair ou non - à tout autre disposition de l’âme. Le fabuliste face aux juntes et aux jungles, roué du rouet, est donc ici-bas une petite main - qui espère passer première ! - qui, sans se piquer de vanité, met de la dentelle sur notre mal-être, festonne nos travers, galonne nos défauts,… pour nous confectionner, surfilant ses vers à soi, des histoires édifiantes dans l’atelier d’une nuit qui ne finit jamais, tirant sur une corde qui ne cesse de s’étirer comme élastique. Aussi, avant que tout ne parte en quenouille, même si avec lui point de croix à l’ombre de laquelle se reposer, ne cesse-t-il de broder sur les mêmes thèmes maintes fois rapiécés, d’ourler des textures souvent fois rafistolées, de retoucher des matières avec la dextérité des giletiers d’hier sur un tissu universel aussi plissé que son front juvénile sans espoir de médaille ni de cordon, junkie shooté à notre bonne langue… et au Jurançon. Notre métier, ne tenant qu’à un fil malgré la WiFi, n’est point trop juteux alors il faut juguler son goût pour la jujube, Ariane !
Aussi, je vous prie, fin jury plein de délicatesse et empli de justesse, vous qui passez par notre modeste rue de finisseuses et de biaiseurs, jetez un œil en glissière sur nos étals où les patrons ne sont en rien des modèles et à nos mannequins qui n’en pissent guère. Pour ma part - promis, juré ! - par peur de me faire surjeter par le jurassique - et jurassien - juge de notre jurande juché en sa chaire (dont les yeux louches sont jumelles braquées sur moi… enfin je crois !) à trop bavasser jusque-là au lieu de labourer à mon crochet à pensers, je vais vous quitter pour me faufiler encore un peu plus loin, en arpète de la rime à perpète, alors : fabuleusement vôtre…
P.S. : Un amical merci à Daniel et Annie qui, par leurs commentaires sur un précédent édito’, m’ont donné matière à en découdre de la sorte avec celui-ci qui m’a donc offert moins de fil à retordre que ses prédécesseurs !
Ainsi, et fort justement d’ailleurs, de fil en aiguille, nous, humbles façonniers d’aujourd’hui, avons tissé des liens avec celle-ci, noué d’autres avec celui-là, à travers la parabole et la métaphore, auxquelles nous sommes très attachés. Ainsi nous lui offrons, saine ambition, une échappatoire au prêt-à-penser de notre temps car, comme le prophétisait John Steinbeck (À l'est d'Éden, 1952) : « Lorsque notre nourriture, nos vêtements, nos toits ne seront plus que le fruit exclusif de la production standardisée, ce sera le tour de notre pensée ». Point de cela en nos magasins !
Oui la fable, à la craie dessinée, au ciseau découpée et patiemment assemblée avant que de, sous vos yeux, défiler, moins bon enfant que mauvais drole et en cela aussi peu « convenue » que « convenable » dans ses ressorts, est désormais le refuge des valeurs qu’on ne peut coter en bourse et qui, par la rébellion de mots qui ne se veulent pas cousus de fil blanc, rêvent de porter remède à nos maux et suturer les plaies de ce temps. C’est devenu le foisonnant maquis de la résistance d’un (mauvais ?) esprit juste et justifié dans le droit fil des moralistes comme Boileau, fil à plomb de nos cervelles embrumées : l’apologue, jamais embéguiné n’a pas le jus vénal quoique puisant aussi chez Juvenal, tançant le jurant Jupiter, le Judas enjuponné ou la Junon sans jugeote comme le cotillon de la pastourelle, soit-elle jument, et le surin du Julot, soit-il junior. Et ce n’est que justice, n’en déplaise aux jusqu’au-boutistes d’une toile sur le fil du rasoir car la frange des conteurs-rimeurs et autres prosaïques écriveurs n’a qu’un credo pour tirer son épingle du “je” : « Contentons-nous de faire réfléchir. N’essayons pas de convaincre » (G. Brayne) !
Néanmoins comme aurait dit Cléopâtre, à priser cet exercice, fil conducteur d’une vie, on apprend, devenu chantre du monde, à repriser du bon sens sur des mauvais sons au canevas de vie, à boutonner dessus la trame usée de notre société de sages idées sur des actes fous, à coudre et assembler des Hommes qui ont oublié qu’ils sont faites d’une seule et même étoffe car ainsi ne va plus la mode qui trotte qui préfère la fermeture - éclair ou non - à tout autre disposition de l’âme. Le fabuliste face aux juntes et aux jungles, roué du rouet, est donc ici-bas une petite main - qui espère passer première ! - qui, sans se piquer de vanité, met de la dentelle sur notre mal-être, festonne nos travers, galonne nos défauts,… pour nous confectionner, surfilant ses vers à soi, des histoires édifiantes dans l’atelier d’une nuit qui ne finit jamais, tirant sur une corde qui ne cesse de s’étirer comme élastique. Aussi, avant que tout ne parte en quenouille, même si avec lui point de croix à l’ombre de laquelle se reposer, ne cesse-t-il de broder sur les mêmes thèmes maintes fois rapiécés, d’ourler des textures souvent fois rafistolées, de retoucher des matières avec la dextérité des giletiers d’hier sur un tissu universel aussi plissé que son front juvénile sans espoir de médaille ni de cordon, junkie shooté à notre bonne langue… et au Jurançon. Notre métier, ne tenant qu’à un fil malgré la WiFi, n’est point trop juteux alors il faut juguler son goût pour la jujube, Ariane !
Aussi, je vous prie, fin jury plein de délicatesse et empli de justesse, vous qui passez par notre modeste rue de finisseuses et de biaiseurs, jetez un œil en glissière sur nos étals où les patrons ne sont en rien des modèles et à nos mannequins qui n’en pissent guère. Pour ma part - promis, juré ! - par peur de me faire surjeter par le jurassique - et jurassien - juge de notre jurande juché en sa chaire (dont les yeux louches sont jumelles braquées sur moi… enfin je crois !) à trop bavasser jusque-là au lieu de labourer à mon crochet à pensers, je vais vous quitter pour me faufiler encore un peu plus loin, en arpète de la rime à perpète, alors : fabuleusement vôtre…
P.S. : Un amical merci à Daniel et Annie qui, par leurs commentaires sur un précédent édito’, m’ont donné matière à en découdre de la sorte avec celui-ci qui m’a donc offert moins de fil à retordre que ses prédécesseurs !
jeudi 20 septembre 2018
DUR HAÏKU’IRE
Avoir l’envie de lire en point de mire,
Donner là à rire plutôt qu’à l’ire,
Et se vouloir en malléable cire
Et non Sire abrupt pour fuir le pire
Dans ce monde où tout, et trop vite, vire…
mercredi 19 septembre 2018
LE RHINO’ FÉROCE
Petite fable affable
Un rhinocéros blanc à l’oeil noir
Fuit tous les braillard débraillés
Que l’espèce aviaire a baillés
À la rivière où cet éteignoir
A élu domicile et fait sa loi.
Et à la faire régner il s’emploie.
Il empoussière aigrettes, hérons
Chasse spatules, avocettes, grues,…
Brillants comme une écume incongrue
Dans l’eau où il aime à faire des ronds.
Pis, leurs gosses, volaille impolie,
Se gaussent de lui, ces pisse-au-lit !
Si, depuis lurette, il leur bat froid
Il rêve, hélas, de s’en revancher,
Consumé de colère. Emmanchés
Et haut-perchés vivent dans l’effroi :
Il veut faire au plus loin déménager,
Et pour toujours, tous ces ménagers.
Un matin, il veut mettre le paquet
Contre ces voisins, au prix d’exploits,
Chasser ces gens de mauvais aloi,
Batteurs d’ailes et joueurs de caquet.
Il leur fonça sus : hurlant, frappant,
Chargeant chenapans et sacripants…
Tout le jour il y revint, et sans fin
Les vit s’envoler un bref instant
Pour se reposer, pas plus longtemps,
Il en oubliait la soif, la faim,…
Sous le nombre y perdit le sommeil,
Quand vint à choir le soleil vermeil.
Rien ne le faisant revenir
Aux meilleures dispositions,
Persuadé, - c’est prétention ? -
Qu’être con, on peut en convenir,
Est le moyen le moins infécond
D’être bien compris par des cons !
Il en mourut d’épuisement
D’avoir oublié, las qu’emmerdeurs
Toujours l’emporteront, sans pudeur,
Car leur nombre, insidieusement,
Fait leur force, soit-on bilieux,
Ce, ma foi, dans tous les milieux !
mardi 18 septembre 2018
HAÏKU’MU NIÉ
L’Homme, animal possessif jusqu’à l’exclusive, n’est prêt à partager que ses emmerdes !
lundi 17 septembre 2018
HAÏKU MANDÉ
Pourquoi craindre le Jugement Dernier alors que nous passons notre vie à être « évalué » ?
CONFIRMATION
D’après M. Combernoux
Je vous l’affirme, ici, tout de go :
Je ne veux pas « devenir Hugo
Ou rien », ni Rimbaud, ni Verlaine
Avant de perdre vent et haleine ;
Pas question d’être Châteaubriand
Au firmament des lettres brillant,
Ou Prévert ou même Appollinaire
Par le talent ou l’imaginaire…
Je n’ai pas plus la prétention,
Me livrant tout à ma passion,
D’être l’Aragon de ce siècle,
Mes mots pesant moins, las, qu’une thècle,
Je ne serai Baudelaire non plus,
Ni Villon ni Musset au surplus…
Et pas plus qu’un nouveau La Fontaine
Révéré jusqu’aux terres lointaines.
Je ne serai que moi et, pour ça, merci.
Songez que j’ai la chance inouïe,
De vivre à une époque où la rime
Ne paie pas - on la déprise en prime ! -
Et qu’en ce temps moderne et marchand,
« La poésie n’a pas de client !* »,
Donc finirai « écriveur » en ce monde
Prompt à en rimer, matin, la ronde.
Je ne serai ni poète ni écrivain,
Espérer le contraire est fort vain.
Donnant de mes pieds à la prose ,
À l’heure de mon quatrain, tout rose
De confusion, l’ambition
En bandoulière pour l’édition,
Je vous aurai sonnet, en ballade,
Dès l’ode, offrant vers en accolade.
Ah, qu’il est bon et oh qu’il est doux,
De courir du mot le guilledou,
De s’éveiller, sans désespérance
Au bond du cœur parce que, malchance,
Sans léguer à la postérité
Ses strophes et stances méritées,
Qu’on emprisonnerait dans un livre
Alors qu’on les voulait bateaux ivres.
De courir du mot le guilledou,
De s’éveiller, sans désespérance
Au bond du cœur parce que, malchance,
Sans léguer à la postérité
Ses strophes et stances méritées,
Qu’on emprisonnerait dans un livre
Alors qu’on les voulait bateaux ivres.
Avec ma verve, avant le boulot,
Qui m’attache à ce fin fil de l’eau
Qu’ici-bas une « vie » on appelle,
Laissez-moi chanter pour ma chapelle.
Avec mon verbe allant à l’envie,
Laissez-moi écrire mes avis,
Et mes crépuscules et mes aurores,
Libre de me croire libre, encore !
* Léo Ferré
dimanche 16 septembre 2018
samedi 15 septembre 2018
VERDICT AU PROCÈS D'INTENTION
Petite fable affable à C.
Un pachyderme à cause de quelque missive
Où sa prière passa pour injonction
Reçut un poulet d’une gazelle agressive
Qui n’admettait, sans nulle compromission,
Qu’on lui dictât sa conduite. Et, pis qu’autruche,
Se croyait seule gardienne du savoir,
Reprochant à sa tant belle d’avoir baudruche
En guise de cervelle et, plus est, de pourvoir
À perpétuer idées sales, dangereuses,
Sous couvert d’une « guimauve » des plus véreuses,
Elle usa d’un ton sec, l’humeur peu discoureuse.
Notre mastodonte benoît tant que bénin
La savait parfois maladroite en ses paroles
Quand la savane la voyait pleine de venin
Ou malveillante. Il la pensait jouant un rôle
Et non point mauvaise mais, là, son pauvre sang
Ne fit qu’un tour, certes des plus grands et fort larges :
Qu’on touchât à sa compagne, avec mots blessants,
Fort offensée au demeurant, appelait charge
Surtout que l’antilope se disait « amie »,
Que rien ne justifiait pareille infamie,
Si ce n’est l’orgueil plus nocif que tsunami.
Les sinistres conséquences de la fatale
Erreur d’interprétation de sains propos
Appelait excuses qui ne vinrent ; létales
Concessions ayant empêché le repos
De la gracile. L’Énorme prit donc la plume :
« Bien conscient de n’être point à votre hauteur
De ne point trop partager, parce que trop enclume ?,
Vos valeurs et pensers nourris de grands auteurs,
Je n’encombrerai donc plus jamais votre espace
Ni à nuire à votre temps qui trop vite passe.
Que n’ai-je donc plus tôt compris - Il se surpasse ! -
De vous avoir, naguère, tant importunée
Et merci de m’avoir remis à ma juste place. »
L’élégante s’emporta de nouveau, mal lunée.
Notre éléphant lui expliqua, de guerre lasse,
Pour sa défense et ne pas la tromper, en gros,
Que s’il était lent à se mettre à la colère,
Lambin à s’en défaire étaient les libéraux
Du kilo. Il lui barrit, tout soudain célère :
« Quand tu uses de vils mots vains, pas qu’à demi
Courroucés voire injurieux, ma belle "Amie",
Que puis-je craindre en plus de qui m’apprécie mie ? »
Notre antilope aurait du garder souvenance
Qu’on souffre moins les écornes d’un ami
Dont on espère, au plus, quelque prévenance,…
Qu’hélas on ne les supporte d’un ennemi
Dont on n’attend rien d’autre qu’impertinences !
Où sa prière passa pour injonction
Reçut un poulet d’une gazelle agressive
Qui n’admettait, sans nulle compromission,
Qu’on lui dictât sa conduite. Et, pis qu’autruche,
Se croyait seule gardienne du savoir,
Reprochant à sa tant belle d’avoir baudruche
En guise de cervelle et, plus est, de pourvoir
À perpétuer idées sales, dangereuses,
Sous couvert d’une « guimauve » des plus véreuses,
Elle usa d’un ton sec, l’humeur peu discoureuse.
Notre mastodonte benoît tant que bénin
La savait parfois maladroite en ses paroles
Quand la savane la voyait pleine de venin
Ou malveillante. Il la pensait jouant un rôle
Et non point mauvaise mais, là, son pauvre sang
Ne fit qu’un tour, certes des plus grands et fort larges :
Qu’on touchât à sa compagne, avec mots blessants,
Fort offensée au demeurant, appelait charge
Surtout que l’antilope se disait « amie »,
Que rien ne justifiait pareille infamie,
Si ce n’est l’orgueil plus nocif que tsunami.
Les sinistres conséquences de la fatale
Erreur d’interprétation de sains propos
Appelait excuses qui ne vinrent ; létales
Concessions ayant empêché le repos
De la gracile. L’Énorme prit donc la plume :
« Bien conscient de n’être point à votre hauteur
De ne point trop partager, parce que trop enclume ?,
Vos valeurs et pensers nourris de grands auteurs,
Je n’encombrerai donc plus jamais votre espace
Ni à nuire à votre temps qui trop vite passe.
Que n’ai-je donc plus tôt compris - Il se surpasse ! -
De vous avoir, naguère, tant importunée
Et merci de m’avoir remis à ma juste place. »
L’élégante s’emporta de nouveau, mal lunée.
Notre éléphant lui expliqua, de guerre lasse,
Pour sa défense et ne pas la tromper, en gros,
Que s’il était lent à se mettre à la colère,
Lambin à s’en défaire étaient les libéraux
Du kilo. Il lui barrit, tout soudain célère :
« Quand tu uses de vils mots vains, pas qu’à demi
Courroucés voire injurieux, ma belle "Amie",
Que puis-je craindre en plus de qui m’apprécie mie ? »
Notre antilope aurait du garder souvenance
Qu’on souffre moins les écornes d’un ami
Dont on espère, au plus, quelque prévenance,…
Qu’hélas on ne les supporte d’un ennemi
Dont on n’attend rien d’autre qu’impertinences !
vendredi 14 septembre 2018
jeudi 13 septembre 2018
LA RUMEUR
Petite fable affable
Toutes les nouvelles n’ont pas même cachet !
Comme une aragne en son arantèle cachée,
Une rumeur, en tapinois, attend son heure,
Ayant en des joues gonflées d’envie sa demeure.
Écho de quelque on-dit déprisant,
Répété par un vain gobeur de ouï-dire,
Elle voyage vite et joue les médisants
Sans rien de trop gros, de trop beau s’interdire
Dans la Cour des Miracles des plus vils potins
Qui n’épargne mie diablotin ni calotin.
Ce racontar engraissé de cent voix benoites
Qui ne pensent jamais à mal mais ragotent fort,
Radotant tout autant que les âmes étroites
Qui n’ont pas compris, car cela requiert quelque effort,
Que tout ce qu’il est bon, parfois, ici, d’apprendre
N’est souvent pas bien, m’est avis, à répandre…
Comme une aragne en son arantèle cachée,
Une rumeur, en tapinois, attend son heure,
Ayant en des joues gonflées d’envie sa demeure.
Écho de quelque on-dit déprisant,
Répété par un vain gobeur de ouï-dire,
Elle voyage vite et joue les médisants
Sans rien de trop gros, de trop beau s’interdire
Dans la Cour des Miracles des plus vils potins
Qui n’épargne mie diablotin ni calotin.
Ce racontar engraissé de cent voix benoites
Qui ne pensent jamais à mal mais ragotent fort,
Radotant tout autant que les âmes étroites
Qui n’ont pas compris, car cela requiert quelque effort,
Que tout ce qu’il est bon, parfois, ici, d’apprendre
N’est souvent pas bien, m’est avis, à répandre…
mercredi 12 septembre 2018
mardi 11 septembre 2018
L’ENVOL DE LA VIE
Ah, ce serait donc ça la vie :
Avancer sans fin ni envie,
Toujours plus amputé du cœur,
Entre rancunes et rancœurs
Dans un manège, sans repos,
Sans répit, le corps peu dispos.
Hélas, nature morte est mon Temps.
Qu’est devenue cette patrie ?
Des années effeuillées portant
Jours fanés et heures flétries,
Et ce serait donc ça la vie :
Payer des traites et des avis
Jusqu’à la retraite et, en chœur,
Tout vendre même à contre-cœur,
Et tout acheter à propos
En estimant avoir du pot !
Mon passé joue sac et ressac.
Mon avenir est au couchant.
Gerbes battues et grain en sac,
Oui ma vie n’est que chaume en champs.
Vrai ce serait donc ça la vie ?
Joies entre aquarelle et lavis,
Se savoir à moitié mort
Ou vivant à demi, le mors
Aux dents et, pis, la bride au cou
À mon carreau, point d’horizon ;
Désormais, espoirs envolés,
Ma fenêtre, au diapason,
Se ferme, hélas, de lourds volets…
lundi 10 septembre 2018
HAÏKU PAIX & DISTRIBUEZ
L’Amour c’est comme une partie de cartes :
si tu ne peux pas compter sur ton partenaire mieux vaut avoir une bonne main !
dimanche 9 septembre 2018
CHATTEMITE
Petite fable affable
« Ceux qui prétendent détenir la vérité sont ceux
qui ont abandonné la poursuite du chemin vers elle.
La vérité ne se possède pas, elle se cherche. » (Albert Jacquard)
Reclus dans l’anonymat et le silence
Et gîtant dans les trous d’ombres de la nuit,
Un vieux chat sachant que sa vie balance
Entre mort subite et trépas rapide ennuie
Ses pairs : ces bons samaritains le soupçonnent
D’aimer petits rats, jeunes souris d’amour
Non pour les gloutir en repue, mollassonne
Religion aux félins d’alentour.
Caché d’iceux dans toutes les ornières,
Tapi à les fuir dans tous les recoins,
On n’applaudissait pas ses peu guerrières
Dispositions, on souriait en coin
De son fort habile déploiement d’adresse
À n’être point trop adroit comme chasseur,
Patte glissant en glaise, oreille qu’on dresse
Du mauvais côté,… il faillissait, fonceur.
Hélas, il ne trompait mie à voir l’air rogue
Des censeurs de tout poil, ces gens fort pattus
Prou griffus et des plus dentus, vrais bouledogues
Pour tous les leurs, quêtant, en viles battues,
L’orthodoxie qui ne serait que façade
Ou Piété cacha fort mal les tons gris
De l’hérésie, n’aimant tant qu’un air maussade
Et qu’un chat soit moins minet que mistigri.
Des censeurs de tout poil, ces gens fort pattus
Prou griffus et des plus dentus, vrais bouledogues
Pour tous les leurs, quêtant, en viles battues,
L’orthodoxie qui ne serait que façade
Ou Piété cacha fort mal les tons gris
De l’hérésie, n’aimant tant qu’un air maussade
Et qu’un chat soit moins minet que mistigri.
Ne voulant que fidèles qui ne soient points rosses
- Brebis à l’enclos, colombes en colombier ! -
Nos inquisiteurs, pis que des loups féroces
Se jouèrent du chat comme d’un gibier,
Dès lors jugé, déjà condamné, croix
De bois, croix de fer, qui dit, on peut l’accroire :
« Bien étrange Foi qui croit ce qu’elle croit
Pour n’avoir pas le courage de le décroire*. »
* D’après R. Merle
samedi 8 septembre 2018
vendredi 7 septembre 2018
HAÏKU LITTÉRAIRE
Pour réussir en littérature aujourd’hui, qu’importe ce que tu écris, il suffit d’un titre accrocheur du genre « Glaire et Pets » !
L’ÉCUREUIL AMOUREUX
Petite fable affable
Le porte-feuilles en peau de hérisson
Mais n’écoutant ni conseil ni leçon,
Au beau mois de mai venu et qui vente,
Un écureuil, vrai farfadet des futaies,
Qui voulait aimer pourtant s’épouvante,
Lui, d’être aimé, au son de ces flûtets
Qu’Éole trouve en forêt si vivante.
Au sol, le froidureux printemps laissa
Comme un lit offert aux plaisirs forçats
Brindilles brisées, herbe roussoyante,
Mais lui préférait, hélas, fleureter
Avant que de coqueliquer fuyantes
Mignardes et mignottes en aparté,
Sous couvert de ramures accueillantes.
Quand les siens lui demandaient :
« Pourquoi tant se compliquer, grand dadais,
Le travail d’Eros et celui des roses ? »
Il répondait, d’un air des plus profonds,
Son panache cachant son air morose :
« Pour bâtir haut il faut creuser profond
Même pour des sentiments restant prose ! »
jeudi 6 septembre 2018
mercredi 5 septembre 2018
LA CENTENAIRE
Cycle toulousain
Au bon temps de nos mémés mémérisantes
Des bonnes-mamans, des mamies tant aimées,
On allait, quand nous venait l’ombre rasante
Des étés surchauffés où même brêmer
Fait choper la suée et tomber la chemise
Quel que soit l’endroit, quelle que soit la mise,
« Voir la centenaire », un monument local
À visiter, la fierté du village,
Accessoirement voisine nôtre. Cal
So que cal ! Et nous, les pitchouns, si peu sages,
Prou hardis !, on allait en grand attelage,
Recevoir « la bénédiction de l’âge ».
Et alors que l’on finissait tous d’entrer
Nous accueillait d’oc une vieille sans âge,
Tarabustée de rhumatismes, cloîtrée
Là depuis sa jeunesse, avec pour équipage
Une archivieille, collée dans le cantou
D’une cheminée allumée tout l’an et noire
De suie, sourde plus qu’assez, aveugle itou.
De sa livrée sombre émergeait sa face ivoire,
Ridée comme pomme l’hiver et des mains
Diaphanes où sinuaient de bleus chemin.
Sa fille parlait pour elle, ses histoires
Repapiant, louant hier non demain.
Dans la grande cuisine peuplée d’ombres,
Pièce de vie, sol de terre battue,
Assis dans la grande cuisine obscure,
Pièce de vie, sol de terre battue,
Dans le malaise que l’inconnu procure,
On se trantolait le caquet rabattu,
Contraints au silence, « miracle de l’âge »
On se devait de t’admirer, tes ravages
Sautant pourtant vite à nos jeunes yeux !
Mais on se picaniait quand même, en douce,
Quand cette Ancienne, oubliée des Cieux,
Siesteuse, sans dents, ronflante frimousse,
Partait taquiner les anges ocieux ;
Sa fille, au coin des lèvres, essuyant sa mousse.
Pièce de vie, sol de terre battue,
Dans le malaise que l’inconnu procure,
On se trantolait le caquet rabattu,
Contraints au silence, « miracle de l’âge »
On se devait de t’admirer, tes ravages
Sautant pourtant vite à nos jeunes yeux !
Mais on se picaniait quand même, en douce,
Quand cette Ancienne, oubliée des Cieux,
Siesteuse, sans dents, ronflante frimousse,
Partait taquiner les anges ocieux ;
Sa fille, au coin des lèvres, essuyant sa mousse.
Nous on aurait vaqué de par le pays
« S’iou plet ! » - plutôt qu’avec cette tremblante
Image de Mort s’enfermer, ébahis
Qu’on vive ainsi, esbaudis - accablante
Réalité - que l’on se tirât encore ici,
Corvée de cœur pour tout le voisinage,
L’eau du puits, qu’on vint des tous les parages
Leur porter des légumes de nos jardins,
Qu’on leur disait « faits en trop », quand bien même
Ce n’était pas vrai, pour étancher leur faim.
La pénombre venant, chacun, comme nous-même,
Rentrait lors en sa chacunière. Enfin.
mardi 4 septembre 2018
lundi 3 septembre 2018
LE VIEIL INSTIT’
Petite fable affable
Quelque maître d’école pestait dans sa barbe
Contre l’édile du lieu, connu blanc bec,
Qui allait le contraindre à manger les joubarbes
Par les racines, alors que ce p’tit pète-sec
Il l’avait nourri, non de séné et de rhubarbe,
Mais d’Humanités et abreuvé, petit mec,
Au sein généreux des plus saines sciences
Y perdant son temps, y usant sa patience.
Adulé des jeunes et idole des vieux,
L’élu morgue désormais qui, de son mieux,
Fit pour le faire ce qu’il est alors qu’il plaide
Gratitude, fraternité,… au nom du mandat reçu.
Le professeur qui vit corps coincé en pardessus
Sous toit branlant, alpague et rappelle au bipède :
« Les hommes sont comme les pigeons : tu les aides
À prendre de la hauteur,… ils te chient dessus ! »
dimanche 2 septembre 2018
samedi 1 septembre 2018
HAÏKU RANDAIR
J’ai traversé la France au moment de la canicule de 2018. De quoi se plaint-on ?
Les énormes ventilateurs qu’on appelle ici « éoliennes » étaient alors tous à l’arrêt !
LES MARABOUTS & L’INGÉNUE
Petite fable affable
Un vain marabout - l’oiseau et non l’homme ! -
Se pensant irrésistiblement beau,
Faisait cour insistante et âpre comme
Guerre où tout serait pillage aux flambeaux,
À quelqu’une, pucelle pucelante.
Humble, à une vraie nonne vergogner,
Elle n’était pour lui que rebuffades
Qui ne semblaient que plus aiguillonner
Ce lourd échassier, fat au cœur tendre
Comme roc qui ne veut raison entendre.
Or ce Casanova des marigots,
Poussant souvent la mare à bout, se vante
Rut au rein et rut taurin, tout de go,
De ses multiples conquêtes, énervante
Propension brocardée alentour
Par des placards à son endroit peu amènes.
Se voulant splendide comme un vautour,
Seul vrai mâle du tropical domaine,
Disant offrir tant généreusement
À femelle ce qu’elle attend mêmement,
Il avait proposé à la candide oiselle,
Par ses refus ni fourbu ni moulu,
Courtoisie qu’il croit fort plaire aux donzelles,
Avant qu’elle ne se soit « vermoulue »,
Ses cousines et tantes aimant l’éphémère,
De la déniaiser, là, au revers
Du talus comme il le fit « de sa mère,
Et de ses sœurs ! » ajouta ce pervers.
Devant tant de galanterie courtoise
La jouvencelle le morgue ou le toise.
Lors, l’éconduit s’en plaint au marabout.
Pas l’oiseau, ma foi, mais bel et bien l’homme.
« Ah, mon seul charme ne venant à bout
De ses tabous, envoûte cette pomme !
- Ne faisant, las, rien pour être aimable
Comment veux-tu, mon ami, être aimé ?
- La vie est brève et il n’est pas blâmable
D’en vouloir jouir et sans carêmer !
- Certes : mais tout art est long à apprendre,
Surtout pour ce qui est d’un coeur à prendre ! »
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